‹ Traité des études (volume 4)Chapitre 11 sur 64 · SECOND DEVOIR DU PBÉDIGÀTEUR · texte numérisé non relu

SECOND DEVOIR DU PBÉDIGÀTEUR

Flaire, et pour cela parler d'une manière ornée et polie.

Saint Augustin recommande au prédicateur de s'attacher avant tout et surtout à la clarté, mais il ne prétend pas qu'il doive s'y borner. Il n'a garde d'interdire à la vérité les ornements du discours, qu'elle seule a droit d'employer. Il veut ' qu'on fasse servir l'éloquence humaine à la parole de Dieu , et non qu'on rende la parole de Dieu esclave de Téloquence humaine. Il sait que souvent on ne peut arriver au cœur que par Tesprit, et que pour remuer l'un il faut plaire à l'autre. C'est une excellente qualité ^, selon lui, de n'aimer et de ne chercher dans les mots

mitatem discentinxn piget descendere.... eendasant, qaœcnmqne discenda sunt I »

cogitemos qaid nobis pnerogatmn ait ab {De CaieeMs. rud. c. xit. }

lUo,,. qtU, quum in forma Deiesset, se- ^u Mec doctor yerbia serviat, sed

metiptum exinanivit , /ormam servi ae- verba doctori. ( De Doctr. Christ» lib.

dpiens. » ( Ibid. c. x. ) 4 . n. 61. )

■ « Qnanto ergo magis ddectari nos ^ « Bonoruiq ingenionim insignis* est

oportet , qnam ipsoin Deum jam discere indoles, in verbis veram amare, non

homines accedunt, propter quem dis- verba... Quod tamen si fiât insnariter,

que les choses mêmes , et non les mots : mais il avoue en même temps que cette qualité est fort râpe ; que si la vérité est montrée nûmeut et simplement, elle touche peu de personnes; qu^ll ea est de la parole comme de la nourriture s qui doit être assaisonnée pour être reçue avec plaisir; et que, par rapport à Tune et à Fautre, il faut avoir égard à la délicatesse des hommes , et donner quelque chose à leur goût.

Cest pour cela que les Pères ont été bien éloignés d'interdire à ceux qui sont appelés au ministère de la parole la lecture des anciens auteurs et Térudition profane. Saint Augustin dit > que toutes les vérités qui se trouvent dans les auteurs païens nous aippartiennent, et que par conséquent nous avons droit de les revendiquer comme notre bien propre , en les retirant d'entre les mains de ces injustes possesseurs pour en faire un meilleur usage. Il veut qu'à l'exemple des Israélites 3, qui, par Tordre de Dieu même, dépouillèrent TÉgypte de son or et de ses plus précieux vêtements sans toucher à ses idoles , nous laissions aux auteurs païens leur profane langage et leurs superstitieuses tietions , que tout bon chrétien doit avoir en horreur ; et que nous leur enlevions les vérités qu'on y trouve, qui sont comme de For et de l'argent , et les grâces du discours , qui sont comme les vêtements des pensées , pour faire servir les unes et les autres à la prédication de TÉvangile. II cite un grand nombre de Pères qui en ont fait cet usage 4, à l'exemple de Moïse même, qui fut instruit avec soin dans toute la sagesse des Égyptiens.

Saint Jérôme traite la même matière avec encore plus d'étendue, dans une belle lettre où il se défend contre les reproches

ad pancos qnidem studiosissimos sans atilissima continent... qnae tanqaamaa-

pervenit fructus. » ( Ibid. n. 26. ) ram et argeutum débet ab eis aaferre

* « Sed quoniam inter se habent non* christianus ad asum justam pnedîcandi

nullam Bimilitadinem vescentes atqae Ëvangelii. Vestem qaoque illorum.,. ac«

discentes, propter fastidia plurimorum cipere atque habere licuerit ia asam

etiam ipsa^sine qnibas vivi non potest, conyertenda christianum. m ( Ib, lib. 2,

alimenta con^ienda sant. m (Ibid. ) n. 60. )

3 De Doct. cb. 1. 2, n. 20. * u Nonne aspicimns quanto anro et

8 a Sic doctrinae omnes gentilium , non argento et veste soffarcinatns exierit de

folam flimalata «t superstitiosa flg* Agypto Cyprianas doctor saaTissimas »

menta . .. quae anusquisqne nostrnm duce et martyr beatissimns? » {De Dœt. christ.

Christo de societate gentilium eziens lib. 2, n. 61. )

débet abominari atque devitare : sed « Vir eloqnentia pollens et martyrio. »

etiam libérales disciplinas usui yeritatis ( S. Hxskoh. ) «ptiores , et quaedam morum pnecepta

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(le ses adi^ersaires s qui lui voulaient faire un crime de ce qu'il employait dans se^ écrits Férudition profane. Après avoir indiqué plusieurs passages de TÉcriture où Ton cite des auteurs païens , il fait un long dénombrement des écrivains ecclésiastiques qui en ont aussi fait valoir les témoignages pour la défense de la religion chrétienne. £ntre les écrivains sacrés il avait nommé saint Paul, qui cite plusieurs endroits des poètes grecs. « C'est », dit-il , qu'il avait appris du véritable David à arracher R d'entre les mains des ennemis leurs armes pour les combattre, « et à couper la tête du superbe Goliath de sa propre épée. «

Il est donc fort à souhaiter que ceux qui sont destinés au ministère de la prédication aient d'abord puisé Téloquence dans les sources mêmes, c'est-à-dire dans les auteurs grecs et latins , que Ton a toujours regardés comme les maîtres dans l'art de bien parler. L'orateur sacré doit avoir appris d'eux à dispenser à propos les ornements du discours 3, non pour plaire simplement à l'auteur, et encore moins pour se faire de la réputation , motifs que la rhétorique païenne même a jugés indignes de son orateur : mais pour rendre la vérité plus aimable aux hommes, en la leur rendant plus agréable ; et pour les engager par cette espèce d'appât innocent à en goûter plus volontiers la sainte douceur, et à en pratiquer plus fidèlement les salutaires leçons.

Tout le monde sait que l'éloquence de saint Ambroise produisit cet effet sur l'esprit d'Augustin , encore enchanté des heautés de l'éloquence profane. Ce grand évéque prêchait à son peuple la divine parole avec tant de grâces et de charmes ^, que tous les auditeurs , comme par une sainte ivresse , étaient ravis et enlevés hors d'eux-mêmes. Augustin ne cherchait dans ses prédications

' « Qaœris car in opuscolis nostris se- tatione ipsa elocutionis accédât , vel tc-

calariom litteranim interdam ponamus nacius adhaerescat assensus... Ita flt ut

eiempla, et candorem ecclesia? ethnî- etiara temperati generis ornatu non jac>

comm sordibus pollaamus. M (S HisaoN. tanter, sed prudenter atamur, non ejiis

Epist. cul Magnum.) fine coatenti, qao tantummodo delecta-

^ •* Didicerat a vero David extorqnere tar auditor : sed hoc potias agentes , ut

de manibuR hostium gladiam, et Golnn etiam ipso ad bonum,quod persuadera

soperbissimi caput proprio niucrone trun- volumus , adjuvetur. » ( S. Auu. d& Docir.

care. M(lbid.) vhrlst. Ub. 4, n 55.)

■* M Illad , qaod agitar génère tempe- ^ « Veni ad Ambrosium episcopum.

rato, id est, ut eloqaentia ipsa delectet, cujus tune eloqula streuue ministrabaut

non est propter se Ipsum asurpandum , adipem fnimenti tui. . . et sobriam vini

sed at rébus qute utiliter honesteque di- ebrielatem populo tuo. »[(lonfess. lib. r> ,

cantnr... aliquanto promptius et delec- cap. 13.) •

que les agréments du discours * , et non la solidité des choses : mais il n'était pas en son pouvoir de faire cette séparation, il croyait n'ouvrir son esprit et son cœur qu'à la beauté de la diction; mais la vérité y entrait en même temps , et elle s'en rendit bientôt la maltresse absolue.

Il fit lui-même dans la suite un pareil usage de TéloqueDce. On voit dans la plupart de ses sermons que le peuple , ravi en admiration , se récriait et applaudissait. Il était bien éloigné de rechercher et d'aimer ces applaudissements : son humilité sincère et profonde en était véritablement affligée , et lui faisait craindre la contagion secrète et subtile de cette vapeur empoisonnée. Mais d'où peuvent venir de si fréquentes acclamations ^ , sinon de ce que la vérité , mise ainsi en évidence , et placée dans tout son jour par un homme solidement éloquent, charme et enlève les esprits ?

Je ne puis m'em pécher ici d'exhorter les lecteurs à se donner la peine de lire un petit traité de M. Arnauld , qui a pour titre : Réflexions sur t éloquence des prédicateurs. 11 y réfute une partie de la préface que M. Dubois , son ami , avait mise à la tête de sa traduction des sermons de saint Augustin , où il prétendait montrer que la manière de prêcher de la plupart des prédicateurs était contraire à celle de ce saint docteur, en ce qu'on y faisait trop d'usage de l'éloquence humaine , qu'il croyait ne devoir pas être employée dans les prédications. Cette préface avait ébloui beaucoup de personnes , et avait reçu de grands applaudissements. On fut fort étonné, quand le petit traité de M. Arnauld parut , de voir qu'elle était presque tout entière fondée sur de faux principes et sur de faux raisonnements. Il est utile et agréable de comparer ensemble ces deux ouvrages , en lisant d'abord la préface , pour voir si l'on y remarquera soi-même quelques défauts ; en examinant ensuite la réfutation , pour juger si elle est solide et appuyée sur de bonnes raisons.

' « Quum non satagerem discere qii» ret , pariter intrahat et qnam vere di-

dicebat, sed tantura qaemadmodum di neret. » (Confess, cap. I4) rebut andire. . • veniebant in animum ^ » Unde autem crebro et maltam

meum aimul cum yerbis quœ diligebam acriamatur ita dicentibas , nisi quia Te-

res eliam qaas negligebam : neque enim ritas sic demonstrata , sic defeusa , sic

ea dirimere poteram. Et dam cor uperi- invicta détectât ? » {De Doctr. christ.

rem ad excipiendum quant diserte dice- lib. 4 , n. 5G )

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Le principe que j'ai établi en suivant les règles de saint Augustin , que Torateur chrétien peut et doit même chercher à plaire a Tauditeur, a besoin d*étre renfermé dans de certaines bornes, et demande quelque éclaircissement. Il y a dans la prédication deux défauts à éviter , dont Fun est de trop rechercher les ornements et les grâces du discours , et l'autre de les trop négliger. Je dirai quelque chose de Tun et de l'autre de ces défauts.

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