‹ Traité des études (volume 4)Chapitre 12 sur 64 · PREMIER DEFAUT · texte numérisé non relu

PREMIER DEFAUT

Trop rechercher les ornements du discours.

Cest une disposition bien condamnable dans un orateur chrétien que de songer davantage à plaire à son auditeur qu'à Finstriiire ; de plus s'occuper des mots que des choses ; de trop compter sur son travail et sur sa préparation ; d'énerver la force des vérités qu'il annonce, par une affectation puérile de pensées brillantes; enfin, de frelater et de corrompre la parole de Dieu par un mélange vicieux de frivoles ornements.

Saint Jérôme ' , dont le goût pour l'éloquence et pour les grâces du discours est connu, ne pouvait soufifîrir que l'orateur chrétien, négligeant de s'instruire lui-même et d'instruire les autres du fonds même des vérités de la religion , s'occupât uniquement, comme un déclamateur, du soin de plaire ; ni que l'auguste éloquence de la chaire dégénérât en une vaine pompe de paroles, capable tout au plus d'exciter quelques légers applaudissements. Saint Ambroise pensait comme lui , et voulait qu'on bannît absolument de la prédication cette sorte de parure qui n'est propre qu'à affaiblir les pensées, yiufer mihi lenociniafucumque verborum, quia soient enervare sententias *.

Dieu nous marque dans Ézéchiel combien il détestait la malheureuse disposition des Israélites captifs à Babylone , qui ^ , au lieu de profiter des tristes prédictions que son prophète leur faisait de sa part , et d'en être utilement effrayés , allaient l'en-

■ (c Nolo te declamatorem esse et ra- ^ Comment. 1. 8. balam , garrulumqae sine ratione. . ■ -^ « Et es eis quasi carmen musicum ,

« Verba volvere, et celeritate dicendi quod suavi dulcique sono canitur : et au-

apod imperitiim vulgas admirationem diuut verba tua, et non t'aciant. » (ë/.ecu

nui faccre, indoclorum hominuni est » 3.T, 32.) (S. HiBuoir. Epist. ad Nepot.)

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tendre uiiiquenient pour le plaisir , comme on va à un concert de musique. Quels reproches a^eût-il point faits au prophète même , si par sa faute il eût donné lieu à im si indigne abus , en ne s'appliquant qu'à flatter Toreille de ses auditeurs par une douce harmonie et un vain son de paroles ! C'est la peinture naïve de ces sermons, dont il ne reste rien que le stérile souvenir du plaisir qu*on a eu en les écoutant.

Un païen se plaignait de ce que de son temps ces sortes de délices et d'aménités du style, qui doivent être réservées pour des matières moins graves et moins sérieuses , avaient fait une espèce de violence au bon sens et à la droite raison , et s'étaient emparées comme par force des causes même où il s'agissait des biens et de la vie des hommes : In ipsa capitis aut fortunarum pericula irrupit voluptas '.

Combien plus ce même abus serait-il condamnable dans des discours de religion, où l'on traite les matières les plus graves <^n même temps et les plus effrayantes! où l'on se propose, par exemple, d'intimider salutairement et d'abattre le pécheur en lui représentant les horreurs d'une mort plus prochaine peut-être qu'il ne pense, le cri du sang de Jésus-Christ qui demande vengeance d'avoir été si longtemps profané, la colère d'un Dieu justement irrité prête à éclater sur sa tête, et l'enfer ouvert sous ses pieds pour l'engloutir ! Au milieu de si grandes vérités >, un prédicateur est-il excusable de ne s'occuper qu'à faire un vain étalage d'élocution, à chercher des pensées brillantes, à arrondir des périodes, à entasser de vaines figures .' Que deviennent cependant cette douleur et celte tristesse dont il doit être pénétré en parlant de tels sujets , et qui devraient ne faire de tout son discours qu'un continuel gémissement ? N'aurait-on pas lieu de s'indigner s'il se mettait en peine de montrer de l'esprit, et s'il avait le loisir de songer à faire le beau parleur dans un temps où

' Qaintil. 1. 4 , cap. 2. mitus , et idem tristitiae valtus servabi-

^ c( An qaisquam tulerit renm in dis- tur?. . . Commoveatur ne quisqaam ejus

crimine capitis , decarrentibus periodis, fortuna quem tumidam ac sai jartantem,

quam Isetissimis locis senlentiisque di- et ambitiosum iustitorem eloqaenti» in

rentem? . . . Quo fiigerit intérim dolor ancipiti sorte videat? Non imo oderit

ille? Ubi lacrymie snbstîterint ? Unde reum verba aucnpantem, et anxîum de

êe in médium tnm «ecura observatio fama ingenii , et cui esse diserto vacet ? »

artium misent? Non ab exordio usqne ( Qhiktii-. lib. 1 1 , cap I.) nd ulfimam voccni continuas quidam ge

il ne faut que tonner, foudroyer, et employer les mouvements les plus vifs et les plus animés ?

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