‹ Traité des études (volume 4)Chapitre 51 sur 64 · Caractères de Thémistocle, d'aristide, de Cimon · texte numérisé non relu

Caractères de Thémistocle, d'aristide, de Cimon

et de Périciès.

On ne doit point, ce me semble, passer ce morceau d'histoire sans demander aux jeunes gens lequel de ces quatre illustres chefs ils trouvent le plus estimable, et quelles sont leurs qualités

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bonnes ou mauvaises qui ont fait plus d'impression sur eux , et sans leur faire remarquer les principaux traits qui caractérisent ces grands hommes.

Il y a dans Thémîstocle quelque chose qui frappe extrêmement; et la seule bataille de Salamine, dont il eut tout Thonneur, lui donne droit de disputer de la gloire avec les plus grands hommes. Il y fit paraître un courage invincible, une connaissance parfaite de Tart militaire , une grandeur d'âme extraordinaire , accompagnés d'une sagesse et d'une modération qui en relèvent beaucoup le mérite» comme on le vit surtout lorsque, pour le bien commun, il porta les Athéniens à céder le commandement général de la flotte à ceux de Lacédémone , et lorsque lui-même souffrit, avec une patience et un sang-froid qui étaient au-dessus de son âge, le traitement injurieux d'Kurybiade.

Ce qu'il y a de plus admirable dans Thémistocle , et qui forme son principal caractère, c'est une pénétration et une présence d'esprit à qui rien n'échappait. Après une courte et rapide délibération, il prenait sur-le-champ le meilleur parti'. Il avait une extrême habileté pour discerner dans Toccasion ce qui était le plus convenable; et il prévoyait par des conjectures presque surets ce qui devait arriver. Le dessein qu'il forma , et qu'il exécuta , de tourner toutes les forces d'Athènes du côté de la mer, marquait en lui un génie supérieur, capable des plus grandes vues, pénétrant dans Tavenir, et saisissant dans les affaires le point décisif. Il comprit qu'Athènes, ne possédant qu'un territoire stérile et peu étendu, n'avait que ce seul moyen pour s'enrichir et s'agrandir, et pour se rendre nécessaire aux alliés et formidable aux ennemis. On peut regarder ce projet comme la source et la cause de tous les grands événements qui rendirent dans la suite la république d'Athènes si -florissante.

Mais il faut avouer que le dessein noir et perfide que Thémistocle proposa , de brûler en pleine paix la flotte des ^Grecs pour abcroitre la puissance des Athéniens, oblige de rabattre infiniment de ridée qu'on a de lui : car, comme nous l'avons souvent observé, c'est le cœur, c'est-à-dire la probité et la droiture, qui décide du vrai mérite. Et c'est ainsi que le peuple d'Athènes en

» Corn. Nep et Plut

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jugea. Je ne sais si dans toute Thistoire il y a un fait plus digne d'admiration que celui-ci. Ce ne sont point des philosophes, à qui il ne coûte rien d'établir dans leurs écoles de belles maximes et de sublimes règles de morale, qui décident que jamais l'utile ne doit l'emporter sur Thonnéte; c'est un peuple entier, intéressé dans la proposition qu'on lui fait, qui la regarde comme très-importante pour le bien de TËtat, et qui néanmoins, sans hésiter un moment, la rejette d'un commun accord, par celte raisou unique qu'elle est contraire à la justice.

Les grandes qualités de Thémistocle furent aussi beaucoup ternies par un désir de gloire excessif, et par une ambition démesurée, qu'il ne put jamais contenir dans de justes bornes, qui le rendit ennemi de tout mérite qui pouvait disputer de la gloire avec lui, qui le porta à faire exiler Aristide, et qui lui ût terminer ses jours d'une manière peu honorable dans on pays étranger et parmi les ennemis de sa patrie.

Périclès, lorsqu'il fut chargé du maniement des affaires publiques, trouva sa ville dans le plus haut point de grandeur où elle eût jamais été et dans la fleur de sa puissance, au lieu que ceux qui l'avaient précédé l'avaient rendue telle. Si cela diminue quelque chose de sa gloire en ce qu'il n'eut qu'à maintenir ce que d'autres avaient établi, on peut dire aussi d'un autre côté que cela l'augmente, par la difficulté qu'il y a de maîtriser et de contenir dans le devoir des citoyens fiers, et devenus presque intraitables par la prospérité.

Il se maintint à la tête des affaires et dans un pouvoir presque absolu , non peu de temps , et par une faveur de peu de durée , mais pendant l'espace de quarante ans , quoiqu'il eût à se soutenir contre un grand nombre d'illustres adversaires^ ce qui est presque sans exemple. Rien ne fait sentir plus vivement l'étendue , la supériorité , la force de son génie, la solidité de sa vertu, la variété de ses talents , que ce seul fait, surtout dans line démocratie si jalouse , si remuante , et si remplie de mérite. Plutarque semble en montrer la cause, et peindre son caractère en un mot, lorsqu'il dit que Périclès, aussi bien que Fabius, se rendit très-utile à sa patrie par sa douceur , par sa justice , et^r la force et la patience qu'il eut de sotiffrir les imprudences et

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les injustioes de ses collègues et de ses citoyens. Ses ennemis , qui pendant sa vie avaient été blessés de l'excessif crédit qu'il s'étaîit acquis, furent obligés , après sa mort, de convenir que jamais homme n'avait mieux su tempérer la force du commandement par la modération < , ni relever la bonté et la douceur de son caractère par une majestueuse gravité; et sa puissance, qui avait excité Tenvie contré lui , et à qui Ton donnait le nom odieux de tyrannie , parut alors avoir été la plus sûre défense et le plus fort rempart de TÉtat, tant il se glissa dans le gouvernement de méchanceté et de corruption , qui n'avaient osé éclater pendant sa vie , ou qu'il avait toujours contenues en les tenant faibles et basses, et en les empêchant de croître et de monter à un excès sans remède, par la licence et par Flmpunité.

Périclès , par la force de son éloquence et par l'ascendant qu'il avait pris sur les esprits , déconcerta plusieurs fois les projets du peuple, qui ne respirait que la guerre. Il rendit par là un grand service à sa patrie; et il lui aurait épargné bien des malheur^ , s'il avait jusqu'à la lin tenu la même conduite. 11 avait<le bonnes vues en dominant, mais il voulait dominer seul ; et c'est ce qui le porta à faire exiler les meilleurs sujets et les plus capables de servir la république, parce qu'ils balançaient son autorité. EnGn , craignant pour lui-même un pareil sort , et sentant que son crédit diminuait tous les jours , pour se mettre en sûreté il alluma une guerre dont les suites furent très-funestes à sa patrie.

On vante beaucoup les ouvrages magnifiques dont il embellit Athènes, mais je ne sais si c'est à juste titre. Êtait-il donc raisonnable d'employer en bâtiments superflus et en vaines décorations des sommes immenses ', qui étaient destinées pour le fonds de la guerre ? et n'aurait-il pas mieux valu soulager les alliés d'une partie des contributions, qui, sous le gouvernement de Périclès, furent portées à près d'un tiers de plus qu'elles n'étaient auparavant ?

Cimon s'appliqua aussi à orner la ville. Mais , outre que l'ar-

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gent qu*il employa faisait partie du butin qu'il avait pris sur les ennemis , et n était point le plus pur sang et la substance des peuples , la dépense fut très-médiocre. Et il ne s'attacha qu'à des ouvrages , ou absolument nécessaires , comme étaient le port, les murailles et les fortifications de la ville; ou d'une grande commodité pour les citoyens , telles qu'étaient les galeries et les promenades publiques, les grandes places de la ville , les lieux d'exercice, comme l'Académie, séjour ordinaire des beaux esprits et retraite célèbre des philosophes. Ce fut particulièrement cet endroit qu'il s'appliqua à rendre plus commode et plus agréable; et par cette légère dépense il donna occasion à ces entretiens savants , véritablement dignes d'hommes libres , et qui ont fait tant d'honneur à la ville d'Athènes dans tous les siècles.

Il avait amassé de grands biens , mais il en faisait un usage capable de faire rougir des chrétiens , donnant largement à tous les pauvres qu'il rencontrait , faisant distribuer des habits à ceux qui en manquaient , invitant à manger chez lui ceux des bourgeois d'Athènes qui étaient dans le besoin. Quelle comparaison, dit Plutarque, entre la table de Cimon , simple, frugale , populaire, et qui, avec une dépense médiocre, nourrissait tous les jours un grand nombre de citoyens , et celle de LucuUe , magnifiquement servie, plus digne d'un satrape perse que d'un citoyen romain , et destinée à satisfaire à grands frais la sensualité de quelques débauchés de profession, dont tout le mérite était de savoir goûter les morceaux friands, et sans doute de bien louer le maître de la maison !

Cimon égala, par ses expéditions militaires , la gloire des plus grands capitaines grecs ; car aucun , avant lui , n'avait porté si loin ses armes et ses conquêtes ; et il joignit à la bravoure et au courage des autres une prudence et une modération qui ne furent pas moins utiles à la patrie.

Sa jeunesse ne fut pas sans reproche; mais tout le reste de sa vie en couvrit et en effaça parfaitement les fautes : et où trouvet-on une vertu sans tache ?

S'il pouvait y en avoir quelqu'une parmi les païens, ce serait celle d'Aristide. Une grandeur d'âme extraordinaire- le rendait

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supérieur à toutes les passions. Intérêt , plaisir , ambition , ressentiment y jalousie , Tainour de la vertu et de la patrie étouffait eu lui tous ces sentiments. C*était riiomme de la république : pourvu qu'elle fût bien servie , il lui importait peu par qui elle le fût. Le mérite des autres, loin de le blesser, devenait ie sien propre, par l'approbation qu'il lui donnait. Il eut part à toutes les grandes victoires que la Grèce remporta de son temps, mais sans s'en élever, il ne songeait point à dominer dans Athènes, mais à rendre Athènes dominante; et il en vint à bout, non, comme on Ta déjà remarqué, en équipant de grosses flottes ou en mettant sur pied de nombreuses armées , mais en rendant aimable aux alliés le gouvernement des Athéniens , par sa douceur, sa bonté, son humanité, sa justice. Le désintéressement qu'il Gt paraître dans le maniement des deniers publies , et l'amour de la pauvreté , porté , si Ton osait le dire , presque jusqu'à l'excès , sont des vertus tellement au-dessus de notre siède, qu'à peine pouvons-nous le croire. £n un mot, et c'est par où l'on peut juger de la solide grandeur d'Aristide , si Athènes avait toujours eu des chefs qui lui eussent ressemblé , maltresse de la Grèce, et contente. d'en faire le bonheur et d'y maintenir la paix, elle aurait été en même temps la terreur des ennemis, l'amour des alliés , et l'admiration de tout Tunivers.

Thémistocle ne faisait point difOculté d'employer les ruses et les finesses pour arriver à ses fins , et ne montrait pas beaucoup de fermeté ni de constance dans ses entreprises. Mais , pour Aristide , il était ferme et constant dans sa conduite et dans ses principes , inébranlable dans tout ce qui lui paraissait juste , et incapable d'user du moindre mensonge et de la moindre ombre . de flatterie , de déguisement et de fraude , non pas même par manière de jeu.

Il avait * une maxime bien importante pour ceux qui veulent entrer dans les charges publiques et dans le maniement des affaires , et qui souvent ne comptent que sur leurs patrons et sur l'intrigue. Cette maxime était que le véritable citoyen , l'homme de bien , di vait faire consister tout son crédit à faire et à conseiller en tout et partout ce ijui était honi^éte et juste. Il parlait

' Plot. '

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ainsi , parce qu*il voyait que le grand crédit des amis portait )a plupart de ceux qui étaient en place à abuser de leur pouyoir pour commettre des injustices.

Rien n*est plus admirable ni plus au-dessus de notre siècle , au-diBSSUs de nos mœurs et de notre manière d'agir et d« penser, que ce que fit Aristide avant la bataille de Marathon. Le commandement de Tarmée roulant par jour entre dix généraux athéniens , Aristide fut le premier à céder le commandement à Miltiade comme au plus habile , et engagea ses collègues à faire de même, en leur montrant qu'il n'est point honteux, mais grand et salutaire , de céder et de se soumettre à ceux qui ont un mérite supérieur. Et, par cette réunion de toute Tautorité en un seul chef, il mit Miltiade en état de remporter une grande victoire sur les Perses.

Il y a une qualité infiniment rare', qui convient aux quatre grands hommes dont je viens de parler, et qui mérite bien qu'un maître y insiste avec soin et la fasse remarquer à ses disciples : c'est la facilité avec laquelle ils sacrifient au bien de la patrie leurs* querelles particulières. Leur haine n'a rien d'implacable , d'amer, d'outré, comme chez les Romains. Iiesaltit de l'État les réconcilie , sans qu'ils gardent de jalousie ni de rancune ; et , bien loin de traverser secrètement son ancien rival , chacun concourt avec zèle au succès de ses entreprises et à sa gloire.

Ce trait , ce caractère , est ce que l'histoire nous montre de plus grand , de plus difficile, de plus au-dessus de l'homme, et , je puis le dire, de plus important et de plus nécessaire pour ceux qui t)ccupent les grandes places , en qui il n'est que trop ordinaire de voir une petitesse d'esprit qu'il leur plaît d'appeler grandeur et noblesse, qui les rend pointilleux, délicats et jak)ux .sur ce qui regarde le commandement, incompatibles avec leurs collègues, uniquement attentifs à s'attirer la gloire de tout, toujours prêts à sacrifier l'intérêt public à leur intérêt particulier, et à laisser faire des fautes à leurs rivaux pour en profiter.

On voit une conduite toute contraire dans ceux dont j'examine ici le caractère.

Thémistocle, pou de temps avant la bataille de Salanûne, sentant que les Athéniens regrettaient Aristide , et désiraient sa

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présence, n hésita point, quoiqu'il fût le principal auteur de son exU, à le rappeler par un décret commun à tous les bannis , qui leur permettait de revenir dans leur patrie, pour Taider de leurs bons conseils et la défendre par leur courage.

Aristide', ainsi rappelé, vint , quelque temps après, trouver Théffltstocle dans sa tente , pour lui donner un avis important d'où dépendait le succès de la guerre et le salut de la Grèce. Le discours qu'il lui tint mériterait d'être gravé en caractères d'or.

• Thémistocle, lui dit-il , si nous sommes sages , nous renon- « cerons désormais à cette vaine et puérile dissension qui nous « a agités jusqu'ici ; et , par une plus noble et plus salutaire ému- « lation , nous combattrons à l'envi à qui servira mieux la pa- « trie , vous en commandant et en faisant le devoir d'un bon et « sagQ capitaine , et moi en vous ol)éissant et en vous aidant de

• ma personne et de mes conseils. » Il lui communiqua ensuite ce qu'il jugeait nécessaire dans la conjoncture présente. Thémis* tocle , étonné jusqu'à l'excès d'une telle grandeur d'âme et d'une si noble franchise , eut quelque honte de s'être laissé vaincre par sonrival , et , ne rougissant point d'en faire l'aveu, promit bien d'imiter sa générosité, et même , s'il se pouvait , de la surpasser par tout le reste de sa conduite. Toutes ces protestations ne se terminèrent pointa de vains compliments, mais elles furent soutenues par des effets constants ; et Plutarque observe que, pendant tout le temps du commandement de Thémistocle , Aristide l'aida en toute occasion de ses conseils et de son crédit *, travaillantavec joie à la gloire de son plus grand ennemi , par le motif du bien public. Et lorsque , dans la suite, la disgrâce de Thémistocle lui eut donné une belle occasion de se venger, au lieu de se ressentir des mauvais tiaitements qu'il en avait reçus ^, il refusa constamment de se joindre à ses ennemis, aussi éloigné de jouir avec une secrète joie de l'infortune de son adversaire, qu'il l'avait été auparavant de s'affliger de ses heureux succès.

( Herod. 1. 8. Plut, in Vita Themist. yirist.) etAri«t. ^ Oùxéfi.vri<Ttxâxy;'jev... oOôè aTcÉ-

* liocvra OTJvgTcparre xal auveéâu* Xaû^ev lyôpou Ôoœtvxoûvtoç, codTcep

Xeusv èvôo^dxaTov èn\ (TWTTjptqc xoivr) oOS' evYiiJLgpoOvTi irpotefov è<pô6vr,ae.

XOlûv rèv lx^i<TTOv. (Pi-tT. in f^'ita (Ibid.)

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L'histoire a-t-elle rien de plus aclievé en lout genre que ce que nous venons de rapporter? et trouve-t-on même ailleurs quelque chose qu'on puisse comparer à cette noble et généreuse conduite d'Aristide? On admire avec raison, comme un des plus beaux traits de la vie d'Agricola s qu'il ait employé tous ses talents et tous ses soins pour augmenter la gloire de ses généraux : ici c'est pour augmenter celle de son plus grand ennemi; quelle supériorité de mérite !

On a encore un grand exemple de la vertu dont je parle, dans Cimon, qui, étant actuellement banni par l'ostracisme, vint néanmoins se placer à son rang dans sa tribu pour combattre contre les Lacédémoniens , qui avaient toujours été jusqu'à ce temps de ses amis, et avec qui on Taocusait d'avoir des intelligences secrètes. Mais , sur l'ordre que ses ennemis tirèrept du conseil public pour lui défendre de se trouver à la bataille , il se retira en conjurant ses amis de prouver son innocence et la leur par des effets. Ils prirent l'armure de Cimon, la placèrent dans le poste qu'il devait occuper, et combattirent avec tant de valeur^ qu'ils se firent presque tous tuer, laissant aux Athéniens un regret infini de leur perte , et un grand repentir de les avoir accusés si injustement.

Les Athéniens , ayant perdu une grande bataille, rappelèrent Cimon; et ce fut, comme on Ta déjà remarqué j Périclès luiluémequi dressa et proposa le décret de son rappel , quoiqu'il eût auparavant contribué plus que tout autre h le faire bannir. Sur quoi Plutarque fait une très-belle réflexion , et qui confirme tout ce que j'ai dit jusqu'ici. Périclès , diHl , employa tout son crédit pour faire revenir son rival : « tant les querelles même » des citoyens étaient tempérées par le motif de l'utilité publi- « que , et leurs animosités toujours prêtes à s'apaiser dès que le « bien de l'État le demandait ! et tant l'ambition , qui est la plus a vive et la plus forte des passions , cédait et se conformait aux « besoins et aux intérêts de la patrie ! » Cimon , après son retour, sans se faire prier, sans se plaindre ni faire l'important, et sans

' <i Nec Agricola unqnam in saam fa* in praedicando, extra inTidiam, née extra

mam gestis exsaltavit : ad auctorem et gloriam erat. • ( Tacit. in f^Ua Àgric.

ducem, nt minister, fortunam referebat. c. 8.) ila virtute in obseqnendo , verecundia

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chercher à faire durer une guerre qui le rendait nécessaire à sa patrie , lui rendit prompternent le service qu'on attendait de lui , et lui procura sans délai la paix dont elle avait besoin.

Mais rien ne découvre plus clairement le fond du cœur de Périclès , sa douceur, son éloignement de toute haine et de toute vengeance , qu'une parole qu'il dit peu avant sa mort. Ses amis, qui ne croyaient pas être entendus du malade, louant entre eux son gouvernement et ses neuf trophées, il les interrompit en leur disant qu'il s'étonnait qu'ils s'arrêtassent à des choses qui dépendaient beaucoup de la fortune, et qui lui étaient communes avec beaucoup d'autres généraux , et qu'ils passassent sous silence ce qui était le plus beau et le plus grand , de n'avoir Jamais fait porter le deuil à aucun Athénien.

Les différents traits que j'ai rapportés jusqu'ici en parlant des quatre grands hommes qui ont le plus illustré la république d'Athènes peuvent être, ce me semble, d'une grande utilité, non-seulement pour les jeunes gens qui doivent occuper des places considérables dans l'État , mais pour toutes sortes de personnes , de quelque condition qu'elles soient. Car ils nous montrent quelle petitesse d'esprit et quelle bassesse il y a à être envieux et jaloux de la vertu et de la réputation des autres; et au contraire combien il y a de noblesse et de grandeur d'âme à estimer, à aimer, à faire valoir le mérite de ses égaux , de ses collègues , de ses concurrents , et même de ses ennemis si l'on en a. Tous ces traits d'histoire doivent faire d'autant plus d'impression sur les esprits , que ce ne sont point des leçons spéculatives de philosophes, mais des devoirs réduits en pratique.

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