DE LA FABLE
Il n'y a guère de matière , dans ce qui regarde l'étude des belleslettres , qui soit ni d'un plus grand usage que celle dont je parle ici, ni plus susceptible d'une profonde érudition , ni plus embarra.ssée d'épines et de difflcultés. Mon dessein n'est pas de percer ces obscurités , ni de les éclaircir , mais seulement d'exhorter les [jeunes gens à ne pas négliger une étude dont ils peuvent retirer [beaucoup de fruit. Pour cela je me bornerai à deux réflexions , ! que je ne toucherai même que fort légèrement ; dont l'une regardera l'origine de la Fable , et l'autre son utilité.
ARTICLE PREMIER
De l'origine de la Fable.
La Fable, qui est un mélange et un composé de faits réels et de mensonges embellis et ornés, est née de la vérité , c'est-à-dire de l'histoire tant sacrée que profane, dont plusieurs événements ont été altérés en différentes manières et en différents temps, soit par les opinions populaires , soit par les fictions poétiques.
Première source de la Fable. Altération des faits de l'histoire sainte. Je dis que la Fable est née en partie de l'histoire sainte, et c'est là sa première et .sa principale origine. La famille de Noé , instruite parfaitement de la religion par ce saint patriarche , conserva quelque temps le culte du vrai Dieu dans toute sa pu-
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reté; mais lorsque, après avoir inutilement entrepris la construction de la tour de Babel , elle se fut séparée , et qu'elle se répandit en différentes contrées , la diversité de langage et de demeure fut bientôt suivie de l'altération du culte. La vérité, qui jusque-là n'avait été confiée qu'au canal seul delà vive voix, sujet à mille variations, et qui n'était point encore fixée par l'écriture, gardienne sûre des faits ; la vérité , dis-je , s'obscurcit par un nombre infini de fables , dont les dernières augmentèrent beaucoup les ténèbres que les plus anciennes y avaient déjà répandues.
La tradition des grands principes et des grands événements se conserva parmi tous les peuples , non sans quelque mélange de fictions, mais avec des traces de vérité évidentes et tout à fait reconnaissables : preuve certaine que ces peuples étaient tous sortis de la même origine.
De là ce sentiment , répandu chez tous les peuples , d'un Dieu souverain , tout-puissant, maître et créateur de l'univers ; et , ce qui en est une suite , de la nécessité d'un culte extérieur par des cérémonies et des sacrifices. De là le consentement uniforme et général sur certains faits : la création de l'homme par les mains de Dieu même ; son état de bonheur et d'innocence, marqué par le siècle d'or, oii la terre, sans être arrosée de ses sueurs ni cultivée par im pénible travail , lui fournissait tout en abondance ; la chute du même homme , source de tous ses malheurs , suivie d'un déluge de crimes , qui attira celui des eaux ; le genre humain sauvé par une arche qui s'arrêta sur une montagne; et ensuite la propagation du genre humain par un seul homme et par ses trois fils.
Mais le détail des actions particulières étant moins important, et par cette raison moins connu , fut bientôt altéré par des fables et par des fictions, comme on le voit clairement dans la famille même de Noé. Comme il fut père de trois enfants , et que les peuples qui en étaient descendus se répandirent après le déluge dans les trois différentes parties de la terre, cette histoire a donné lieu à la fable de Saturne, dont les trois enfants, si l'on en croit les poètes, partagèrent entre eux l'empire du monde.
Cham est le même qu'Ammon , c'est-à-dire Jupiter. Japhet,
TRAITK UES ETUDES. 131
connu sous ce nom dans les poètes , fut aussi adoré sous celui de Neptune, [)arce que les pays maritimes lui échurent. La postérité de 5em, plus religieuse dans plusieurs de ses descendants, a laissé son nom dans un outli qui l'a fait prendre pour le dieu des morts et de l'oubli.
11 est aisé de voir sur quoi est fondée l'histoire scandaleuse de Saturne, traité injurieusement par l'un de ses flls.
Il est aisé aussi de comprendre que la licence des Saturnales venait d'une mémoire peu respectueuse de l'ivresse de Saturne, c'est-à-dire de Noé.
La sévère punition de celui qui avait vu la nudité de Noé a laissé parmi les païens la mémoire de l'indignation deSaturne,qui, selon Callimaque ' , fit une loi irrévocable , que quiconque aurait une pareille témérité à l'égard des dieux perdrait aussitôt la vue.
Quels rapports ue trouve-t-on point entre Moïse et Bacchus, et ainsi de beaucoup d'autres !
Voilà donc certainement une des sources de la Fable , qui est l'altération des faits et des événements de l'histoire sainte.
Seconde source de la Fable : ministère des anges. Le ministère des anges , à l'égard des hommes , en a été une autre. Dieu , qui avait associé les anges à sa nature spirituelle, à son intelligence, à son immortalité, a voulu encore les associer à sa providence dans le gouvernement du monde, soit en ce qui concerne la nature et les éléments, soit en ce qui a rapport à la conduite des peuples. L'Écriture ^ nous parle d'anges qui président aux eaux , aux vents, aux foudres, aux tonnerres, aux tremblements de terre. Elle nous en montre d'autres qui , armés d'une épée foudroyante, ravagent toute l'Egypte , font périr par la peste dans Jérusalem un peuple .innombrable , exterminent l'armée d'un prince impie. 11 y est fait aussi mention d'un ange ^ , prince et protecteur de l'empire des Perses; d'un autre, prince de celui des Grecs ; de l'archange Michaëi , prince du peuple de Dieu. Le ministère extérieur des anges est aussi ancien que le monde ,
' i;!illiinarlii llymn. zlç Xfjùxpa Trrjç c. l(j,v. 5. IlàXÀaôo;. ' Uan. c. 10, t. 10 et 21,
' Apoc. c. 7, V. I ; c. 8, v. 1-5 en 7;
comme on le voit par l'exemple du chérubin placé à la porte du iji' paradis terrestre pour en garder l'entrée.
Noé et les patriarches étaient parfaitement instruits de cette . vérité , qui les intéressait très-vivement ; et ils avaient eu soin sans doute d'en instruire leurs familles , qui , peu à peu , perdant ij|«i les idées plus pures et plus spirituelles d'une Divinité cachée et invisible, ne furent plus attentifs qu'aux ministres de ses bien- ^ faits et de ses vengeances. Il a pu arriver de là que les hommes se soient formé l'idée de dieux , dont les uns présidaient aux i fruits de la terre , d'autres aux fleuves , ceux-là à la guerre , ceux- ijliRi ci à la paix, et ainsi de tout le reste; de dieux dont le pouvoir et le ministère étaient bornés à certaines contrées et à certains peuples , mais qui tous étaient soumis à l'autorité d'un dieu su- tjta prême.
Troisième source de la Fable. Détail où entre la Providence i|fr! dans le gouvernement du monde. Un autre principe de religion, j^ravé généralement dans l'esprit de tous les peuples , a donné lieu encore à la multiplicité des divinités païennes : c'est la persuasion où Ton a toujours été que la providence divine préside à tous les événements humains , grands ou petits , et qu'aucun , sans exception , n'échappe à son attention ni à ses soins. Mais les hommes, effrayés du détail immense où il fallait que la Divinité descendît, i|i: ont cru la devoir soulager en donnant à chaque dieu eu particulier une fonction propre et personnelle : singulis rébus propria dispertientes officia numinum'. Le soin de toute la campagne aurait donné trop d'affaires à un dieu seul : les terres étaient confiées à l'un, les montagnes à l'autre, les collines àuntroi- \t, sième , les vallées à un autre encore. Saint Augustin compte une douzaine de divinités différentes, toutes occupées autour d'un |a chalumeau de blé, dont chacune d'elles, selon sa destination, prend un soin particulier dans les différents temps , depuis le premier moment que la semence a été jetée en terre, jusqu'à ce que le blé soit parfaitement mûri.
Outre la foule de dieux du bas étase destinés à ces menues
s. Aug. de Civit. Dei. lib. 4 , c. 8.
onctions ' , il y en a d'autres , dit saint Augustin - , plus considérables 3 et d'un rang plus élevé , parce qu'apparemment ils ont ine plus noble part au gouvernement du monde.
Quatrième source de la Fable. Corruption du cœur humain , i(ui a voulu autoriser ses crimes et ses passions. Mais ^, ajoute ,e même Père , ce sont ces dieux-là mêmes , plus importants et dIus renommés, que la Fable a le plus décriés et diffamés, en eur attribuant les crimes les plus honteux et les désordres les dIus détestables, des meurtres, des adultères, des incestes; au ieu que par rapport à ces petits dieux , leur obscurité et leur bassesse , en les laissant dans l'oubli , a mis leur honneur en sûreté. Et ceci a encore été une source féconde de lictions que la corrup- ;ion du cœur de l'homme a fournie à la Fable , pour pallier et excuser les désordres les plus affreux par l'exemple des dieux mêmes.
Il n'y avait point d'infamie qui ne fût autorisée et même consacrée par le culte qu'on rendait à certains dieux. On chantait Jans la solennité de la mère des dieux des chansons dont la mère i'un comédien aurait rougi ^ : et Scipion Nasica , qui fut choisi par le sénat, comme le plus honnête homme de la république, pour aller recevoir sa statue, aurait été bien fâché que sa mère eût été déesse à ce prix , et eût tenu la place de Cybèle.
Les philosophes blâmaient toutes ces impures cérémonies 6, mais timidement, à voix basse, et seulement dans l'enceinte de leurs écoles. Religieux parmi leurs disciples , ils suivaient le peuple dans les temples et aux théâtres, où ces abominations avaient lieu 7 ; et Sénèque, dans un ouvrage que nous avons perdu, où il invectivait avec la dernière force contre ces superstitions sacrilèges , déclare pourtant que le sage s'y conformera au dehors poursuivre les lois de l'État, quoiqu'il sache bien qu'un tel
' « lllam quasi plcbeiam iiuminum Vix selectonira quispiam , qai non in se
niultitudinem miiiutis opnsculis destina- notam contumeliuB insignis acceperit. »
tam. » (S AcG. de Civil. Dei , lib. 7 , (Id. ibid.,c. 4.)
<•• 2.) ^ Id. lib. '2, cap. 4 et 5.
' De Civit. Dei, lib. 7, c. 2. s ,< gts; „„n libère praedicando , sal-
^ « Mamina selecta dicuntur. . . . quia tem utciimque in disputationibus massï-
opcra majora ab his adniinistrantur in tando, talia se improbare testati saut. »
mnno. u (Id. ibid.) (Id. lib. 6 , cap. I.)
* i< lllam infimam [turbam ipsa igno- ' Id. lib. G , c. 10. bilitas texit, ne obruerctur opprobriis...
culte , loin de plaire aux dieux , n'est capable que de les irriter : j Quai omnia sapiens servabit , tanquam legibus jussa, non tanqiiam dus grata.
Cinqidème source de la Fable. Honneurs rendus aux parents , aux inventeurs des arts , aux héros , etc. Je ne me propose pas de rapporter ici toutes les sources dont la Fable est sortie, mais d'en indiquer seulement quelques-unes des plus connues. On peut mettre dans ce nombre le sentiment d'admiration ou de reconnaissance qui a porté les hommes à attacher l'idée de divinité à tout ce qui frappait leur vue , ou qui les touchait de près, ou qui paraissait leur procurer quelque utilité : tels que sont le soleil, la lune, les étoiles; les pères à l'égard de leurs enfants , et les enfants à l'égard de leurs pères ; les personnes qui avaient inventé ou perfectionné les arts utiles au genre humain ; les héros qui s'étaient distingués dans la guerre par un courage extraordinaire, ou qui avaient purgé la terre des brigands ennemis du repos public; enfin tous ceux qui par quelque vertu ou quelque action éclatante paraissaient au-dessus du commun des hommes. Et l'on sent bien, sans quej'en avertisse, s que l'histoire profane , aussi bien que la sacrée , a donné lieu à tous ces demi-dieux et à ces héxos que la Fable a placés dans le ciel , en réunissant souvent sur la tête et sous le nojn d'un seul des actions très-séparées et pour les temps , et pour les lieux , et pour les personnes.
ARTICLE II
Del'ulilité de la Fable.
Ce que j'ai dit jusqu'ici de l'origine des fables, qui doivent leur naissance à la fiction , à l'erreur , au mensonge , à l'altération des faits historiques, et à la corruption du cœur humain,, peut donner lieu à une question , et faire demander s'il est fort à propos d'instruire des enfants chrétiens de toutes les folles inventions et des rêveries absurdes dont il a plu au paganisme de remplir les livres de l'antiquité.
Cette étude, quand elle est faite avec les précautions et la sa-
2sse que demande et qu'inspire la religion, peut être d'une grande tililé pour les jeunes gens.
Premièrement, elle leur apprend ce qu'ils doivent à Jésuslirist, leur libérateur , qui les a arrachés de la puissance des téèbres pour les faire passer à l'admirable lumière de l'Évangile, vant lui, qu'étaient les hommes, même les plus sages et les lus réglés , ces célèbres philosophes , ces grands politiques , ces uneux législateurs de la Grèce , ces graves sénateurs de Rome , tiuu mot toutes les nations du monde les mieux policées et les lus éclairées ? La Fable nous l'apprend. C'étaient des adorateurs veuglesdu démon , qui fléchissaient le genou devant l'or , Tarent et le marbre; qui offraient de l'encens et des prières à des tatues sourdes et muettes; qui reconnaissaient, pour dieux, des nimaux, des reptiles, des plantes même; qui ne rougissaient as d'adorer un Mars adultère , une Vénus prostituée , une Juon incestueuse, un Jupiter souillé de tous les crimes , et digne, ar cette raison, de tenir le premier rang parmi les dieux.
Quelles impuretés, quelles abominations ne régnaient point ans leurs cérémonies , dans leurs solennités , dans leurs mystèes ! les temples des dieux étaient des écoles de désordre ; leurs ableaux, des invitations au crime; leurs bois sacrés, des lieux le prostitution ; leurs sacrifices , un mélange affreux de supersitions et de cruautés.
Voilà ce qu'ont été tous les hommes , à l'exception du peuple uif , pendant plus de deux mille ans ; voilà ce qu'ont été nos pèes , et ce que nous serions encore nous-mêmes si la lumière de 'Évangile n'eût dissipé nos ténèbres. Chaque histoire de la Fable, haque circonstance de la vie des dieux, doit nous remplir en uême temps de confusion, d'admiration, de reconnaissance, it semble nous crier à haute voix ce que saint Paul disait aux '^phésieus : Soucenez-vous , et ne l'oubliez jamais, qu'étant gen-
ils par votre origine vous n'aviez point l'espérance des
nens promis , et que vous étiez sans dieu en ce monde'.
Un second avantage de la Fable , c'est qu'en nous découvrant es cérémonies absurdes et les maximes impies du paganisme ,
» 2. Eph. H , 12
ia!t
136 TBAITE DES ETUDES.
elle doit nous inspirer un nouveau respect pour l'au guste majesté de la religion chrétienne, et pour la sainteté de sa morale. L'histoire ecclésiastique ' nous apprend qu'un saint évêque% pour achever de décrier ["idolâtrie dans l'esprit des Qdèles, produisit à la lumière et exposa aux yeux du public tout ce qui se trouva dans l'intérieur d'un temple qu'il avait fait démolir : des ossements d'hommes , des membres d'enfants, immolés aux démons, et beaucoup d'autres vestiges du culte sacrilège que les païens rendaient à leurs divinités. C'est à peu près l'effet que doit produire dans l'esprit de toute personne sensée l'étude de la Fable ; et c'est aussi l'usage qu'en ont fait les saints Pères et tous les apologistes de la religion chr étienne.
Il est impossible d'entendre les livres qu'ils ont composés sur ce sujet, sans avoir quelque connaissance des fables. Le grand ouvrage de saint Augustin, qui a pour titre de la Cité de Dieu , et qui a fait tant d'honneur à l'Église, est en même temps et ; ^ une preuve de ce que j'avance, et un parfait modèle de la manière dont on doit sanctifier les études profanes. Il en faut dire autant des autres Pères qui ont travaillé sur le même plan dès les premiers siècles de l'Église : Théophile d'Antioche , Tatien , Arnobe, Lactance, ïhéodoret, Eusèbe de Césarée, et surtout saint Clément d'Alexandrie , dont les Stromates sont un livre fermé et inaccessible à quiconque n'est point versé dans cette partie de l'ancienne érudition ; au lieu que la connaissance des fables en facilite inflniment l'intelligence , ce qui ne doit pas être compté pour un médiocre avantage.
C'en est encore un d'une fort grande étendue, et particulier aux jeunes gens pour qui j'écris, que l'intelligence des auteurs, soit grecs, soit latins, soit français même, dans la lecture desquels on est souvent arrêté tout court, si l'on n'a quelque teinture de la Fable. Je ne parle pas seulement des poètes , dont on sait T qu'elle est comme le langage naturel : elle est souvent employée aussi par les orateurs ; et elle leur fournit quelquefois , par d'heureuses applications , des traits fort vifs et fort éloquents. I' Tel est, par exemple, entre beaucoup d'autres, celui qu'on'
' Theodor. 5, c. 22 ; Raff. 11, c. 22 sous ce rapport, meritv tres-peu le nom ttr
et 23 ;Socr. 5, c. 16. de saint. Voy. Tillemont, Hist- Ecclés.
* Théophile, évêque d'Alexandrie, très- t. XI, art. 6. ( Note de Crïtie». ) ïélé contre l'idolâtrie, mais qui, excepté
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luve dans uue harangue de Cicéron ' au sujet de Mithridate, roi Pont. L'orateur marque que ce prince, fuyant devant les Rolins après la perte d'une bataille, trouva le moyen d'échapper s mains avares des vainqueurs en répandant sur la route, ispace en espace, une partie des trésors et des dépouilles que avaient acquis ses conquêtes passées : à peu près., dit-il, nime on rapporte que Médée, poursuivie par son père dans la ;me région, répandit sur les chemins les membres de son frère l)syrte , dont elle avait coupé le corps en pièces , afln que le in de ramasser ses membres épars, et la douleur dont un si ste spectacle pénétrerait un père, retardassent la vivacité de poursuite. La ressemblance est parfaite ; si ce n'est , comme remarque Cicéron , que ce fut la tristesse qui arrêta Ééta , re de Médée , et la joie, les Romains.
Il est d'autres espèces de livres exposés aux yeux de tout le Dnde, les tableaux, les estampes, les tapisseries, les statues, sont autant d'énigmes pour ceux qui ignorent la Fable , qui avent en est l'explication et le dénoûment. Il n'est pas rare e dans les entretiens on parle de ces matières. Ce n'est point , me semble , une chose agréable , que de demeurer muet et de raître stupide dans une compagnie , faute d'avoir été instruit, ndant la jeunesse, d'une chose qui coûte fort peu à apprendre. Toutes ces raisons m'ont toujours fait souhaiter qu'on travail- ; à une histoire de la Fable, qui pût être mise entre les mains tout le monde, et qui fût faite exprès pour les jeunes gens. Le redu père Gautruche esta peu près de ce genre; mais il n'a s assez d'étendue , non plus que le traité du père Jouvency , nt le titre est Appendix de Diis , et qui d'ailleurs est excelit. Celui de M. l'abbé Banier renferme en trois tomes une ande partie de ce qu'on peut désirer sur la Fable, dont il tire le nd de l'histoire même, ce qui est en ce genre le meilleur sysme, et dont il explique les différentes sources avec beaucoup solidité et d'érudition : mais cet ouvrage est trop savant et trop endu pour les jeunes gens, comme le serait aussi celui du re Tournemine , dont il nous a tracé un plan qui ferait désir que l'ouvrage fût achevé. On a donné, depuis peu, un livre
Pro Icfe' Manil. u. 22.
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qui a pour titre, Dictionnaire de la Fable ^-j il peut être fou utile pour s'éclaircir soi-même sur les difficultés qu'on trouv dans ses lectures sur la Fable, mais ce n'en est pas une histoirjie suivie.
On pourrait en donner une , renfermée en un seul tome , qt fût d'une raisonnable étendue , où l'on rapporterait les faits lefe plus considérables et les plus connus, et qui peuvent le plu a contribuer à l'intelligence des auteurs. Il serait bon, ce mr semble, d'éviter ce qui n'a rapport qu'à l'érudition, et qui ren draJt l'étude de la Fable plus difficile et moins agréable; ou , d moins, de rejeter dans de courtes notes les réflexions qui se raient de ce genre. Mais, avant tout, il faudrait en écarter avei^, une sévérité inflexible tout ce qui pourrait nuire à la pureté da ^, mœurs , et n'y laisser , non-seulement aucune histoire , mai, « aucune expression, qui pût blesser, le moins du monde, de 3, oreilles chastes et chrétiennes.