‹ Traité des études (volume 5)Chapitre 42 sur 68 · DES DEVOIRS DU PRINCIPAL · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS DU PRINCIPAL

Le principal du collège en est comme l'âme, qui met tout en louvement et qui préside à tout. C'est sur lui que roule le soin établir le bon ordre , de maintenir la discipline , de veiller en înéral sur les études et sur les mœurs. On comprend aisément imbien un tel poste est important pour le bien public , et comen en même temps il est difficile à remplir. Il serait à souhaiter, j semble , que celui qui se trouve à la tête des professeurs fût 1 tout le premier; qu'il pût en tout servir de conseil et de moîle , et qu'il possédât parfaitement tout ce qu'on enseigne aux

jeunes gens , grammaire , belles-lettres , rhétorique , philosophi pour être en état de bien juger et de l'habileté des maîtres et ( progrès des disciples. Mais on peut suppléer au défaut de qut ques-unes de ces connaissances par d'autres qualités encore pi essentielles et plus nécessaires. Une maison est heureuse quai Dieu lui donne pour chef uu homme qui a l'esprit de gouvern ment, un caractère liant et sociable, un jugement solide , UJ humble et prudente docilité , un désintéressement parfait ; qui n'entre dans cette place que par des vues de religion , et nu lement par des motifs humains. Alors le succès «st immanquabli' car on peut dire, sans crainte de se tromper, et l'expérience ( est un bon garant, que c'est le mérite du principal qui contribi le plus à la réputation d'un collège.

Il y a quatre ou cinq choses surtout qui font l'objet des soir et de l'attention du principal : la nourriture , les études, la dise pline, l'éducation , la religion. J'expliquerai en détail chacui de ces parties le plus brièvement qu'il me sera possible.

ARTICLE PREMIER. '

De la nourriture des pensionnaires.

Ce qu'un père est dans sa famille, le principal l'est dans u collège. Il doit donc avoir l'attention et la tendresse d'un père et donner ses premiers soins à la santé des enfants , qui est I base et le fondement de tout le reste. Elle dépend beaucoup d la nourriture , qui, jointe au mouvement et à l'exercice, sert faire croître les enfants, à les fortifler , à leur donner une bonn constitution , et à les mettre en état de soutenir les fatigues de différents états où la Providence les appellera un jour. Pou cda, il faut que la nourriture soit simple , mais bonne, solid et réglée.

Le moyen que la nourriture soit telle qu'elle doit être, et cec me paraît un principe essentiel en matière d'économie , c'est di prendre ce qu'il y a de meilleur en tout genre : le meilleur pain la meilleure viande, la meilleure huile, le meilleur beurre, etc Etj'aiconnu par expérience qu'il n'en coûtait pas beaucoup plus surtout si l'on a soin de payer réguUèreraent ceux qui font lei

TBAITÉ DES ÉTUDES. 263

)urnitures, moyennant quoi l'on est assuré d'être toujours bien jîrvi.

Un obstacle à la règle que j'établis ici serait, de la part d» incipal, un grand désir d'amasser du bien. Mais je ne dois» upçonner personne d'une disposition d'ame si éloignée du caictère d'un bonnne de lettres et d'un homme d'honneur, qui it mieux que tout autre que ce serait dégrader son ministère le de l'exercer par des vues basses d'intérêt' , et de mettre à ix le soin qu'il prend d'élever la jeunesse. Il est bien juste que s- peines qu'on se donne en ce genre, qui font la partie la plus léreuse et la plus inquiétante du gouvernement d'un collège , ient récompensées même temporellement. Un principal, pour en faire toutes choses, et agir en tout généreusement, doit être )0n aise et au large. Mais le moyen d'y parvenir ( et plusieurs en it fait une heureuse expérience ) , c'est de ne rien épargner ur la nourriture des pensionnaires.

11 ne suflit pas que le principal soit lui-même désintéressé et néreux» : il faut qu'il inspire les mêmes sentiments à ceux qui, us son nom et à sa place , seront chargés de l'économie , et qu'il ille exactement sur leur conduite, dont il est responsable au blic. Une marque sûre qu'il désire sincèrement de remplir en la son devoir , c'est de donner aux maîtres , sur cet article mme dans tout le reste, une entière liberté de lui porter leurs lintes ; de les y exhorter publiquement, de déclarer que ce a lui faire plaisir que d'en user avec lui de la sorte ; de recevoir 1rs remontrances d'une manière qui le prouve , et surtout d'en re l'usage que la justice et la prudence exigeront de lui. Pour irgner aux maîtres la peine qu'une telle démarche cause natulement, il pourrait leur indiquer dans le collège quelque perine , comme le sous-principal , ou quelque autre , avec qui

« Quis ignorât quin id longe sitho- ipsum basce hahere virtutes, sed cir-

tissimum , ac liberalibus disciplinis cumspiciendum diliRenter , ut in hac

iUo quem exigimus aniino dignissi- custodia provinci;E non te unam , sed

n, non vendere operam , nec elevare onines ministros imperii tui , sociis, et

ti beneficii auctoritatem ? » (QuI^T civiljus, et reipublicic prœstare vi-

12, cap. 7.) deare. » (Cic. ad Quint, fratr. lib. I ,

« Uis in rébus jam te usus ipse pro- Epist. 1.) o erudivit , nequaquam satis esse

264 TBAITE DES ETUDES.

ils s'expliqueront plus volontiers et plus librement. Il doitcom ter que c'est là l'unique moyen d'arrêter les discours.

Les maîtres , de leur côté , doivent sur cet article marqu beaucoup de modération, et ne jamais se plaindre à table d mets qu'on y sert , pour ne point accoutumer leurs écoliers à ui trop grande délicatesse sur le boire et sur le manger , et pour i point autoriser par leur exemple un esprit de plainte, de mu mure, qui n'est propre qu'à semer la division , et à fomenter mécontentement dans un collège. Il faut se souvenir que , qu^ que attention et quelque bonne volonté qu'ait un principal , il e impossible que dans une grande économie il n'échappe quelque fautes et quelques négligences, que la prudence et la charité d' maîtres doivent couvrir et dissimuler. |

A la bonne nourriture on doit joindre la propreté, qui il relève le prix et eu fait l'assaisonnement. Il faut que le liU; soit blanc, la vaisselle bien écurée, les salles où l'on mange b' layées régulièrement tous les jours après le repas , et chaqi chose toujours rangée à sa place. L'université ', dans ses statut entre sur cela dans un détail qui montre combien elle juge cet attention importante. Un principal ne la peut donc pas regardi comme indigne de ses soins , et il faut qu'il puisse dire de lu même ce que nous lisons dans Horace :

Hœc ego procurare et idoneus imperor, et non Invitus : ne turpe toral, ne sordida mappa Corruget nares : ne non et cantharus , et lanx Ostendat tibi te ^.

Le même poète , dans un autre endroit , remarque que cel propreté ne demandant point de dépense , mais seulement \ peu de soin et d'exactitude, la négligence en ce point n'est p pardonnable.

Viîibus in scopis, in mappis, in scobe, quantus Consistit sumptus? neglectis: flagitium ingens 3.

• Stat. 23,Append. ' Ub. 2, Sat. 4.

^ Ub. I , Kpist. 5.

TBAITE DES ETUDES. 265

ARTICLE II

Des études.

Comme le choix des régents dépend uniquement du principal ,

)n peut dire pour cette raison que c'est de lui que dépend le suc-

ipès des études. Ce choix est une des parties les plus importantes

le son ministère , et qui a de plus grandes suites , soit par rapport

]iu bien public, soit par rapport à la personne du principal même.

Quel avantage n'est-ce point pour la jeunesse, quel honneur )our l'université, quand un principal met en place des régents [ui se distinguent par beaucoup d'érudition, qui brillent au delors par des compositions ou par des actions publiques , et qui à '.es qualités éclatantes en joignent d'autres non moins nécessaies, le talent d'enseigner et de conduire, l'autorité, la probité, a piété! Mais quel poids accablant pour lui, si par des vues lumaines il nomme des régents peu capables de s'acquitter de eurs fonctions ! Tout le bien qu'un meilleur choix eût produit ui sera reproché ; et tout le mal qui suivra un choix imprudent t téméraire sera sur son compte.

Pour éviter ce malheur, il faut tâcher de faire tomber son hoix sur ceux que Dieu destine aux emplois, c'est-à-dire sur eux à qui il a donné les qualités nécessaires pour les remplir; utrement, c'est mépriser ses dons et rejeter ce qu'il a choisi, /université, en donnant aux principaux le droit d'élire les réents, leur enjoint de s'assurer auparavant de leur capacité, et ncore plus de leur probité , afln qu'ils soient en état d'instruire ;s jeunes gens dans les belles-lettres, et de les former aux boues mœurs. Gymnasiarclae ad docendam et regendarn j uveri' item pœdagogos et magistros probatx vitx et doctrinœ reciiant et admit tant.... quorum mores impvirnis spectandi , ut ueri ab his et litteras simul discant, et bonis moribus imuantur ' .

Ce n'est ni la chair, ni le sang, ni le pays el la patrie, qu'il lUt consulter dans un tel choix, mais l'utilité publique. S'il ;ait permis de comparer les petites choses aux grandes , on

Stat. facult.

IK. DES ÉTUD. T. ilL

exhorterait le principal à se souvenir d'une belle parole d'un empereur romain, et d'imiter sa conduite. C'est Galba, lorsqu'il adoplaPison. « Auguste, lui dit-il, s'est cherché un successeur « dans sa famille; pour moi, j'en ai cherché un dans toute l'é- « tendue de l'empire : » Jugustus in domo successoi^em quxsi-' vit, ego in repriblica\ Nous devons regarder comme notre i plus proche parent et notre meilleur ami celui qui a le plusdej mérites selon la belle remarque de Pline. La brigue et lare-j commandation des puissances ne doivent avoir ici aucune part:j et c'est dans ces sortes d'occasions qu'il doitfaire paraître une fer-j meté inébranlable , en se représentant à lui-même de quelle^ injustice et de quelle infidélité il se rendrait coupable en sacri-i fiant à la complaisance pour un particulier les intérêts essentiels] de tant de familles , qui lui ont confié de bonne foi ce qu'ellesr avaient de plus cher. 1

On sait combien d'excellents sujets BI. Gobinet avait placés dans le collège du Plessis. Il allait les chercher lui-même, et, n'avait égard qu'au mérite , et jamais <à la recommandation seule.. Le célèbre M. Leaglet , ayant lu une pièce de vers qu'il rencontra par hasard sur la table de M. Gobinet, lui dit que l'auteur, qu'il ne connaissait point, pourrait devenir un excellent poète, s'il ajoutait à son génie naturel la lecture de Virgile , qui lui manquait. C'en fut assez à ce digne principal , quand il eut connu d'ailleurs les autres qualités de cejeune homme, pour le faire régent; c'était M. Hersan, qui a fait tant d'honneur à l'université.

L'important pour un principal serait de former lui-même de, bons sujets dans son collège, et de les préparer de loin à la régence. Quand on les a vus croître ainsi sous ses yeux, on les connaît tout autrement, non-seulement par rapport à la capa-, cité, mais, ce qui est encore plus essentiel, par rapport aux mœurs et au caractère d'esprit. Je reviendrai à cette matière , et j'y insisterai davantage en finissant cet article.

Il ne sufût pas d'avoir fait un bon choix , il faut le soutenir

' Tac. Hiat. lib. 1 , c. 15. et hune tibi proximum , hune coujunctis-j

2 I' An ta siimmae potestatis haeredem simum existimes, qaem optimum iovene

tantum intra domum tuam quœras ? Don ris? » Pu», in /'a/ie*?. Traj.) ;

per totam civitatem circnmferas oculos ,

par tout le reste de sa conduite. La grande habileté d'un principal consiste à gagner l'esprit des régents, à s'en faire estimer et aimer , à s'attirer leur confiance ; à quoi il ne peut parvenir que par des manières douces, prévenantes , éloignées de tout air Je hauteur et d'empire. Car il doit se souvenir que le caractère qui domine dans les gens de lettres , c'est l'amour de la lioerté ; j'entends une liberté honnête et réglée par la raison.

Outre ce (jui dépend des régents , le principal peut contribuer beaucoup par lui-même à l'avancement des études, en s'appli- |uant à jeter de l'émulation dans les classes par les fréquentes nsites qu'il y fera pour se faire rendre compte du progrès des tudes, pour y animer les bons écoliers par des louanges , pour eur distribuer de temps en temps des récompenses et des prix, )0ur exciter les médiocres "et les faibles à faire des efforts , et lour appuyer en tout l'autorité et les bonnes vues des régents.

La distribution des prix , qui se fait à la fin de l'année avec olennité , est un des moyens les plus efficaces pour exciter et ntretenir l'émulation dont je parle. Ce soin regarde le princial; et de toutes les dépenses qu'il fait, celle-ci est la mieux emloyée. Il serait à souhaiter, comme je l'ai déjà observé, que >ur revenu les mît en état d'y fournir sans s'incommoder ; et admire la générosité de ceux qui , n'ayant point de pensionnai- |es, ou n'en ayant qu'un très-petit nombre, ne laissent pas de disibuerdes prix à la fin de l'année comme s'ils étaient fort riches. Afin que cette distribution de prix produise tout son effet , Ile doit se faire avec une grande équité, sans que jamais la fa- 3ur y ait aucune part. Il dépend du principal de donner des rix ou de n'en pas donner : mais quand ils sont une fois prooses, il n'en est plus le maître; ils sont dus et appartiennent 3 droit au mérite, et ils ne peuvent, sous quelque prétexte que ; soit, lui être refusés sans une injustice criante. Ici les rangs Mit réglés, non par la naissance ou par les richesses , mais par esprit et le savoir. Le roturier se trouve de niveau avec le rince, et pour l'ordinaire le devance beaucoup; et rien n'est lus important pour faire fieurir les études dans un collège, ue d'y bien établir la réputation d'une justice exacte et rigouîUse dans la distribution des places et des prix.

Je reviens , comme je l'ai promis , à ce qui regarde le choix des régents. Le moyen le plus sûr d'y réussir, et je sais que plusieurs principaux l'ont employé avec succès, c'est de choisir dans les classes de pauvres écoliers en qui l'on remarque de l'esprit et de la bonne volonté , de les nourrir à ses dépens , d'avoir une attention particulière sur leur conduite et sur leurs études;' quand ils les ont achevées , de leur confier le soin de quelques' écoliers, afin qu'ils se forment eux-mêmes en les instruisant;' de leur faire faire de temps en temps quelques compositions ,' soit en vers , soit en prose ; et par là de les mettre en état d'en-| trer dans la régence quand l'occasion s'en présentera.

Cette dépense ne va pas loin , et peut avoir d'heureuses suites.l Le grand avantage qu'un principal en doit espérer, c'est d'at-' tirer sur son collège la bénédiction de Dieu , et il en a un extrême besoin. Car, il ne faut pas le dissimuler, il y a , généralement parlant , sur les riches et sur les richesses une sorte de malédiction , qu'il faut tâcher d'en détourner en mêlant parmi les enfants des riches quelques pauvres écoliers qui attirent sur eux les regards et la protection de celui qui se déclare partout dans l'Écriture le protecteur et le père des pauvres.

Je ne sais s'il y a, pour un homme de lettres et pour un homme de bien, une joie plus pure que celle d'avoir contribué par ses soins et par ses libéralités à former des jeunes gens qui dans la suite deviennent d'habiles professeurs, et par leurs rares talents font honneur à l'université. Cette joie, ce me semble, devient encore infiniment plus sensible quand c'est à titre de gratitude qu'on leur a rendu ces services, pour reconnaître et pour payer en quelque sorte ceux qu'on a reçus soi-même lorsqu'on était dans une pareille situation; car souvent, et Ton ne doit pas en rougir, c'est du sein de la pauvreté que sortent les plus excellents sujets, comme Horace le remarque en parlant des plus grands hommes de la république romaine.

Hune', et incomptis Curium capillis Utilern bello tulit, et Camillum SiEva paupertas ■'.

' Fabriciiim — - Iforat. lib. I , Od. 12.

ARTICLE m. •

De la discipline du collège.

Les principaux sont chargés, par leur place et par leur titre, le veiller a la discipline générale des collèges. C'est à eux qu'il ippartient' de faire examiner les écoliers pour les placer Jans les classes qui leur conviennent. Ils doivent ^ se faire renire compte, chaque semaine, de la conduite qu'ils y gardent. Is doivent^ agir de concert avec les professeurs pour régler ^uels auteurs on expliquera dans les classes. Ils sont tenus de aire observer exactement les statuts de l'université , et les règlements de la faculté des arts qui regardent la discipline des îolléges et des classes , tel , par exemple , qu'est celui qui fixe les ours de congé et le temps de l'entrée et de la sortie des classes, qui a été renouvelé depuis peu, et autorisé par le parleiuent; et c'est pour cela que l'université leur enjoint de faire 4 ire deux fois chaque année ces statuts et ces règlements, en présence de tous les maîtres et de tous les écoliers. ! Cette dernière ordonnance est fort sage, mais n'est pas assez exactement observée. Pour en rendre l'exécution plus facile, on i fait imprimer séparément ceux de ces statuts et de ces reglelîients qu'on a jugés les plus essentiels pour la discipline; et il y a des professeurs qui ne manquent point, chaque année, de les lire dans leurs classes. On pourrait y en ajouter quelquesuns qui ont été faits depuis , et les faire imprimer de nouveau.

Je commence cet article par ce qui regarde les devoirs du principal à l'égard des boursiers. Tout ce que je dois dire dans la suite leur convient jusqu'à un certain point, et leur est commun avec les autres écoliers; mais le principal leur doit un soin particulier. Us sont les enfants de la maison ; et les collèges , dans leur origine, ont été fondés pour eux. Un principal doit toujours s'en souvenir, et ne perdre jamais de vue les pieux motifs des fondateurs , qui ont consacré une partie de leurs biens à une œuvre si sainte. C'étaient , pour l'ordinaire , de hauts et

' Stut. U, facnlt. Art. ' Stat. 24.

> Stat. M * Stat. 76.

puissants seigneurs dans leur temps : des cardinaux , des archevêques, desévéques, des chanceliers, des princes ,et quelquefois même des têtes couronnées. Leur mémoire doit encore être aussi chère et aussi précieuse à un principal que le serait leur personne s'ils étaient actuellement en place et en crédit. Il doit, par respect et par reconnaissance pour ces illustres fondateurs , qui sont toujours vivants pour lui, avoir pour les boursiers une bonté et une tendresse de père, leur procurer tous les secours temporels et spirituels qui dépendent de lui , leur donner tous .ses soins pour les mettre en état de remplir dignement les places où la divine Providence les appellera; empêcher surtout que les enfants des riches n'aient du mépris pour eux , et pour cela leur témoigner lui-même de l'estime et de la considération. Je n'ai jamais remarqué que les pensionnaires fussent choqués qu'en certaines occasions on leur préférât les boursiers , et que par honneur on leur donnât le premier rang. Ceux-ci ne doivent pas s'en prévaloir, ni oublier que c'est à titre de pauvres qu'ils sont boursiers ; et qu'ainsi leur caractère doit être la douceur, Tobéissauce , la docilité , et surtout l'humilité ; car rien n'est plus insupportable qu'un pauvre orgueilleux : Oclivit anima mea... pauperem superbum ». Aces conditions, on ne peut témoigner trop d'amitié aux boursiers. Quand un principal l'a été lui-même, comme cela arrive assez fréquemment , il est bien plus porté à les favoriser, et il s'applique volontiers ce vers de Virgile :

Non ignara mali, miseris succurrere disco ^.

Ou plutôt il s'applique le commandement que Dieu fait souvent dans l'Écriture aux Israélites, de prendre soin des étrangers . parce qu'eux-mêmes l'avaient été : Âmate peregrinos , quia eipsi fuistis advenae in terra yEgypti ^.

Une des choses qui contribuent le plus à établir la réputation d'un collège, c'est l'exactitude et la fermeté delà discipline. Il y a , à la vérité, bien des parents qui se déterminent presque à l'aveugle sur le choix d'un collège; mais il y en a beaucoup aussi qui se conduisent autrement , et qui, regardant comme le pre-

> Ecoles. 25. 3 Dent. 10, 9.

' ^n. lib. 1 , V. 034.

TRAITE DES ETUDES. 27 l

nnier et le plus essentiel de leurs devoirs de procurer une éducaion chrétienne à leurs enfants , y donnent tous leurs soins el :oute leur application. Or ce qui détermine de tels parents en laveur d'un collège , c'est la connaissance qu'ils ont de la bonne discipline qui y règne.

Tout le soin d'un principal est donc de s'acquitter fidèlement Je son devoir, sans être inquiet du succès. Un peu d'honneur lui suffit pour ne jamais briguer aucun pensionnaire. Ce serait ivilir et dégrader sa profession, et la confondre avec l'emploi Jes mercenaires et des ouvriers, dont plusieurs même rougiraient d'une telle démarche. Il faut qu'on regarde comme un avantage d'être admis dans son collège; et c'en est un, n effet, d'avoir place dans une maison où la jeunesse est élevée avec soin : tout père bien sensé ne pensera jamais autrement.

Il serait aussi , ce me semble , du bon ordre et de la prudence , de ne point recevou" aveuglément tous les écoliers qui se présenteraient, mais de s'informer auparavant de leurs mœurs et de leurs caractères, surtout quand ils sont déjà un peu avancés en âge , et qu'ils sortent d'un autre collège ou de quelque pension.

Mais le point important et décisif pour la discipline , c'est de ue jamais souffrir dans le collège aucun écolier capable de nuire aux autres, soit en corrompant la pureté de leurs mœurs , soit Bn leur inspirant un esprit de mécontentement et de révolte. Dans ces deux cas , on ne craint point de l'assurer, la règle dont je parle doit être gardée inviolablement. Pour s'en convaincre , il ne faut que changer d'objet, et se demander à soi-même si on laisserait avec les autres un enfant malade d'une maladie contagieuse. Est-ce donc que la contagion des mœurs est moins dangereuse , et qu'elle a des suites moins funestes ? Un principal qui a de la religion peut-il soutenir cette pensée effrayante , mais véritable, qu'un jour Dieu lui demandera compte de toutes les imes qui se seront perdues dans son collège, parce que , pour des vues d'intérêt, ou par trop de complaisance et de mollesse, il n'en aura pas éloigné les corrupteurs.' Sangu'mem ejus de manu tua requiram '.

• Ezech. 3,18.

272 TBAITÉ DES ÉTUDES.

Quand je parle ainsi , je ne prétends pas que tout défaut considérable , Di même tout dérangement de mœurs , soit une raison de se défaire d'un écolier. La maladie , comme telle, n'est point une raison de faire sortir le malade de l'infirmerie; mais seulement quand elle est connue pour contagieuse , et capable d'infecter les autres. Ainsi, l'on souffre quelque temps un écolier ; mais quand on voit que les avis , les réprimandes , les punitions , sont inutiles , et qu'il y a lieu de craindre que le mal ne se communique, c'est pour lors que l'éloignement et la séparation deviennent absolument nécessaires.

J'avoue qu'il n'y a point d'occasion où le principal ait plus besoin de prudence et de discernement que dans celle dont il s'agit ici. Il n'y a que l'esprit de Dieu qui puisse le retenir dans un juste milieu, et lui inspirer un sage tempérament entre une molle douceur et une sévérité outrée ; et il ne peut trop , dans de telles conjonctures, implorer son secours et sa lumière.

Un autre moyen de conserver la discipline et le bon ordre dans un collège , c'est de soutenir avec fermeté et sagesse les maîtres subalternes , de bien établir leur autorité, de les appuyer fortement dans l'occasion , et de ne jamais leur donner le tort en présence des écoliers , mais de se réserver à leur dire en particulier ce qu'on jugera à propos, et à leur donner les avis nécessaires. Pour cela , le principal doit les voir souvent , les recevoir toujours avec bonté et honnêteté, s'informer par eux de la conduite et du caractère des écoliers, écouter leurs plaintes et leurs avis . leur laisser une entière liberté , afin de s'attirer leur confiance. C'est cette union , ce concert, cette unanimité , qui est lame du gouvernement. Alors tout retentit aux oreilles du principal. Son esprit règne partout. Les maîtres, qui sont comme ses bras, ses oreilles, ses yeux, reçoivent de lui tout leur mouvement; et il les ménage aussi, de son côté, comme la prunelle de ses yeux , et comme ne faisant qu'un même tout avec lui.

Le sous-principal, sur qui roule en général le soin de la discipline, et qui tient presque partout la place du principal et supplée à son absence, doit suivre en tout ses impressions. L'esprit d." vigilance, d'attention, d'exactitude, fait sou caractère essentie!.

TBAITE DES ETUDES. 213

Rien ne doit lui échapper. Pendant les récréations , lorsqu'il se promène et s'entretient avec les autres, ses yeux et son esprit sont ailleurs. Il observe tout , sans presque que cela paraisse : les mouvements , les conversations , les liaisons particulières ; et il sait faire proflt de tout. J'en dis autant de tous les autres maîtres , pour qui cette attention n'est pas moins nécessaire , mais est beaucoup plus facile, parce qu'ils n'ont qu'un petit nombre d'écoliers à observer. Il y a des précepteurs qui croient pouvoir en conscience se reposer de ce soin sur la personne qui est chargée de la discipline publique. C'est une erreur. Chaque maître répond de ses écoliers , et est obligé de veiller sur eux dans tous les temps où il lui est libre de le faire.

On nepeut trop recommander l'exactitude à faire chaquechose dans son temps et dans le moment marqué. Elle ne coûte que dans les commencements ; quand la coutume en est une fois établie , les écoliers l'observent comme naturellement et presque sans y songer. On aime à voir une nombreuse jeunesse disparaître tout d'un coup au premier son de la cloche, laisser la cour vide ; et l'on n'augure pas bien de la discipline d'un collège quand , au lieu de ce prompt départ , on délibère pour se mettre en marche , et que des traîneurs se succèdent les uns aux autres. On en peut dire autant de tout le reste, de l'entrée dans les classes, au réfectoire, à l'église. Pour établir cet ordre, le principal et le sousprincipal doivent en donner l'exemple , et se trouver partout les premiers.

Cet esprit d'exactitude est d'un grand secours pour tous les emplois de la vie ; c'est une qualité absolument nécessaire à tous ceux qui gouvernent. Pour cela , il faut entrer dans un grand détail ; être attentif à tout , sans presque le paraître ; prévoir de loin et préparer tout ce qui doit se faire; ne se pas contenter de donner des ordres; s'informer régulièrement s'ils sont exécutés , et comment; veiller à l'observation des plus légers règlements, afin de prévenir par là le violement de ceux qui sont plus essentiels. Il y a des maîtres qui méprisent l'exactitude dans les petite s choses, parce qu'ils les regardent comme des minuties et des bagatelles. Us ne tout pas attention que , quoique chacune de ces règles paraisse peut-être en particulier peu importante , réunies

27 4 TBAITE DES ETUDES.

toutes ensemble elles forment ce qu'on appelle discipline et bon ordre dans un collège, et que la négligence par rapport aux unes entraîne ordinairement !a ruine des autres. J'appliquerais ici volontiers ce que Tite Live remarque au sujet de la religion. « Ces cérémonies, dit-il , nous paraissent maintenant petites et « méprisables; mais c'est en ne les méprisant point que nos a n- « cêtres ont porté la république à ce point de grandeur où nous " !a voyons. » Parva sunthxc: sed parva ista non contemnendo majores 7iostri maximam hanc rsmfecerunt '.

Ce n'est pas que je croie qu'on doive faire" consister le bon ordre d'un collège dans le grand nombre des règles. La multiplicité des lois n'est pas toujours la marque d'un bon gouvernement : Ut antehac Jlagitiis , ita tune legibus laborabatur,d\t Tacite ^ Elles sont plutôt pour les maîtres, qui en connaissent la nécessité et les avantages , que pour les écoliers, que le seul nom de lois est capable de révolter. L'e.xemple des premiers , et du côté des autres l'habitude contractée parla pratique même des règles, est une loi vivante, préférable à celles qui sont écrites. Il est à souhaiter qu'on puisse dire d'un collège ce que dit le même Tacite des Germains , « que les bonnes mœurs y ont plus « de pouvoir qu'ailleurs les bonnes lois. » Plus ibi boni mores valent, quam alibi bonx leges ^.

ARTICLE IV

De l'éducation.

J'entends ici , par ce mot , le soin particulier qu'on prend de i former les manières et le caractère des jeunes gens, en quoi je fais consister une grande partie de l'éducation.

Ce soin regarde le corps et l'esprit. Le principal doit veiller à la culture et à la perfection de l'un et de l'autre.

On peut rapportera la propreté et à la bonne grâce tout ce qui concerne le corps.

.Te ne puis mieux faire , par rapport à la propreté, que de citer ici les termes mêmes du statut et du règlement de l'université sur ce sujet : « Les maîtres doivent prendre soin que leurs dis-

' Liv. lih. (i , n. l'i ■< Demor, Germ. cap. 19.

' Tac. Auual. lib. 3, c. 25.

« ciples n'aient rien, dans leur extérieur, de malpropre i , de -. rebutant ni de grossier; que dans leurs vêtements ils ne fas-

< sent point paraître une négligence marquée; qu'on ne leur ' voie point des habits déchirés, des cheveux mal peignés, des > mains sales : car on doit s'appliquer, non-seulement à leur

< donner le bon goût de la littérature et des sciences , mais aussi

< à leur apprendre la politesse et le savoir-vivre, qui sont si né- • cessaires pour la société et le commerce de la vie. D'un autre

< côté , il ne faut pas souffrir que les jeunes gens donnent dans c le luxe et le faste des habits , ni qu'ils affectent de porter des ' cheveux frisés avec trop de soin et trop d'art , comme dans le i monde. » Rien n'est plus sage que ce règlement, qui comnande d'éviter les deux extrémités, qui sont également vicieuses. 1 ne faut point souffrir dans les écoliers aucune affectation de )arure, et encore moins ces airs de petits-maîtres par lesquels ils )rétendent quelquefois se distinguer.

La bonne grâce par rapport aux jeunes gens consiste à se bien )résenter, à avoir une contenance assurée et modeste , à marcher l'un air aisé et naturel, à se tenir droits, à faire bien une rêvéence, à ne point être dans des postures peu décentes, à ne point 'abandonner à une certaine nonchalance. Les maîtres à danser ont utiles pour cela jusqu'à un certain point; et Quintilien apirouve qu'on en fasse usage : Ne illos quidem reprehendendoa nitem,qinpaulumetiam palsesfricis vacaverînt^. Mais il était )ieu éloigné de permettre qu'on employât, pour ce ministère, des lommes décriés, et infâmes par leur profession même : Hos ibesse ab eoqueininstituiinusquamlongissime velim. Il borne îette étude à fort peu de chose, et au simple nécessaire tel que lous venons de l'exposer : Ut recta slnt brachia, ne indodx 'usticxve manus, nestatus mdecoms, nequa m proferendis petlbtis inscitia, ne caput oculique ab aliacorporis inclinatione dissideant.

' « Provideant ptedagogi et maKistri, usu civilem liuraanitatem paliiioremque

it sui discipuli al)horrcaBt a cultu im- urbaiiitalem ediscant. Scd h> , iie<|uela8-

nuntii), lutulcnlo, et aRiesti ; ne sint civiant immndestiiis, neque tortos artc

usigjiiter négligentes in veslitu; ne dis- et studio capillos cincinnosve ferant »

:incti, impexi, illoti : ut non solum in '^Stat. 14, Jppend.) itl€ratura, sed etium in communi vitae ^ Quint. I. J , cap. M.

276 TRAITE DES ETODES.

J'ai parl« ailleurs de la politesse, qui tient quelque chose du corps et de l'esprit: car l'essentiel de cette qualité consiste à ne point trop s'aimer soi-même , à ne point tout rapporter à soi, à m éviter de rien faire ou de rien dire qui puisse blesser les autres , à chercher les occasions de leur faire plaisir , et à préférer leurs commodités et leurs volontés aux siennes. C'est à quoi les maîtres doivent surtout veiller. Quand les jeunes gens sont exercés à la pratique de ces maximes , la politesse ne leur coûte plus rien , et trois mois d'usage du monde achèvent de leur apprendre tout ce qu'ils en doivent savoir.

Mais la grande et capitale application d'un principal ( et l'on en peut dire autant, à proportion, de tous les autres maîtres), c'est de travailler sur l'esprit et sur l'hu.meur des jeunes gens; et il peut, par cet endroit, leur rendre un service infini. Ce n'est point par les instructions publiques qu'il peut beaucoup avancer de ce cdté-là : mais par des conversations particulières, où les jeunes gens puissent s'ouvrir à lui, lui parler avec liberté, lui marquer leurs peines ; où on leur apprenne à se connaître euxmêmes, à n'être pas fâchés qu'on leur parle de leurs défauts, à les découvrir les premiers et les avouer de bonne foi, à chercher les moyens de s'en corriger, à demander pour cela les avis du maître , et à lui venir rendre compte de temps en temps du profit qu'ils en auront fait.

Je suppose, par exemple , que le caractère dominant d'un écolier est la fierté et la vanité. Il parle souvent de lui-même , et toujours avec estime et avec complaisance. Il vante à toute occasion la noblesse de sa famille, les dignités de ses parents , leurs richesses, la magnificence de leur équipage, de leur 'ameublement , de leur table ; et il n'a que du mépris pour tous les autres. Ce défaut n'est pas rare parmi les jeunes gens , et il se trouve quelquefois dans ceux même dont les parents n'ont d'autre mérite que d'avoir amassé beaucoup de bien.

Un principal , pour peu qu'il soit attentif sur son collège , connaîtra parfaitement le caractère de ce jeune homme. Dans une visite que celui-ci lui rendra , après les discours préliminaires , qui durent quelquefois longtemps pour préparer la voie à quelque chose de meilleur et de plus sérieux , il fera tomber la con-

TRAITE DES ÉTODES. 277

rsalion sur ce qui regarde le jeune homme. Si , sur les interrotions qu'on lui fera , il reconnaît de lui-même son défaut domiint,s'il l'avoue ingénument, on doit lui témoigner beaucoup 1 contentement, louer fort sa sincérité, lui marquer qu'un déut avoué et reconnu est déjà à demi corrigé. S'il n'en convient s , ce qui peut arriver ou par dissimulation ou de bonne foi , on îhe insensiblement de le lui faire connaître par des faits partiliers qu'on lui cite , mais sans reproche et sans aigreur, par le Qtiment de ses maîtres , par le témoignage même de ses comgnons. On lui laisse quelquefois du temps pour y réfléchir plus ûrement. Quand enfin il commence à reconnaître en lui ce dét , on tâche de lui en faire sentir la difformité et le ridicule ; mment le seul amour-propre bien entendu devrait nous en nner de l'éloignement , puisqu'au lieu de l'estime que nous cherons par de sottes vanteries , nous ne uous attirons que du méis et delà haine. On lui propose l'exemple de quelque camarade imble et modeste avec beaucoup de naissance et de mérite, qui estimé et aimé de tout le monde. Après lui avoir fait connaîsa maladie, on lui en propose les remèdes : ne plus parler de -même , ni de sa famille , ni de ses parents , ni de leurs richesses de leurs dignités ; ne se mettre point , dans son propre esprit , dessus des autres; n'avoir du mépris pour personne; parler de compagnons avantageusement. On le fait revenir une quinne après. On s'est informé auparavant , par le rapport des maîs , de tout ce qui le regarde : mais on l'apprend de sa bouche , nme si on l'ignorait entièrement; et, pour peu qu'il y ait de )grès et de changement, on le loue, on l'encourage, on l'exhorte lire toujours de mieux en mieux.

Fe suppose pour second exemple un jeune homme qui aura nqué de docilité et de respect à son maître, qui aura refusé de obéir, qui aura même ajouté quelque parole insolente, et qui ■sistedans son opiniâtreté. Le maître, au lieu de le punir sur- :;hamp comme il en avait droit, s'est contenté par sagesse de témoigner son mécontentement, et a remis la punition à un re temps. Cependant l'écolier ne revient pointa lui et ne remaît point sa faute. Le principal, averti de tout, le fait venir, ui fait raconter la chose comme elle s'est passée , et il examine

s'il parle vrai. Il le rend lui-même témoin et juge dans sa propr( cause. Il lui demande si un écolier ne doit pas être soumis à soi maître; s'il ne doit pas lui répondre avec respect, quand menu il croirait n'avoir pas tort : mais combien est-il plus condamna l)le lorsque le maître a pleinement raison en tout! Un collégi peut-il subsister, si un tel exemple est souffert? Dépend-il ou di maître ou du principal de le laisser impuni? et le peut-il raison nablement? On conduit ainsi par degrés un jeune homme à si condamner lui-même, à reconnaître qu'il a mérité d'être puni à faire satisfaction au maître, et à se soumettre à tout ce qu'i exigera de lui. Mais le maître alors, content de la soumission se fait un plaisir de remettre la peine. Par une conduite si sage, la faute de l'écolier lui devient salutaire , et se termine par l^ faire aimer et respecter ses maîtres plus que jamais , au lieu qu'uij châtiment fait sur-le-champ l'en aurait peut-être éloigné pouj toujours.

Il y a, dans ces occasions, une habileté bien nécessaire à u^ maître , qui consiste à savoir manier les esprits , à les tâter douce ment, à ne s'avancer qu'autant qu'il le faut, et à les conduir, jjar différentes interrogations au point où l'on veut les amenei C'était l'art merveilleux de Socrate, comme on le voit dans tou les dialogues où Platon le fait parler. On en trouve aussi un exera pie admirable dans la Cyropédie • de Xénophon, autre discipl de Socrate, qui peut servir de modèle aux maîtres pour ce genr de conversation dont nous parlons ici. Le roi d'Arménie s'étant n volté contre Astyage , roi des BIèdes , Cyru.s marcha promptemei contre lui, se saisit de sa personne ; et, l'ayant fait venir dans l'a: semblée avec ses femmes et ses enfants , il commença par exigt de lui qu'avant tout il lui répondît selon la vérité. Alors le n [ d'Arménie, conduit de proposition en proposition, avoua en treuif blant qu'il avait rompu mal à propos le traité , qu'il méritait d'éti ( dépouillé de ses biens, de son royaume, delà vie même. Mais Q. rus l'ayant, contre toute espérance, rétabli dans tous ses droite s'en Gt un ami dont la fidélité et la reconnaissance furent in viol; blés. L'endroit est fort long, mais très-beau , et il mérite d'être . avec attention.

* Cyrop. 1. 3. il

TBAITE DES ETUDES. 279

P" Je reviens au principal. Il peut faire des biens infinis par ces

^^^ tretiens familiers , où les écoliers s'ouvrent à lui et lui parlent

™ mme à un bon ami. On peut employer quelquefois le temps

® 's récréations à ces sortes d'entretiens. Quand les écoliers esti-

*s'but et aiment le principal, ils n'ont pas de peine à s'ouvrir a

"' i ; mais il faut faire en sorte, parle secret inviolable qu'on leur

'*"' îrdera, qu'ils n'aient jamais lieu de s'en repentir. On doit s'ap-

*'',quer surtout aux grands, parce qu'ils sont plus en état de

ofiter des avis, et qu'ils en ont plus besoin. Les deux années

philosophie, après lesquelles c'est assez la coutume de choisir

genre de vie, semblent naturellement destinées à examiner

ir vocation. C'est Faction de la vie la plus importante, qui

" cide souvent du bonheur temporel et du salut éternel , et qui

; presque toujours abandonnée à un âge incapable de se con-

^^"1 ire lui-même et peu disposé à prendre conseil.

Avant que de finir cet article , je dois ajouter que les princi-

ux sont en état , et peut-être aussi dans l'obligation, de rendre

X écoliers externes une partie des mêmes services qu'ils ren-

nt aux pensionnaires, car toute la jeunesse du collège est con-

e à leurs soins. Quand. un régent s'aperçoit qu'un écolier com-

mce h se déranger, il pourrait en avertir le principal , qui le

ait venir dans sa chambre, et lui donnerait les avis nécessaires

ur le faire rentrer dans son devoir.

ARTICLE V

De la religion.

isi.Te n'ai pas besoin de prouver que cet article est le plus impor- « it de tous, et que la négligence des maîtres sur ce point serait s-criminelle, parce qu'elle aurait des suites d'une conséquence înie. On peut réduire à trois points ce qui regarde cette mare: les instructions, l'usage des sacrements, la pratique de 'tains exercices de piété.

^ \. Des instructions.

Il est aisé de comprendre que des jeunes gens qui sortent ii\i llége sans être instruits delà religion courent risque de l'ignorer

280 TEAITE DES ETUDES.

tout le reste de leur vie; et l'on ne sait que trop que cette igno raace est la funeste source des désordres et de Tirréligion qi. régnent presque généralement dans le monde. I

Le remède à un si grand mal est de profiter d'un temps où lei jeunes gens sont encore dociles, et naturellement ouverts àtou tes les vérités de la religion. On doit poser pour principe d l'éducation chrétienne ( et ceci regarde tous les maîtres en gé néral , principaux , régents , précepteurs ) que les enfants sou confiés aux maîtres, de la main de Jésus-Christ même, pou veiller à la conservation du précieux trésor de l'innocence qu'i a rétablie en eux par le baptême, pour les rendre dignes de l'a doption divine et de la glorieuse qualité d'enfants de Dieu à la, quelle il les a élevés , pour les instruire de tous les mystères d sa vie et de sa mort , de toutes les merveilles qu'il a opérées ei leur faveur , et de tous les préceptes à l'observation desquel il a attaché leur salut. Voilà de quoi Jésus-Christ nous demaa, dera compte un jour, et non si nous avons fait de bons poète: ou de bons orateurs.

Or dans quelle source peut-on puiser ces divines connaissan ces , sinon dans les livres sacrés de l'Ancien et du TSouveau Tes tameut? Je supplie les maîtreb de lire avec attention ce que di sur cet article M. de Fénelon dans le livre que j'ai déjà cité, qu est sur l'éducation des filles , mais qui ne convient pas moin; aux jeunes gens de Vautre sexe. J'en rapporterai ici quelquei| endroits.

« Les histoires de l'Ancien Testament ne sont pas seulemen ^ « propres à réveiller la curiosité des enfants; mais, en leur dé < couvrant l'origine de la religion , elles en posent les fonde << ments dans leur esprit. Il faut ignorer profondément Tespril^ n de la religion, pour ne pas voir qu'elle est tout historique « C'est par un tissu de faits merveilleux que nous trouvons sor^ « établissement , sa perpétuité , et tout ce qui doit nous la fairti « croire et pratiquer. ;

<i Une faut pas s'imaginer qu'on veuille engager lesjeunesj « gens à s'enfoncer dans la science, quand on leur propose tou- « tes ces histoires. Elles sont courtes , variées, propres à plairt « aux gens les plus grossiers. Dieu , qui connaît mieux que per-

onne l'esprit de l'homme qu'il a formé, a mis la religion dans es faits populaires, qui, bien loin de surcharger les simples, eur aident à concevoir et à retenir les mystères. » M. de Féon eu rapporte un exemple qui regarde le mystère de la Tri- 3, après quoi il ajoute : « Cet exemple suffit pour montrer utilité des histoires. Quoiqu'elles semblent allonger l'instrucion , elles l'abrégeât beaucoup , et lui ôtent la sécheresse des atéchismes , où les mystères sont détachés des faits . Aussi oyons-nous qu'anciennement on instruisait ainsi par les his- )ires. La manière admirable dont saint Augustin veut qu'on astruise tous les ignorants n'était point une méthode que ce •ère eût seul introduite ; c'était la méthode et la pratique niverselle de l'Église. Elle consistait à montrer, parla suite e l'histoire, la rehgion aussi ancienne que le monde ; Jésuschrist attendu dans l'Aucien Testament, et Jésus-Christ rénant dans le Nouveau : c'est le fond de l'instruction chréienne.

Cela demande un peu plus de temps et de soin que l'iusruction à laquelle beaucoup de gens se bornent : mais on ait aussi véritablement la religion quand on sait ce détail ; u lieu que quand on l'ignore , on n'a que des idées confuses ur Jésus-Christ, sur l'Évangile, sur l'Église, sur la nécesité de se soumettre absolument à ses décisions , et sur le fond es vertus que le nom chrétien nous doit inspirer. Le Catéhisme historique ' , imprimé depuis peu de temps , qui est un vre simple , court , et bien plus clair que les catéchismes orinaires , renferme tout ce qu'il faut savoir là-dessus. Ainsi on

( e peut pas dire qu'on demande beaucoup d'étude. » I. de Fénelon, après avoir parcouru et indiqué les histoires plus remarquables de l'Ancien et du Nouveau Testament,

'"Ijte ce qui suit : « Choisissez les plus merveilleuses des hisjires des martyrs , et quelque chose en gros de la vie céleste es premiers chrétiens. Mélez-y le courage des jeunes vierges, îs plus étonnantes austérités des sohtaires, la conversion es empereurs et de l'empire , l'aveuglement des Juifs et leur unition terrible, qui dure encore.

C'est celui de M. l'abbé Flcury.

282 TBAITE DES EXODES.

« Toutes ces histoires , ménagées discrètement , feraient eii « trer avec piaisir dans l'imagination des enfants, vive et tendr « toute une suite de relijiiou depuis la création du monci* « jusqu'à nous, qui leur en donnerait de très-nobles idées, i ii « qui ne s'effacerait jamais. Ils verraient même dans cette hii^ " toire la main de Dieu toujours levée pour délivrer les justti « et pour confondre les impies. Ils s'accoutumeraient à voJ « Dieu faisant tout en toutes choses , et menant secrètement : « ses desseins les créatures qui paraissent le plus s'en éloigne! e « IMais il faudrait recueillir dans ces histoires tout ce qui donn? « les images les plus riantes et les plus magniflques, parc( << qu'il faut employer tout pour faire en sorte que les enfant ( « trouvent la religion belle, aimable et auguste, au lieu qu'ilt « se la représentent d'ordinaire comme quelque chose de tristi « et de languissant. »

Une instruction solide, comme celle dont on vient de parler: est un puissant remède contre la superstition. « 11 ne faut jamais dit le même M. de Fénelon , laisser mêler dans la foi ou dau: les pratiques de piété rien qui ne soit tiré de l'Évangile, ci autorisé par une approbation constante de l'Église. Il fau prémunir discrètement les enfants contre certains abus qu'oi est quelquefois tenté de regarder comme des points de disci pline quand on n'est pas bien instruit. On ne peut entière ment s'en garantir , si Von ne remonte à la source , si l'on m connaît l'institution des choses et l'usage que les saints ei ont fait.

« Accoutumez donc les enfants, naturellement trop crédules

à n'admettre pas légèrement certaines histoires sans autorité

et à ne s'attacher pas à de certaines dévotions qu'un zèle

n indiscret introduit sans attendre que l'Église les approuve. ï

Instruction sur la vianièrp cC élever les novices , 1. 1 des Let-^

très de piété. On voit, par tout ce que je viens de rapporter, la

manière d'instruire solidement les jeunes gens, et la nécessite

d'employer le temps du collège « à leur bien faire connaîtra

• Jésus-Christ, ses préceptes, ses maximes, ses remèdes; à

« bien expliquer son Évangile; à faire connaître la grand eui

« de l'homme, que Dieu seul peut rendre heureux ; sa chute et

TBAITE DES ETUDES 283

a iriisère , dont l'incarnation et la mort d'un Dieu ont pu eules être le remède; la corruption de son cœur, dont l'amour e lui-même et des choses sensibles est devenu le maître; impuissance où il est de faire aucun bien par lui-même et [ans ia grâce de Jésus-Christ ; et le danger continuel où ie let la cupidité, qui subsiste toujours , quoique vaincue... l est aussi très-important de leur inculquer les grandes et Fficaces vérités de la religion : combien Dieu est terrible dans 3S jugements; combien ce que nous trouverons après notre lort sera différent de nos idées; quel malheur c'est que de erdre Dieu sans retour; de quelle noirceur sont les péchés près le baptême; de quel poids est pour nous la vie et la lort de Jésus-Christ, dont nous devons rendre compte; uelle folie c'est que de mépriser une éternelle félicité ; quelle linteté exige la grâce de la, loi nouvelle, de ceux qui sont lorts et ensevelis en Jésus-Christ, blanchis dans son sang, însacrés par l'infusion de son esprit, nourris de sa chair,

associés d'une manière si intime à sa divinité. »

n'y a personne , je crois , qui , sur la simple lecture de ce

je viens d'exposer, ne convienne que c'est là sans doute l'uje manière d'instruire solidement les jeunes gens par rapport

religion. Cette méthode demande du temps et du soin ; mais

BSt bien dédommagé de toutes ses peines par le fruit qu'on

eu d'en attendre. Il s'agit de savoir où l'on peut placer ces

ructions.

,es dimanches et les fêtes en sont le temps naturel. Ces jours ,

leur institution, sont destinés au culte divin, dont la parole )ieu et l'instruction font une grande partie. On sait qu'ils tient lieu parmi nous de ce qu'était le sabbat chez les Juifs; et

sait aussi sous quelles peines Dieu en avait commandé la îtification. Omnis qui fecerlt opus in hac die, morietur'. Il

t abandonné aux Juifs les six autres jours pour leurs propres rages , mais il s'était réservé le septième. Sex diebus opera- 'S, et faciès omnia opéra tua : scptima autein die sabba- \ Domini lui est*. Celait pour lui un jour privilégié et favori,

Exod. 31 , 15. — ' Ib. 20. 9, 10.

284 TBAITE DES ETUDES.

consacré uniquement à son culte, et dont il était jaloux comni d'un jour qui lui appartenait d'une manière particulière. Custc^ dite sabbatum meum ' . Il ne voulait pas que ce jour-là on sortîj, dehors, mais qu'on demeurât dans la maison pour y méditer plus Librement sa loi. Maneat unuscjuinque apiid semetipsum; nulha egrediatur de loco suo die septimo. Eufin on est étonné ࣠voir combien de fois, et avec quelles menaces , Dieu, dans u^ petit nombre de versets , répète et inculque ce précepte ■ avec quelle force il eu recommande l'observation.

On comprend assez que Dieu n'e.xige pas moins de nous 1, sanctiflcation des dimanches et des fêtes : et l'on voit par consé quent de quelle importance il est d'y accoutumer de bonne heuré| les jeunes gens, d'autant plus que ce précepte est presque généralement violé dans toutes les conditions , et surtout parmi les personnes de qualité. Ainsi c'est une règle bien sage, établie dans plusieurs collèges, de ne point laisser sortir les pensionnaires les dimanches et les fêtes, mais d'employer la plus grande partie d4 ces jours à les instruire de la religion. Les parents ne doivent point savoir mauvais gré à un principal qui sera exact et inflexible sur ce point; du moins ils ne pourront le soupçonner d'être attentif à ses propres intérêts.

J'ai reconnu par mon expérience combien la maxime de M. de Fénelon, d'apprendre la religion aux jeunes gens par des faits historiques, était utile et en même temps agréable pour, cet âge. La plupart des instructions que je faisais au collège! roulaient sur l'Ancien Testament. Toutes les grandes vérités , soit pour le dogme, soit pour la morale, s'y trouvent ; et , proposées de la sorte , elles font sur l'esprit des jeunes gens une impression d'autant plus forte et plus durable, qu'elles se trouvent jointes à des faits historiques , dont le souvenir ne s'efface pas si aisément.

A ces intructions, que je faisais régulièrement après la messe

' Exod. 31 , 14. sancta Domino. Omiiis qai fecerit opaa

* « Videte ut sabbatum meum cnsto- in hac die, morietur. Custodiant filii I

diatis.... ut sciatis quia ego Dominns.... Israël sabbatum, et célèbrent illud ia

Custodite sabbatum meum : sanctnm generationilius suis : pactum est sempi-

est cnim vobis. Qui poUuerit illud , morte ternum inter me et filios Israël. » {Exod.

morietur.... Sex diebus facietis opus : 31, 13, 17.) in die septimo sabbatum est , reqnies

TKAIIE DES ETUDES. 285

après vêpres, j'en joignais une autre qui était encore plus tile. Quand la récréation était finie ( et ces jours-là elle doit re assez longue , car les enfants ont besoin de repos et de délas- ■niMit), tout le monde se retirait à sa chambre. Alors les plus tiikIs employaient une heure à lire, dans leur particulier , OIS ou quatre chapitres historiques de l'Ancien Testament , Diit ils venaient ensuite me rendre compte vers le soir dans I chapelle. Je demandais aux écoliers, sans garder d'ordre, î ([if ils avaient observé dans leur lecture. J'étais souvent étonné ,e leurs réûexions sensées et judicieuses, dont je faisais d'au- Imt plus de cas qu'elles venaient de leur propre fonds, eîquelles e leur étaient point suggérées. Il est aisé de comprendre Dinbien cette sorte d'exercice peut être utile aux jeunes gens , on-seulemeut pour les intruire de la religion, mais encore our leur former l'esprit et le jugement.

Outre ces instructions, il doit y avoir un jour particulier, ans la semaine, où l'on explique le catéchisme; et cela se ratique ordinairement dans tous les collèges. J'ai parlé ailleurs, n traitant de l'éloquence de la chaire = , de la manière de faire ^ catéchismes, qui doit être différente selon la différence des i:hï. J'ajoute seulement ici une chose , que j'ai vu pratiquer vtL beaucoup de succès. Ces sortes d'instructions qui se font u\ écoliers plus avancés en âge , comme sont les rhétoriciens i les philosophes, doivent être plus fortes et plus relevées, t roulent ordinairement sur un plan suivi de religion. On 'blige dans quelques coDéges les écoliers a mettre par écrit ce u'ils ont entendu, et à faire un précis du catéchisme qu'on leur

expliqué; et plusieurs le font avec une justesse, une précision t une exactitude qui surprennent les maîtres. La même chose e pratique dans plusieurs paroisses de Paris, et j'ai vu déjeunes illes y réussir parfaitement.

Il ne me reste qu'un mot à dire sur les instructions qui regarlent les domestiques. C'est un des devoirs essentiels du prinipal. Il leur doit cette récompense des services qu'ils rendent lu collège , et il doit cet exemple aux jeunes gens pour leur

' Tome II , p. 68 et suiv.

ff:

286 TBAITÉ DES ÉTUDES.

apprendre ce qu'un jour Dieu exigera d'eux. Les gens riche et de qualité ignorent pour la plupart jusqu'où vont leurs obliga tions sur ce point. Ils oublient que leurs domestiques ont ui autre maître qu'eux, qu'ils doivent servir, et par conséquent 1 connaître ; que par cette raison ils sont indispensablement char gés de les faire instruire sur la religion, de veiller sur leur contas duite , de leur laisser le temps et de leur procurer les moyens d remplir les devoirs du christianisme ; qu'ils leur doivent cei secours spirituels encore plus que la nourriture et le vêtement qu'ils répondront à Dieu du salut de ceux qui les servent , comnK du leur propre ; et que les domestiques font partie de ceux doni« saint Paul recommande le soin en des termes qui doivent fairt f trembler tous les maîtres chrétiens. Si qiielqii'un, dit-il, n'ù^ pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison il renonce à la foi ^ et est pire qu'un infidèle '. Il est donc d'un«|iii absolue nécessité d'instruire les jeunes gens de ce devoir, et di leur en donner l'e.xemple par le soin exact qu'on prendra df faire instruire les domestiques.

Il serait à propos de donner de temps en temps aux dômes ja tiques quelques livres propres à leur apprendre la religion ei a nourrir leur piété : un Nouveau Testament, l'Imitation de Jésus- Christ, des Heures, le livre des Histoires choisies , et d'autres livres pareils. Cette dépense n'est pas grande, et elle peut attirer beaucoup de bénédictions sur un collège. Le principal, le maîtres , les parents , peuvent y contribuer chacun de leur côté; et il ne serait pas indifférent ni difficile d'accoutumer les jeunes gens à prendre quelque chose sur leurs menus-plaisirs pour fournir à ces pieuses libéralités.

§ II. De r usage des sacrements.

Comme les sacrements sont le canal ordinaire par lequel Dieu' nous communique les secours dont nous avons besoin pour vivre et mourir en chrétiens, il est bien important d'inspirer aux jeunes gens, pour ces sources sacrées de grâces et de salut, uu profond respect , qui les suive dans tout le reste de leur vie ,

■ I Tim. 5. 8.

t qui leur apprenne de bonne heure à en faire un saint et jlutaire usage.

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