DU DEVOIR DES ÉCOLIERS
Quintilien prétend avoir renfermé presque tous les devoirs dos écoliers dans cet unique a\is.^ qu'il leur donne, d'aimer ceux qui les enseignent comme ils aiment les sciences qu'ils apprennent d'eux, et de les regarder comme des pères dont ils tiennent , non la vie du corps , mais l'instruction, qui est eomnîe la vie de l'àme. En effet , ce sentiment de tendresse et de respect suffit pour les rendre dociles pendant leurs études , et pleins de reeon-
■ Tomel, Discours prél. ipsa studia amesl ; et parentes esse , iijii
- 11 l'iura de oHiciis d.)centium locu- qiiidem corporum , srd meiiiium . .m -
tas, discipulos id unum intérim monea, daut. » ' Qui.nt. lib. 2, cap. 9.
ut pricceptures suos non mious quam
TBAITÉ DES ÉTUDES. 347'
naissance pendant tout le temps cle leur vie; ce qui me parait renferîiier une grande partie de ce qu'on attend d'eux.
La docilité ' , qui consiste à se laisser conduire, à bien recevoir les avis des maîtres, et à les mettre en pratique, est proprement la vertu des écoliers, comme celle des maîtres est de bieneiiseifjner. L'une ne peut rien sans l'autre ; et , comme il ne sufiit pas qu'un laboureur répande de la semence, mais qu'il faut que la terre, après avoir ouvert son sein pour la recevoir, la couve, pour ainsi dire, l'echauffe, l'entretienne et l'humecte, de même tout le fruit de l'instruction dépend de la parfaite correspondante du maître et du disciple.
La reconnaissance pour ceux qui ont travaillé à notre éducation fait le caractère d'un honnête homme , et est la marque d'i n bon cœur. Qui de nous-* , dit Cicéron , a été instruit a\ec quelque soin , à qui la vue ou même le simple souvenir de ses précepteurs , de ses maîtres , et du lieu où il a été nourri ou élevé , ne fasse un singulier plaisir? Sénèque exhorte les jeunes gens a conserver toujours un grand respect pour leurs maîtres ^ , aux soins desquels ils sont redevables de s"ètre corrigés de leurs défauts, et d'avoir pris des sentiments d'honneur et de probité. Leur exactiludeetleur sévérité déplaisent quelquefois dansun âge où l'on est peu en état de juger des obligations qu'on leur a -*. Mais quand les années ont mûri l'esprit et le jugement, on reconnaît que ce qui nous donnait de l'éloigneinent pour eux , je veux dire les avertissements, les réprimandes , et la sévère exactitude a réprimer les passions d'un âge peu prudent et peu considéré , est précisément ce qui le doit faire estimer et aimer. Aussi voyons-nous que Marc-Aurèle ^ , l'un des plus sages et des plus
' « ut magistrorum offîcium est , do- ^ « Prœceptores suos adolescens ve-
are; sic discipjlurum priebere se do- neretur ac suspiciat , quorum beneficio .se
ciles : alioqui ueutrum sine altcro suffi- vitiis exuit, et sub quorum tutela posilu?
ciet. lit sicut frustra sparseris semina , exercet artes bonas. » (Sem. Epiât. 8:j. )
nisi illu pricmoUilus foverit sulcas, ita ' u Tamdiu ilius odio habemus, quani
doquentia coalescere nequit uisi so- diu graves judiciimus , et quamdiu be-
ciata tradentis accipieiitisque concor- ueficia illorum uoa iutellii;imus. Quum
dia. « (OiiiïiTii.. lib. 2, cap. 9.) jam uîtas aliquid prudeiiiiœ coUegit ,
* « (Juis est nostrum liberaliter edu- apparct proptcr illa ipsa amuri a uoDis
CHtus , cui 111)11 educator, cui non ma- del)Lre, projiter quie non amabantar.
gistcr »uus atque doclor , cui non locus admonitiouen , severitalem , et incon-
ille iiiuUis , ubi ipse altus aut doctus est , sultie adolesceutiie custodiam. » [ \d. (Uc
«■uni t:rata recordatione in meute ver- lieiief. i. û, cap. j. )
ietur? u .1,... pio l'I'ino), il. «I. ) ^ M. Aurei. 1 I . ^ 17.
S48 TBAITE DES ETUDES.
illustres empereurs qu'ait eus Rome, remerciait les dieux de deux choses surtout : de ce qu'il avait eu pour lui-même d'excellents précepteurs , et de ce qu'il en avait trouvé de pareils pour ses enfants.
Quintilien, après avoir marqué les différents caractères d'esprit des jeunes gens , nous trace en peu de mots le portrait d'un écolier parfait selon lui, et certainement très-aimable. « Pour " moi, dit-il, je veux un enfant que la louange excite, qui soit « sensible a la gloire , qui pleure quand il se voit vaincu. Une « noble émulation le tiendra toujours en haleine; un reproche, « une réprimande, le piquera jusqu'au vif; l'honneur lui fera « tout faire. 11 ne faut point craindre qu'un tel écolier s'aban- « donne jamais à la paresse. » Mihi ille detur puer , quem laus excitet, quem gloria jucef , qui victus fleat. Hic eritalendus ambitu : hune mordebit objurcjatio : hune honor excitabit : in hoc desidiam nunqtmm verebor.
Quelque cas que fasse Quintilien des qualités de l'esprit , il estime inflniment plus celles du cœur, sans lesquelles il compte les autres pour rien. Dans le même chapitre d'où j'ai tiré les paroles précédentes, il avait déclare qu'il n aurait jamais bonne opinion d'un enfant qui mettrait son étude à faire rire en contrefaisant les manières, la mine et les défauts des autres. 11 en rend aussitôt une admirable raison: « Un enfant, dit-il, « pour avoir véritablement de l'esprit, selon moi, doit être << bon et vertueux ; autrement , je l'aimerais mieux un peu lent et « tardif qu'avec un mauvais caractère d'esprit. JSon dabit mihi » spem bonx indolis , qui hoc imitandi studio petet , ut ri- « deatur. Nam probus quoque imprimis erit ille vere inge- « niosus : alloqui nonpejus dixerim , tardi esse ingenii, quam « 7nali. »
Il nous montre toutes ces qualités dans l'aîné de ses deux entants, dont il peint le caractère et déplore la perte d'une manière si éloquente et si touchante , dans la belle préface de son sixième livre. On me permettra d'en insérer ici un petit extrait, qui ne sera pas inutile pour les jeunes gens, et où ils trouveront un modèle qui convient fort à leur âge et à leur état.
Après avoir parlé de son cadet , qui était mort à l'âge de
cinq ans , et avoir décrit les grâces et la beauté de son visage , la gentillesse de ses paroles, la vivacité de son esprit , qui conriniençait à briller à travers les voiles de l'enfance, il passe à son aîné. « Il me restait après cela , dit-il , mon fils Quintilien • , qui « était tout mon plaisir , toute mon espérance ; et il pouvait suf- « tire pour ma consolation. Car, entré déjà dans sa dixième an- « née, ce n'était plus des fleurs qu'il montrait comme son jeune « frère , mais des fruits tout formés, et dont l'attente ne pouvait « plus tromper... J'ai bien de l'expérience; mais je n'ai jamais « vu dans aucun enfant, je ne dis pas seulement tant de belles « dispositions pour les sciences, ni tant de goût et d'inclination o pour l'étude ( ses maîtres le savent) , mais tant de probité , de « naturel , de bonté d'àme, de douceur, de penchant à faire plai- « sir et à obliger, que j'en ai connu en lui.
« Il avait , outre cela , tous les avantages que donne la nature * : « un son de voix charmant, une physionomie douce , une faci- « lité surprenante à bien prononcer les deux langues , comme « s'il eût été également né pour l'une et pour l'autre.
« Maistout cela n'étaitencore que des espérances ^, Jefaisbien « plus de cas de ses rares vertus, de son égalité d'âme , de sa « fermeté, de la force avec laquelle il se roidissait contre les crain- " tes et les douleurs. Car avec quel étonnement des médecins " a-t-il supporté une maladie de huit mois ! Sur le point de mou- « rir, il me consolait lui-même et me défendait de le pleurer. Son " esprit s'égarait-il quelquefois dans ces derniers moments , il « n'était occupé pendant ces rêveries que de sciences et d'étu- « des. O vaines et trompeuses espérances! etc. »
Y a-t-il beaucoup de jeunes gens, parmi nous , dont on puisse
' Cl Una post haec Quiutiliani mei spe nia, vocis jucunditas claritasque, oris
ac voluptate niteliar : et poterat suffi- suavitas , et in utracumquc liiigiia , lan-
cere soiatio. iNon enim flosculos , sicut quam ad eam demum uatas essct , ex-
prior.sed, jam decimum setatis ingres- pi-essa proprietas omnium Ijtterarum. » su» aiinum , certes atque deformato» •* « ied hxc spes adhuc. llla majora :
fructiis ostenderat. Jiiro.... lias me in coustautia, gravitas, contra dolorcs
illo vidisseviïtutesiugeuii; non modo ad etiam ac metus robur. JVam quo ille
percipieudas disciplinas , quo uiliil pra;- unimo , qua racdicorum admirationi; ,
slaiitius cognijvi plurima expertus, stu- mensium octo valetudinem tulit ! Ut me
diniue jam tum non coacli (sriunt pne- in supremis cousolatus est! Quam,
ceptores ) , aed proliitatis , pietalis , liu- etiam deficiens , jamque non uostcr , ip-
mauitatis, liberalitatis... » sum illum alienatie mentis errorcm cire*»
^ « litiun» illa foi-tuita aderaat om- solas litteras non liabuit '. »
350 TBAITE DES KTUDES.
dire avec vérité autant de bien qu'en dit ici Quiutiliende son fils ? Quelle honte serait-ce pour eux , si , nés et élevés dans le christianisme , ils n'avaient pas même les vertus des enfants païens ! Je ne crains point de le répéter encore ici : docilité, obéissance; respect pour les maîtres, porté jusqu'à la tendresse, et source d'une reconnaissance éternelle ; ardeur pour l'étude, et goût merveilleux pour les sciences -, éloignement du vice et du désordre; fonds admirable de probité , de bonté, de douceur, d'honnêteté, de libéralité; patience même, courage et grandeur d'àme dans le cours d'une longue maladie. Que manque-t-il donc à toutes ces vertus? Ce qui seul pouvait les rendre véritablement dignes de ce nom , et devait en être comme l'âme et en faire tout le prix , le don précieux de la foi et de la piété , la connaissance salutaire du Médiateur, un di;sir smcere de plaire à Dieu, et de lui rapporter toutes ses actions.
Vûilà ce qui relevé infiniment toutes les autres qualités des enfants chrétiens, et ce qui seul mérite de leur être proposé comme un modèle parfait et digne en tout d'être imité. Us peuvent le trouver dans deux saints illustres , dont la science et la vertu ont fait tant d'honneur à l'Église , je veux dire saint Basile et saint Grégoire de Nazianze.
Ils étaient tous deux sortis de familles fort nobles selon le monde, et encore plus selon Dieu. Ils naquirent presque en même temps; et leur naissance fut le fruit des prières et de la piété de leurs mères, qui dès ce moment même les offrirent à Dieu, dont elles les avaient reçus. Celle de saint Grégoire, le lui présentant dans l'église, sanctida ses mains par les livres sacrés qu'elle lui fit toucher.
Ils avaient l'un et l'autre tout ce qui rend les enfants aimables, beauté de corps, agrément dans l'esprit, douceur et politesse dans les manières.
Leur éducation fut telle qu'on peut se l'imaginer dans des familles où la piété était , s'il est permis de parler ainsi, héréditaire et domestique, et où pères, mères, frères, soeurs , aïeuls de coté et d'autre , étaient tous des saints , et , la plupnrt . des saints fort illustres.
Le naturel heureux que Dieu leur avait accordé fut cultivé
avec tout le soin possible. Après les études domestiques, on les envoya séparément dans les villes de la Grèce qui avaient le plus de réputation pour les sciences, et ils y prirent les leçons des plus excellents maîtres.
Enfin ils se rejoignirent à Athènes. On sait que cette ville était comme le théâtre et le centre des belles-lettres et de toute érudi-^ tion. Elle fut aussi comme le berceau de l'amitié fameuse de nos deux saints ; ou du moins elle servit beaucoup à en serrer les nœuds d'une manière plus étroite. Une aventure assez extraordinaire y donna occasion. Il y avait à Athènes une coutume fort bizarre par rapport aux écoliers nouveaux- venus, qui s'y rendaient de différentes provinces. On commençait par les introduire dans une assemblée nombreuse de jeunes gens comme eux , et là on leur faisait essuyer mille brocards, mille railleries, mille insolences; après .quoi ou les menait aux bains publics en cérémonie, à travers la ville, escortés et précédés partons ces jeunes gens qui marchaient deux à deux. Lorsqu'on y était arrivé, toute la troupe s'arrêtait , jetait de grands cris , et faisait miue de vouloir enfoncer les portes , comme si l'on refusait de les leur ouvrir. Quand le nouveau-venu y avait été admis, pour lors il recouvrait sa liberté. Grégoire , qui était arrivé le premier a Athènes , et qui sentait combien cette ridicule cérémonie était contraire et coûterait au caractère grave et sérieux de Basile, eut assez de (■redit parmi ses compagnons pour l'en faire dispenser. Ce fut (à ' , dit saint Grégoire de Nazianze, dans l'admirable récit qu'il fait lui-même de cette aventure, ce qui donna lieu a notre saiiiie amitié, ce qui commença à allumer eu nous cette llamme qui depuis ne s'éteignit jamais, et ce qui perça nos cœurs d'un trait qui y demeura toujours. Heureuse Athènes, s'écrie-t-il, et source de tout mon bonheur! Je n'y étais allé que pour acquérir de la science; et j'y ilécouvris le plus précieux de tous les trésors, un ami tendre et fidèle: plus heureux en cela que Saiil, qui , ne cherciiaiit que des àuesses, trouva un royaume.
Cette liaison , formée et commencée comme je viens de le dire ,
' ToOto TiU-ïv -vj; 5i),(a; -pooîjjL'.'jv' svTîOOîv ô -y;; 7V/af£-3c: '7-ivOr,o'
352 TBAITE DES ETUDES.
se fortifia toujours de plus en plus , surtout lorsque ces deux amis , qui n'avaieut rien de secret l'un pour l'autre , s'ouvraut mutuellement leurs cœurs, eurent reconnu qu'ils avaient tous deux le même but et cherchaient le même trésor , je veux dire la || sagesse et la vertu. Ils vivaient sous le même toit, mangeaient à la même table , avaient les mêmes exercices et les mêmes plaisirs, et n'étaient, à proprement parler, qu'une même âme : union merveilleuse, dit saint Grégoire, qui ne peut être réellement produite que par une amitié chaste et chrétienne.
IVous aspirions tous deux également à la science, objet le plus capable d'exciter des sentiments d'envie et de jalousie ; et néanmoins , absolument exempts de cette passion subtile et maligne , nous ne connaissions et n'éprouvions entre nous qu'une noble émulation. Chacun de nous , plus sensible à la gloire de son ami qu'à la sienne propre, cherchait, non à l'emporter sur lui , mais à lui céder et a l'imiter.
jNotre principale étude et notre unique but était la vertu. Nous songions à rendre notre amitié éternelle en nous préparant nous-mêmes à la bienheureuse immortalité , eteu nous détachant de plus en plus de l'amour des choses de la terre. Nous prenions pour conducteur et pour guide la parole de Dieu. Nous nous servions nous-mêmes de maîtres et de surveillants , en nous exhortant mutuellement à la piété; et je pourrais dire , s'il n'y avait point quelque sorte de vanité à s'exprimer ainsi, que nous nous tenions lieu de règle l'un à l'autre pour discerner le faux du vrai , et le bon du mauvais.
Nous n'avions aucun commerce avec ceux de nos compagnons qui étaient pétulants , violents ou déréglés dans leurs mœurs; et nous ne fréquentions que ceux qui , par leur modestie , leur retenue et leur sagesse, pouvaient nous aider et nous soutenir dans le bon dessein que nous avions, sachant qu'il en est des mauvais exemples comme des maladies contagieuses , qui se communiquent aisément.
Ces deux saints ( et l'on ne peut trop le répéter aux jeunes gens ) brillèrent toujours parmi leurs compagnons par la beauté et la vivacité de leur esprit, par leur assiduité au travail , par le sulCCS extraordinaire qu'ils eurent dans toutes leurs études ,
lar la facilité et la promptitude avec laquelle ils saisirent toutes es sciences qu'on enseignait à Athènes, belles-lettres, poésie, iloquence, philosophie; mais ils se distinguèrent encore plus par ine innocence de mœurs qui était alarmée à la vue du moindre langer, et qui craignait jusqu'à l'ombre du mal. Un songe qu'eut laint Grégoire dans sa plus tendre jeunesse, et dont il nous a aissé en vers une élégante description, contribua beaucoup a lui nspirer de tels sentiments. Pendant qu'il dormait , il crut voir ieux vierges de même âge et d'une égale beauté , vêtues d'une iianière modeste, et sans aucune de ces parures que recherchent ies personnes du siècle. Elles avaient les yeux baissés en terre ', il le visage couvert d'un voile qui n'empêchait pas qu'on n'enirevît la rougeur que répandait sur leurs joues une pudeur virginale. Leur vue , ajoute le .saint, me remplit de joie ; car elles me paraissaient avoir quelque chose au-dessus de l'humain. Elles , de leur côté , m'embrassèrent et me caressèrent comme un îBfant qu'elles aimaient tendrement; et quand je leur demandai qui elles étaient, elles me dirent, l'une, qu'elleétai t la pureté *, ?t l'autre la continence ^ ; mais toutes deux les compagnes de lésus-Christ, et les amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste. Elles m'exhortèrent d'unir mon cœur et mon esprit au leur , afln que , m'ayant rempli de l'éclat de la virginité, elles pussent me présenter devant la lumière de la rrinité immortelle. Après ces paroles elles s'envolèrent au ciel , et mes yeux les suivirent le plus loin qu'ils purent.
Tout cela n'était qu'un songe, mais qui fit un effet très-réel sur le cœur du saint. 11 n'oublia jamais cette image si agréable de la chasteté, et il la repassait avec plaisir dans son esprit. Ce fut, comme il le dit lui-même, une étincelle de feu qui , s'enflammant de plus en plus , l'embrasa d'amour pour une continence parfaite.
Ils avaient grand besoin , lui et Basile , d'une telle vertu pour
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Kpu']>!xiis.vai , xaxa y/)? èç-ao'c' ô[jL|j.aT' exov.
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'Oacov eùvriTwv çaive6' itn iy. çapswv.
' 'AYVEÏX. ^ -WCppOCT'JVYÎ.
354 TBAITÉ DES ETUDES.
se soutenir au milieu des périls d'Athènes, la ville du monde la plus dangereuse pour les mœurs, à cause de ce concours extraordinaire de jeunes gens qui s'y rendaient de toutes parts, et qui y apportaient chacun leurs vices et leurs dérèglements. Mais, dit saint Grégoire, nous eûmes le bonheur d'éprouvex dans cette ville corrompue quelque chose de pareil à ce que disent les poë tes d'un fleuve qui conserve la douceur de ses eaux au milieu de l'amertume de celles de la mer, et d'un animal qui subsiste au milieu du feu. iSous n'avions aucun co.iimerce d'amitié avec les méchants. Nous ne connaissions à Athènes que deux chemins : l'un qui nous conduisait à l'église et aux saints docteurs qui y enseignaient; l'autre qui nous menait aux écoles, et chez nos i maîtres de littérature. Pour ceux qui conduisaient aux fêtes mondaines, aux spectacles, aux assemblées, aux festins, nous les ignorions absolument
Il semble que des jeunes gens de ce caractère, qui se séparaient de toute société , qui n'avaient aucune part aux plaisirs et aux divertissements de ceux de leur âge, dont la vie pure et innocente était une censure continuelle du dérèglement des autres , devaient être en butte à tous leurs compagnons, et devenir l'objet de leur haine, ou du moins de leur mépris et de leurs railleries. Ce fut tout le contraire; et rien n'est plus glorieux à la mémoire de ces deux illustres amis , et, j'ose le dire, ne fait plus d'honneur à la piété même, qu'un tel événement. Il fallait en effet que leur vertu fût bien pure , et leur conduite bien sage et bien mesurée, pour avoir su, non-seulement éviter l'envie et la haine, mais s'attirer généralement l'estime, l'amour, le respect de tous leurs compagnons.
C'est ce qui parut d'une manière bien éclatante, lorsqu'on apprit qu'ils songeaient à quitter Athènes pour retourner dans leur patrie. La douleur fut universelle. Les cris et les plaintes retentissaient de toutes parts. Les larmes coulèrent de tous les yeux. Ils allaient perdre , disaient-ils , tout l'honneur de leur ville et la gloire de leurs écoles. Les maîtres et les écoliers, joignant aux prières et aux plaintes la force et la violence , protestaient qu'ils ne les laisseraient point aller, et qu'ils ne consentiraient jamas a leur départ. Il fallut effectivement que l'un deux cédât à un
empressement si extraordinaire, et que l'on pourrait plutôt appeler une violente conspiration : ce fut Grégoire. On peut juger quelle fut sa douleur.
Je ne sais s'il est possible d'imaginer un modèle plus parfait pour les jeunes gens que celui que je viens d'exposer à leurs yeux, où l'on trouve réunis tous les traits qui peuvent rendre la jeunesse aimable et estimable : noblesse du sang , beauté d'esprit, ardeurincroyable pour l'étude, succès merveilleux dans toutes les sciences, manières polies et honnêtes, modestie étonnante au milieu des louanges et des applaudissements publics; et, ce qui relève inliuiment toutes ces qualités, une piété et une crainte de Dieu que les mauvais exemples ne firent qu'accroître et fortifier. On peut lire, dans le troisième tome des lettres de M. du Guet, un caractère admirable de ces deux grands saints, composé exprès pour des écoliers qui répondaient sur quelques-uns de leurs traités.
Outre les exemples de quelques saints illustres du chrislianisme, tels que les deux que j'ai proposés, il est bon que les jeunes gens en cherchent eux-mêmes dans les livres sacrés. Ils y trouveront le jeune Samuel, qui, par sa piété et sa vertu, se rendait également agréable à Dieu et aux hommes : Puer autem Samuel proficiebat , atqtce crescebat , et jolacebat tain Domino quam hominibus '. Ils y admireront un saint roi qui dès lâge de huit ans, marchant. sur les traces de David, fut toujours attentif à plaire en toutà Dieu : Fecit quod placituin erat coram Domino, et ambulavit per omnes vias David patris sui^. Ils y verront Tobie le père, après avoir passé lui-même sa jeunesse dans l'innocence, en fuyant la compagnie de ceux qui allaient adorer les veaux d'or, en ne faisant paraître rien de puéril dans sa conduite, et gardant exactement toutes les observances de la loi dès l'âge le plus tendre : Solus fugiebat consortia omnium ^. . . A'ihil pueri/e gessit in opère... Hxc et his similia secimdum legeni Dei pucrulus observabat ; ils le verront, dis-je, élever son (ils de la mùne sorte, en lui enseignant dès son enfance a craindre Dieu et a s'abstenir de tout péché : Que}n nb infaïUia
' I Reg. ;5,2G — ' 4 f\cs.2-2, 2 — •' Tob. cap. 1.
timere Deum docuif, et abstinere ab omni peccafo' . Ils seront surpris de trouver, longtemps avant le christianisme, un courage véritablement héroïque et chrétien dans les sept frères Machahées, tous déterminés à mourir par les plus cruels supplices, plutôt que de violer la loi de Dieu : Parât i sumus mori, niagis quam patrias Del leges prœvaricari''.
Mais c'est dans la source même de la sainteté et de la piété qu'ils doivent aller puiser leurs sentiments, c'est-à-dire dans Jésus-Christ, qui , pour sanctifier l'enfance et l'adolescence, a bien voulu naître enfant, et dans la suite donner aux jeunes gens l'exemple de toutes les vertus qui leur conviennent, par son exactitude à aller au temple aux jours marqués, par son attention à écouter les docteurs, par la sagesse et la modestie de ses réponses , par son application à faire l'œuvre de son père, et a exécuter ses ordres, sans consulter en cela ni le sang ni la nature; par sa parfaite soumission à sas parents; enfm par le soin qu'il a pris de faire paraître au dehors devant Dieu et devant les hommes, a mesure qu'il avançait en âge, des progrès sensibles de la grâce et de la sagesse, dont il avait reçu la plénitude dès le premier moment de son incarnation.
Conclusion de cet ouvrage.
Me voici arrivé à la fln de mon ouvrage. Je crois ne l'avoir entrepris que par des vues du bien public pour être de quelque secours, si je le pouvais, aux jeunes gens et à ceux qu'on charge de leur éducation. Je n'ai point cherché à y rien dire qui pût faire la moindre peine à aucun de mes confrères, ni à qui que ce soit. Si pourtant cela était arrivé contre nîon dessein , et sans que je m'en fusse aperçu , je les prie de ne pas me l'imputer, et (i'intfi prêter en Donne part ce qui me sera échappé sans mauvaise intention.
Après cet avertissement, il ne me reste qu'à prier celui qui est le Maître unique des hommes ; de qui vient toute lumière et tout don excellent; qui dispense les talents comme il lui plaît, et qui eu donue le bon usage; à qui seul il appartient de parler au
' Tob. cap. I. — 2 2 Machab. 7 , 2.
7R.UTE DES ETUDES. 3'î7
cœur aussi bien qu'à l'esprit: de le prier, dis-je, qu'il veuille répandre s;i bénédiction sur cet ouvrage, sur l'auteur, sur les enfants, sur les pères, les mères, les maîtres, les domestiques; en un mot, sur tous ceux qui sont employés à l'éducation de la jeunesse, en quelque lieu et dans quelque collège qu'ils soient : et en particulier qu'il daigne verser abondamment ses grâces sur l'université de Paris, y conserver et y augmenter de plus en plus non-seulement le goûtdes sciences et de l'étude, qui y a toujours régné, mais encore plus celui de la piété et de la religion, qui en a fait jusqu'ici la plus solide gloire. Amen.
FIN DU rtlAJTE DES ETUDES.