SUR LE
[Je ne sais.) M. Rollin pouvait le mer avec assurance. Le premier Scipion l'Africain a vécu dans un temps où la littérature grecque était bien peu connue à Rome. Mais, de plus, Cieeron, lorsqu'il nomme simplement l'Africain , entend toujours le second. S'il veut parler du premier, il ajoute à son nom les epithètes major ou superior.
(Ils se contentaient de maisons fort modestes.) Cette louange convient autant aux Grecs des bons temps qu'aux Romains. « Si quelqu'un devons, disait Démosthènes aux Athéniens. « connaît la maison qu'habitaient Aristide , Miltiade , et tous « leurs illustres contemporains , il voit qu'elle ne brille d'au- « cun éclat qui la distingue de la maison voisine. Car ils « croyaient que dans la conduite de l'État ils devaient se pro- « poser, non l'augmentation de leur fortune, mais l'agrandis- <■ sèment et la gloire de la patrie, i'
{Cest par cette même vue qu'elle (l'Université) a ordonné. ) 'est M. Rollin lui-même qui ordonna cette pratique, étant recteur; et il fit à ce sujet un mandement, duquel sont extraits les passages qui se trouvent cités ici. Il ne pouvait pas sup-
TR. DES ÉTCD. T. Ut.
362 IJKMARQUES
primer le fait, qui était nécessaire à la matière qu'il traite. Sa modestie l'a engagé au moins à supprimer son nom, T. I, p. 109.
{Caton... ayant été député par la république (romaine ) vers les Jthéniens.) C'est le consul Manius Acilius Glabrio qui, envoyé en Grèce pour faire la guerre à Antiochus le Grand , chargea Caton de visiter diverses villes grecques, et en particulier Athènes , et d'y affermir les peuples dans la fidélité qu'ils devaient aux Romains.
( Chez les G7^cs mêmes. ) Dans le sénat de Syracuse.
( Les figures de la Bible. ) Le style de cet ouvrage est orné, périodique , et par cette raison moins convenable , peut-être , ;mx commençants. L'abrégé de l'Ancien Testament , oii l'on a (conservé, autant qu'il a été possible, les propres paroles de l'Écriture sainte, est bien plus à leur portée; et il est écrit avec une pureté et une clarté de style qui peut servir de modèle. ]SL Rollin en recommande la lecture.
( L'Histoire de l'Académie française, par M. Pellisson. ) Elle a été continuée par M. l'abbé d'Olivet ; et il est naturel de faire marcher la continuation avec le premier ouvrage. T. I, p. 116.
( Différentes pièces de vers de M. Despreaux. ) Principalement son Art poétique, qui est un chef-d'œuvre, et qui présente partout l'exemple avec les préceptes. I\L de la Mothe, que l'on ne soupçonnera pas d'avoir voulu flatter la mémoire de Despréaux, conseillait, comme une pratique infiniment utile, <ie faire lire avLX jeunes gens , dans le cours de leurs études , l'Art poétique de cet auteur, et de les exhorter même à l'apprendre tout entier par cœur.
{Pour n'avoir lu les écrivains grecs que dans les traduc-
lions latines. ) Qui croirait que l'on ne put pas se fier à Cicéron , ni citer avec assurance une version faite par un si grand auteur? Ce n'est point l'envie de critiquer qui m'engage à ajouter ici deux exemples de fautes de ce genre commises par Cicéron. Jlais les fautes des grands hommes sont instructives, et deviennent pour les hommes ordinaires des avertissements de se tenir soigneusement sur leurs gardes , de peur qu'il n'arrive à de faibles colombes ce que les aigles mêmes n'ont pu éviter.
Tout le monde connaît ce charmant endroit du Traité de la Vieillesse dans lequel Cicéron raconte , d'après Xénophon, l'entretien de Cyrus le Jeune, frère d'Artaxerxe surnommé Mnémon, avec Lysandre, Lacédémonien : « Xénophon, dans le « livre où il traite de l'Économie , dit Cicéron . a rapporté « que Lysandre étant venu trouver à Sardes le jeune Cyrus , » et lui ayant apporté les présents que lui envoyaient les Grecs « alliés de l'empire des Perses, Cyrus le combla de toutes sor- « tes d'honnêtetés et de caresses, et en particulier lui fit voir un « parc planté avec beaucoup de soin et d'intelligence. Lysan- « dre fut charmé de la beauté des arbres, dont les tiges n'é- « talent pas moins droites que hautes , de la régularité du « quinconce qu'ils formaient, de la propreté des allées, de la « douce odeur qu'exhalaient les fleurs; et il dit à Cyrus qu'il « ne pouvait se lasser d'admirer non-seulement le soin et le « travail, mais l'esprit et le bon goût de celui qui avait tracé « ces alignements. Cest moi-même qui les ai tracés , ré- « pondit Cyrus : l'ordre, le dessin, tout est de moi; et plu- " sieurs de ces arbres sont même plantés de ma main. Alors K Lysandre, surpris de trouver un jardinier dans un prince « tout brillant d'or et de pierreries , s'écria : C'est avec rai- « son, Cyrus, que l'on vous regarde comme heureux , puis- « qu'en vous la fortune est jointe avec la îJertu. Recte vero , «teCyre, beatum ferunt, quoniam virtuti tuac fortuna con- « juncta est. »
On sent quelque chose de louche dans le mot de Lysandre. Il doit admirer la vertu du prince, et il présente pour idée l)rincipale sa fortune. Le docte et judicieux Passerat a senti ce
304 BEMARQUES
défaut, et il en a fait la remarque : -< J'aimerais mieux, dit- « il, quoniam fortunse tuas virtits conjunda est, puisqu"en « vous la vertu accompagne la fortune. Cette pensée est plus « digne d'un philosophe : et Cicéron devait l'exprimer ainsi, <; s'il a voulu traduire le grec. » Passerat dit vrai; et si l'on recourt à l'original , on ne trouve plus rien qui ne convienne parfaitement à la circonstance et aux personnes : Aucaîw? p.ot
'5'oxâ;, h Kùpe, èuiJaîp.cûv dta.\' à-yaôsç -^àp wv âvÀp èuiî'aïu.oveï;. Vous
me paraissez, Cyrus, digne de votre heureux sort, puisqu'en vous la vertu accompagne la fortune.
Le second exemple que j'ai à citer est plus frappant, et le défaut de justesse dans la traduction a déjà été relevé par deux savants illustres , Charles Langius et François Luisino. (Jicéron , vers la Gn du même livre de la Vieillesse , extrait du discours que Xénophon met dans la bouche du grand Cyrus mourant à ses enfants,, ce qui regarde l'immortalité de lame.
Cyrus entre en preuve avec ceux à qui il parle sur cette importante matière. Il ne veut point qu'ils pensent qu'en cessant de paraître à leurs yeux , il doive cesser d'exister. « Je n'ai « jamais pu me persuader, leur dit-il, que l'âme vive durant « qu'elle habite dans un corps mortel , et qu'elle meure lors- « qu'elle en sort. Je ne puis croire qu elle reste dépourvue « d'intelligence et de sagesse, lorsqu'elle est dégagée d'un corps « qui n'a ni intelligence ni raison. Je crois, au contraire, que « quand l'esprit , dégagé de la matière , se trouve dans toute la « pureté et la simplicité de sa nature , c'est alors qu'il a le « plus de lumière et de sagesse. » Après quelques autres raisonnements , Cyrus conclut que si la plus noble portion de luimême survit à son corps , ses enfants, par respect pour son âme toujours subsistante , doivent se rendre fidèles à pratiquer ses
leçons : Eî p.èv cùv oûtw; ex.ct raÙTa , xal r, 'ij'r/yi xa-aXeiirsi ri ffûjia, ■/.%'. TTv èp.TiV i{/uyYiv xaTat^oûpLêvci «oieIte â i-^it 8io]i.a.i, Au lieU de
cette conséquence si bien liée avec ce qui précède , et si judicieuse, Cicéron fait dire à Cyrus : <■ S'il en est ainsi, honorez- « moi comme un dieu : Quare , si haec ita sunt , sic me colitote '< ut deum. ^> La différence entre l'original et la traduction est si grande
ici, qu'assurément on doit penser que Cicéron n'a pas eu intention de traduire. Mais il n'en avertit point; et si l'on citait Xénophon d'après la version de Cicéron , on tomberait dans l'erreur.
J'avais fourni ces deux observations à M. Rollin. Son estime, et, je puis le dire , sa tendresse pour Cicéron, l'ont empêché d'en faire usage ici. Il a touché légèrement quelque chose de la première dans l'endroit de son Histoire ancienne où il traite des mœurs des Assyriens et des Perses. Je respecte une délicatesse qui part d'un principe très-louable; mais je ne puis m'empêcher de donner la préférence à l'amour du vrai.
( Ce secours. ) J'en ai pi'ofité moi-même dans mes études , quoique je ne fusse pas pensionnaire; mais la libéralité de M. Rollin me procurait le même avantage que si j'eusse été en état de payer pension, llavait tellement à cœur la pratique qu'il recommande ici , et il en sentait si bien l'importance , qu'étant principal du collège de Beauvais, et remplissant les fonctions de cette charge dans toute leur étendue , il trouvait néanmoins le ' temps de donner lui-même quelquefois de ces leçons particulières dans sa chambre à six heures du matin; et je me souviens d'avoir expliqué ainsi quelques livres d'Homère avec lui.
( // n'en est pas de ces idiomes ou dialectes de la langue grecque comme des différents jargons.) M. Rollin réfute ici, sans le nommer , M. de Fontenelle , avec lequel il a toujours gardé les ménagements qui sont dus à un écrivain d'un mérite supérieur. M. de Fontenelle a avancé qu'Homère , en mêlant dans ses poèmes les dialectes ionien , éolien, dorique, avait agi comme un écrivain qui parmi nous parlerait dans un même ouvrage, et quelquefois dans un même vers, les jargons picard, gascon, normand. Cette comparaison est insoutenable, et M. Rollin la détruit par le fait. Mais la cause de la différence ne me paraît pas même difficile à assigner. Dans la Grèce, partagée en un si grand nombre de petits États libres et indépendants ,
366 BEMAEQUES
viliaque peuple avait son dialecte propre , comme ses lois , et nul dialecte n'avait un titre d'autorité et de préférence sur les autres r ils étaient tous également bons. Mais, dans un gouvernement monarchique tel que le notre, la cour donne le ton pour le langage, comme les ordres pour l'administration des affaires. On ne parle bien qu'autant que l'on parle comme la cour ; et les prononciations , les façons de s'exprimer qui s'en écartent sont comptées pour des jargons vicieux et corrompus.
( i\'ous avons aussi dans notre langue des ouvrages. ) On sent aisément que ce sont les Lettres Provinciales que M. Rollin désigne ici sans les nommer.
( Les disputes des tribuns. )\\ y a plusieurs de ces disputes qui sont des morceaux fort intéressants par rapport à la suite de l'Histoire, et pour faire connaître la nature, les avantages et les inconvénients du gouvernement de Rome, qui donnent matière à des discours pleins d'éloquence, et dont M. Rollin lui-même a eu grand soin d'orner son Histoire romaine. Ainsi la remarque qu'il fait ici ne tombe que sur quelques-unes de ces disputes traitées plus légèrement par Tite-Live, parce qu'elles roulent sur des objets de peu de conséquence , et qu'elles sont trop semblables à d'autres qui ont été présentées avec plus d'étendue.
( Facinorosus ne se jjrend qu'en mauvaise part. ) Mais ce mot ne signifie pas toujours scélérat. Au moins Tite-Live paraît l'avoir emploj'é (1. I, n. .50 ) pour dire simplement audacieux, téméraire.
( fai va deux habiles professeurs partagés. ) Ce partage arriva dans les conférences qui se sont tenues pendant plusieurs années sur Tite-Live, auxquelles M. Rollin présidait, et dont rédition que j'ai donnée de Tite-Live est le fruit. M. Guérin,
suit LE TRAiTE DES ÉTUDES. 367
:nm dans la république des lettres par les traductions de ;e-Live et de Tacite, avait embrassé la première des deux i;.ierprétations marquées ici, et je soutenais la seconde. M. Roi- Im ne crut pas devoir se décider entre les deux, et il aima mieux qu'elles fussent exposées l'une et l'autre , comme elles le sont réellement, dans la note sur l'endroit de Tite-Live qui avait causé le partage.
( Le prince.) Je doute que le titre de prince convienne à Jules César. Il pourrait être appelé ici le dictateur, ou le chef et le maître de la république.
{Quandon les emploie dans d^s matières saintes.) Ceux mêmes qui trouveraient trop de sévérité dans le zèle qui porte M. Rollin à condamner l'usage que font les poètes cbrétiens des noms de ia Fable dans leurs vers , ne peuvent se dispenser au moins d'acquiescer à la censure qu'il fait ici de la Fable mêlée dans les sujets qui appartiennent à la religion. Telle est la façon de penser de Despréaux, qui, après avoir défendu avec vivacité et avec force la pratique commune , ajoute cette exception.
Ce n'est pas que j'approuve en un sujet chrétien Un auteur follement idolâtre et païen.
Art poét., chap. m.
Ce tempérament a été adopté par M. Racine flls, l'un des plus illustres élèves de M. Rollin. Voyez ses Réflexions sur la poésie, t. III du recueil de ses œuvres.
( Oit l'on a été généralement blessé d'un pareil mélange. ) M. Racine, qui a donné en 17.5.5 une nouvelle traduction du poème de ^lilton , blâme dans son original le défaut qui est remarqué ici. « Dans un sujet si saint, dit-il (Disc, sur le Paradis perdu) , Milton ne fait pas, à la vérité, agir les difabuleuses, mais il en rappelle trop souvent les noms. »
{Peut-être les défigurons-nous.) La cbose est très-\Taiseni-
blable. Mais la poésie latine , même avec notre mauvaise prononciation , conserve encore dans notre bouche assez d'harmonie pour surpasser de beaucoup celle de nos vers français. Elle mérite par conséquent d'être cultivée parmi nous ; et il est digne de l'université de la soutenir avec zèle, et de la venger d'un injuste dédain qui menace et la poésie et la langue même latine d'une décadence très-préjudiciable aux lettres. Ce danger était moins prochain dans le temps où M. Rollin commença d'écrire.
(Ovide.) Quelle différence entre le pinceau de Virgile et celui d'Ovide ! Le seul choix du mot répété fait sentir la différence du goût entre les deux peintres. Ovide répète Jlebile , Virgile Eurydicen. La première répétition est une élégance, l'autre est un sentiment.
{Ipsa.) Racine avait bien compris la valeur de cette circonstance, lorsqu'il fait dire à Hermione qu'elle veut que Pyrrhus, en mounnt, sache qu'il est immolé à sa haine.
Ma vengeance est perdue S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue. «
( Incedo. ) C'est ainsi que Racine, dans Athalie, fait dire à Mathan :
Je ceignis la tiare , et marchai .son égal, Il pouvait dire , et devins.
[M. Gaullyer. ) Cette citation est un acte de bonté et de modération chrétienne de la part de !>L Rollin, qui, attaqué sans aucune raison par M. Gaullyer, comme on l'a vu dans une note de ce volume , le cite ici honorablement , ne sachant se venger que par des bienfaits. V Art poétique àe Despréaux, comme je l'ai observé déjà , remplit la vue de M. Rollin , et doit être lu et étudié par tout écolier de rhétorique.
( Qu'il règne dans Troie avec un pouvoir absolu. ) C'est ainsi que tous les interprètes traduisent le texte d'Homère, Kal îxiou îot àvâacjatv. J'ose néanmoins avouer que ce sens ne me satisfait pas. Dans tout le reste de sa prière , Hector ne souhaite à son fils que la gloire des armes et les succès dans les combats ; et il me semble que l'idée de grandeur et de puissance royale interrompt ici mai à propos le sens et la liaison des pensées. Ava? signifie roi, âvaaasiv, régner. Mais ces mots ne peuvent-ils pas être pris pour protecteur et protéger ? en sorte que le vœu d'Hector pour son fils soit : « Qu'il protège puissamment Ilion.» Le nom même d'Astyanax, expliqué quelques vers plus haut par Homère, autorise ma conjecture. « Hector, dit Homère , nommait son « fils Scamandrius ; les autres l'appelaient Astyanax, car Hec- « tor seul protégeait et défendait Ilion. » L'étymologie se soutient parfaitement si le mot Astyanax signiQait protecteur de la ville : elle répond d'une façon moins juste si ce mot signifie roi de la ville. J'ajoute, pour dernière observation, que les idées de roi et de protecteur sont si voisines, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elles puissent s'exprimer par un même nom.
( Tandem liber equus... ^xaTÔ; îmzo<;.) La différence entre ces deux expressions est grande, et toute à l'avantage de Virgile. Tandem liber exprime le sentiment d'impatience. L'idée d'un cheval reposé est froide en comparaison.
[Ennuyeuses et tramantes.) Par rapport à la circonstance, mais ion en elles-mêmes. Quintilien e.st mon garant. « Quelle nar- « ration plus expressive, dit-il, que celle du combat des Cuti rètes et des Étoliens? » Quis narrare significantius potest , qitam qui Curetum ^Etolorumque prxlium exponit. Instit. or., I. X, c. 1.
{Ni tamboui's. ) Les Parthes faisaient usage d'une sorte d'instruments qui ont quelque ressemblance avec nos tambours.
3 70 REMASQUES
M. Rollin, dans son Histoire Ancienne (t. IX, ia-12-, t.V. iii-4o). les décrit ainsi, d'après Plutarque : « Des instruments creux cou- « verts de cuir, et accompagnés de sonnettes d'airain, qu'ils « frappent les uns contre les autres. »
( Dans leur ancienne autorité. ) J'aimerais mieux , dans leur a nàeime dignité et splendeur. Autorité., en français, dit plus qiCauctoritas en latin. Jidorité emporte souvent l'idée de pouvoir, et le droit décommander : et ce n'était pas assurément l'intention de César que le sénat recouvrât son ancien pouvoir. Juc- /o/77a.s marque seulement considération , éclat , qui impose par voie d'impression, mais sans donner la loi, ni exiger l'obéissance comme due.
(// // a trois genres d'éloquence.) M. RoUin, dans ce qui suit immédiatement , explique et définit les trois genres d'éloquence, eu employant les expressions de Cicéron et de Quintilien. Je crois entrerdans son esprit, en observantici, d'après Quintilien (I.XII, cliap. XIX ) , qu'Homère a connu et très-bien caractérisé ces trois genres si fameux dans les rhéteurs qui n'ont écrit que plusieurs siècles après lui. Il peint le premier dans Ménélas, le second dans Ulysse, le troisième dans Nestor. Voici ce qu'il dit de Ménélas ( //., Ill , v. 213) :
"Hto'. [lèv MsvÉXaoç èitiTÇiOxo-^fi'' àyôçzMZ^, Ilaùpa |xèv, à>.),à [xa).à JayÉw; ; êitît où 7toXû[X"j8oç — O-jû' àçaixap-oî-r,;.
JJrevem, dit Quintilien, cum jucunditate , etpropriam, idenimest non errare verbis, et carentemsurpervacuis eloquentiam Menelao dédit., qux sunt rirtutes generis illius : primi. Une brièveté élégante , la propriété des termes, le retranchement de toute superfluité de paroles, voilà les vertus de l'éloquence de Ménélas : et ce sont celles du genre simple.
Ulysse est peint bien différemment. Après avoir décrit sa contenance tranquille et modeste avant que de parler , précepte donné par tous les maîtres de l'art , Homère ajoute : « Mais lors-
« qu'il ouvrait la bouche, il en faisait sortir la parole avec i'a- « bondance et l'impétuosité des neiges d'un jour d'hiver; en « sorte qu'aucun mortel ne pouvait lui disputer la gloire de « bien dire. »
'AXX' ÔT£ Sri p' ÔTïa T£ (jleyocXyiv ex axrfieoi; Ui ,
Kat ËTtsa vicpàSc(7(Tiv lotxÔTa yziiizçtiy^iaiy,
Oùx âv ÊTtsix' 'Oôuffïji' y' êpiTcrsie êpoTÔç âXXo;.
Non-seulement Homère différentie les genres d'éloquence, mais il y met le prix et en fixe la valeur, donnant la préférence a Ulysse sur Ménélas, et marquant que la perfection consiste dans la force et l'abondance. C'est ce que remarque Quintilieu : Su7ii' mam aygressus in Ulysse facundiam, magnitudinem iUijunxit, cul orationem nivlbus hibernis , et copia vcrborum et impetu , parem tribuit.
Enfin la douceur, qui fait l'essence du genre tempéré, est ce qui caractérise l'éloquence de Nestor.
Totui ûà Niffxwp 'HSyETCYiçàvopouffs, Xiyù? M'jXîwv àyopriTr]?, Toy xat âTïo Y>,(»)cr7'/ic [xÉXixo; ■xKMydtny ^it^ àuovi. (Ii.,I, V. 247.)
« Nestor , cette bouche éloquente , d'où coule une voix plus « douce que le miel, cette langue enchanteresse, cet agréable ora- « leur des Pyliens, se lève et prend la parole. » Ex oreNestoris , dit Quintilien , dixit dulciorem melle projluere orationem : qua certe delectatione nihil fincji majus potest. T. I, p. 404.
(Dans ces diminutifs, dictitabat, hortulos. ) tlorlidus est diminutif, mais non dictitare , qui est un de ces verbes que l'on appelle fréquentatifs.
( Qu'on substitue.) C'est ce qu'a fait Martial, par rapport au fameux mot d'Arria : Pœte, non dolet. 11 a voulu l'enjoliver :
P'ulnits quod Jeci non dolet, inquii :
Sed quod tu faciès hoc mihi , Pcete , dolet.
« Le coup que je me suis porté ne me fait point de mai ; c'est « celui que vous vous porterez, Pctus, qui m'en fait véritable-
372 BEMABQUES
'( ment. » Cela s'appelle, comme a dit fort bien le P. Brumoy , de l'esprit substitué au sentiment.
(Les tristes images de la Religion et de la Patrie éplorées. ) M. Rollin a suivi, dans ce qu'il a dit du sublime, les idées de Longinetdes plus grands maîtres de l'antiquité. J'avoue qu'elles me laissent encore quelque chose à désirer. .le vais mettre ici me.s pensées sur celte matière : le lecteur les appréciera , et en fera tel cas qu'elles lui sembleront mériter.
Le sublime dans le discours excite l'admiration. Voilà son caractère propre, et l'idée la plus précise que l'on puisse s'en former en général. Commençons donc par le distinguer du style animé, chaud , pathétique, qui excite les passions , telles que la commisération, l'horreur, la crainte. Le dernier exemple cité par M. Rollin, cette image touchante d'un grand hommeétendu mort sur ses propres trophées , de ce corps pâle et sanglant , de ce sang qui crie, comme celui d'Abel , porte dans l'âme de l'auditeur ou du lecteur la douleur et la pitié. Ce n'est point là du sublime : c'est du pathétique.
Un exemple du vrai sublime est celui-ci, tiré de YGEdipe de Sophocle. Je le citerai selon la traduction de M. Boivin.
Le chœur apostrophe la justice suprême, la loi naturelle, et lui parle ainsi ;
chaste mère de l'innocence.
Loi pure, tu n'es point l'ouvrage des mortels.
Le ciel t'a donné la naissance :
Tu dois avec les dieux partager nos autels.
Tu rends leurs honneurs immortels ;
Tu fais éclater leur puissance.
Loi divine, immuable loi, Ni le temps ni l'oubli ne peuvent rien sur toi.
Le texte grec auquel répondent ces deux derniers vers a plus d'énergie :
OOoè yripà<7v.z:.
Un grand dieu vit en elles , et ne vieillit jamais.
Cette idée de la loi naturelle, fille du ciel , immortelle comme
Dieu même, et aussi incapable que lui d'affaiblissement; cette idée est grande, noble, admirable. Voilà du sublime.
Le trait fameux de Moïse, « Dieu dit que la lumière soif, « et la lumière fut , » est sublime dans le même genre. La puissance de Dieu obéie dans le moment par le néant même , y est exprimée d'une manière qui nous la fait admirer : et la brièveté de l'expression contribue encore au sublime, en atteignant, autant qu'il est possible, par sa rapidité , à celle de la chose même. Ce genre de sublime peut s'appeler sublime lie pensée.
Si une idée grande et noble , et propre par elle-même à exciter l'admiration, est encore revêtue de grandes et vives images, capables de faire tableau, alors l'idée acquiert plus d'éclat, et l'effet en est plus grand.
L'Écriture sainte est pleine de ces traits de grandeur, qui nous peignent la majesté de Dieu d'une façon qui subjugue l'esprit et l'imagination tout ensemble , et qui nous portent au respect et à l'adoration. Racine a recueilli plusieurs de ces traits dans les choeurs de ses deux pièces saintes. M. Rollin en a cité un morceau, auquel on peut ajouter cette stance du [quatrième cantique de ce même poète :
O Sagesse ! ta parole Fit éclore l'univers.
Posa sur un double pôle La terre au milieu des airs.
Tu dis, et les cieux parurent, Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer.
Avant les siècles tu règnes.
Et qui suis-jc , que tu daignes Jusqu'à moite rabaisser?
11 est une autre sorte de sublime qui excite , comme le [premier, l'admiration; mais par la grandeur du sentiment, Iplutôt que par celle de la pensée. Le premier consiste dans ne idée que nous présente un objet grand , noble, élevé; Taure, dans un sentiment généreux, dans une fierté héroïque, dans ;es traits qui caractérisent une âme élevée au-dessus du vulgaire )ar le mépris de la mort et du danger, par une fermeté toujours ?gale dans les divers événements de la vie, heureux ou mal-
374 RKMAEQUES
heureux , par l'affranchissement de tout ce qui marque quelque faiblesse. Comme donc j'ai appelé la première espèce de sublime . sublime de pensée ou d'idée, j'appellerai celle-ci sublime de sentiment.
De cette dernière classe sont les traits tant et si justement i admirés dans Corneille , le Qu'il mourût du vieil Horace , le < Moi de Médée. M. Rollin a cité d'autres traits du même goût : ^ le mot de Joad dans Athalie , 1
Je crains Dieu, cher Abuerj et n'ai point d'autre crainte, j
la réponse d'Alexandre sur les offres de Darius. |
l.u générosité qui fait oul)lier les injures est un sentiment j magnanime, un effort tellement au-dessus des sentiments natu- I rels, qu'il se fait nécessairement admirer. Ainsi je ne crains point de citer comme sublime le mot de Louis XII : « Ce ' « n'est point au roi de France à venger les injures du duc : " d'Orléans. » i
On peut rapporter aussi au sublime de sentiment le fameux serment de Démosthène, qui a été si bien développé par Lon- i gin , mais qu'il me faut néanmoins expliquer ici par rapport à l'idée que je traite. Démosthène avait été le principal moteur de la ligue qui fut vaincue par Philippe à la bataille de Chéronéc. ^ Ses ennemis voulaient lui faire un crime du mauvais succès de ses ij conseils , et il pouvait craindre que les Athéniens ne s'irritas- I sent contre lui, le regardant comme l'auteur de leurs maux, \ et pensant porter la peine de la faute qu'il leur avait fait faire. " ]Non, messieurs , dit ce généreux orateur , vous n'avez point « failli : j'en jure par les mânes de ces grands hommes qui ■ « ont combattu pour la même cause dans les plaines de Mara- « thon, à Salamine, et devant Platée. » On sent ici la gran- j deur d'àme qui se roidit contre les disgrâces, une espèce d'enthousiasme d'amour de la liberté et de la patrie, qui en divinise les défenseurs, et qui égale, par la conformité de ce motif, le funeste succès de la bataille de Chéronée aux victoires les plus glorieuses. De semblables traits ne naissent point dans l'esprit, ils partent du cœur; et il faut être aussi ardent zélateur de lahbertéet delà patrie que l'était Démosthène , pour palier avec cette noblesse et cette élévation.
SCK LE TBAITE BSS ETUDES. 375
La brièveté convient d'une manière particulière au subJinie 8 sentiment; et si elle n'y est pas absolument essentielle, elle ti relève du moins beaucoup le prix et le mérite. Supposons , ar exemple, que le vieil Horace, lorsqu'on lui demande ce u'il voudrait donc qu'eût fait son fils resté seul contre ti'ois, îponde que son fils devait se souvenir qu'il était Romain , soumir la gloire de ses ancêtres , et se livrer courageusement à i mort. En ce cas , il aurait sans doute exprimé un grand senment. Mais ce sentiment, tout grand qu'il est , nous aurait loins frappés. Il fallait, pour lui donner du feu eî de l'âme, ue le père en parût bien pénétré ; et c'est ce qu'il nous mon- 'e par la manière vive, et même brusque, dont il le rend : Qu'il mourût. » C'est qu'il n'y a rien de si rapide que nos moueraents. Les expressions ne les rendent point à notre gré , si Iles se permettent une certaine étendue. Mais quand un mot , nseul mot, peint vivement un sentiment, nous sommes satislits , nous sommes émus , parce qu'alors le trait part avec une Ltesse qui égale celle du sentiment qui le lance. La brièveté n'est peut-être pas si nécessaire dans le sublime de ensée. Une idée grande, noble, excite dans l'âme une tranuille admiration, qui n'exige pas la même vivacité que le întiment. C'est ce que Ton peut remarquer dans un des temples que IM. RoUin a tirés de l'Histoire Universelle d-^ [. Bossuet : « Il restait environ cinq cents ans jusques aux jours du Messie. Dieu donna a la majesté de son Fils de faire taire les prophètes durant tout ce temps , pour tenir son peuple eu attente de celui qui devait être l'accomplissement de tous leurs oracles. » C'est là une idée sublime, qui ne perd rien de su randeur pour être traitée avec quelque étendue. Mais lorsque I brièveté s'y trouve jointe , l'esprit n'en est que plus vivement ■appé. « Dieu dit. Que la lumière soit, et la lumière fut. Tout était Dieu , excepté Dieu même. »
Ainsi, pour résumer en deux mots tout ce que je viens de dire, s pathétique ne doit pas être confondu avec le sublime ; et il en est italement différent. Le sublime a pour caractère d'exciter l'adairation. On peut en distinguer deux espèces, sublime de pensée u d'idée , et sublime de sentiment.
( In minime gratum spectaculum. ) M. Rollin traduit ici, a u. spectacle qui ne pouvait pas ne les point alarmer. Dans soi Histoire Romaine, il traduit d'une manière plus littérale, et qu rend mieux la pensée de l'original : a un spectacle qui nélai rien moins qu'agréable pour eux. Tite-Live , en écrivant ceci avait dans l'esprit les combats de gladiateurs fort usités chez le Romains , et qui avaient avec celui dont il s'agit beaucoup d ressemblance ; mais il y remarque une différence bien considé' rable. Les combats des gladiateurs offraient un spectacle agréabli aux assistants; celui-ci n'était point propre à réjouir les spectaj leurs.
{Clamore, qualisex insperato faventium solet. ) La traductioi qui est au bas de la page, par des cris tels que le mouvement subi d'une joie inespérée en fait pousser , ne rend pas tout le sens- L'idée du moi faventium n'est pas exprimée. Cette idée a eucor(,ii rapport à ce qui arrivait dans les combats des gladiateurs e,, dans les courses du cirque. Les spectateurs s'intéressaient à te^ ou tel des combattants : et lorsqu'après avoir craint pour celuifj qu'ils favorisaient , ils le voyaient reprendre le dessus , alors ik, poussaient des cris qui marquaient non-seulement leur joie de l'éi venement , mais l'intérêt qu'ils prenaient à la personne, faven^ tium. 1
( Hic laus omnis déclamai.) M. Rollin , dans son édition d« QuintQien, propose de substituer au dernier mot, exlamat, quiji paraît réellement faire ici un sens plus clair et mieux marqué.
{Âd obtinendaea gux vultis.) On peut ajouter ici, pour exempl«| français, ces beaux vers de Racine, dans lesquels Mithridatei adoucit, par le tour de l'expression, la honte qu'il ressent des triomphes remportés sur lui, et célèbres par les Romains.
SUE LE TBA.ITB DES ETUDES. 37 7
Tandis que l'ennemi , par ma fuite trompé, Traînait après son char un vain peuple occupé, Et, gravant sur l'airain ses frêles avantages, De mes États conquis encliainait les images.
L'interrogation , l'apostrophe^ C exclamation,... peuvent servir à rendre le discours plus touchant. C'est l'effet de tout <e que l'on appelle grandes figures en rhétorique, qui doivent être distinguées de celles dont tout le mérite consiste dans l'ornement. En mettant a part ces dernières , qui sont les moins importantes , l'idée la plus juste que l'on puisse se former des figures , :;'est qu'elles sont l'expression des sentiments et des mouvements le l'âme; et comme nous sommes faits de manière que l'imi)ression d'une personne émue se communique aux témoins de ion émotion , le discours animé par les figures devient touchant ; 'est-à-dire que le sentiment qu'exprime l'orateur ou le poëte >Tsse dans* l'âme des auditeurs ou des lecteurs. Que Ton fasse 'essai de la définition que je viens de donner sur toutes les iLjiires : interrogation, apostrophe, exclamation, prosopopée, ivpotypose, répétitions, et sur tous les exemples que !M. RoUin ■n allègue ici , et l'on se convaincra de la justesse de cette déiiiition. On reconnaîtra que les figures se réduisent toutes à expression du sentiment.
M. Rollin a fait lui-même l'essai dont je parle sur l'interrof ition, contenue dans le vers de Virgile : Usque adeone mort II' sérum est? J'ajouterai ici deux exemples.
r.orsque Gcéron, dans la seconde Philippique, parlant de la liaison qui avait appartenu à Varron , le plus docte des Ron.iins, et qui était devenue le repaire des débauches d'Antoine , écrie : O tecta ipsa miserai quam dispari domino tenebantur ! < ) maison dont je plains le sort ! quelle différence dans ton état par le changement de maître ! » On sent dans cette exclamaion, dans cette figure hardie, qui donne du sentiment même ux murailles, une expression d'indignation qui périrait si, i||éduisant le discours au style simple , Cicéron se fut contenté e dire : « Il y a une grande différence entre ce qui se passait » dans cette inaison pendant que Varron y habitait , et ce qui s'y passe depuis qu'Antoine en est devenu le maître. «
378 BEMARQUES
Autre exemple. M. le Prince , parlant de sa prison , après avoir dit qu'il y était entré le plus innocent de tous les hommes , et qu'il en était sorti le plus coupable, ajoutait, au rapport de AI. Bossuet : « Hélas ! je ne respirais que le service du roi et la gran- « deur de l'État. ^> Ces paroles, comme le remarque l'orateur qui en fait ce commentaire , font sentir le regret qu'avait le prince d'avoir été poussé si loin par ses malheurs. C'est l'exclamation, c'est ce seul mot hélas! qui exprime ce regret. Retranchez-le, et faites dire au prince, « Je ne respirais que le service du roi et la « grandeur de l'État, » ce ne sera plus qu'une apologie de sa conduite passée; ce ne sera plus qu'un fait qu'il attestera : le sentiment n'y est plus.
Cette doctrine me paraît jeter du jour sur la distinction î usitée entre figures de mots et figures de pensées. La substitution l élégante d'un mot étranger au mot propre, un arrangement dei^ mots agréables à l'oreille par la cadence , à l'esprit par la syraé-il trie, voilà ce que l'on peut appeler figures de mots. Les figures •! de pensée expriment le sentiment, et vont droit au cœur. De là ii il s'ensuit que telle figure peut tantôt être figure de mots, tantôt I figure de pensée. La répétition qui ne sera employée que pour^ plaire appartiendra au premier genre; celle qui exprimera l'in- i dignation , la douleur , ou quelque autre sentiment de l'âme , i sera figure de pensée.
{On a deux beaux exemples de cette figure.) Le plus bel| exemple peut-être en ce genre est celui que nous fournit i M. Fléchier dans l'oraison funèbre de M, de Montausier, etquiii prouve que cet orateur, si renommé pour les grâces du discours,! a aussi, dans certaines rencontres, de la force et de la gran-^ deur. Le caractère propre de M. de ^lontausier était une fran-ij chise singulière, qui même donna lieu de penser que Molière' l'avait voulu peindre dans son Misanthrope. C'est ce caractère; qui inspire à son panégyriste le grand trait que je vais citer : | « Oserais-je, dit l'orateur, dans un discours où la franchisai .1 et la candeur font le sujet de nos éloges, employer la fiction et i « le mensonge? Ce tombeau s'ouvrirait , ces ossements se rejoin-d
draient , et se réuniraient pour me dire : Pourquoi viens-tu menti?- pour moi, qui ne mentis pour personne ? iSe me rends pas un Iwnneur que je rCai pas mérité , à moi qui n^en voulus jamais rendre qu'au vrai mérite. Laisse-moi reposer dans le sein de la vérité, et ne viens pas troubler ma paix par la flatterie, que j'ai haïe. Ne dissii)iule pas mes défauts, et ne m'attribue pas mes vertus : loue seulement la miséricorde de Dieu, qui a voulu tn' humilier par les uns, et me sanctifier par les autres. »
(nâôo;... rh',.) Pour expliquer bien nettement ce que les rhéurs ont appelé iraôoç et râc; , il faut remonter, comme a fait ristote (Rhét., I,e. ii), jusqu'aux premiers principes de l'art î bien dire , et à la fin que se propose l'orateur. Il veut perlader, et il emploie pour y parvenir trois moyens : les preuves, 3ur éclairer et convaincre l'esprit ; les mouvements des pasons, pour échauffer les cœurs de ses auditeurs ; et l'expression mœurs aimables et vertueuses en sa propre personne, ou,
qui est ici la même chose, eu celle de son client, pour se dre écouter favorablement. Ainsi la première de ces trois pares se rapporte directement au fond des choses en elles-mêmes , I seconde à la personne de l'auditeur, et la troisième à celle 3 l'orateur. La célèbre division des devoirs de l'orateur, docere, lovere, condliare, rentre visiblement dans celle-ci.
Si les hommes ne se déterminaient dans leurs jugements que aria lumière, l'orateur n'aurait qu'une chose à faire, qui îrait de prouver. Mais il est constant que les passions dont s sont émus influent beaucoup dans leurs jugements , et qu'ils igent différemment des choses selon qu'ils sont affectés d'alour ou de haine , de crainte ou d'espérance , par rapport à es objets. Il a donc fallu que l'orateur joignit au secours des reuves celui des passions. Mais de plus, selon que la personne e celui qui parle est estimée ou méprisée, aimée ou haïe, ses disours font une impression toute différente. Il est donc du deoir de celui qui veut persuader, de peindre en soi des mœurs fOi soient capables de lui attirer l'estime ou l'affection. Voilà
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tout le système du TrâSoç et de Vr.boç, passions et mœurs, qn viennent à l'appui des preuves et du raisonnement.
M. RoUin a fourni un grand nombre d'exemples en ce qO' regarde les passions. Par rapport aux mœurs, j'en vais cite un , tiré du plaidoyer de Cicéron pour Plancius.
Plancius avait rendu à Cicéron des services importants daii' le temps de son exil : et l'orateur faisait beaucoup valoir ce mo tif qu'il avait de s'intéresser vivement pour son client, qui aval été son bienfaiteur. Les accusateurs, qui dans cette affaire n'é» pargnèrent point Cicéron personnellement, prétendaient qu'i exagérait les services de Plancius. Ils s'étaient même moqué; de quelques larmes qu'ils avaient vu couler de ses yeux, dan une occasion où il plaidait pour un autre de ses défenseursi Cicéron répond magnifiquement à ces reproches , en avouant de bon cœur qu'il les mérite, et en faisant gloire d'y avoir donn<| lieu. L'endroit est si propre au sujet que je traite, et marque une si belle âme, que je vais le transcrire ici en entier.
« Je souhaite sans doute , dit l'orateur, d'avoir, s'il est possi " ble, toutes les vertus; mais il n'en est aucune dont je sois s -< jaloux que la reconnaissance. » Quum omnibus virtutibiu\ me affectum esse cupiam . tamen nihil est quod malim , quam\ me et gratum esse , et lùderi. « En effet, cette vertu est nonij « seulement la plus grande , mais la mère de toutes les autres! « vertus. Qu'est-ce que la piété filiale , sinon un sentiment d»| « reconnaissance envers ceux de qui on a reçu la vie? Quel mo? « tif fait les bons citoyens , et ceux qui servent avec zèle la par « trie , soit en paix, soit en guerre , sinon le souvenir des bienj « faits de la patrie? Le culte même religieux que nous renii « dons aux dieux immortels, ne consiste-t-il pas à leur payew» « par de justes honneurs le tribut de reconnaissance qui leui « est dû, pour les biens que nous tenons de leur libéralité it « Quelle douceur resterait-il dans la vie, si l'on en ôtait l'ami « tié? Et l'amitié peut-elle subsister avec l'ingratitude? Qui di « nous, ayant reçu une éducation honnête, ne conserve pa:i « chèrement dans son cœur le souvenir de ceux qui ont forme» « et conduit ses premières années ; de ses maîtres , de ses pré .^ « cepteurs, du lieu même muet et inanimé où son enfance a éUj,
nourrie et instruite? Quel est l'homme qui possède ou qui ait possédé une telle puissance, qu'il pût se passer des services i'un grand nombre de personnes? Or, certainement où n'existe point la reconnaissance, il n'existe point de services. Quant à noi, je ne trouve rien si digne de l'homme, que d'avoir un 3œur sensible non-seulement aux bienfaits , mais aux simples témoignages de bienveillance : et rien, au contraire , ne me [)araît si opposé à l'humanité, si barbare, si féroce, que le se mettre dans le cas , je ne dis pas d'être jugé indigne du bienfait reçu, mais de n'y pas répondre suivant toute l'étendue de son pouvoir. » Cicéron conclut de cette belle et aimaî morale, qu'il n'a garde de se défendre du prétendu crime 'on lui fait de pousser trop loin la reconnaissance. Adressant parole à l'accusateur : « Puisqu'il en est ainsi, lui dit-il, je m'avoue vaincu , je reconnais la vérité du reproche que vous me faites; et, quoiqu'il ne puisse y avoir d'excès en reconnaissance , je conviens que je passe les bornes en ce genre , 3t je vous supplie, messieurs, dit-il aux juges, de ne point regarder vos bienfaits comme mal placés sur la tête d'un bomme à qui son censeur n'impute point de faute plus grave ijue celle d'être trop reconnaissant. » Qux cum ita sint , jam ccumbam , Laterensis , tuœ orationi : in eo ipso in quo hil potest esse nimium, quoniam ita tu vis, nimium nie atum esse concedam : petamque a vobis , judices, ut eum neficio complectamini , quem qui reprehendit , in eo reehendit quod gratum prseter modum dicat esse. Quelle estime, quelle bienveillance de tels sentiments n'insent-ils point aux auditeurs pour celui qui s'en montre pénéî^! Combien un tel caractère se rend-il aimable , et acquiertpar là de crédit sur les esprits, pour en obtenir tout ce qu'il uhaite !
( Que de voir un homme de Macédoine. ) Pour sentir la jus- ;se de ce que dit ici Démosthène , il est important de se sounir qu'avant Philippe le royaume de Macédoine n'avait jamais qu'un État obscur, et infiniment au-dessous de l'éclat des andes républiques grecques, Athènes, Lacédémone, Thèbes.
T. ir, p. 290.
(// 71 xj avait alors que des Grecs.) C'est-à-dire , des rhéteurs grecs, et il ne serait pas inutile peut-être d'ajouter le nom de rhéteurs. L'art de l'éloquence n'était alors enseigné à Rome que par des Grecs ; mais de tout temps il y avait eu des écoles pour instruire des lettres la jeunesse de l'un et de l'autre sexe, comme il paraît par l'exemple de Virginie , qui fut saisie par le ministre du décemvir Appius, lorsqu'elle allait aux écoles (Tit. Liv., III, 44.). H est vrai que ce qui s'enseignait principa lement dans ces écoles latines, encore du temps d'Horace, étail l'art de compter :
Romani pueri longis rationibus assem
Discunt in partes centumdiducere. (Jrspoet.^y. 325. )
T. II, p. 46. 3
( Puisque ses compagnons. ) Les jeunes gens se rendent plufî de justice que les hommes faits. L'usage du monde, et l'inté-^ rêt propre, n'ont point encore raffiné et corrompu leurs esprits : et ils suivent plus simplement l'impression du vrai.
T. II, p. 46.
{Soins statim et unus.) Cette circonstance est observée par opposition à l'usage où l'on était alors de partager une causr entre plusieurs avocats. Les jeunes orateurs surtout n'étaien^ point chargés , pour leur coup d'essai , d'une cause entière ; il: n'en plaidaient qu'une partie, sous la direction d'un orateu déjà célèbre, qui faisait le principal rôle.
T. II, p. 109.
[Ne sont pas de moi. ) Us sont , comme tout le monde le sail i aujourd'hui, de M. Duguet, dont les ouvrages sur l'Écrituni sainte n'avaient pas encore été imprimés lorsque parut la pre i mière édition du Traité des Études : mais ^I. RoUin en avait ei communication, et c'est même à sa prière et pour son usagi que la plupart ont été composés.
{Par son testament. ) La piété et l'humilité chrétienne avaiena engagé Gerson à se procurer ce secours , lorsqu'il vivait encore t
lusieurs mois avant sa mort, il faisait réciter tous les jours, aux ifants qu'il instruisait , l'humble prière qui est ici rapportée.
T. Il, p. 206.
{Le cardinal Blanc. ) Il est plus vraisemblable que cette dénoination fut donnée au cardinal .Tacques Fournier parce qu'il mserva étant cardinal l'habit blanc qu'il avait porté longtemps »mme moine de l'ordre de Cîteaux.
T. Il, p. 206.
( Si les miens ne dominent point. ) Il n'est pas inutile d'avertir le cette traduction ne rend point le sens du texte. Dans la irase, Si mei nonfaerint dominati, le mot mei n'est point le )minatif pluriel du pronom meus , mais le génitif d'e(/o ; et le ns est, si je n''en suis point dominé , c'est-à-dire par les faus dont il est parlé dans le verset précédent; ou, suivant une itre version , si cessantes ne me sont point imputées.
T. Il, p. 284.
( Qu'il marque si dignement, en disant qu'il ne touchait pas terre. ) M. Bossuet, dans l'oraison funèbre de M. le Prince , it un commentaire admirable de cette expression ; et je ne puis e refuser à la satisfaction de le mettre ici sous les yeux du steur : « Quel autre , dit ce sublime orateur, a pu former un Alexandre , si ce n'est ce même Dieu qui en a fait voir de si loin, et par des figures si vives, l'ardeur indomptable au prophète Daniel? Le voyez-vous, dit-il, ce conquérant, avec quelle rapidité il s'élève de r Occident comme par bonds , et ne touche pas à terre? Semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche, à ces animaux vigoureux et bondissants, il ne s'avance que par de vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes ni par précipices. » T 11, p. 2«5.
( Si les prophètes n'avaient prédit. ) Tout ce qui est contenu ms cette réflexion peut être regardé comme le développement une des pensées de RL Pascal , qui , dans son style court et .ergique , a dit en deux mots : « Les prophètes sont mêlés de prophéties particulières *t de celles du Messie, afin que les
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<i prophéties du Messie ne fussent pas sans preuves , et que les « prophéties particulières ne fussent pas sans fruit. »
T. II, p. 288.
( Contre les Numantins. ) La prise de Numance est postérieun à la ruine de Carthage. Mais la guerre contre les Numantins avait commencé avant la troisième guerre Punique.
T. II, p. 300.
( Furiits Camillus. ) C'est le grand Camille , dont Tite-Liv« trace le portrait , avec une idée abrégée de sa vie , au commencement du septième livre. On peut joindre aux exemples cités ici le portrait de Caton le Censeur, livre XXXIX du même his torien, n. 40. Tacite, le plus grand peintre de l'antiquité, peul fournir lui seul une suite plus nombreuse de portraits que Sal luste et Tite-Live joints ensemble. C'est un tribut qu'il paye chaque nom mémorable qui paraît sur la scène.
T. II, p. 31G.
( Ju roi des Assyriens. ) Fils de celui qui avait été tué dan! la bataille. Le père se nommait Nériglissor, et son fils Laboro; soarchodus.
T. II, p. 322.
( Oii le roi fut tué. ) Ce roi est ÎS'abonidus , ou Labynitus qui' avait succédé à Laborosoarchdous, tué après un règne de neuf mois seulement. C'est le Balthasar de Daniel.
T. II, p. 354. L
( Comme chez les Romains ) des derniers temps. M. RoUinitt;. en écrivant ceci , avait en vue les haines furieuses et les guerresjnsy cruelles de INIarius et de Sylla , de César et de Pompée , et autreapiiis faits semblables et du même âge. Mais, dans les temps ancienfiTfii de la republique , les exemples de douceur et de modération conservées dans les inimitiés ne sont pas rares. On en voit des traits dans la conduite de Fabricius à l'égard de Cornélius Rufinus. de Fabius par rapport à Minucius, son maître de la cavalerie '5 f ians les témoignages de respect et d'estime donnés par Q. Me,^'
tellus Macedonius à la mémoire du second Scipion ["Africain; et surtout dans les dissensions éternelles , et toujours pacifiquement terminées , du sénat et du peuple.
T. II, p. 360.
( Un remède doux et humain contre Fenvie. ) C'est-à-dire, comme M. Rollia s'explique plus bas, un remède propre à calmer et à consoler l'envie, en lui donnant quelque satiî^faction, et l'empêchant, par ce moyen, de se porter à de violents excès. C'est tout ce qu'on peut dire de meilleur pour l'apolngie de l'ostracisme, qui n'eu est pas moins l'effet d'un mauvais principe et la cause d'un grand mal , puisqu'il part d'un motif d'envie, et qu'il prive la république du secours et des services de ses plus estimables citoyens. Aussi, M. Rollin, avec sa candeur ordinaire, a-t-il observé, dans sa préface sur son Histoire Ancienne , d'après les représentations qui lui avaient été faites par quelques amis , que ce qu'il dit ici de l'ostracisme peut souffrir quelque difficulté.
T. II, p. 378.
( Ils ij renoncèrent sans peine. ) ]Mais non pas pour toujours. Ils y revinrent dans la guerre du Péloponèse , et ce ne fut que par les forces maritimes qu'ils triomphèrent des Athéniens.
T. II, p. 382.
(Oromasde... législateur des Perses.) ^l. Rollin, dansl'endroit le son Histoire Ancienne, où il traite de la religion des Perses, lit qu'Oromasde était leur dieu bon , leur bon principe : et ette idée est plus juste et plus vraie. Le principe du mal. le dieu nauvais, était appelé par eux Arimanius. Le manichéisme avait uisé son origine dans cette doctrine , ou plutôt en était le enouvellement.
T. Il , p. 384.
{A unamiabsent. ) Cet ami est 'M. l'abbé d'Asfeld, avec qui l. Rollin a entretenu jusqu'à la mort une amitié fondée sur estime mutuelle, et sur la ressemblance en toutes les vertus hrctiennes et littéraires. M. d'Asfeld était absent , parce qu'uu