‹ Traite des etudes. --Chapitre 112 sur 127 · Entretien de Démarate avec Xerxès · texte numérisé non relu

Entretien de Démarate avec Xerxès

\ . -^uam bellum Graeciae indiceret Xerxes , animum tumentem , oblitumque quam caducis confideret , nemo non inapulit. Alius aiebat non laturos nuncium belli , et ad primam adventus famam terga versuros. Alius, nihH esçft dubii quin illa mole non vinci solum Grœcia, sed obrui posset; magis verendum ne vacuas desertasque urbes invenirent, et profagis hostibus vastœ solitudines reliuquerentur, non habituris ubi lantas vires exercere possent. Alius illi vix rerum , naturam sufficere : angusta esse classibus maria , militi castra , explicandisequestribus copiis campestria : vix patere cœlum satis ad emittenda omni manu tela.

2. Quum in hune modum multa undique jactarentur, quœ hominem niraia œstimatione sui f urentem concitarent , Demaratus LacedœmonÎQS solus dixit , ipsam illam qua sibi placeret multiludinem , indigestam et gravem, metuendam esse ducenli ; non enim vires, sed pondus habere : immodica nunquam régi posse; nec diu durare, quidquid régi non potest.

I. « Dans le temps que Xerxès, enflé les mers étaient trop étroites pour con-

d'orgneil et aveuglé par une vaine con • tenir ses flottes ; que nul camp ne pour-

fiance en ses forces , songeait à porter la rait renfermer ses troupes de pied ; qu'il

guerre contre la Grèce , tous les courti- n'y avait point de plaine assez étendue

sans qui l'environnaient travaillèrent à pour sa cavalerie, et qu'à peine l'air

l'envi à le pousser, par des flatteries ou- sufflrait-il pour les traits qu'on aurait à

trées, dans le précipice où son ambition lancer.

l'entraînait. L'un disait que la nouvelle 2. « Parmi toud ces discours , si capa* eule de la guerre jetterait le trouble blés de faire tourner la tête à un prince parmi les Grecs , et qu'au premier bruit déjà enivré de l'idée de sa grandeur, de sa marche ils prendraient la fuite : Démarate , Lacédémonien , fut le seul QD autre , qu'avec une armée si nom- qui osât représenter au roi que ce qui breuse il était s&r, non- seulement de faisait le sujet de sa confiance était ce Taiacre la Grèce , mais de l'accabler; et qui devait lui inspirer le plus de crainte : que tout ce qu'il avait à craindre était que ce vaste corps d'armée , cette masse de trouver à son arrivée les villes déser- énorme et monstrueuse n'avait que de tes et les campagnes réduites en soli- la pesanteur^ et non de la force ; qu'il tudec par la retraite précipitée des ha- n'est pas possible de gouverner ce qui bitants , ei de n'avoir plus de quoi em- n'a ni borne ni mesure, et que ce qui ne ployer de si grandes forces. D'un autre peut être gouverné ne peut subsister longcôté , on lui faisait entendre qu'à peine temps, la natcre entière lui suffirait-elle > ^a«

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3. In primo, inquit , statini monte Lacones objecti dabunt tibi sul experimentum. Tôt ista geutium millia trecenti mojabuutur : hœrebunt in vestigio fixi , et comraissas sibi angustias taebuntur, et corporibus obstruent. Totaillos Asia non movebit loco. Tantas minas belli, et pêne totuis hunaani generis ruinam, paucissimi, sustinebunt. Quum te rautatis legibus suis natura transmiserit, in semita heerebis, et œstimabis futura damna, quum putaveris quanti Tliermopylarum angusta constiterint. Scies te fugari posse , quum scieris posse retineri.

4. « Cèdent quidem tibi pluribus locis, velut torrentis modo ablati, cujus cum magno terrore prima vis defluit : deinde hinc atque illinc coorientur, et tuis te viribus prement.

5. « Verum est quod dicitur, majorem belK apparatum esse, quam quirecipi ab iis regionibus possit, quas oppugnare constituis. Sed haec res contra nos est. Ob hoc ipsum , te Grœcia vincet, quia non capit. Uli toto te non potes.

6. « Prœterea , quae uoa rébus salus est", occurrere ad primos rerum impetus , et inclinatis opem ferre non poteris , nec fulcire ac firmare labantia. Multo ante vinceris , quam victum esse te sentias.

7. « Caeterum , non est quod exercitum tuum ob hoc sustineri putes non posse, quia numerus ejus duci qnoque ignotus est. Nihil tam magnum est, quod perire non possit, cui nascitur in perniciem, ut alia quiescant, ex ipsa magnitudiue sua causa. »

3. « Une poignée de gens que tous forces, rencontrerez d'abord à une première 5. « On dit vrai quand on avance que montagne tous fera connaître ce que le pays que tous Toulez attaquer n'a pas sont les citoyens de Sparte. Trois cents an espace suffisant pour un appareil de Spartiates arrêteront ces millions d'hom- guerre si immense; mais c'est précisémes que tous traînez aTec tous. Iné- ment ce qui fait contre nous. La Grèce branlables dans le poste qu'on leur aura tous vaincra , parce qu'elle ne peut tous confié , ils le défendront jusqu'au der- contenir. Vous ne pouvez faire usage nier soupir, et feront une barrière et un que d'une partie de Tous-mème. rempart de leurs corps. Toutes les forces 6. « D'ailleurs ce qui fait la sûreté et de l'Asie ne leur feront pas faire un pas eu la ressource d'une armée tous dcTient arrière. Seuls ils soutiendront le choc aosolument impraticable. Vous ne pourformidable de presque tout l'univers rez ni donner les ordres à propos , ni réuni contre eux. Apre? avoir forcé la tous trouTer à temps an premier mounature à changer tootes ses lois pour Tement, ni soutenir ceux qui plient, ni vous ouvrir un passage, tous demeurerez rassurer ceux qui commencent à s*étout court à un défilé. Vous pourrez branler. Vous serez Taincu longtemps juger des pertes que tous ferez dans la aTant que d'être à portée de vous en suite par ce que tous aura coûté le pas- aperccToir.

sage des Thermopyles. En voyant qu'on 7. « Au reste, ne tous flattez pas que

peut TOUS arrêter, tous comprendrez tos troupes ne puissent rien trouver qui

qu'on pourra aussi vous mettre en fuite. leur résiste , parce que le nombre prodi-

4. « Vos armées, comme un torrent gieux en est inconnu même à leur chef,

impétueux dont rien ne peut soutenir le U n'y a rien de si grand qui ne puisse

premier effort, pourront d'abord tout périr, puisque , au défaut de tout autre

dissiper ; mais bientôt vos ennemis se obstacle , sa grandeur même est ont

rallieront, et, vous attaquant de divers Cause de ruine. » côtés , vous détruiront par vos propres

8. Accideruiit quae Demaratus praedixerat. Divina atque humana impellentem, et mutantem quidquid obstiterat, trecenti stare jusserunt : stratusque per totam passim Graeciam Xerxes intellexit , quanlum ab exercitii turba distaret.

9. Itaque Xerxes , pudore quam damno miserior, Demarato gratias egit,quod solus sibi verum dixisset, et permisit petere qaod vellet. Petit ille ut Sardes, maximani Asiae civitatem, curru vectus intraret, rectam capite tiaram gerens : id solis datum regibus. Dignus fuerat praemio antequam peteret. Sed quam miserabilis gens , in qua nemo fuit qui veruna diceret régi , nisi qui non dicebat sibi * I

11 faut avouer que ce morceau de Sénèque estfort beau , et que le discours de Démarate est plein de sens et de réflexions solides; mais il me semble que le style en est trop uniforme, et que l'antithèse s'y montre trop souvent. Les pensées sont trop serrées et trop entassées. Elles sont toutes détachées l'une de l'autre», et par cette raison rendent le style trop concis et sautillant. Une espèce de pointe finit presque chaque période ^ : Scies tefugari posse, quum scierisposse retineri.... Oh hoc ipsum te Grœcia vincety quia non capit.... Multo ante vinceris, quam victum esse te sentias. Cela choque moins quand on ne lit qu'un endroit séparé ; mais quand tout un ouvrage est sur ce ton , il est difficile d'en soutenir sans peine une lecture un peu longue et suivie, au lieu que celle de Cicéron et de Tite-Live ne fatigue jamais. D'ailleurs , un style si coupé et si brusque peut-il être employé dans les discours où il s'agit d'instruire et de toucher

8. « Tout ce que Démarate avait pré- lui-ci demanda d'entrer à Sardes , l'une dit à Xerxes arriva. Ce prince, qui se des plus grandes villes d'Asie, monté piquait de surmonter tous les obstacles sur un char, portant la tiare droite sur que les dieux et les hommes mettaient la tête , privilège qui n'était accordé à ses entreprises , qui changeait et ren- qu'aux rois. Il aurait mérité cette réversait tout ce qui s'opposait à son pas- compense , s'il ne l'avait pas demandée, sage, fut arrêté par trois cents hommes ; Mais que doit-on penser d'une nation et bientôt Xerxès , voyant les débris de où il ne se trouva personne pour dire la ses formidables armées répandus dans vérité au roi, qu'un homme qui ne se la toutes les parties de la Grèce, comprit disait pas à lui-même? »

quelle différence il y avait entre une ' Senec. de Benef. lib. 6 , cap. 31.

foule d'hommes et une armée. » ' « Unde sointa fere oratio, et e

9, « Alors ce prince , plus malheureux singulis non membris sed frustis colencore par la honte d'une si foll'e expé- lata. »

dition que par la perte qu'il y fit , re- 3 „ Nunc illud volunt , ut omnis locus,

mercia Démarate de ce que seul il lui omnis sensus, in fine sermonis feriat

avait dit la vérité , et lui permit de lui aurem. » demander telle grâce qu'il voudrait. Ce-

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les auditeurs? et, par cette raison, convient-il à l'éloquence du barreau et de la chaire ?

On trouve quelquefois dans Cicéron de ces sortes de pensées qui terminent la période d'une manière courte et vive ; mais il sait employer avec discrétion et sobriété ces grâces du discours qui en font le se! et l'assaisonnement , et qui par cette raison ne doivent pas être prodiguées.

Leviculus sane noster Demostkenes\ qui illo susurro delectari se dicebat aquam ferentîs mulierculx, utmos in Grœcia est y însurrantisque alteri: Hic est ille Demosthenes . Quid hoc levius? at quantus orator! Sed apud altos loqui videlicet didicerat, non multumipsesecum*. Cette pensée a beaucoup de rapport avec celle de Sénèque : Quam miserahilis gens , in qua nemo fuit qui verum diceret régi , nisi qui non dicebat sibi !

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