‹ Traite des etudes. --Chapitre 115 sur 127 · EXEMPLES · texte numérisé non relu

EXEMPLES

Il ne faut qu'ouvrir les ouvrages de Cicéron pour se convaincre par ses propres yeux , ou plutôt par ses oreilles, de tout ce q ui a été dit jusqu' ici .

Quod sieportu solventibus, iî^ quijam in portum ex alto invehuntur , prœcipere summo studio soient et tempestatum ratîonem, etprœdonum, etlocorum; quod natura offert ut eîs faveamus, qui eadem perîcula , quitus nos perfuncti su-

' « Quumise3tauditor,quinonTerea- si et verborum et sententiarum ponde-

tar ne compositae orationis insidiis saa ribas atemar. Nam qai audiunt , hsee

fldes attentetnr, gratiam quoque habet dao animadvertant , et jucaoda sibi

oratori , voluptati auriam serrienti. » censent , verba dico et sententias : eaqae

( Cic. Orat. n. 208. ) dam animis attentis admirantes exci-

' « Sic minime animadvertetar delec* piunt , fugit eos et prsetervolat num»

tationis aucnpium , et qaadrandae ora- ras ; qui tamen si abesset , illa ipta d*^

tionis indastria : qaae latebit ce magis, lectarent. w (Ibid. n- 197. )

TBAITE DES ETUDES. 477

mus, ingredîuntur : quo tandem me anîmo esse oportet, propejam ex magna jnctatione terram videntem, in hune, cui video maximas reipublicx tempestates esse subeundas ^ Rien n'est plus nombreux que cette période. Le dérangement de quelques mots la défigurerait étrangement.

Omnes urbanx res, omnia hxc nostra prxclara studia , et hsec forensis laus et industria, latent in tutela ac prœsîdio bellicx virtutis. Simul atque increpuît suspicio tumultus, artes illico nostrx contîcescunt^. Celte cadence finale, qui est un dichorée, est extrêmement nombreuse : et c'est par cette raison même queCicéron croit qu'on ne doit pas l'employer trop souvent dans le discours, parce que l'affectation, même dans les meilleures choses, devient vicieuse. Ânimadverti, judices^ omnem accusatoris orationem in duas divisant esse partes 3. L'ordre naturel demandait qu'on mît, in duas partes divisam esse. Quelle différence! Rectum erat, seddurum et încompt^im, dit Quintilien en faisant remarquer cet arrangement.

Quam spem cogitationum et consiliorum meorum, quum graves communium temporum , tum varli nos tri casus fefeU lerunt. Nam qui locus quietis et tranquillitatis plenissimus fore videbatur, in eo maximx molestiarum et turbulentissimx tempestates exstiterunt^. La musique a-t-elle une harmonie plus douce et plus nombreuse que l'est celle de ces périodes?

Hxc ceniuripina navis erat incredihili celeritate velis.,., Evolarat jam e conspectu fere fugiens quadrîremîs, quum etiam tune cxterxnaves in suo loco moliebantur ^. Tout contribue ici à la rapidité : le choix des mots aussi bien que leur arrangement , et le choix des lettres mêmes , presque toutes liquides et coulantes : incredibili celeritate velis. Cette cadence du commencement, Evolarat jam, etc., est aussi prompte et légère que le vaisseau même; au lieu que celle delà fin, composée d'un seul mot fort long et pesant, représente merveilleusement les efforts d'une flotte mal équipée , moliebantur.

' Pro Mur. p. 4. * Lib. I. de Orat. n. 2.

» Pro Mur. n. 22. S Verrin. 7. n. 87.

' Pro Cluent. n. I.

Respice celeritatem rapidissimi temporis : cogita brevitatem hujus spatii, per quod cUatissimi currimus ' . Il est visible que Sénèque a voulu ici marquer la rapidité du temps par celle des mots et des lettres.

Servius agitât rem militarem : insectatur totam hanc legor tionem : assiduitatis, et operarum harum quotidianarum pw' tat esse consulatum*. On ne peut pas douter que Cicéron n'ait affecté de mettre ici trois génitifs pluriels assez longs et de même terminaison , qui partout ailleurs feraient un très-mauvais effet, pour rendre plus méprisable et plus dégoûtante la pro fession que son adversaire prenait à tâche de relever. Il paraît avoir copié cet endroit d'après Térence : Ofaciem pulchram! Deleo omnes dehînc ex animo mulieres. Tœdet quotidiana' rum harum formarum^ .

Le même orateur, voulant prouver queMilon n'était point parti de Rome dans le dessein d'attaquer Clodius , décrit ainsi son équipage : Quum hic însidiator, qui iter illud ad caedemfaciendam apparasset, cum uxore veheretur in rheda, penulatus, vulgi magno impedimenta, ac muliebri et delicato ancillarum puerorumque comitatu. Qui, pour peu qu'il ait d'oreille, ne sent pas , à la simple lecture de cet endroit , que l'orateur a affecté d'employer ici de longs mots, composés de plusieurs syllabes, et qu'il les a exprès entassés les uns sur les autres , pour mieux peindre cet attirail de femmes et de valets plus propres à embarrasser qu'à servir dans un combat ?

D'une seconde sorte d'arrangement.

L'arrangement dont j'ai parlé jusqu'ici n'a pour but, à parler proprement, que le plaisir de l'oreille, et se termine à rendre le discours plus nombreux. Il y en a un d'un autre genre, par lequel l'orateur cherche moins à donner à ses pensées de la grâce que de la force. Cet arrangement consiste à disposer de telle sorte certaines expressions , que le discours aille toujours en croissant , et que les dernières soient toujours les plus fortes , et ajoutent quelque chose à celles qui ont précédé. Quelquefois

' Epist. 99. ' Eunuch. act. 2 , se. 3.

2 Pro Mur. n. 21.

aussi l'on rejette à la fin certains mots qui ont uvie énergie particulière , et qui font la principale force d'une pensée ou d'une description , afin que , séparés pour ainsi dire des autres , et mis dans, une plus grande évidence, ils produisent sur l'esprit tout leur effet. Cette sorte d'arrangement n'est pas moins remarquable que la première, et elle mérite toute l'attention des maîtres. J'en apporterai deux ou trois exemples , tirés aussi de Cicéron, et j'y joindrai les réflexions de Quintilien, qui seules seraient capables de former le goût , et d'apprendre comment il faut entendre et expliquer les auteurs.

1. Tu îstis faucibus , istis lateribus , ista gladiatoria to tins corporis Jîrmitate , tantumvini in Hippîx nuptiis exhauseras , ut tibî necesse esset in populi romani conspectu vomere postridie^. Quintilien pèse tous les mots de cette description. Quid fauces et latera^ dit-il, ad ehrietatem'^ Minime sunt otiosa. Nam respicientes adhxc possumus xstimare quantum ille vini in Hippix nuptiis exhauserit, quod ferre et coquere non posset illa gladiatoria corporis Jirmitate.

On sent assez l'effet que produit l'arrangement de ces mots , Jaucibus, lateribus, gladiatoria totius corporis Jirmitate, qui vont toujours en croissant. On remarquerait peut-être moins la raison qui a porté Cicéron à rejeter à la fin ce mot postridie ^ si Quintilien ne nous y rendait attentifs. Sœpe est vehemens aliquis sensus in verbo : quod si in média parte sententix latety transîriintentione, et obscurari circumjacentibus solet, in clausula posUum assignaiur auditori etinjîgitur, quale est illud Ciceronis : ut tibi necesse esset in conspectu populi romani vomere postridie. Transfer hoc ultimum, minus valebit, Nam totius ductus hic est quasi mucro, ut per se fœdx romendi necessitati , jam nîhil ultra exspectantihus , hanc quoque adjiceret deformitatem , ut cibus teneri non posset postridie ».

Mais écoutons Cicéron , qui développe lui-même sa pensée , et nous fait toucher au doigt ce qui y est renfermé. O rem noK modo visufœdam , sed etiam audituî Si hoc tibi inter cœnam in tuis immanibus illis poculis accidisset, quis non turpe du*

* Philip. 2, n. 63. » Qalntil. 1. 9, cap. 4.

480 TBÀIxé DES ETUDES*

ceret 1 In cœtu vero popitli romani, negotium puhllcum jereris, magîster equitum, cui ructare turpe esset , is vomens frustîs esculentis , vinum redolentibus , gremium suum et totum tribunal implevit ^ Il est visible que les dernières expressions enchérissent toujours sur les premières. Singula încrementum habent. Pèr se déforme, velnon in cœtu vomere : in cœtu etiam non populi : populi etiam non romani : vel si nuUum negotium ageret, vel si non publicum , vel si non magister equi' tum. Sedalius divideret hœc, et circa singulos gradus moraretur : hic in sublime etiam currit, et ad summum pervenit non nixu, sed impetu*. Voilà un beau modèle d'explication pour les maîtres.

Au reste , quelque belle que soit la description que fait ici l'orateur romain du vomissement d'Antoine , et quelque précaution qu'il prenne en avertissant d'abord de l'effet qu'elle doit produire , O rem non modo visufœdam, sed etiam audîtu! je ne crois pas que notre langue , délicate comme elle est sur les bienséances , pût souffrir ce détail de circonstances qui blessent et révoltent l'imagination ; et elle n'emploierait jamais ces termes, vomere, ructare , frustis esculentis. C'est une occasion de faire sentir aux jeunes gens la différence du génie des langues 3 , et l'avantage incontestable que la nôtre a en cela sur la grecque et sur la latine. . .,

2. Stetitsoleatusprseior populi romani, cum pallia purpureo tunicaque talari, muiiercula nixus in littore^. Ce dernier mot , in More , placé à la fin , ajoute une force infinie à la pensoe de Gicéron. J'en rendrai ailleurs la raison , lorsque je tâcherai de développer la beauté de cette description, et je rapporterai l'admirable explication que fait Quintilien de cet endroit.

Z. Jderatjanitor carceris , carnifex prœtoris , mors te?'rorque sociorum , et civium romanorum , lictor Sextius s. Qui mettrait lictor Sextius au commencement gâterait tout : il faut que l'appareil terrible de ce bourreau marche avant lui.

' Philip. 2 . n. 63. fort ordinaire pour lors , reudait-elle ce»

• Quint. 1. 8 , cap. 4. expressions moins choquantes 3 Peut-être la coutume de s'excitsr * Verrin. 7 , n. 85. exprès au Tomissemeut après le repast ^ Ibid- 7 a> 117*

Qui dérangerait les membres de cette période ôterait toute la beauté du discours , qui doit * , selon les règles de la rhétorique et du bon sens , aller toujours en croissant. Cette règle cependant cède ici à la délicatesse de l'oreille , qui aurait été blessée si l*on eût mis terror morsque sociorum, comme l'ordre naturel le demandait, mors étant plus fort que terror.

§ V. Des figures.

On appelle figures de rhétorique certains tours et certaines façons de s'exprimer qui s'éloignent en quelque chose de la manière commune et simple de parler, et qu'on emploie pour donner plus de grâce ou plus de force au discours. Elles consistent ou dans les mots, ou dans les pensées. Je renferme dans les premières ce que les rhéteurs appellent tropes ♦ quoiqu'il puisse y avoir quelque différence.

Il est bien important de faire remarquer aux jeunes gens, dans la lecture des auteurs , l'usage que la bonne éloquence sait faire des figures , le secours qu'elle en tire non-seulement pour plaire , mais aussi pour persuader et pour toucher ; et comment san» elle le discours languit , tombe dans une espèce de monotonie , et est presque comme un corps sans âme. Quintilien nous en donne une juste idée par une comparaison qui est fort naturelle. Une statue* , dit-il, tout unie et toute d'une pièce depuis le haut jusqu'en bas , la tête droite sur les épaules , les bras pendants , les pieds joints, n'aurait aucune grâce/, et paraîtrait immobile et comme morte. Ce sont les différentes attitudes des pieds , des mains, du visage, de la tête, qui , variées en une infinité de manières, selon la diversité des sujets , communiquent aux ouvrages de l'art une espèce d'action et de mouvement , et leur donnent iomme une âme et une vie.

> « Crescere solet oratio verbis om- et , ut sic dixerim , motus , dat actum

nibus altius atque altius insurgentibus. m quemdam efflctis. Ideo nec ad unum

(QviMTiL. lib. 8, cap. 4. ) modum formatse manns, et in Tultn

2 « Recti corporis vei minima gratia mille species Quam quidem gratiam

e«t. Neque enim adversa sit faciès, et et delectationem afferunt figurae, quae-

demissa brachla , et juncti pedes , et a que in sensibus , quBeqne in verbis sunt. »

•ammis ad ima rigens opus. Plexus ille, ( Idem, lib. 2, cap. 14. )

482 TBAITÉ DES ÉTUDES.

Figures de mots.

La METAPHOBE » est une figure qui , à la place des mots propres qui manquent ou ne sont pas assez énergiques, substitue]des termes figurés, qu'elle emprunte d'ailleurs par une espèce d'échange. Ainsi l'on a appelé gfem?wa le bourgeon de la vigne, parce qu'il n'y avait point de mot propre pour l'exprimer ; on a dit, mcensws ira, inflammatus furore , au lieu de dire zra^w^j furens, pour mieux peindre l'effet de ces passions. Par où l'on voit que ce qui n'avait d'abord été inventé que par nécessité, à cause du défaut et de la disette des mots propres , a contribué depuis à la beauté et à l'ornement du discours : de même à peu près que les vêtements ont été employés dans le commencement pour couvrir le corps et le défendre contre le froid , et ensuite ont servi à l'embellir et à l'orner. Toute métaphore doit donc trouver vide la place dont elle se saisit 2; ou du moins , si elle en chasse un mot propre , avoir plus de force que ce mot auquel elle est substituée.

Cette figure est une de celles qui donnent le plus de grâce , de force et de noblesse au discours ; et l'on a pu remarquer, dans tous les passages que j'ai cités , que les expressions les plus exquises sont presque toutes métaphoriques , et qu'elles tirent ordinairement tout leur prix de cette figure. En effet, elle a cetavantage particulier ^ , comme le remarque Quintilien , de briller de sa propre lumière dans le discours le plus éclatant, et de s'y faire distinguer. En substituant le figuré au simple , elle enrichit en quelque sorte la langue d'une infinité d'expressions : elle jette une grande variété dans le discours : elle relève et ennoblit les choses les plus petites et les plus communes : elle plaît extrêmement par l'ingénieuse hardiesse qu'il y a d'aller au loin cher-

' R Tertius iUe modas transferendi béas, aliande sumas. lUœ paulo aada-

verbi late patet, qaem nécessitas genuit, ciores , quse non inopiam indicant, s«d

inopia coacta primo et angnstiis , post orationi splendoris aliquid accersunt. »

antem delectatio jucanditasqae celé- (Cic <fe Ora^ lib. 3, n. 155, 156. ) bravit. Nam ut vestis frigoris depellen- > k Metaphora ant vacantem occvpare

di caasa reperta primo,' post adbiberi locam débet, ant, si in alienum Tcnit,

cœpta est ad ornatum etiam corporis et plas valere eo quod expellit. » (Qdiht».

dignitatem : sic verbi translatio instituta lib. 8 , cap. 6. ) est inopise causa , frequentata délecta- ^ a (ta jucunda atque nitida , at in

tionis Ergo bas translationes qaasi oratione quamlibet clara, proprio ta

natuationes sunt , ^uum quod non ha- men lumiue eluceat. » ( Id. ibid. )

TRAIT* DES ETUJDES. 483

cher des expressions étrangères s à la place des naturelles qui sont sous la main : elle fait une agréable illusion à l'esprit en lui montrant une chose, et lui en signifiant une autre : enfin, elle donne du corps , pour ainsi dire , aux choses les plus spirituelles , et les fait presque toucher au doigt et à l'œil par les images sensibles qu'elle en trace à l'imagination.

Pour faire comprendre la force de la métaphore , il faut avoir grand soin de commencer toujours par l'explication du sens simple et naturel , sur lequel est fondé le sens figuré , et sans leouel ce dernier ne peut être bien entendu.

Le moyen le plus sûr aussi et le plus facile de faire sentir la beauté de la métaphore, et en général d'expliquer comme il faut les beaux endrois des auteurs , est de substituer le simple au figuré, et de dépouiller une phrase fort brillante de tous ses ornements, en la réduisant à une proposition toute simple. C'est la méthode que Cicéron lui-même a pratiquée : et quel meilleur modèle pouvons-nous suivre? Il veut expliquer la force et l'énergie d'une expression métaphorique qui se trouve dans ces vers d'un ancien poète :

Vive , Ulysses, dum licet :

Oculis postremum lumen radiatum râpe.

Voici comme il s'y prend : Non dixit cape , non pete ; hahertt enim moram sperantis diutîus esse sese victurum : sed râpe. Hoc verbum est ad id aptatum , quod ante dixerat, dum licet ». Horace emploie la même pensée :

Dona prœsentis cape lœtus horae ^

Un habile interprète ^ prétend qu'il faut lire râpe au lieu de

1 » In suorom Terbornm maxima co- maxime ocolornm , qni est sensusacer-

pia , tameu homines aliéna mttlto magis, rimas. » ( Cic. de Orat. lib. 3 , n. 159 ,

h snnt ratione translata, délectant. Id 160. )

accidere credo, vel quod ingenii speci- ^ De Or. lib. 3, n. 162.

men est qnoddam transilire ante pedes 3 od. 8 , lib. 3. [vers, pennlt.]

posita , et alla longe repetita sumere : * Ûacier, après Lambin , qui a le pre-

▼el quod is, qui audit , alio ducitur co- mier fait valoir la leçon râpe donnée

gitatione, neque tamen aberrat, quae par plusieurs manuscrits. Bentley défend

maxima est delectatio. . . vel quod om- d'une manière victorieuse la leçon cape,

nis translatio , quœ quidem sumpta ra- par des raisons analogues à celles de

tione est ad sensus ipsos admovetur, Rollin : Quid enim opus est , dit-il , itt

^84 TBAITÉ DES ÉTUDES.

^ape. Je doute qu'il ait raison ; car il s'agit dans Horace d'un liomme qui, libre de tout soin et de toute inquiétude, et se flattant de l'espérance d'une longue vie , jouit paisiblement des plaisirs que chaque jour lui présente, et le mot cape convient fort à une telle situation : au lieu que chez l'ancien poète on exhorte Ulysse à saisir le moment présent , de peur qu'il ne lui échappe et ne lui soit enlevé par une mort prompte et imprévue. Postremum lumen radiatwn râpe, Cicéron s'est servi d'un mot pareil, et non avec moins de grâce : Quo quîsque est sokrtior et ingeniosior, hoc docet îracundius et laboriosîus. Quodenim ipse celeriter arrîpuît, idquum tarde percipi videt, discruciatur '. Il suffit d'avertir qu'il neditpas/aczVe didicU, mais celeriter arripuit: on en sent bien la différence.

Quand la métaphore est continuée, et qu'elle ne consiste pas en un seul mot, on l'appelle allégorie. Equidem cxteras tempestates etprocellas in illis duntaxat Jluctibus concionum semper Miloni putavi esse subeundas. On pouvait dire simplement : Equidem multa pericula inpopuli concionibus semper Miloni putavi esse subeunda.

« Souvenez-vous du commencement et des suites de la guerre «qui, n'étant d'abord qu'une étincelle , embrase aujourd'hui « toute l'Europe. »

« Jamais il ne s'éleva sur son front serein aucun de ces nuages « que forment le dégoût ou la défiance. »

« Ses vertus le firent connaître au public, et produisirent cette « première fleur de réputation ' qui répand son odeur plus agréan ble que les parfums sur tout le reste d'une belle vie ^ . »

11 faut 4 , quand on emploie cette figure , avoir soin de demeurer toujours dans la même similitude , et ne pas sauter brusquement d'une image à une autre, ni, par exemple, après avoir

eaqute donata sunt, rapere velimus? ^ « Id imprimis est custodiendum , ut

napiamus, si fas est, negata aut fu- quo ex génère cœperia translationis , hoc

gientia ,• quee oblata prasto sunt , capia- desinas. Multi enim, quum initium a

mus et swnamus. — L. tempestate sumpserunt, ineendio aut

' Pro Quint. Rose. n. 31. ruina finiunt : quse est inconseqiicatia

•^ « Melius est nomen bonum, quam rerum fœdissima. » ( Quimtii.. lib. Q»

unguenta pretiosa. » ( Eccles 7.2.) cap. 1.)

3 AI. Fléchier.

TBÀITÉ DES ÉTUDES. 4a5

commencé par la tempête, finir par l'incendie. On reproche ce défaut à Horace dans ce vers * :

Et maie tornatos incudi reddere versus ' ;

OÙ il joint ensemble deux idées bien différentes , le tour et Tencîume. Mais quelques interprètes l'excusent. Je ne sais si l'on ne pourrait pas faire aussi justement le même reproche à Cicéron dans ce passage du second livre de l'Orateur : Ut quum in sole ambulem, etîamsi ob aliam causam ambulem , fieri tamen natura ut colorer : sic, quum îstos librosad Misenum studiosîus legerim, sentio orationem meam illorum quasi cantu colorari 3. Comment concilier ces deux derniers mots , cantu et coloràri?et quel rapport cantus peut-il avoir avec un écrit ?

La PÉRIPHRASE ou CIRCONLOCUTION. Cette figure est quelquefois absolument nécessaire , comme lorsque l'on parle de choses que la bienséance ne permet pas d'exprimer par leurs noms : Ad requisita naturœ 4. Souvent elle n'est employée que pour l'ornement ; et cela est assez ordinaire aux poètes. Quelquefois on s'en sert pour exprimer plus noblement une chose qui sans cela paraîtrait basse , ou pour couvrir ou adoucir la dureté de certaines propositions qui blesseraient, si elles étaient présentées nûment et simolement.

Page 1