‹ Traite des etudes. --Chapitre 47 sur 127 · De l'usage des particules · texte numérisé non relu

De l'usage des particules

J'avais oublié, dans la première édition de cet ouvrage, de traiter des particules, qui ne sont pourtant pas une chose indifférente, soit pour l'intelligence de la langue latine, soit pour la composition. On entend par ce mot les prépositions, les conjonctions , les adverbes, etc. lies particules contribuent beaucoup à la force, à la délicatesse, à l'agrément de cette langue, et

elles en font sentir le tour et la propriété. Rien ne sert plus à en marquer le génie et le caractère particulier qui la distingue des autres. Rien ne fait mieux connaître si un homme qui parle ou qui écrit aujourd'hui en latin possède les beautés et les finesses de cette langue, et s'il est bien versé dans la lecture des anciens auteurs. Car il arrive quelquefois, sans qu'on s'en aperçoive (et qui peut se flatter d'être entièrement exempt de ce défaut ?), qu'on parle français en latin, en suivant le même tour, le même arrangement , les mêmes façons de s'exprimer que nous suivons dans notre langue , et qui sont absolument différentes dans la latine. Il est donc important d'apprendre aux jeunes gens l'usage que font les bons auteurs de ces sortes de particules ; et cette étude peut convenir à toutes les classes, en proportionnant les remarques à la portée des écoliers.

Tursellin a composé sur cette matière un petit livre qui est d'untrès-bongoût. Avant luiSteuvechius ', Allemand fort habile, avait traité le même sujet avec beaucoup d'ordre et de précision. Ces deux livres peuvent être de quelque secours pour les maîtres. On y voit combien les particules servent non-seulement à lier ensemble les périodes ou les parties différentes d'une même phrase, mais encore à orner et à varier le style. Quelques exemples rendront la chose plus claire.

Préposition aoudib.

Le premier mot qui se présente dans Tursellin est la préposition a ou ab. Il en apporte treize ou quatorze différentes significations , qu'il appuie de plusieurs autorités : je n'en citerai qu'un petit nombre.

Si caput a sole doleat (Plin. ), à cause du soleil.

Pecuniam numeravit ab «rano(Cic.), des deniers du trésor.

Fide ne hoc totum facial a me (Gic. ), ne fasse pour moi.

Mediocriter a doctrina insfructus, angustius etiam a nalura (Cic), du côté de l'instruction.... du côté de la nature.

Ab recenti memoria perfidiœ^ aliquanto minore cum mise-

' Le titre de cet oavrage est : Godesealsi Steuveehii Hiistlani de particulU lingué Mina liber U a été imprimé à Cologne en 1580.

ricordîa auditi sunt (Liv.), à cause du souvenir encore récent de leur perfidie.

Homo ab epistolis , un secrétaire , un homme chargé d'écrire Jes lettres.

Enimvero.

Ce mot a plusieurs significations différentes, où il entre quelque élégance.

Pour affirmer ou nier avec plus de force, pour insister fortement sur quelque chose. Tum te abiîsse hinc negasf.,, Nego enimvero (Plaut.) Tune enimvero deorum ira admonuit (Liv.).

Pour marquer la joie , la promptitude avec laquelle on fait quelque chose. Illi enimvero se ostendunt, quod vellet, esse facturos (Cic.)-

On l'emploie aussi pour l'indignation. Enimvero hoc ferendumnon est {Cm,).

Eo.

Cet adverbe se construit en différentes manières.

Quarum rerumeograviorestdolor,quoculpa major (Cic).

Eotardiusscripsi adte, quodquofidie teexpectabam (Cic).

Ideofacilius credebatur, quiasimilevero videbatur{CiC.),

Non eo dico, C. Âquili, quo mihi venîat in dubium ttia fides (Cic).

Un maître attentif sait faire usage de ces sortes de remarques. Il n'en propose pas beaucoup à la fois , pour ne point trop surcharger la mémoire des jeunes gens. Il les place à propos, selon les occasions qui se présentent. Il les appuie de plusieurs exemples pour les mieux inculquer ; et il tâche de les faire entrer ensuite dans les thèmes qu'il donne à composer. Je crois que cette sorte d'exercice peut beaucoup servir et pour l'intelligence de la langue, et pour l'élégance de la composition.

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