‹ Traite des etudes. --Chapitre 61 sur 127 · Cadences propres à peindre différents objets · texte numérisé non relu

Cadences propres à peindre différents objets

1. Tristesse. La tristesse étant à l'âme ce que les maladies sont au corps , y répand de la langueur et de l'abattement , et demande à être exprimée par des spondées et par de grands mots , qui donnent aux vers beaucoup de lenteur et de pesanteur.

Extinctum nymphae criideli funere Daphnim Flebant.

(Ecl. 6, 20.), Afflictus vitam in tenebris luctuque trahebam , Et casum insontis mecum indignabar amici.

(iEii. 2, 92.) Gunctaeque profiindum Pontum aspectabant fientes.

(Ibid. 5, 614.) Et caligantem nigra formidine lucum.

(Geor. 4, 468.)

2. Joie.lua joie, au contraire, étant la vie, la santé, le bonheur de l'âme, doit lui inspirer des sentiments vifs, précipités, rapides , qui exigent la rapidité des dactyles.

Saltantes Satyros imitabitur Alphesibœus.

(Ecl. 5,73.) Juvenum manus emicat ardens Littus in Hesperium.

CMn. 6, 5. )

3. Douceur. Pour exprimer la douceur , on choisira les mots où il n'entre presque que des voyelles , qui forment beaucoup de syllabes avec très-peu de lettres , et dont les consonnes soient douces et coulantes. On évitera les syllabes composées de plusieurs consonnes, les élisions dures, les lettres rudes et aspirées.

Mollia luteola pingit vaccinia caltha.

(Ecl. 2, 50.) Lanea dum nivea circumdatur infula vitta.

(Geor. 3, 487.) Vel mista rubent ubi lilia multa Alba rosa.

(iEn. 12, 68.) llle latus niveum molli fultus hyacintho.

(Ecl. 6,53.) Devenere locos lœtos, ei amœna vireta Fortunatorum nemorum, sedesque beatas.

(iEn.6,638.) Qualem virgineo demessum pollice florem Seu mollis violae, seu languentis hyacinthi.

(Ibid. 11,68.^

4. Dureté. Pour faire sentir la dureté, T on préférera les mots qui commencent et finissent par des r, comme rîgor^ rimantur; qui redoublent les rr fferrî, serrée. 2" On emploiera les consonnes rudes , comme Vx, axis : comme l'aspirée h , trakat. 3"* On se servira de mots formés par l'assemblage de plusieurs consonnes ijunctos, fractos, rostris. 4° On fera des élisions par la rencontre de mots et de voyelles donc le choc est fort rude : Ergo œgre.

Tum ferri rigor atque argutae lamina serrœ.

( Geor. 1 , 143. ) Post valido nitens sub pondère faginus axis Instrepat, et junctos temo trahat œreus orbes.

(Ibid. 3, 172.) Ei^o segre rastris terram rimantur.

(Ibid. 534.) INamque morantes Martius ille aeris rauci canor increpat , et vox Auditur fractos sonitus imitata tubarum.

(Ibid. 4,70.) Franguntur remi.

(iEn. 1,108.) Hincexaudiri gemitus, et saevasonare Yerbcra : tum slridor ferri, tractœque catense.

( Ibid. 6 , 557. ) Una P!3ines ruere , ac totum spumare reductis Corn lisum remis rostrisque tridentibus œquor.

(Ibid. 8,689,)

Légèreté. Les dactyles sont propres à exprimer la légèreté.

Tum cursibus auras ProYOcel, ac per aperta volans ceu liber habenis i£quora , vix summa vesligia ponat arena.

(Geor. 3, 193.) Inde ubi clara dédit sonitum tuba , finibus omnes, Haud mora , prosiluere suis : ferit aîthera clamor.

(.En. 5,139.) Mox aère lapsa quieto Radit iter liquidum , celeres neaue commovet alas.

(Ibid. 216.)

TBAITÉ DES ÉTUDES. 277

Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campuiu.

( iEn. 8 , 595. )

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