‹ Traite des etudes. --Chapitre 63 sur 127 · Expressions poétiques · texte numérisé non relu

Expressions poétiques

J'en choisirai une seule , et je tâcherai de faire voir l'usage <ju'en a fait Virgile pour peindre différents tableaux. C'est le mot pendere.

Ile , meae quondam felix pecus , ite , capellae. Non ego vos posthac viridi projectus in antro Dumosa pendere proçul de rupe videbo.

( Ecl. 1 , 76. )

Le poète pouvait mettre, non ego vos alta pascentes rupe videbo. Ce mot pendere représente merveilleusement les chèvres qui paraissent de loin con^me suspendues sur une colline escarpée où elles paissent.

Hi summo in fluctu pendent , his unda dehiscens Terram inter fluctus aperit.

Qu'on substitue, hi summo in fluctu apparent, l'image et la beauté disparaissent. Elles consistent dans ce mot pendent, et dans le lieu où il est placé : car, hi pendent summo în fluctu^ ne produit plus le même effet.

Pendent opéra interrupta, minaeque Murorum ingentcs , œquataque machina cœlo.

(.En. 4, 88.)

Il faut avouer que toutes les expressions ici sont fort poétiques, Minx ingénies murorum, pour dire de hautes murailles qui semblent menacer le ciel. Mais le mol pendent relève bien cett^ description. Quelle grâce y aurait-il si l'on mettait, manent opéra interrupta ?

Fronte sub adversa scopulis pendentibus antrura.

(Ibid. 1, 170.)

Ne croit-on pas voir ces rochers suspendus s'avancer en l'air, et former une voûte naturelle?

Ut pronus pendens in verbera telo Admonuit bijugos.

(Ibid. 10,586.) Nec sic immissis aurigœ undantia lora Concussere jugis, pronique in verbera pendent.

Y a-t-il tableau qui puisse mieux peindre l'action et l'attitude d'un cocher courbé sur ses chevaux pour les faire avancer à grands coups de fouet?

Simul arripit ipsum Pendentem , et magna mûri cum parte revellit.

(Ibid. 9,561.)

L'esprit et l'oreille sentent bien ici la force et la grâce de ce mot pendentem.

Iliacos iterum démens audire labores

Exposcit, pendetque iteriim narrantis ab ore.

Il n'est pas possible de mieux exprimer la vive attention d'une personne qui en écoute une autre avec plaisir , et qui demeure immobile , attachée et comme suspendue à sa bouche.

Fecerat et viridi fœtam Mavortis in antro Procubuisse lupam : geminos huic ubera circum Ludere pendentes pueros, etlambere matrem Impavldos.

(Ibid. 8, 630. )

Quelle peinture ! quelle vivacité ! Mais l'exemple qui suit fournit une image encore infiniment plus gracieuse , et qui est puisée dans la nature même. Un père qui veut baiser son enfant se courbe vers lui , et quand l'enfant a mis ses tendres bras autour de son cou , le père se relève , et le tient ainsi suspendu. Le mot pendere suffit seul pour peindre cette image.

Interea dulces pendent circum oscula nati.

(Geor. 2, 523.) Ilie ubi complexu iEnese colloque pependit.

(yEn. 1, 719.)

Il en est ainsi de mille autres expressions poétiques , dont on doit faire remarquer aux jeunes gens ou l'agrément ou l'énergie.

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