‹ Traite des etudes. --Chapitre 64 sur 127 · Tours poétiques · texte numérisé non relu

Tours poétiques

C'est dans certains tours et dans certaines manières ae parler que consiste proprement le langage qui est particulière la poésie, et qui la distingue de la prose ; car presque tous les mots sont communs à Tune et à l'autre. Ce sont ces sortes de tours et de locutions qui font l'agrément et la richesse de la poésie. C'est par là qu'elle trouve le moyen de varier infiniment le discours , de montrer le même objet sous mille différentes faces toujours nouvelles, de présenter partout des images riantes, de parler aux sens et à l'imagination un langage qui leur convienne , de dire les plus petites choses avec agrément, et les plus grandes avec une noblesse et une majesté qui en soutienne toute la gran-

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deur et tout le poids. Quelques exemples éclairciront ce que je viens de dire.

1. Labourer, cultiver la terre, arare, colère terram, est une manière de parler qui, en prose, n'est pas susceptible de beaucoup de tours différents , mais qui peut être beaucoup diversifiée en vers , et que Virgile en effet a exprimée en bien des manières. J'en rapporterai une partie , afin que les jeunes gens apprennent comment une même chose, considérée sous différents points de vue, du côté des instruments, de la manière, des circonstances, des effets, peut être variée à l'infini.

Depresso incipiat jam tum mihi taurus aratro Ingemere, et sulco attritus splendescere vomer.

( Geor. 1 , 45. ) Exercetque frequens tellurera , atqiie imperat arvis.

(Ibid. 99.) I

Ante Jovem nulli subigebant arva coloni. "-♦ - '

(Ibid. 125.) Quod nisi et assiduis terram înseotabere rastris.

(Ibid. 155.) Prima Ceres ferro mortales vertere terram

Instituit (Ibid. 147.)

Incumbere aratris.

(Ibid. 213.) Agricola incurvo terram dimovit aratro.

(Ibid. 2,512. ) Scindera terram , Et campum horrentem fractis in vertere glebis.

(Ibid. 3 , 160.) Ergo aegre rastris terram rimantur.

(Ibid. 534. )

2. On peut remarquer en combien de manières différentes Virgile décrit la navigation.

Non aliter quam qui adverse vix flumine lembum Remigiis subigit.

(Ibid. 1,201.) Et qnando infidura remis impellere marmor Conveniat.

(Ibid. 254.)

Sollicitant alii remis fréta cseca.

(Geor. 2, 503).

Vêla dabant lœti , et spamas salis œre ruebant.

(^n. 1,39. ) Vêla damus , vastumque cava trabe currimus œciuor.

(Ibid. 3,191.) Vêla cadunl, remis insurgimus : haud mora, nautae Adnixi torqiient spuraas, et caerula verrunt. Tentamusque viam , et velorum pandimus alas.

(Ibid. 207,520.) Certatim socii feriunt mare, et aequora verrunt.

( Ibid. 290. ) Verrimus et proni certantibus aequora remis.

(Ibid. G68.) Fluctus atros aquilone secabat.

(Ibid. 5, 2.) Ferit œthera clamor Nauticus ; adductis spumant fréta versa lacerlis. Infiadunt pariter sulcos, totumque dehiscit Convulsum remis rostrisque tridentibus œquor.

(Ibid. I40.> oui certamine summo Procumbunt : vastis tremit ictibus aerea puppis, Subtrahiturque solum.

(Ibid. 197.) Quum venti posuere, omnisque repente resedit Flatus, in et lento luctantur marmore tonsae.

(Ibid. 7,27.)

Instat aquae et longa sulcat maria alta carina.

(Ibid. 10, 196.)

3. Une des manières les plus ordinaires aux poètes, c'est de décrire les choses par leurs effets ou par leurs circonstances.

Au lieu de dire, Une terre qui se sera reposée une année rapportera beaucoup de froment l'année suivante, le poète dit , Une terre qui a senti deux étés et deux hivers répond pleinement aux vœux de l'avide laboureur, et produit une si abondante moisson, que les greniers ne peuvent en supporter le poids :

nia seges demum votis respondet avari Agricole, bisquae solem, bis frigora sensit :

Illius immensae ruperunt horrea messes,

( Geor. 1 , 47. )

Pour dire, Il n'y avait point encore eu de guerre : On n'o vait point encore entendu le son enrayant des trompettes f ni le bruit pétillant des épées qu'on forge sur les enclumes :

Necdum etiam audierant inflari classica , necdum Impositos duris crepitare incudibus enses.

(Geor. 2,539.)

On était en hiver : L'hiver, par la rigueur du froid , faisait fendre les pierres , et arrêtait par ses glaces comme par un frein le cours rapide des eaux :

Et quum tristis hiems etiam nunc frigore saxa Rumperet , et glacie cursus frenaret aquarum.

(Ibid. 4, 135.)

m. Répétitions.

Les répétitions ont beaucoup de grâce dans la poésie. On lesemploie , ou pour la simple élégance et pour rendre la versification plus agréable , ou pour insister plus fortement sur ce que l'on dit , ou pour exprimer les sentiments et pour peindre les passions.

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