‹ Traite des etudes. --Chapitre 76 sur 127 · Légèreté · texte numérisé non relu

Légèreté

i)ans l'endroit suivant, la rapidité du second vers ne le dispute-t-elle pas à celle des chevaux dont Homère décrit la course ?

Oîot Tpwïoi Ï7C7COI, £7rt(rTà[jL£voi , ireSioio

KpaiTTvà [AocX' Iv6a xal Iv6a Sta>xé{i,ev -rjSè çsêeffôai.

( Iliad. 5 , 222. )

Peut-être Virgile a-t-il voulu rendre cette beauté par ce vers :

^ Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum. p ( iEn. 8 , 596. )

■ Avec quelle élégance décrit-il ailleurs la légèreté et la vitesse des cavales d'Énée !

Al 5' ÔTe {xèv (TxipTtSsv ItzX JJsCSwpov àpoupav, 'Axpov èit' àv6epCx£ov xapTcàv Gs'ov, oOôè xatéxXwv* 'AXX' ôxe 5:^ <yxipT(j)Sv stt' eOpéa vwxa 6aX<£<T(niç, "Axpov im ^riYfJLÏvoç àXoç TroXtoïo ôéeoxov.

(Iliad. 20, 226:)

Virgile a bien su profiter de cet endroit en décrivant la légèreté de Camille ; et je ne sais si la copie est au-dessous de l'original.

nia vel intactœ segetis per summa volaret Gramina , nec teneras ciirsu laesisset aristas : Vel mare per médium fluctu suspensa tumenti Fftrret iter, celeres nec tingeret aequore plantas.

(iEn. 7, 808.)

Mais rien n'égale la beauté de la description qu'Homère fait de la marche de Neptune. Je ne ferai presque ici que copier les remarques de M. Boivin. Ce dieu était dans l'île de Samothrace. Ses armes , aussi bien que son char et ses chevaux , étaient à Égès , ville d'Eubée ou d'Achaïe. Il ne fait que quatre pas , et y arrive. Le dieu s'arme , attelle ses chevaux , et part. Rien n'est plus lé-

ger que sa course. Il vole sur les flots. Les vers d'Homère en cet •endroit courent plus vite que le dieu même. Je m'en rapporte aux lecteurs du texte grec , pour peu qu'ils sachent faire la différence de la légèreté du dactyle et de la pesanteur du spondée.

Br] 6' eXàav èici '/ufxat'' dcTaXXe 61 xt^ts' Ou' aOtou ndvxoOev êx xeu6[JL(5v, oOS* ii'^voiYiazv àvaxTa* rri6oauvr) 6è ôàXaa^ra ôiicTTaTO* toi ô' èuéTOvxo 'PifJiça fiàX', oOS' uTuévepOe ôtatveTO xaXxeoç à^tov.

(Iliad. 13,27.)

Il sufflt d'avoir des oreilles pour sentir la rapidité du char de Neptune dans le son même du premier et des deux derniers vers, qui ne sont composés que de dactyles , à la réserve du spondée par où chaque vers finit nécessairement. M. Despréaux a traduit <îet endroit dans sa version de Longin.

Il attelle son char, et , montant fièrement , Lui fait fendre les flots de l'humide élément Dès qu'on le voit marcher sur ces liquides plaines , D'aise on entend sauter les pesantes baleines. L'eau frémit sous le dieu qui lui donne la loi , Et semble avec plaisir reconnaître son roi. Cependant le char vole , etc.

Ces vers certainement sont admirables : cependant il faut avouer qu'ils sont beaucoup au-dessous du grec pour le nombre et l'harmonie, dont notre langue n'est pas aussi susceptible que la grecque et la latine , parce qu'elle n'a point , comme ces deux langues , la distinction des brèves et des longues , qui forment des pieds et varient agréablement la cadence. Malgré ce défaut de la langue , le poëte français a bien su dans ce vers ,

D'aise on entend sauter les pesantes baleines t

faire sentir l'agilité du saut et la pesanteur du poisson monstrueux : deux choses tout à fait contraires, heureusement exprimées par le son des mots et par la cadence du vers, qui s'élève avec légèreté et s'abaisse pesamment.

TBÀITÉ DES ÉTUDES. 3 là

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