Sacrifices
Homère décrit assez au long les cérémonies des sacrifices dans le premier livre de l'Iliade , et dans le troisième de l'Odyssée.
^ Madame Dacier, dans sa préface sur Homère.
Dans ce dernier endroit c'est Nestor qui fait la fonction de sacrificateur, parce que les rois avaient l'intendance de la religion, et que le sacerdoce était joint à la royauté. Je rapporterai cette dernière description à peu près telle qu'elle est dans Homère , en y joignant quelques notes de madame Dacier qui en faciliteront l'intelligence.
Nestor avait ordonné aux princes ses fils de préparer tout ce qui était nécessaire pour le sacrifice qu'il voulait offrir aux dieux à r occasion de l'arrivée de Télémaque chez lui.
On amène la génisse. Un ouvrier lui dore les cornes. Stratius etÉchéphron la présentent.
Arélus portait d'une main un bassin magnifique avec une aiguière d'or, et de l'autre une corbeille où était l'orge sacrée nécessaire pour l'oblation.
Thrasymède se tint près de la victime la hache à la main . tout prêt à la frapper; et son frère Persée tenait le vaisseau pour recevoir le sang.
Aussitôt Nestor lave ses mains, coupe du poil du front de la victime qu'il jette dans le feu, lui répand sur la tête l'orge sacrée, et accompagne cette action de prières qu'il adresse à Minerve.
Alors Thrasymède, levant sa hache, frappe la génisse, lui coupe les nerfs du cou , et l'abat à ses pieds. Les princesses qui assistaient au sacrifice font des prières accompagnées de grands cris.
Les princes relèvent la génisse , et pendant qu'ils la tiennent , Pisistrate tire son poignard et l'égorgé. Le sang sort à gros bouillons , et elle demeure sans force et sans vie.
En même temps ils la dépouillent et la mettent en pièces.
Ils séparent les cuisses entières ^ selon la coutume, les couvrent d'une double enveloppe de graisse, et par-dessus mettent des tranches de toutes les autres parties. Nestor lui-même les fait brûler sur l'autel , et fait des aspersions de vin.
Quand les cuisses de la victime furent toutes consumées par le
• On brûlait en l'honneur des dieux morceaux étaient une espèce de prémi.
les cuisses entières , et une tranche de ces dont les dieux se contentaient, aban-
chaque membre, en commençant par donnant le reste à l'usage de c«ux qui
les épaules ; d'où vient le mot (b[Jio6yiT£Ïv; offraient le sacrifice. <o\io:i , humérus , e< Tt6iQ[Jii,pono. Ce»
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feu , on fit rôtir les entrailles , et on les partagea entre tous le« assistants. Cette cérémonie est remarquable. Elle terminait le sacrifice offert aux dieux , et était comme une marque de communion entre tous ceux qui étaient présents. Le repas suivait le sacrifice et en faisait partie.
On coupa donc par morceaux les autres pièces de la victime qui restaient : on les mit en broche , et on les fit rôtir.
Cependant on fait prendre le bain à Télémaque, et , après l'avoir parfumé d'essences , on lui donne une belle tunique et un manteau magnifique.
Quand les viandes furent rôties , on se mit à table.
Telles étaient les principales cérémonies des sacrifices. Quand on en rencontre de nouvelles en d'autres endroits , on les fait remarquer aux jeunes gens , et l'on ne passe pas sous silence la conformité qui se trouve entre plusieurs de ces cérémonies et celles que Dieu lui-même a prescrites dans les livres sains. Mais surtout on leur fait observer que tous les peuples s'accordent à faire consister le fond du culte public et l'essence de la religion dans le sacrifice, sans en bien comprendre la raison , ni la fin, ni l'institution, qui n'est pas naturelle, et qui n'a pu venir de l'esprit humain seul ; et que cette uniformité si constante dans une chose si singulière ne peut avoir pris son origine que dans la famille de Noé , dont les descendants , en se séparant, emportèrent chacun avec eux cette manière dont ils avaient appris que la Divinité voulait être adorée.
Comme il y avait peu de grands repas sans sacrifices , et qu'anciennement les rois en étaient les ministres , on était accoutumé à leur voir faire avec honneur ce que font aujourd'hui nos bouchers et nos cuisiniers. Cela étant , il ne faut pas s'étonner, ajoute M. Boivin, de qui j'ai tiré cette note , de voir Achille couper luimême les viandes destinées au repas qu'il veut donner aux trois députés de l'armée grecque. Ce soin qu'il prend est un soin officieux , un acte de civilité , d'hospitalité et de religion tout à la fois , que le poète aurait eu tort de supprimer.