‹ Traite des etudes. --Chapitre 87 sur 127 · Guerre, sièges, combats · texte numérisé non relu

Guerre, sièges, combats

On sait l'estime qu'Alexandre faisait des poésies d'Homère , puisqu'il les copia lui-même de sa main, et qu'il les mettait toutes les nuits avec son épée sous son chevet. Ce n'était pas le simple plaisir qu'il y cherchait ; il y trouvait aussi d'excellentes leçons pour la guerre, et il ne feignait pas de dire * qu'il j apprenait son métier. Au moins , il est utile pour tous d'y observer les anciennes coutumes qui regardent cette matière.

On doit y remarquer avec soin les armes dont on se servait pour lors, la méthode de mettre les troupes en bataille , la manière dont on les menait au combat , l'art d'attaquer les places et de se défendre , l'art de se retrancher.

Homère, dans le 3^ livre de l'Iliade, décrit d'une manière assez détaillée l'armure de Paris. On y voit des cuissards qui s'attachaient avec des agrafes d'argent, une cuirasse, un baudrier d'or d'où pendait une large épée , un grand et pesant bouclier, un casque relevé par une aigrette. Ménélas, qui devait combattre contre lui, était armé de la même manière. L'un et l'autre avaient un javelot à la main.

On a soin , dans la suite de la lecture , de faire remarquer aux jeunes gens les autres sortes d'armes qui s'y rencontrent.

Les anciens, selon madame Dacier, n'avaient ni trompettes, ni tambours, ni aucun instrument pour faire entendre leurs ordres ^ Ils y suppléaient par d'autres moyens, par quelque signe sensible, et par le ministère des offlciers , qui portaient de vive voix les ordres de rang en rang.

La coutume de haranguer avant le combat, et même dans le

' TrJv'IXtaSa xî]? TtoXejxixrî; àpex^ç coutume de se servir de trompettes pour

êœoSlOV , xal vou-irtov, xai Ôvoaàrwv. aaimer les troupes , et pour leur donner

l Vi.v'c. in vit. Alex ) différents signaux, était constamment

2 Cela est' vrai pour les tambours , "Ç"^ et fort répandue , an moins parmi qui ont été ignorés par toute l'antiquité, ^e» Orientaux et les peuples voisins de la et dont l'usage s'est introduit assez tard, Syrie et de l'Arabie. Je ne parie point quoiqu'il soit maintenant établi dans des trompettes que Moïse établit par 1 ortoutes les nations. Mais ce qu'on dit ici ^""^ de »»«"• ", est vrai que, dans les des trompettes est ouvertement contredit combats que décrit Homère , on ne fait par la belle description que Dieu fait aucun usage des trompettes ; mais il en lui-même du cheval dans le livre de Job : ^"t mention dans une comparaison où Vhi audierit buccinam, etc.; ce qui prouve H ^\^"^%^^. "^«e d une ville ( Uiad. évidemment que, dans une antiquité liT« '8> v. 2I9j. aussi reculée que celle où vivait Job, la

plus fort de la mêlée , était autorisée dans ces premiers temps par un usage universel. En faire un crime à un poète ne serait pas moins ridicule que de blâmer un peintre d'avoir donné aux personnages d'un tableau l'habillement de leur siècle.

On voit dans le quatrième livre de l'Iliade la manière dont Nestor rangeait ses troupes enbataille. Il place à la tête ses chars attelés , et montés par ceux qui doivent les conduire : derrière eux il range sa nombreuse infanterie pour les soutenir, et au milieu il met ce qu'il avait de moins bons soldats , afin que , malgré eux , ils fussent forcés de combattre. Dans le onzième livre cet ordre est changé, et c'est la cavalerie qui soutient l'infanterie.

On se servait anciennement de chars ' au lieu de cavalerie ; «t l'on ne voit point, du temps de la guerre de Troie, de cavaliers montés simplement sur des chevaux. Chacun des chefs avait un chard'oii il combattait, attelé ordinairement de deux chevaux; et celui qui le conduisait était un homme aussi fort considérable, et très-capable de combattre. Il y a peu d'apparence néanmoins que l'art de monter à cheval et de dresser les chevaux fût alors inconnu : au moins du temps d'Homère il était déjà porté à une si grande perfection , qu'un homme seul menait plusieurs chevaux, et sautait de l'un sur l'autre en courant à toute bride, comme on le voit dans une comparaison que ce poëte emploie *

Le 7« livre de l'Iliade nous représente un retranchement formé d'une bonne muraille flanquée de tours , et environné d'un

' Ou voit également dans l'histoire sa- rent infiniment incommodes. Aussi dans

crée et profane que les chariots ont la suite les peuples et les capitaines qui

longtemps fait la principale force des couvertirentia guerre en art et en science,

armées. Il y en avait de différentes sor- et qui la firent avec méthode et par rè-

tes , et l'on y trouvait pour lors beaucoup gles , n'eurent garde de se servir de cha-

d'avantages. Mais quand le bon vieux riots pour combattre leurs ennemis. Ils

temps futpassé, où les nations qui étaient ne craignirent pas davantage ces cha<

en guerre choisissaient de bonne foi une riots employés contre eux-mêmes, comm«

vaste et large plaine pour y vider leur nous l'apprenons de l'armée commandée

querelle en un seul jour, et que, devenues par Luculle. Les soldats légionnaires, étant

plus rusées , elles surent prendre l'avan- bien disciplinés , ne voyaient pas plutôt

tage du terrain , elles reconnurent aisé- approcher les chariots de Tigrane, qu'ils

ment que tout cet appareil et cette dé- s'ouvraient pour les laisser passer; et,

pense de chariots pouvaient être rendus se refermant aussitôt , ils reprenaient

absolument inutiles par une haie , par leur rang , et rendaient ainsi l'impétuo

l'inégalité du terrain, par un petit fossé, site de ces chariots non- seulement inutile

Lorsqu'on sut attirer la guerre dans un mais même ridicule, jusqu'à ctfer, comme

pays couvert et fourré, dans les défilés, au Cirque , qu'on en lâchât u» autre, dans des endroits coupés de ruisseaux, ^ Iliad. 15 , 680, les chariots , bien loin de servir, devin-

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fossé revêtu de bonnes palissades. « Les Grecs élèvent ensuite « la muraille et les tours qui doivent défendre leur camp et leur « flotte. Ils y font d'espace en espace des portes assez larges pour K faire passer des chars , et ils creusent tout autour un fossé « large et profond , qu'ils garnissent de palissades. »

Il n'est point parlé dans Homère des machines dont on se servit dans la suite pour attaquer et défendre les places. Si du temps de la guerre de Troie elles n'étaient point encore en usage, ce pourrait être là une des raisons qui faisaient que les sièges duraient si longtemps. Mais le silence d'Homère sur ce sujet n'est pas une preuve certaine qu'alors les machines de ^uerre fussent inconnues , parce que dans l'Iliade il ne s'agit ^oint d'attaquer la place, et que tous les combats dont il y est parlé se donnent hors de la ville ^

Il y aurait encore beaucoup d'observations à faire sur cette matière et sur d'autres pareilles, comme sur les cérémonies funéraires , sur la navigation, sur le commerce, etc. Il me suffit d'avertir en général qu'il est bon d'y rendre les jeunes gens attentifs , et de leur faire remarquer en passant tout ce qui regarde ces sortes d'usages et de coutumes anciennes , dont quelquesunes même servent à appuyer la religion, comme les cérémonies mortuaires. Car elles tendaient toutes à attester et à transmettre la créance publique uniforme et constante de l'immortalité de l'âme, puisqu'elles supposaient que les morts y étaient sensibles, et que par conséquent leurs âmes subsistaient encore. Et , par le respect que ces cérémonies inspiraient pour les corps morts, comme pour un dépôt sacré , et par les honneurs qu'elles leur rendaient, elles jetaient les fondements de la créance de la résurrection des corps , et y préparaient les esprits.

ARTICLE II

Des mœurs et des devoirs de la vie civile. Horace ne craint point d'assurer qu'on trouve dans les poë-

' Les seules machines dopt il soit fait 258). Il paraît que c'était une espèce de

mention dans Homère sont les xp6(7(Tai , marchepied à plusieurs gradins. (Di/heau

que les Troyens emploient à l'attaque »b la Malle, Poliorcétiqw , n. 181.) du retranchement des Grecs (^lliad. 12. < L.

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mes d'Homère une morale plus épurée et plus exacte que dans les livres des plus excellents philosophes :

Qui quid sit piilchrum, quid turpe, quid utile, quid non, Plenius ac melius Chrysippo et Crantore dicit.

(Lib. l ,ep. 2.)

Ce serait donc se priver d*un des plus grands fruits que l'on doive tirer de la lecture de ce poëte , que de n'y pas remarquer avec soin les excellentes maximes qui y sont partout répandues ^ et qui peuvent servir de principes pour former les mœurs et pour régler la conduite de la vie. On n'y doit pas moins observer les exemples et les actions sous lesquels ce poëte a eu l'art admirable de cacher ces instructions , afin de les rendre plus insinuantes, plus persuasives, plus parlantes , plus efficaces.

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