DE LA RHÉTORIQUE
Quoique les qualités naturelles soient le principal fondemen de l'éloquence , et que quelquefois elles suffisent seules pour y
' Odys. II , 587, etc. 3 19 , 90, etc.
' n. 8» 13-16, et 3, 27»
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réussir, on ne peut nier cependant que l'art et les préceptes ne puissent être d'un grand secours à l'orateur » , soit pour lui servir de guides en lui donnant des règles sûres qui apprennent à discerner le bon du mauvais, soit pour cultiver et perfectionner les avantages qu'il a reçus de la nature.
Ces préceptes » , fondés sur les principes du bon sens et de la droite raison, ne sont autre chose que des observations judicieuses faites par d'habiles gens sur les discours des meilleurs orateurs , qu'on a ensuite rédigées par ordre , et réunies sous de certains chefs : ce qui a donné lieu de dire que l'éloquence n'était pas née de l'art , mais que l'art était né de l'éloquence.
Il est aisé par là de comprendre que la rhétorique sans la lecture des bons écrivains est une science stérile et muette , et qu'ici comme dans tout le reste les exemples ont infiniment plus de force que les préceptes ^. En effet, au lieu que le rhéteur se contente de montrer comme de loin aux jeunes gens la route qu'ils doivent tenir, l'orateur semble les prendre par la main, et les y faire entrer.
Comme donc le but qu'on se propose dans la classe de rhétorique est de leur apprendre à mettre eux-mêmes en œuvre les règles qu'on leur adonnées, et à imiter le§ modèles qu'on leur a mis devant les yeux , tout le soin des maîtres , par rapport à l'éloq?ience, se réduit à trois choses : aux préceptes de rhétorique, à la lecture des auteurs , et à la composition.
QuintiUen nous apprend que de son temps la seconde de ces ïrois parties était absolument négligée, et que les rhéteurs donnaient tout leur temps aux deux autres. Pour ne point parler ici du genre décomposition qui régnait alors , qu'on appelait déclamation , et qui fut une des principales causes de la corruption de l'éloquence, ils entraient dans un détail de préceptes très-
' « Ego in his praeceptis hanc vim et oratores eloquentiœ laudem sint adepti,
b&nc atilitatem esse arbitrer, non ut ad sed , quae su» «nonte homines éloquentes
reperiendum quid dicamus arte ducamur, facerent , ea quosdam observasse, atque
»ed ut ea quae natura , quae studio , quœ id egisse : sic esse non eloqueatîam ex
ezercitatione conseqnimur, aut recta esse artificio , sed artificium ex eloqaentia
eonlidarans, aut prava intelligamus ; natum. » (Cic, de Oraf. I, n. 146.) qnum, quo referenda sint, didicerimus. » ^ € la omnibus fere minus valent pr»-
( Cic. 2 , de Orat. n. 232. ) cepta quam exprimenta. » (Quimth.. lib.
' H Ego hanc vim intelligo esse in 2 , cap. 5. ) praeceptis omnibus, non ut ea secuti
lougs et dans des questions très-épineuses , et souvent assez inutiles ; et c'est ce qui fait que la rhétorique même de Quintilieu , si excellente d'ailleurs, paraît en plusieurs endroits fort ennuyeuse. Il avait le goût trop bon pour ne pas sentir que la lecture des auteurs est une des parties les plus essentielles de la rhétorique, et la plus capable de former l'esprit des jeunes gens. Mais , quelque bonne volonté qu'il eût , il ne lui fut pas possible de résister au torrent ^ , et il se vit obligé malgré lui de se conformer en public à une coutume qu'il avait trouvée généralement établie, se réservant à suivre en particulier la méthode qu'il jugeait la meilleure.
C'est celle qui domine maintenant dans l'université de Paris , et à laquelle on n'est parvenu que par degrés. Je m'arrêterai principalement sur cette partie, qui regarde la lecture et l'explication des auteurs , après que j'aurai traité en peu de mots les deux autres , qu'on peut dire en un certain sens être renfermées dans celle-ci.