‹ Traité des études historiquesChapitre 14 sur 55 · C. L*année julienne · texte numérisé non relu

C. L*année julienne

Ce fut en sa qualité de pontifeœ maximus que Jules César fut appelé à s'occuper de la réforme du calendrier romain. Il prit, pour base de sa réforme, l'année solaire des Egyptiens, qui était déjà connue en Italie avant son temps.

L'année julienne de 365 jours n'est en réalité que l'année égyptienne (voir la Chronologie égypt. dans la Partie spéciale).

Cette année, il est vrai, était trop courte d'un i/4 de jour, et par conséquent, en retard de tout un jour après 4 ans. César y remédia en adoptant un cycle de 4 ans, les trois premiers de 365 jours, le quatrième de 366 jours; c'est l'année intercalaire ou bissextile. Les dix jours qu'il ajouta à l'ancienne année romaine de 355 jours, furent repartis entre les sept mois qui n'avaient que 29 jours jusque là ; Février conserva ses 28 jours, religionis causa, excepté dans l'année bissextile, où février compte 29 jours, avec le jour bissextile supplémentaire, qui est intercalé comme auparavant, et pour la même raison, après le 23 février {supra, p. 83), c'est-à-dire entre le VIT et le VI die ante calendas Martias, d'où le nom de ce jour intercalaire, appelé bissextus (bissexto die ante cal. Martias).

L'année dans laquelle cette réforme eut lieu, fut l'an 46 avant J.-Ch. Par mesure de transition, cette année fut de 445 jours, pour remettre d'accord Tannée officielle avec les révolutions de la terre autour du soleiK

La première année du calendrier réformé fut Tan 45 avant J.-Ch. (709 après la fondation de Rome).

Jules César fixa les calendae Januariae, cest-à-dire le 1' janvier (avec lequel jour Tannée commence désormais) de Tan 45 av. J.-Ch. au jour de la première nouvelle lune après le solstice d'hiver. Il fixa les solstices et équinoxes au 25 du mois (le VIII calendas), ce qui, astronomiquement, n*est pas tout-à-fait juste.

L*aunéd 45 était année bissextile, et comme Tédit portait : quarto quoque annOy les pontifes commirent rerreur d'intercaler tous les trois ans an lieu de tons les quatre ans. Cette erreur dura jusqu'à Tannée 8 avant J. C. ou 746 de Rome. Auguste ordonna de laisser passer douze ans avant d'intercaler de nouveau : la 8™<» année après J. C. ou 761 de Rome devint donc de nouveau une année bissextile.

Auguste donna d'autres noms au mois Quintilis, quil appela Julius, parce que Jules César était né dans ce mois, et au Seœtilis^ qu'il appela Augustus^ parce que la plupart de ses victoires avaient été remportées pendant ce mois.

Voici la manière de dater les jours selon le calendrier romain :

JANUARIUS.

le !•'

: Calendae Januariae ou Januarii

le 2

a. d. lY Nonas Januarias

le 3

a. d, III « n •

le 4

pridie Nonas n

le 5

NoNAE Januariae

le 6

a. d, VIIL Idus Januarias.

le 7

a. d, VIL n n , etc.

le 13

IDUS Januariae

le 31

pridie Kalendas Februarias

Aux mois de mars, mai, juillet et octobre, les Nones étaient le 7 et le» Ides, le 15 : il faut donc dater le 2 de ces mois a. d, VI Nonas, de sorte que le 6 est le pridie Nonas etc.

4^ Eres chronologiques des Romains.

Les Romains désignaient les années par les noms des consuls. Toutefois ces magistrats éponymes ne sont pas toujours entrés en charge à la même époque de Tannée (depuis Tan 153 avant J.-C. aux Calendes de Janvier). De là, la difficulté que présente cette manière de déterminer une date.

Ce ne fut que beaucoup plus tard que Ton s'avisa de compter les années à partir d'une ère unique : c'est tère de la fondation de Rome (ab urbe condita). Tite Live ne la mentionne encore que quelques fois. D'ailleurs il y avait grande divergence d'opinion parmi les Romains eux-mêmes relativement à l'époque de la fondation de Rome. Les indications diffèrent de 142 ans : 870 est l'époque la plus ancienne ; 728 la plus récente. Ennius indique la première ; Cincius Alimentus la dernière. Les trois opinions les plus autorisées ne diffèrent cependant que de quatre ans.

P Diodore de Sicile fixe l'année de la fondation de Rome à olympiade 7:2, soit Fan 750 avant la date usuelle de la naissance de Jésus-Christ ^consulat de Gajus César).

2^ Caton la fixe à l'ol. 6 : 4, soit 752 avant J.-C.

3^ Varron la fixe à l'ol. 6 : 3, soit 753 avant J.-C.

C'est l'ère dite varronienne qui a fini par prévaloir. A partir de l'empereur Claude, elle fut adoptée dans les documents officiels. C'est aussi celle qui est suivie par les chronologistes modernes.

Pour trouver l'année avant ou après J.-C. correspondante à une date de Rome (ab. U. C), si elle est supérieure au chiffre de 753, il faut soustraire 753 du chiffre de la date : cette soustraction faite, le chiffre restant représente la date exacte après J.-C. Si la date de Rome est inférieure à 753, il faut soustraire de 754 le chiffre de la date, et Ton aura la date correspondante avant Jésus-Christ.— Sous les empereurs,il est aul^i

question d'une ère d'Auguste (anni Augusiorum), qui avait une date initiale différente à Rome et en province. A Rome, elle datait du 7»»« consulat d'Auguste (l'an 27 av. J.-C); en Egypte, elle datait de son 4°'« consulat (l'an 30 av. J.-C). — D'ailleurs les provinces ou du moins plusieurs d'entre elles avaient leur ère romaine particulière, correspondant à l'époque où commença le gouvernement provincial en chacune d'elles. Mais ces ères n'ont pas d'importance pour la chronologie générale.

§ IV. — La chronologie chrétienne.

l^' Jours et semaines.

Les Chrétiens reçurent la division du temps en semaines des Juifs ; mais le jour fôrié devint le premier jour de la semaine, appelé dtes Dominica ou Dimanche.

De bonne heure, on attribua à chacun des 365 jours de Tannée une des 7 premières lettres de l'alphabet : A-G; de la sorte, dans le cours d'une môme année, la môme lettre correspond toujours au môme jour de la semaine. La lettre qui chaque année correspond au Dimanche, est la lettre Dominicale ; elle change tous les ans, parce que chaque année commence par un autre jour de la semaine que l'année précédente, tandis que le premier jour de Tan a invariablement la lettre A. Pour les années bissextiles, il y a deux lettres dominicales, parce que Ion donne au 24 février, qui est considéré comme le jour intercalaire, la môme lettre qu'au 25 ; de sorte que la lettre dominicale recule d'une lettre (par exemple quand D est la lettre dominicale avant le 24 février, C l'est après ce jour jusqu'à la fin de l'année).

Chaque mois a également sa lettre initiale invariable.

Janvier

Juillet

Février

Août

Mars

Septembre

Avril

Octobre

Mai

Novembre

Juin

lE

Décembre

Ce mode de désigner les jours par une lettre fut introduit afin de faciliter la détermination des pâques. C'est à cet efiet qu'on se sert du cycle solaire de 28 ans, après quelle époque les lettres dominicales se succèdent dans le môme ordre (voir p. 90).

DaoB les temps modernes, la méthode d'indiquer la date du jour par le quantième du mois a complètement supplanté la méthode romaine de rapporter les dates aux calendes y nones et ides du mois. Au moyen âge, les deux méthodes ont existé concurremment. Dès le vi« siècle, apparut çà et là la méthode nouvelle. Mais Tancienne méthode n'a disparu que lentement, à partir du xiii« siècle, et elle a repris encore de la vogue avec la renaissance des lettres classiques. De plus, à côté de ces deux méthodes il en a régné longtemps une troisième, qui consiste à dater de la fête du jour. Ainsi daêum die 2S martis =a. d. VIII calendas apnles = in festo Annunciationis B, M, V. S*il s'agit d'une fête fixe, comme cette dernière, il suffit, pour la retrouver, d'ouvrir le calendrier liturgique. Mais il faut iaire un calcul parfois compliqué, lorsqu'il s'agit d'une fôte mobile (désignée soit par son rang dans le calendrier mobile : Dominica Quinquagesimae, soit par l'introït de la messe du jour : D. Esto mihi; D. Laetare, etc.). Le plus simple encore dans ce cas, est de recourir à VArt de vérifier les dates, d'abord à la Table chronologique indiquant la date de Pâque^ la lettre dominicale, ïindiction etc. pour toutes les années de l'ère chrétienne de 1 à 2000 : ensuite au calendrier perpétuel indiquant la date respective de toutes les autres fêtes mobiles, qui changent avec Pàque.

2**. Mois et années.

Les peuples chrétiens ont conservé les mois et Tannée du calendrier romain de Jules César, \ivec Tintercalation après tous les quatre ans, jusqu'à la réforme du Calendrier sous Orégoire XIII.

La seule difficulté qu'il y avait encore et la différence qui existait entre les divers pays chrétiens, se rapportent au commencement de Tannée. Huit pratiques différentes étaient observées au moyen âge pour le commencement de Tannée, dont quatre principales :

1*^ la fête de Noël ou 25 décembre ;

2*" le P' janvier (fête de la Circoncision) ;

3^ la fête de TAnnonciation ou 25 mars ; ces trois dates étaient fixes ;

4*" la quatrième est Pâques, qui est une fôte mobile.

En Occident, on avait cessé de commencer Tannée au 1 janvier depuis la chute de TEmpire d'Occident, parce que ce jour était en même temps une fête payenne. Ce ne fut que beaucoup plus tard que Ton remit le commencement de Tannée à cette date du 1 janvier.

Ainsi à Rome depuis le pape Innocent XII (1691) : auparavant Tannée commençait huit jours plus tôt, le 25 décembre. Cette façon de dater s'appelait more ou stylo curiae romanae.

Les Empereurs suivaient également le style romain dans leur chancellerie.

En France, Tannée oflScielle na commencé le 1 janvier qu'à partir d'un édit de Charles IX, en 15C6. Auparavant on commerçait Tannée la veille de Pâques, more gallico ou stylo Franciae.

Dans les Pays-Bas, la date du 1 janvier fut adoptée sous Philippe II en 1575 ; on y suivait dans certaines provinces le style de Rome ; dans d'autres, le style de France.

En Toscane, la date du 1 janvier n'est en vigueur que depuis 1750. Auparavant, Tannée commençait le 25 mars après. C'est ce qu'on appelait le calculas Florentinus^ qui était suivi à Florence (à distinguer du calculus Pisanus, qui commençait le 25 mars aussi, mais une année plus tôt).

La date du 25 mars était en usage encore dans TArragon jusqu'en 1350, en Castille jusqu'en 1383, en Portugal jusqu'en 1420.

3®. Cycles d'années.

Un cycle est une division du temps qui comprend plusieurs années, et dont la durée est ou naturelle, déterminée par un phénomène astronomique, ou conventionnelle, déterminée par un usage ou par une loi. Tel est le cycle pascal, dont les chrétiens se servent pour fixer Tépoque de la célébration de leur Pâque ; il provient de la multiplication de deux autres cycles, Tun solaire, l'autre lunaire, dont il faut parler d'abord.

A. Cycle solaire.

Le cycle solaire de 28 ans sert à régler Tordre de succession des lettres dominicales (plus haut, p. 88), qui changent d'une année à Tautre.

Il résulte de la multiplication du nombre de ces lettres (7),

avec Iç nombre d'années (4) formant une période bissextile. Pour simplifier les calculs, ce cycle est censé avoir commencé Tan 9 avant J.-C, en sorte que pour savoir à quelle année du cycle correspond Tannée courante, il faut : P)ajouter 9, par exemple 1847 + 9 — 1856; —2^) diviser par 28, ce qui donne 66 pour quotient et pour reste 8; nous sommes donc, en 1847, dans la 8® année du cycle courant.

L'indiction est un cycle de 15 ans, que Ton attribue faussement à Constantin le Grand. Il se trouve pour la première fois dans le Code théodosien. On ne sait ni quand, ni par qui, ni pourquoi il a été établi. C'est un cycle de convention, qui ne répond à aucun phénomène naturel. Pour le calculer, on le suppose commencer 3 ans avant l'ère chrétienne. De cette façon, pour trouver le chiffre d'indiction de Tannée courante, il suffit : P) d'ajouter 3 à celle-ci, par ex. 1847 + 3 = 1850 ; — 2*") de diviser par 15, ce qui donne pour quotient 123 et pour reste 5. Donc, nous sommes, en 1847, dans la 5® année d'une indiction.

B. Cycle lunaire (nombre d*or, épacte).

Le cycle lunaire sur lequel est fondé le cycle pascal, est le cycle de 19 années, qui date de l'astronome athénien Méton (voir plus haut. p. 78). On appelle nombre d'or dans le calendrier chrétien (où il était inscrit, dit-on, jadis en lettres dCor) le chiffre qui désigne Tannée du cycle correspondant à Tannée courante. Ce cycle, dans Tusage qu'en font les chrétiens, est censé avoir commencé Tan 1 avant l'ère chrétienne. Ajouter à Tannée 1847 + 1 = 1848; diviser par 19, ce qui donne 97 pour quotient, reste 5 : c'est le nombre d'or de la présente année.

Au cycle lunaire se rattachent les épactes, qui sont la partie la plus compliquée du calendrier chrétien : elles servent à flxer l'époque des nouvelles lunes, qui ne tombent jamais deux années de suite à la môme date de ce calendrier. Pour cela, il est nécessaire de connaître Vàge de la lime au 1*^ de Tan : cet âge est appelé épacte (de iTtàyiiv com-

pléter), parce que ce sont des jours complémentaires^ qu'il faut ajouter à Tannée lunaire de 354 jours pour la mettre d'accord avec Tannée solaire de 365 jours : cette différence est de 11 jours. En supposant que dans la première année du cycle, le commencement de Tannée solaire coïncide avec le commencement d'une lunaison, il se fera que la lune aura déjà 1 1 jours d'âge au commencement de la 2* année ; Tépacte de cette 2* année par conséquent est = il ; celle de la 8*» année = 22 (11 + 11); celle de la 4* année = 33 (22 +11); mais, 30 jours formant une lunaison entière, Ja lune n'aura en réalité que 3 jours d'âge au commencement de la 4* année; en sorte que Tépacte de cette année = 3; celle de la 5* année -= 14 (3 + 1 1) ; celle de la 6* année = 25 (14 + 11) et ainsi de suite. Chaque fois que l'excédant dépasse le chifire de 30 jours, on ne compte pour épacte que le surplus de 30.

Pour calculer Tépacte de Tannée courante, il faut savoir d'abord à la quantième année du cycle de Méton, elle correspond, ce qu'on trouvera à l'aide du nombre d'or. Voici un tableau des épactes correspondant aux 19 années d'un cycle de Méton, dont le commencement coïncide avec e commencement d'une lunaison :

N. d'or

Epacte

N. d'or Epacte

Observation. Il est à remarquer que ces épactes ne correspondent pas à Tâge réel de la lune, parce que entre les révolutions de la lune et les calculs de Méton, 11 y a encore une différence d'environ 12 heures au bout de 19 ans. Pour le calcul des Epactes depuis la réforme du calendrier (1585), voir les Tables dans VArt de vérifier les dates.

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