C. Cycle pascal
Rien de plus naturel que le désir des Chrétiens de célébrer les fêtes de la semaine sainte et de Pâque autant que possible à l'anniversaire du jour et du mois où eurent lieu la Cène, la passion et la résurrection de Notre Seigneur. Seulement ce mois et ce jour sont réglés sur les lunes, qui servaient de base au calendrier des Juifs (voir leur chronologie, dans la Partie spéciale) ; et par conséquent ils ne correspondent pas à une date fixe du calendrier solaire julien, dont se servent les Chrétiens. De là, le déplacement incessant de Pâque et des autres fêtes mobiles, qui jette tîint de complication dans notre calendrier. De là, les controverses qui se sont élevées dans les commencements de TEglise sur la fixation des Pâques, et qui ont donné lieu à plus d*un schisme. Enfin, pour terminer cette longue querelle, il a été admis universellement de célébrer la Pâque chrétienne, anniversaire de la ressurectiou de Notre- Seigneur, le dimanche qui suit la première pleine lune après Téquinoxe du printemps, et pdur la fixation de ce dimanche a été institué le cycle pascal de 532 ans : il résulte de la multiplication du cycle lunaire de 19 ans avec le cycle solaire de 28 ans (19 x 28 « 532). A la fin de ce cycle, les deux autres cycles, lunaire et solaire, les nombres d'or, les épactes, les jours de Pàque et autres fêtes mobiles, les semaines, les leV'r^ f ominicales, recommencent à se succéder dans le r:/--^:.^ f '\^ r.
Ce cycle a été c' "^ '' ■ vement fixé au w siècle par Denys le Petit. Mais pour le calculer, on le suppose avoir commencé Tan 1 avant Tère chrétienne. Il s'est donc renouvelé en 532, en 1064 et en 1595. — Toutes les années également distantes du commencement de chaque cycle correspondent exactement entre elles. Par ex. Tan 1165 correspond aux années 633 et 101, parce que chacune de ces trois années est la 102« du cycle. — Il est vrai, la succession de ce cycle a été dérangée par la réforme du calendrier de Grégoire XIIÏ en l'année 1582, où dix jours furent omis (voir plus haut p. 79). Mais ce cycle est resté applicable aux pays où la la réforme grégorienne n'a pas encore été adoptée, et jusqu'à Tannée où
cette réforme a été adoptée, dans les autres pays. Ainsi, par exemple, nous trouverions une charte en Angleterre, datée du jour de Pâque de Tannée 1652, ce n'est pas le 31 mars, comme en Italie et en Allemagne, mais bien le 18 avril, parce que Pàque tombait au même jour Tan 1120, qui dans le cycle précédent correspond à l'an 1652 du présent cycle, et qu'en Angleterre la réforme grégorienne n'a été introduite qu'en 1752.
4®. Eres des peuples chrétiens.
Le terme technique d'ère ou era apparaît pour la première fois au commencement du moyen-âge (Isidore de Séville au vii® siècle). On en donne plusieurs étymologies, soit de aes, aéra (dans le sens de compte, chiffre), aoit de l'arabe arrach (dater), soit du tudesque jahr, aar, jera (année). On entend par-là une époque marquée par un fait saillant, et à partir de laquelle on compte les années écoulées pour fixer la date des autres faits.
Aucune époque n'était plus remarquable pour les chrétiens que la naissance de Jésus-Christ.
Néanmoins l'ère dite chrétienne, qui part de cette époque, n'a été introduite que dans le commencement du sixième siècle. L'auteur en est Denys le Petit (Dionysius Exiguus) qui vivait en Italie pendant le règne de Theoderic le Grand, roi des Ostgoths (486-526). Avant cette époque et même longtemps après, les autres chrétiens se servaient d'autres ères : les Olympiades, l'ère de Nabonassar, l'ère des Séleucides (voir plus loin, dans la Partie spéciale), surtout en Orient; l'ère de la fondation de Rome, l'ère d'Auguste, etc. (voir plus haut, p. 86), de préférence en Occident. Il en est encore une autre, dont il faut parler, c'est l'ère d^ Espagne^ qui est spéciale à certains peuples chrétiens.
Ere d'Espagne.
Le commencement de cette ère est le l®*" janvier 38 avant Jésus-Christ. On ne sait rien de certain sur l'origine de cette ère, non plus que sur les événements auxquels se rapporte le commencement de l'ère. Il y a une foule d'hy-
pothèses à cet égard qui ne méritent pas d'être mentionnées. (C'était peut-être une ère romaine provinciale, p 87). Ce n'est que plusieurs siècles après le commencement supposé de Tère qu'on en trouve les premières mentions. Elle resta en usage en Espagne, dans le midi de la France, en Afrique, en Portugal, jusque dans le xiii« ou xiv® siècle. Elle continua à être employée concurremment avec l'ère chrétienne dans les chroniques espagnoles jusqu'au xvi® siècle. La différence avec l'ère chrétienne est 38, qu'il faut déduire d'une date de la première pour trouver Tannée correspondante de la seconde.
Ere chrétienne.
C'est Tère qui commence à la naissance ou à Tincarnation de Jésus-Christ. Elle a pour auteur Denjs le Petit. Depuis le commencement de cette ère, 1846 années se sont écoulées et nous sommes dans la 1847™®. Voici les dates des autres ères avec lesquelles coïncide ce commencement :
Ere des Olympiades 01. 95 : 1 (ou 777).
Ere de Rome 754.
Ere de Nabonassar 748.
Ere des Séleucides 313.
Ere d'Auguste 30.
Cette ère est fondée sur l'année romaine de Jules César en usage chez tous les peuples chrétiens. Il n'y a que deux points controversés :
1® Le commencement de l'ère ;
2*" Son désaccord avec Tannée réelle de la naissance de Jésus Christ.
P Denys le Petit place le commencement de l'ère chrétienne au 1*^ janvier après la naissance de Jésus Christ, qui est le 25 décembre. Ainsi il comptait i au P** janvier et non pas 0, comme l'ont prétendu quelques chronologistes.
La naissance de Jésus Christ eut doue lieu selon Denys le 25 décembre de Tan 753 de Rome (ère varronienne) ; et Fan 1 de notre ère correspond à Tan 754 ou au consulat de Cajus César.
2^ Il est certain que celle année de Rome rie correspond pas à Tannée réelle de la naissance de J. C. ; c'est uniquement sur cette année réelle que roule la discussion entre savants.
Les différentes opinions à cet égard flottent entre dix années, de 746 jusqu'en 756 de Rome. Voici quelques données indiscutable* : J.-C. est né pendant le règne d'Hérode, et dans les dernières années de ce règne, puisqu'Hérode est mort bientôt après la fuite de la sainte Famille en Egypte et le massacre des Innocents ordonné par lui. Hérode doit avoir vécu au moins 15 mois après la naissance de J.-C. Or Hérode est mort dans la 37°** année de son règne, la 26"*® du règne d'Auguste, sous le consulat de Sabinus et Rufus, qui correspond à l'an 750 de Rome (ère varronienne), et cette date est confirmée par une éclipse qui eut lieu un peu avant la mort d'Hérode (Joseph. 17 : 6), et qui tombe, en effet, dans la nuit du 12-13 mars 750 de Rome, d'après les astronomes. De tous ces calculs, il résulte que J.-C. est né au plus tard à la fin de l'an 749 de Rome, donc quatre ans avant l'époque où l'a placé Denys le Petit.
Mais il paraît que l'on doit encore reculer la naissance de J.-C. de deux ans, parce que le recensement de la Judée, dont parle l'Ecriture-Sainto, eut lieu, daprès TertuUien, sous la présidence de Sextius Saturninus (avec le concours de Quirinus); or Sextius Saturninus a cessé d'être légat de Syrie dans l'été de l'an 748 : donc lo recensement eut lieu en 747, et c'est à cette année i^l'an 7 avant l'ère vulgaire) qu'il faudrait reculer la naissance de J.-C. ; date adoptée par les Bénédictins dans YArô de vérifier les dates. Néanmoins cette question demeurera controversée aussi longtemps qu'on n'aura pas trouvé un synchronisme ou un-i coïncidence exacte entre Thistoire sacrée et l'histoire profane de cette époque.
« En tout cas, Terreur irréparable de Denys n'aflPecte en rien la correction de la chronologie reçue, puisque Tannée à laquelle toutes nos dates sont rapportées est celle du consu- IcU de Gajtis César ^ sur laquelle il n'y a pas de contestation, et depuis laquelle on compte, jusqu'au pape Léon XIII régnant, juste 1878 ans. »
Uère chrétienne ne paraît pas avoir été en usage avant l'an 600. Jusqu'à Tan Mil, on ne Ta employée qu'exception- Dellenaent. Ce n'est que depuis celte date qu'elle est généralement suivie, tant danjs les actes officiels, chartes ou diplômes, que par les auteurs.
L'ère de la création du Monde.
En Orient, on rencontre, dans les auteurs et dans les actes officiels, une autre ère, qui est usitée à la fois chez les Juifs et chez les Chrétiens : c'est Y ère de la création du monde. Mais ils ne la conamencent pas à la même date : l'historien juif Josèphe compte depuis la création du monde 4163 ans jusqu'à notre ère. Julius Africanus, le père de la chronologie chrétienne, en compte 5500. Dans la pratique, on a fait usage en Orient de deux ères, entre lesquelles il y a un écart de 16 ans : c'est Vère alexandrine, qui compte 4992 ans, et Y ère byzantine, qui compte 5508 ans. Des Grecs, cette dernière ère a passé aux Russes, qui s'en sont servis jusqu'en 1700, où Pierre le Grand a adopté Tère chrétienne. (Sur Yère de la création usitée chez les Juifs modernes, voir leur chronologie dans la Partie spéciale.)
§ V. — La chronologie musulmane.
1**. Le jour.
Les Arabes ont une chronologie à part depuis que l'Islamisme est devenu dominant chez eux, et cette chronologie a été adoptée par tous les peuples Musulmans avec peu de modifications. Ils commencent le jour au coucher du soleil et le divisent en 24 heures; ils comptent d après les nuits. Leur semaine a 7 jours, et ils la commencent par le Dimanche, qui est leur P** jour; les suivants s'appellent 2^ jour, 3°, etc. jusqu'au vendredi, appelé jour de f assemblée, parce que c'est leur jour férié ; ils ont conservé au samedi le nom de sabbat,
2°. Mois et années.
Les Arabes comptent Je temps exclusivement d'après la lune et ses phases.
Ils ont donc des mois lunaires, et des années lunaires. Le mois commence lors de l'apparition de la nouvelle lune dans le crépuscule du soir et il a ou 29 ou 30 jours ; tout cela n'est pas même très bien réglé, parce que l'on ne le détermine pas d'une manière régulière et d'avance. Néanmoins leurs astronomes ont reconnu que l'année lunaire fixe a 35t jours 8 heures et 48 minutes. Ce reste d'heures et de minutes, en s'accumulant, donne un jour à peu près tous les trois ans. De là, la nécessité d'intercaler un jour périodiquement. Sur 30 années, il y a 11 années intercalaires de 355 jours.
Ces années lunaires ne sont jamais mises d'accord avec les années solaires, de façon que le calendrier musulman ne coïncide que rarement avec le vrai temps astronomique.
Voici les noms des mois musulmans :
1 Moharrem. 7 Recheb.
2 Safar. 8 Shaban.
3 Rebî I. 9 Ramadan.
4 Rebî II. 10 Shewwâl.
5 Dchemâdi I 11 Dsu I.
6 Dchemâdi II. 12 Dsu II.
3°. Ere chronologique.
L'hégire ou ère de Isi/uile de Mahomet de la Mecque à Médine est la seule ère chronologique des Musulmans : elle commence le 15 ou le 16 Juillet 622.
Leurs années, étant des années lunaires, sont en retard de 11 ou 12 jours sur les nôtres, ce qui fait une différence d'un mois au bout de 3 ans et de toute une année au bout de 36 ans.
Il faut recourir aux Tables dans YArt de vérifier les dates pour réduire une date de THégire à une date de l'ère chrétienne.
Voir Daunou, Cours d'éludés historiques^ t. III, p. 515 et 516. Ideler, t. II, p. 487-493.
APPENDICE
Chronologie révolutionnaire de la France.
La révolution de 93, qui bouleversa tout, introduisit aussi un changement total dans la chronologie. Ce changement avait pour base le système décimal.
On divisa le jour en 10 heures, l'heure en 100 minutes, la minute en 100 secondes. A la semaine, on substitua la décade ycomiiosée de 10 jours ; le décadi remplaçait le dimanche comme jour férié.
Le mois avait trois décades ou 30 jours.
L'année conservait les douze mois. Mais le commencement de l'année ftit fixé à l'équinoxe d'automne, le 22 septembre. Après le douzième mois, on comptait 5 jours complémentaires ou sans-culoitides pour parfaire l'année de 365 jours, et 6 jours complémentaires pour l'année bissextile. L'année était en outre divisée en quatre saisons, dont chacune avait trois mois.
En voici les noms :
Automne : vendémiaire 22 septembre-21 octobre brumaire 22 octobre-20 novembre frimaire 21 novembre-20 décembre
Hiver :
nivôse
pluviôse
ventôse
21 décembre-19 janvier 20 janvier-18 février 19 février 20 mars
Printemps : germinal floréal prairial
21 mars- 19 avril 20 avril- 19 mai 20 mai-18 juin
Eté :
messidor 19 juin-18 juillet thermidor 19 juillet-17 août fV'uctidor 18 août- 16 septembre.
Jours complémentaires : 17 8eptembre-21 septembre
Vêre de la république Ait substituée à l'ère chrétienne. L'an I correspond au 22 septembre 1792.
Cette ère fut abolie en 1806, ainsi que le calendrier, par Napoléon, qui a rétabli l'ancien calendrier.
METHODE