‹ Traité des études historiquesChapitre 17 sur 55 · II. Soarces Uttéraires ( histoires générales (Hérodote · texte numérisé non relu

II. Soarces Uttéraires ( histoires générales (Hérodote

/ ^' Classiques < histoires^ spéciales (Josôphe, ^ \ etc.).

Nous parlerons d'abord des sources littéraires, parce qu'elles sont la base des plus anciens travaux relatifs à lliistoire de l'Orient; ensuite des sources monumentales, qui ont complètement transformé la science dans ces derniers temps.

§ I. — La. Biblb.

Littérature : Reusch, Einleitung in dos alte Testament, Fribourg 1868. — Lamy, Introductio in Sacram Scripturam, Mali nés, 1886. — Furst, Geschichte der biblischen Literatur. Leipzig, 1867.

La Bible â été longtemps la source presque unique de ce que Ton savait de Thistoire des plus anciens peuples de rOrient ; elle denaeure toujours une source de tout premier ordre.

C'est, on le sait, un recueil d'écrivains hébreux, connus ou anonymes, appartenant à des époques différentes, comprises, entre le xv« et le ii* siècle avant notre ère.

Ce recueil se subdivise à son tour en trois collections, qui ont été recueillies à trois époques distinctes :

A savoir P la loi (thora) appelle aussi pentateuque (cinq tomes) par les Grecs ; c'est le recueil des livres mosaïques^ au nombre de cinq : le livre de la Genèse, depuis Adam jusqu'à la mort de Joseph (au xvii* siècle? av. J.-C); — le livre de V Exode, depuis la naissance de Moïse jusqu'au mont Sinaï; — Le Lévitique, comprenant une grande partie de la législation sacrée; — le Livre des nombres, continuant l'histoire des Juifs depuis le Sinaï jusqu'à leur arrivée aux frontières de la Terre promise ; — Le DetUéronome, contenant les dernières prescriptions et la mort de Moïse.

2^ Les prophètes (Nebiim) formaient une seconde collection, comprenant : le Livre de Josué, depuis l'entrée en Palestine jusqu'à la mort de Josué ; — les Juges, depuis Josué jusqu'à Samson (du xv* au xi* siècle av. J.-C); — les quatre Livres des Rois, depuis Samuel jusqu'à la chute du royaume de Juda (du xi* au vi* siècle) ; — trois des grands prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel), et les xii petits prophètes.

3"" Les éoiitores sacrées (Ketubim, hagiograpba), dans le sens restreint du mot, comprenant des écrits des genres les plus divers, dont un petit nombre seulement se rattachent au genre historique; ce sont, dans Tordre chronologique : le Livre de Ruth, qui se rapporte à l'époque des Juges ; — les deux livres des chroniques (paralipomena), qui se rapportent à Tépoque des Rois; — Daniel, le quatrième des grands prophètes, contemporain de la captivité (vi* siècle); — les Livres d'EsdraSy de Nehemias et cCEsihery qui se rapportent à l'époque persane (du vi* au V* siècle).

La réunion de ces trois collections particulières forme le recueil canonique ou officiel des saintes Ecritures.

Nous possédons deux textes officiels de la Bible ou, si Ton veut, deux canons, entre lesquels il y a quelque différence : c'est la Bible hébraïque et la Bible grecque \ ces deux recueils diffèrent entre eux, non seulement par la langue dans laquelle ils nous sont parvenus, mais encore par le nombre des écrivains qu'ils contiennent et par Tordre dans lequel ils sont rangés.

La Bible grecque, en effet, est plus complète que la Bible hébraïque ; elle comprend en plus, non seulement quelques fragments qui manquent au texte hébreu, mais encore des écrits entiers, appelés pour cette raison deuiérocanoniques : ce sont les livres de Baruch, Tobie, Judilh, des Macchabées (i et ii), qui ont un caractère historique, et deux des livres sapienliaiuv ou didactiques.

La Bible grecque n'en est pas moins pour la plus grande partie la traduction d'un texte hébreu qui est perdu ; il n'y a que deux livres du texte grec qui ne soient pas des traductions^ ce sont Macchabée (u) et le Livre dit de la sagesse.

Les éditions classiques de la Bible hébraïque sont : Vêtues l^estamentum hebraicuniy cum variis lectionibus,

Ed. Kennicott. Oxford, 1776, 2 vol, in-fol.

Variae lectiones veteris Testamenti^ J. B. de Rossi*

Parme, 1788, 4 vol. n\A\

Cochen, La Bible hébraïque (avec traduction française). Paris 1848, 18 vol. in-8\

Les éditions classiques de la Bible grecque sont :

Velus Testamentum ex ant. codice Vaticano, éd. Ang. Maius. Rome, 1857, 5 vol. in-fol,

Bibliorum codex sinaïlicus^ éd. Tischendorf. S. Petersbourg, 1862, 4 vol. in-fol.

Traductions latines : d'après le texte hébreu, Biblia sacra kUina veteris TestamentU Hieronymo interprète (iv« siècle) — (Edition Heyse et Tischendorf, Leipzig, 1873); — d'après le texte grec : /toZa, seu Latina veteris Testamenti versio antehieronyma (il n*en reste que des fï*agments) ; — la Vulgate ou la traduction reconnue comme officielle dans l'Eglise latine, est sortie d'une combinaison des deux traductioDS précédentes, de la version italique pour \e psautier et les livres deutérocanoniques, de la version de S. Jérôme pour le reste.

Commentaires : Lamy (Th.), Commentarium in Genesin. Malines, 1883-84,^;2 vol. — Keil und Delitsch, Bibl. Commentar ûber dos A. Testament, Leipzig, 1861-1867. —Cook, The speaker's Commentary on the Bible, London, 1872.

« La Bible peut être considérée soit comme source théologique, soit comme source historique.

» Au point de vue théologique, tous les écrits contenus dans la Bible, si divers qu'ils soient et par Tépoque de leur rédaction et par le genre littéraire auquel ils appartiennent et par la langue ou le style dont se sont servis leurs auteurs, ont néanmoins un caractère commun : c'est qu'ils sont inspirés \ c'est qu'ils renferment une portion de la vérité recelée \ cette inspiration reconnue et définie est, en effet, la règle essentielle qui a fait recevoir ces écrits dans le canon de la Bible Pour les protestants, la Bible (avec le Nouveau Testament, mais à l'exclusion des livres deutérocanoniques) est la source unique de la foi ; pour les catholiques, c'en est la source la plus ancienne.

n Mais la Bible ne fait pas seulement autorité en théologie; son autorité en histoire n'est pas moindre.

» 11 est vrai, un certain nombre de livres de la Bible

sont étrangers à l'histoire ; tel le psautier, qui appartient au genre poétique; tels les livres sapientiaiix ou didactiques, qui relèvent de la philosophie.

» Quant aux autres livres de la Bible, recelé rationaliste conteste également leur caractère historique, parcequun certain nombre de faits quils rapportent, ou sont ou passent pour surnaturels. Sans doute, en présence de faits de ce genre, la critique a le devoir de se montrer plus exigeante , de ne les admettre quà bon escient, sur des textes immédiats, authentiques, véridiques.

" Mais une fois quun texte satisfait aux conditions les plus rigoureuses de la critique, on est mal venu de le rejeter uniquement, parce qu'il ne cadre pas avec une théorie favorite : c'est là Terreur de l'école rationaliste. Aussi nous ne nous attarderons pas à ses travaux, tous entachés de ce vice originel : ils partent, en effet, d'une prévention, d'une conception toute subjective de la nature ou de l'impossibilité du surnaturel, et à cette idée à priori^ ils sacrifient ensuite les textes les plus positifs; c'est l'antithèse de la méthode critique, qui met les faits avant la théorie, et qui exclut tout parti pris en histoire.

« D'ailleurs les travaux de l'école rationah'ste se détruisent les uns les autres ; depuis Ëwald (1845) jusqu'à Wellhausen (1883), c'est une succession de systèmes contradictoires ; pas une conclusion qui soit définitive; mais une impuissance radicale à expliquer la Bible d'une façon satisfaisante, du moment qu'on rejette la foi universelle, commune aux juifs, aux catholiques, aux protestants et jusqu'aux musulmans.

y» Enfin ce qui a donné le coup mortel aux hypothèses gratuites de cette école, ce sont les découvertes récentes de Xégyptologie et de X assyriologie . Entre ces sources monumentales, dont il sera parlé plus loin, et la Bible, il règne un accord si surprenant qu'il n'est pas possible de faire passer encore celle-ci pour une légende ou une invention postérieure de plusieurs siècles. f>

Pour Tégyptologie, on trouvera cette démonstration dans: Osburn, Israël in Egypt. Londres, 1855.

Ebers, ^ypien und die Buecher Moses. Leipzig, 1868. Ancessi, Moïse et t Egypte. Paris, 1876.

Pour Tassyriologie, dans :

Schrader, Die Keilinschriften und das aile Testament. Giessen, 1878.

Enfin on trouvera un travail d'ensemble sur cette concordance entre l'histoire sacrée et l'histoire profane dans :

Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes en Palestine^ en Egypte et en Assyrie. Pari?, 1880, 4 vol.

RÉSUMÉ : Les résultats de ces travaux sont donnés en abrégé dans notre Histoire saa-ée (extrait du cours d'histoire de Jean Mœller) Tournai — Paris, 1881.

Comme source historique, la Bible fait autorité en premier lieu dans Thistoire générale de l'Orient, en second lieu dans l'histoire particulière des Hébreux.

Pour l'histoire générale de l'Orient, la Bible n'est qu'une source secondaire, supérieure toutefois aux sources classiques; elle est, en effet, assez souvent en désaccord avec Hérodote, surtout avec Ctésias ou Diodore. Mais chaque fois que les sources monumentales se sont prononcées sur un point contesté (par exemple, sur la dynastie assyrienne), elles ont donné tort aux classiques et raison à la Bible.

Quant à l'histoire particulière des Hébreux, elle est tout entière dans la Bible, et leur unique historien profane, Josèphe, dérive de la Bible, qu'il ne fait que résumer ou paraphraser (voyez plus loin p. 140). Les autres sources classiques ne parlent guère des Hébreux, parce que la grande époque de ce peuple, son époque nationale, était de longtemps finie, quand apparut Hérodote (v® siècle), le père de l'histoire classique.

On a aussi fouillé dans ces dernières années le sol de la Palestine à la recherche à* antiquités, mais sans grand

résultat quant à la Bible. La plupart des mooumeots soût des époques postérieures, macédonienne ^ romaine^ musvlfnane, latine. Pour les temps antérieurs, la science en est réduite à discuter remplacement des monuments détruits.

Deux inscriptions seulement sont antérieures à la captivité, la stèle du roi moabite Mésa (ix* siècle), qui est la plus ancienne inscription alphabétique connue ; Yinscription de faqueduc dEzéchias (vu* siècle).

La numismatique juive ne connaît pas de monnaies antérieures aux Macchabées (plus haut p. 126).

Pour l'archéologie biblique, consulter les publications de îa Society of Biblical Archeology (depuis 1872) : les Proceedings et les Transactions.

Pour la Palestine en particulier, les travaux de la société anglaise, Palestine exploration fund (depuis 1865), paraissant sous le titre : The survey of western Palestine, cartes, — mémoires (3 vol. 1881-83), — monographies, — bulletins trimestriels.

RÉsuBi : Conder, Twentp-one pears^toork in the holy Land, Londres,

Pour le Sinaï, la publication du gouvernement anglais : Ordnance Survey of the Peninsula of Sinaï (1868-69). Londres, 1872, 5 fol.

Résume : Palmer (H.), Sinaï from ihe fourth egyptian dynasty, Londres,

Pour la numismatique biblique :

Maddeu, History of the jewish coinage. Londres, 1864.

De Saulcy, Recherches sur la numismatique judaïque. Paris, 1864.

Pour Tépigraphie :

Corpus Inscriptionum semiticarum. Tomus I. Paris, 1880-87.

Publication de I^Institut de France. La première partie est consacrée Sinx Inscriptions p?iéniciennes ; la 2« partie, les Inscriptions hébraïques, n'a pas encore paru.

§ II. — Les autres sources littéraires de l'Orient.

Littérature : Nôve (F.), Les époques littéraires de VInde. Louvain, 1883. — de Harlez, Coup éCoeil sur Vhistoire et l'état actuel des études avestiques, Bruxelles, 1886. — Progrés des études relatives d VEgypte et à VOrient, Rapport. Paris, 1867. — Les Bulletins des Sociétés asiatiques de Paris, de Londres et de Leipzig.

Au point de vue de Thistoire ancienne, les littératures profanes de l'Orient n'ont pas donné les résultats espérés au début des recherches dont cette classe de sources fait l'objet depuis un siècle. En eflfet, l'âge récent de ces littéraratures ressort déjà de ce fait qu'elles se rattachent pour la plupart à l'un des trois systèmes religieux qui se partagent aujourd'hui l'Orient, soit au christianisme,qui marque la fin de l'antiquité, soit à ;rislamisme, qui est postérieur de six siècles à l'ère chrétienne, soit au bouddhisme, qui, il est vrai, appartient comme doctrine aux derniers siècles de Tantiquité, mais dont les monuments écrits ne sont guôres antérieurs à lere chrétienne.

Au christianisme appartiennent quatre littératures orientales, l'une sémitique, la littérature syriaque^ la seconde arienne, la littérature arménienne^ les deux autres africaines, la littérature copte de l'Egypte et la littérature éthiopienne.

A l'islamisme appartiennent aussi une littérature sémitique, celle des Arabes, une littérature arienne, celle des Persans, la troisième, touranienne, celle des Turcs.

Au bouddhisme se rattachent enfin la plupart des autres littératures asiatiques, celle des Tibétains, des Mongols, des Chinois modernes, des Indo-Chinois, des Japonnais, etc.

En somme, si l'on excepte l'ancienne littérature chinoise, qui doit être traitée à part (voir Y Appendice suivant), il ne reste que deux littératures étrangères aux religions au-

jourd*hui pri^pondérantes, c'est la littérature zend de Tlran, et la littérature sanscrite de Tin de.

Quel est l'âge de ces littératures ? et quelle valeur ontelles comme sources historiques?

Il y a des divergences énormes entre les solutions données à la première de ces questions. Pour les livres zends, les anciens les ont attribués à un personnage fabuleux, Zoroastre, que Bérose place au xxiii* siècle avant notre ère ; que Ctésias place au xii® siècle ; d'autres enfin au yf siècle.

Les seuls points certains dans cette question sont les suivants :

Les manuscrits zends ne sont pas antérieurs au xiii^ siècle de notre ère; mais ce sont des copies d'originaux plus anciens. L'alphabet zend, d'après Lepsius, remonterait au VI* siècle après J.-C. C'est aussi de cette époque, celle des Sassanides (du m* au vi""] siècle), que daterait, d'après une tradition parse, la restauration des livres zends. Mais dès cette époque, la langue zend était une langue morte, preuve que ces livres étaient plus anciens. Enfin on trouve des allusions à ces livres dans les sources grecques de l'époque macédonienne ; ils existaient donc à cette époque; mais depuis quand? Impossible de remonter plus haut. Les documents nous font défaut.

La même incertitude règne sur l'âge de la littérature sanscrite. Le monument écrit qui touche le plus près à l'histoire, le code de Manou est attribué au xii® siècle avant notre ère par William Jones (Londres, 1794), au v* siècle par Johantgen (Berlin, 1863), au ii* siècle après J.-C. par son dernier éditeur, M. Buelher (Oxford, 1885).

On ne peut considérer comme acquis que les faits suivants.

Deux voyageurs grecs de l'époque macédonienne, Néarque (325 avant J.-C), Mégasthènes (300 avant J.-C.) affirment que les Indhous de leur temps n'avaient pas de lois écrites, et que l'écriture y était récente et d'un usage fort limité.

D'autre part les plus anciennes inscriptions de l'Inde sont celles du roi Asoka (250 avant J.-C).

On ks trouve toutes dans le recueil intitulé : Corpus Inscriptionum mrficarwm, edit. Cunningham. Calcutta 1877.

Vol l : Inscriptions d'Asoka. — Vol. II : Inscriptions des iDdo-Scythes et des satrapes de Surâsthra. — Vol. III : Inscriptions des Guptas etdes autres dynasties du nord.

Il va de soi que les immenses épopées indiennes, le Mahâbhârata et le Râmâyana, n'ont pu se transmettre sans le secours de Técriture, et sont par conséquent postérieures au iii^ siècle avant notre ôre. On ne peut considérer comme plus anciens que les hymnes du Véda^ chants plus courts, qui ont pu se transmettre oralement, longtemps avant d'être recueillis par écrit. Mais la plus grande partie de la littérature classique de Tlnde appartient aux premiers siècles de notre ère.

De cette incertitude chronologique , il résulte déjà que ces deux littératures ne peuvent fournir par elles-mêmes une base certaine à l'histoire. Elles ne sont pas moins étrangères à l'histoire par leur contenu. La littérature zend qui nous est parvenue, est exclusivement religieuse. La littérature sanscrite, au contraire, est des plus riches dans presque tous les genres littéraires, épopées^ drames^ théologies, philosophies y médecine, grammaires; mais, au milieu de ces créations luxuriantes du génie indien, on n'a pas trouvé jusqu'ici le plus petit morceau d'histoire proprement dite. 11 en résulte que ces littératures ne fournissent de matériaux qu'à Xhisioire spéciale soit des religions, soit des institutions, soit des idées, soit des formes littéraires. On ne peut pas les considérer comme des sources pour Xhistoire générale de TOrient.

On ne peut jusqu^ici en dire davantage des découvertes littéraires récentes qui se rattachent les unes à Végyptologie, les autres à Vassy^ riologie. Les fouilles archéologiques en Egypte ont fait reparaître au jour un certain nombre de papyrus, que Ton peut considérer comme des fï^gments de Tancienne littérature égyptienne. A part une chronique

démotique relative à l'époque persane, ces fragments appartiennent tous à d'autres genres littéraires, les plus nombreux au rituel des morts ou à la magie^ d'autres à la médecine, d'autres au genre épistolaire (Maspero, Bu genre épistolaire des Egyptiens, Paris, 1873) ; on y trouve aussi des contes orientaux (le conte des deux frères)^ une sorte de poème historique (le poème de Ramsês II, par Pentaur). Sur la littérature des papyrus, voir : Select papyri in the hieratic character of the British Muséum. Londres, 1841-60. 2 parties in-fol. — Devéria, Catalogue des manuscrits égyptiens du Louvre. Paris, 1875. — Non moins variée était la littérature assyrienne, qui s'est conservée sous forme de tablettes de terre cuite i ces tablettes formaient de véritables bibliothèques classées et cataloguées avec soin (Lamy, Une bibliothèque royale en Assyrie au Ylh siècle avant J.-C. Bruxelles, 1885). Les ft'agments littéraires qu'on a retrouvés se rapportent à la cosmogonie {\sk genèse chaldéenne), k la msrthologie (le poème d'Istar), aux sciences naturelles, aux mathématiques, à Vastronomie, à la magie, à toutes les parties de la grammaire; mais quant aux sciences historiques, on ne peut y rapporter qu'un petit nombre de listes royales et de tablettes chronologiques (entre autres celle des éponymes assyriens, voir plus haut, p. 122), qui ne doivent pas ôtre assimilées à des ouvrages d'histoire ; ce sont tout au plus des matériaux. Sur cette littérature cunéiforme, voir Bezold, Ueberblich ueber die babylonische-assyrische Literatur, Leipzig, 1886.

§ III. — Lb8 sources classiques.

Littérature : Vossii, De historicis groscis libri III (dans ses Opéra. Amsterdam, 1695). — Fragmenta hisiortcorum graecm^um^ coUegit G Mulleras. Paris, Didot, 1841-1851. 4 vol.

De ce qui précède, il résulte que les anciennes litléra* tures nationales de l'Orient ne nous ont pas laissé une seule histoire digne de ce nom, en dehors de la Bible.

C'est eu Grèce qu'ont paru les plus anciens historiens de l'antiquité ; c'est sur Texemple des Grecs que se sont formés tous les historiens qui sont venus dans la suite soit en Orient, soit en Occident, et ainsi s'explique que la plupart des histoires anciennes sont écrites dans la langue grecque.

On a recueilli les noms d'environ six cents historiens et les titres de plus d'un millier d'ouvrages historiques appartenant à la littérature grecque. Malheureusement, d'un très petit nombre seulement, nous sont parvenus soit des ouvrages complets, soit du moins des volumes entiers. Nous n'avons que des fragments de tous les autres.

En énumérant les ouvrages conservés, nous les rangerons sous deux chefs, les histoires générales et les travaux spéciaux, soit d'histoire, soit de géographie, soit de chronologie.

1^ Histoires générales : Hérodote, Diodore.

Nous ne possédons plus que deux ouvrages importants dans le cadre de l'histoire générale.

Hérodote, justement appelé le père de l'histoire, vivait au V* siècle avant notre ère, sous le dernier grand empire asiatique, celui des Perses ou Achéménides. Originaire d'Halicarnasse en Asie-Mineure, après avoir parcouru une grande partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, il entreprit de transmettre à la postérité tout ce qu'il avait pu

apprendre de plus intéressant tant chez les étrangers ou barbares que chez les Grecs. Telle est l'origine de ses neuf livres dthistoires.

C'est une histoire universelle en ce sens que Tauteur n'en a exclu aucun pays, ni aucun peuple sur lequel il a pu obtenir des renseignements.

Mais, au point de vue chronologique, l'auteur ne sort guères des limites de l'histoire contemporaine (au sens large), si ce n'est dans les épisodes. Il commence à Crésus et termine à la prise de Sestos (de 560 à 479). Les épisodes les plus célèbres concernant l'Orient, sont, au I*' livre, Y histoire des prédécesseurs de Crésus (chap. 1-92); — celle des Mèdes (chap. 95-140); — au II* livre, la description et t histoire de t Egypte; — l'histoire des Assyriens ('Ao-o^ptoi iayci) devait faire l'objet également d'un épisode, d'après une promesse que l'auteur n'a pas réalisée.

Textes : Herodoii Musae, éd. Bâhr. Leipzig, 1830. Herodoti historiarum libri IX, recognovit G. Dindorf. Paris, Didot 1858 (avec traduction latine). Eerodotos, recensuit Stein. Berlin, 1869-71, 2 vol.

Commentaires : en allemand, Herodotos erhlàrt von Stein. Berlin, 1868, 5 vol. (avec notes de Tégyptologue Brugsch, pour TEgypte) ; — en anglais, Ristory of Herodotics, with notes, appendices, etc. by G. RawllDson, H. Rawlinson and J. G. Wilkinson. Londres, 1858, 4 vol. ; — en A*ançaîs, Maspero, (Jommentaires sur le livre II (VHérodote, fragments. 1876, 1880 ; — en latin, dans Védiiion de Bàhr.

Critique : Dahlmann, Herodot; aus seinem Buch sein Leben (dans ses Forschungen, II). Âltona, 1823. — Matzat, Glaubwuerdigkeit der geographischen Angaben HerodoVs ueber Asien (dans le Hermès de Berlin, VI), 1872. — Sayce, Herodotos LUI, toith notes, etc. Londres, 1883.

Après Hérodote, la seule histoire générale que nous possédions est celle d*un écrivain de Sicile, Diodore, contemporain d'Auguste. C'est une histoire universelle au point de vue tant de la chronologie que de la géographie. Les trois premiers livres embrassent, en effet, depuis leurs origines :

YÉgyple (livre I), -^ XAsie antérieure (livre II), — la Lybie (livre III). Mais c'est une histoire de seconde main : cdie de rÉgypte, d'après Hécatée dAbdère (du m* siècle) ; celle de l'Asie, d'après Ciésias (du iv* siècle).

Pour les meilleures éditions, voyez plus loin les sources de V histoire grecque. Pour la critique des premiers livres de Diodore, voyez :

Heyne, De fontibus et auctoribui hist. Diodori, Qœttingue, 1782. — Schneider» De fontibus Diodori libri I-IY. Berlin, 1880.

Nous mentionnerons pour mémoire Thistorien latin Trogue Pompée (du P' siècle de l'ère chrétienne), dont l'histoire universelle ne nous est connue que par le maigre abrégé de Justin.

2^ Histoires spéciales. Joséphe.

A la suite de l'influence que les Grecs ont exercée sur l'Orient, il s'est élevé en diverses ccmtrées des historiens indigènes, qui, tout en prenant les historiens grecs pour modèles, se sont efforcés de corriger ceux-ci ou de les compléter à l'aide des documents originaux qui n'étaient pas accessibles aux Grecs : tels Manéthon, prêtre égyptien du III* siècle, qui écrivit en grec ses jEgyptiaca ; — Bérose, prôtre chaldéen, du m* siècle, auteur des ChaMatca; — Dius et Menander, qui s'étaient appliqués à l'histoire des Phéniciens, et tant d'autres que nous ne connaissons que de nom.

Toute cette littérature spéciale a péri à l'exception d'une Histoire des Juifs par un écrivain de cette nation, Playe Joséphe (du i** siècle). Mais cet ouvrage n'a guères de prix pour nous, attendu que nous possédons en entier la source dont cet ouvrage est tiré, dans la Bible, que Josèphe n'a fait que compiler. Son histoire n'est originale que [our la dernière période, celle des Hérodes; Josèphe est également

source origiaale dans son histoire de la guerre judaïque et dans son autobiographie. Mais ces morceaux appartiennent plutôt à l'histoire romaine. Un petit écrit qui reste de lui, a par contre une valeur inappréciable par les fragments d'historiens perdus qu'il cite et par la lumière qu'il projette sur l'historiographie ancienne en général, c'est l'écrit i Contra Apionem ou de Judaeorum antiquitate. Presque tout ce que nous possédons du texte de Manéthon et de Bérose, nous vient de là. Après Hérodote et Diodore, c'est la source littéraire la plus importante pour l'histoire ancienne de l'Orient.

Textps : Flavii Josephi Opéra omnia, éd. G. Dindorf (avec traduction latine). Paris (Collection Didot) 1845-47, 2 vol.

FI. Josephi Opéra omnia ab J. Bekker recognita. Leipsig, 1855, 5 vol.

Traduction latine : il existe des Opéra de Josôphe une traduction ancienne, en latin, qui date du iy<* siècle. Attribuée soit à Rufln, soit à s. Ambroise, elle n'a de valeur que pour combler certaines lacunes du texte grec, particulièrement dans le Contra Apionem, lib. II, cap. S -9. Commentaires : Des Flavius Josephits Schrift gegen Apion. Text und

Erklàrang von J. G. Muller. Bàle, 1877. Critique : Bloch (F.), Die Quellen des FL Joseph in seiner Archaeologie,

Leipsig, 1879.

3^ Géographie. Strabon.

Si la Grèce est le berceau de l'histoire, c'est là aussi qua pris naissance la science de la géographie. Un Grec d*Âlexandrie, Eratosihènes, en a jeté les fondements à Tépoque macédonienne (m* siècle avant J. C). Mais des travaux de cette époque, il ne reste que des fragments.

Des géographes de Tépoque romaine, nous possédons encore les deux principaux, Strabon (du temps d'Auguste) et Ptolémée Taslronome (du ii* siècle) ; ce dernier s'est surtout appliqué à la géographie mathématique. L'ouvrage de Strabon, au contraire, par les renseignements historiques qu'il contient, est une source indispensable pour l'histoire ancienne. Éditions :

Strabonîs Oeographica, ed, MuUer et Dubner (avec traduction latine). Paris (Collection Didot), 1853, 2 vol. Strabonis Opéra, ed. Meinecke. Leipzig 1866. 3 vol.

La grande Historia naluralis de Pline TAncien comprend aussi la géographie (livre II- VI) ; c*est une compilation qui n*a quelque valeur que par les extraits qu il donne d'auteurs perdus.

4^ Chronologie. Eusébe.

Le grand Eratostbènes a recueilli aussi les premiers matériaux de la chronologie ancienne, en rapprochant la chronologie grecque des chronologies orientales. Ses travaux sont perdus.

Au iii« siècle de notre ère, un autre écrivain grec, Julius Africanus, a jeté les fondements de la chronologie chrétienne, en rapprochant la chronologie sacrée de la chronologie profane. L'original de cet ouvrage est perdu.

Au IV® siècle, Eusèbe reprit le travail d'Africain, mais en l'altérant, de façon à faire regretter Toriginal qui a été supplanté par ce remaniement. Il est vrai que nous ne possédons pas davantage l'original d'Eusèbe. On ne le connidt que par les extraits d'un compilateur byzantin du ix* siècle, Georges le Syncelle ; et par deux traductions, Tune latine, de saint Jérôme, l'autre arménienne (retrouvée en 1818).

C'est avec ces éléments que l'on a reconstitué le texte d'Eusèbe, qui est aujourd'hui l'unique source littéraire de presque tout ce que nous savons de la chronologie ancienne. C'est là en particulier qu'il faut chercher les fragments chronologiques de Manéthon, base de l'histoire égyptienne, et les fragments de Bérose, non moins précieux pour la chronologie des empires asiatiques. Editions :

Thésaurus temporum, Eusebii chronicorum canonum libri //, opéra J. Scaligeri. Amsterdam, 1658, fol.

Eusebii chronicorum libri II, ed. Schoene, Berlin, 1875. 2 parties.

On peut ranger ici le canon de Ptolémée Tastronome. On entend par là une liste chronologique depuis Nabonasar des souverains, rois ou empereurs, d*abord chaldéens, puis macédoniens, enfin romains jusqu*à cet astronome (du n* siècle), qui nous Ta conservée ainsi que la liste correspondante des éclipses observées sous ces différents princes. Cette liste est probablement Tœuvre collective de plusieurs générations d*astronomes, qui s*en sont servis pour calculer le retour périodique de ces phénomènes. Édition :

Kaviiv Pao-iXeiûv xdel (fiati^ i7rXav(3v. Ed. Halma. Paris, 1820,

Pour l'histoire ancienne de l'Orient, on le voit, les sources littéraires que nous possédons encore, se réduisent à deux grands auteurs classiques, Hérodote, Diodore, avec quelques auteurs secondaires, Strabon, Josèphe, Eusèbe, et des fragments des autres, plus nombreux qu'étendus.

Tous ces auteurs classiques, pour autant qu*ils traitent de rhistoire de l'Orient, ont un défaut commun, c'est d'être étrangers à leur sujet et par la distance des temps et par leur ignorance des langues. Au point de vue des temps, les historiens grecs n'apparaissent que lorsque l'époque nationale de l'Orient touche déjà à sa fin. Si du moins ils avaient pu s'enquérir du passé de ces grandes nations dans leurs monuments originaux ; mais ici ils étaient arrêtés par les langues étrangères qu'ils ignoraient absolument.

C'est ainsi que les Grecs en furent réduits à recueillir de la bouche des Orientaux ou chez leurs interprètes de profession la tradition orale qui circulait à leur arrivée. Mais la tradition est exposée à des altérations ot des oublis, qui augmentent avec l'éloignement des temps. On le constate dans Hérodote : à mesure qu'il remonte plus haut, cette tradition orale se trouble; la mémoire faiblit; les souvenirs se confondent. Pour les temps écoulés depuis l'arrivée des premiers Grecs en Egypte, sous Psammétique (l'an 664), Hérodote donne des faits précis et qui concordent assez avec

les découvertes modernes (voir Wiedemann, Oeschichte JEgyptens von Psammetik 7, Leipzig, 1880). Avant Psammétique, ses récits présentent autant de fables que de lacunes. Enfin sur tous les temps antérieurs à la guerre de Troie, cette tradition orale est muette ou du moins n'a retenu que les noms de quelques grands pharaons attachés à des monuments aussi saillants que le lac Mœris ou les Pyramides.

Sous ce rapport, on ne peut assez regretter la perte des histoires écrites par des indigènes tels que Manéthon et Bérose. Plus récents encore qu'Hérodote ils jouissaient du moins de Tincontestable avantage de posséder la clef de la langue, des écritures et des inscriptions des temps passés. Qu'ils s'en soient servis, on peut le constater par leurs fragments chronologiques y qui nous sont parvenus, et qui sont en général d'accord avec les découvertes modernes. Mais s'ils ont pu combler par les monuments les lacunes de la tradition orale, ils n'ont pas dédaigné d'emprunter à celle-ci ce qui pouvait orner ou embellir leurs récits, et ainsi s'expliquent les fables qui se rencontrent dans Manéthon tout autant que dans Hérodote. 11 y a même lieu de conjecturer (avec Weidemann, cité plus haut) que Manéthon a pu utiliser des recueils plus anciens de ces fables et de ces traditions, mais écrits en égyptien, partant inaccessibles à Hérodote.

Le récit de la Hible elle-même, en ce qui concerne l'Egypte, est fondée sur une tradition orale et non pas sur les monuments, comme le prouve le nom de Pharaon^ qu'elle donne indistinctement à tous les rois d'Egypte antérieurs à Susac, et qui n'est ni un nom propre, ni un titre officiel : ce devait être une de ces appellations familières qui ont cours dans la bouche du peuple seulement.

En résumé, les sources littéraires ne nous donnent qu'une version de l'histoire, ce qu'on peut appeler la version populaire ou orale. Nous y reviendrons lorsque nous aurons examiné l'autre version, celle qui nous est fournie par les sources monumentales.

APPKNDICE.

Note sur les historiens chinois.

La littérature chinoise est très riche en productions de tout genre : outre la philosophie, le drame, le roman, les Chinois ont de tout tempa cultivé les sciences positives, le droit, la médecine, les mathématiques, ainsi que Thistoire. Il existe en Chine d*importantes bibliothèques d*ouvrages en tout genre tant manuscrits qu*imprimés.

Nos grandes bibliothèques européennes n*en possèdent qu'un petit nombre. Pour la Bibliothèque de Paris, voir Abel Rémusat, Mélanges asiatiques, t. Il, p. 375; pour la Bibliothèque de Berlin, Klaproth, Catalogue des livres choisis de la bibliothèque royale de Berlin. Paris, 1822.

Parmi ces monuments littéraires, il y en a de fort anciens : ce sont ceux qui ont échappé à la grande destruction des livres chinois attribuée à Tempereur chinois Chi-hoang-ti (l'an 213 av. J.-C).

Lorsque les premiers empereurs de la dynastie des Hans (depuis 202 av. J. Ch.) donnèrent Tordre de rechercher les débris des anciens monuments, ceux-ci reparurent en fragments sans liaison et surtout sans ordre chronologique. Des savants furent alors chargés de recueillir ces matériaux, et c est surtout l'historien Sse-ma-ts'ien (160-85 av. J. C), qui mérita beaucoup de l'histoire de sa patrie. Le Choû-hing avait échappé à la grande destruction des livres : il comprenait des fragments de l'histoire de la Chine depuis Yao jusqu'à Mu Kong (vers 621 av. J.-C.) Ssemathan mit en ordre les autres chroniques rédigées avant lui. Il mourut avant de pouvoir achever son œuvre et en laissa la continuation à son fils et disciple SsernatsHen Celui-ci se livra d'abord à des recherches profondes et composa ensuite son grand ouvrage historique intitulé Sse-Ki c'est-à-dire mémoires historiques. Cet ouvrage divisé en 130 livres est distribué en cinq parties : la première, intitulée Chronique impériale, contient l'histoire de la Chine depuis l'empereur Hoangti {qu*il place en 2697 avant J.-C.) jusqu'à l'empereur Ou-ti (104 avant J.-C); la seconde partie contient des tables dans la forme de nos atlas historiques; dans la troisième, l'auteur traite de ce qui se rapporte à la musique, à l'astronomie, aux cérémonies religieuses, à l'hydrographie, aux poids et mesures; la quatrième partie renferme l'histoire généalogique de toutes les dynasties qui ont possédé quelque territoire en Chine; dans la cinquième se trouvent des mémoires sur la géographie étrangère et des biographies des plus célèbres savants ou magistrats.

D'après le modèle de cet ouvrage, les grandes annales de l'empire

Chinois, gui contiennent la continuation de Thistoire de Sse-ma-Ts'ien, ont été travaillés. Ce grand ouvrage forme au moins 4d0 volumes dans Toriginal, et une traduction remplirait bien 50 à 60 volumes in-4<>. On trouve dans ces annales, indépendamment du récit des événements, qui constituent la chronique de Tempire et Thistoire de chaque règne, les pièces officielles auxquelles ils ont donné lieu, la vie des hommes célèbres par le rang qu*ils ont occupé, les actions qui les ont illustrés ou les ouvrages qu'ils ont composés; des tables chronologiques et généalogiques; la description géographique et statistique des pays soumis à Tempire, et Thistoire des peuples étrangers, qui ont eu des relations avec la Chine. Les Chinois nomment ces annales les vingt-deux histoires. Un autre ouvrage historique des Chinois est intitulé Li-taïkùsse. On y voit en cent volumes la succession des empereurs, des princes, des grands vassaux, des souverains étrangers; les événements remarquables comme les irruptions des Tartares, les guerres, les révolutions. Cette chronologie a la forme d*un tableau : chaque ordre d'événements a sa colonne particulière, ce qui facilite les recherches en les abrégeant.

Un autre historien chinois, qui vivait au xi« siècle, Sse-ma-Kuang a composé le Miroir historique^ dont nous possédons un abrégé, publié sous le titre de : Histoire générale de la Chine, par le P. de Moyrac de Mailla et Grosier. Paris 1777-84, 12 vol. in-4.

Outre ces grands ouvrages historiques, qui embrassent Thistoire générale de Chine, la littérature chinoise est riche en histoires particulières. Chaque dynastie, chaque province et souvent des familles -distinguées ont eu leur historien. Il y a encore une masse d'ouvrages qui traitent de la constitution, des mœurs et usages, de la civilisation du peuple en sorte que toutes les sciences auxiliaires de Thistoire ont été Tobjet d'une étude spéciale par un grand nombre de savants chinois.

Presque toutes les notices, que nous avons de l'histoire et de la civilisation de la Chine, nous les devons aux missionnaires chrétiens,ten particulier aux Jésuites, qui en préchant l'Évangile aux Chinois] se sont occupés de leur langue, de leur littérature et surtout de leur histoire.

De la grande masse d'ouvrages sur la Chine publiés par ces missionaires en latin, en français et en espagnol, je ne citerai que les plus remarquables.

Du Halde (Père), Description géographique ^ hûstoriqice^ chronologique, politique et physique de t empire de la Chine ^ avec des cartes générales et particulières de ce pays. Paris 1735, 4 vol. fol.

Parmi les grands travaux des Missionnaires Jésuites, c'estll'ouvrago capital, celui qui a servi de base à tous les autres*

Grosier, La description générale de la CAin^, Paris, 1785, iii-4. L'auteur en a donné une nouvelle édition en 6 vol. (Paris. 1818-1820, in.8).

(Test an bon précis dans leqael Tautear a fait entrer les recherches &ite8 par les missionnaires et présentées par lui dans un ordre très commode.

Mémoires concernant rhistoire, les sciences, les arts, les mœurs^ les usages des Chinois, par les missionnaires de Pékin. Paris, 1776-83. 9 vol. in-4.

Les auteurs sont, censément, deux missionnaires Chinois de naissance, qui, après avoir étudié neuf ans à Paris, retournèrent dans leur patrie, d*où ils ont envoyé, sous forme de lettres, les renseignements publiés dans cet ouvrage.

A consulter, en outre : Pauthier, La Chine, Paris, 1837. — Gutzlaff, Sketch ofchinese history. I^ondres, 1834, 2 vol. — Histoire de Vempire Qdmii par A. S. et R. Paris, 1860, 2 vol. — S. von Pries, Geschichte China'8. Vienne, 1884.

QUATRIÈME SECTION

« Les sources monumentales de rOrient. »

§ I. — L'ÉGYPTOLOQIE.

Littérature : Jolowicz, Bibliotheca aegyptiaca. Leipsig 1861. — Wiedetnann (A.), T>ie Quellen der ^gyptUchen Geschichte (inivoàMcWon de : Geschichte uEgyptens von Psammetik 1, 1880). — Pour les nouveautés, consulter Zeitschrift fuer aegyptische Sprache und Alterthunukunde. Leipsig (depuis 1863); -- Revue égyptologiquCy par E Revillout. Paris (depuis \%%2)\— Society ofhihlical Archeology : Transactions Londres (depuis 1872); Proceedings. Londres (depuis 1878).

1° Archéologie.

Aucun peuple de l'antiquité n'a laissé des monuments aussi anciens et aussi grandioses de son activité et de sa puissance que le peuple égyptien. D'un côté ce sont les grands travaux d'iiydrographie nécessités par les conditions particulières de la vallée du Nil : des travaux de terrassement pour exhausser le sol des villes et les mettre à l'abri des crues annuelles de ce fleuve ; le grand réservoir ou lac Moeris, destiné à régler ces crues; un réseau de canaux, qui répand dans tout le Delta les effets bienfaisants do de l'inondation. D'autre part, ce sont des travaux d'architecture, des temples dont on compte près d'une centaine, des tombeatcx par milliers, les uns et les autres atteignant souvent des dimensions gigantesques, dans le nombre les fameuses pyramides de Gizeh ; plus des allées de colosses ; plus des obélisques monolithes^ semés un peu partout.

Depuis longtemps ces monuments indestructibles ne nous étaient plus connus que par les anciens qui les ont décrits.

ou par quelques voyageurs isolés qui eu avaient signalé rimportaace.

Trois grandes explorations qui ont eu lieu dans la vallée du Nil depuis un siècle, ont fait revivre, pour ainsi parler, raucienne Egypte, en déblayant ses monuments, qui ont été mesurés, dessinés et décrits sur place, et en retirant de ses tombeaux et de ses ruines une multitude d'objets meubles, qui remplissent aujourd'hui les musées de l'Europe.

La fameuse expédition de Bonaparte en Egypte (Fan 1799) a été le signal de ces exhumations et de ces découvertes.

Les travaux des savants français que Bonaparte amenait avec lui, ont été réunis et publiés sous le titre de :

Description de t Egypte (2* édition). Paris, 1821, 24 voL in-S^ ; 4 atlas de planches.

Vol. 1-5 : Description des antiquités; — vol. 6-9 : Mémoires sur les autiqaités; ^ vol. 10 : Explication des planches; — vol. 11-18 : État moderne; — vol. 19-24 : Histoire naturelle.

Cette pablication, antérieure à la grande découverte de Champollion, ftit complétée par celui-ci à la suite de sa mission en Egypte, dont il rapporta ses : Monuments de VÉgypte et de la Nubie. Paris, 1829-47, 4 vol. de planches, avec Notices descriptives, Paris, 1844-73. Voir ses : Lettres éCÊgypte. Paris, 1833.

La seconde exploration fut conduite par la mission prussienne, durant les années 1842-1845, sous la direction de Tégyptologue Richard Lepsius, elle comprenait, dans son rayon, avec l'Egypte, l'Ethiopie. De là est sorti l'ouvrage splendide intitulé :

Denkmaeler aus jEgypten und jEthiopien^ gezeichnet auf der prenssischen Expédition. Berlin, 1849-58, 12 atlas in-pUno.

Vol. 1-2 : Topographie et architecture; — vol. 3-4 .* Documents (sculptures, peintures^ hiéroglyphes) de Tancien Empire (dynasties 4-13 de Manéthon); — vol. 5-8 : Documents du nouvel Empire (dynasties 17-30); ^ vol. 9 ' Documents de Tépoque macédonienne et romaine; — vol. 10 : Documents éthiopiens; -^ vol. llol2 : Inscriptions (non hiéroglyphiques)

hiératiqaes, démotiques, éthiopiennes, grecques, latines; pap3rrus, etc. Supérieure à la précédente comme exactitude et comme exécution, cette publication a le défaut de n'être accompagnée d'aucun texte explicatif, en sorte qu'elle ne peut être utilisée que par les égyptologues de profession. Un égyptologue français, M. Pierrot, a essayé d'y suppléer dans son Cours éC archéologie égyptienne^ dont le tome I. Paris, 1885, contient VExplication des monuments de Lepsius, Voir aussi les lettres de Lepsius (Briefe aus ^yypten und éthiopien. Berlin, 1852) et ses travaux, dont les plus importants ont paru dans les publications de TAcadémie de Berlin.

Enfiu une Société anglaise concentre en ce moment ses recherches dans le Delta qu'elle explore d'un côté pour rechercher les traces du peuple hébreu dans le Delta, orientai, de l'autre pour fouiller les restes des établissements helléniques dans le Delta occidental. Ses travaux sont intitulés :

Publications of ihe Egypt Exploration fund. Londres, 1883-86, 4 vol.

Les Tolumes parus comprennent : Pithom (vol. I) ; — Tanis (vol. II) ; — Naukraiis (vol. III) ; — Goshen (vol. IV).

Tous les monuments meubles^ susceptibles d'être trans* portés, ont été recueillis dans les Musées, où ils sont aujourd'hui à la portée des égyptologues.

Les principaux musées égyptiens sont : Bonlaq prés du Caire (Mariette, Notice, 1864. Maspero, Guide du visiteur^ 1883) ; — le Louvre (Rougé, Notice sommaire des monuments égyptiens, 1876); — le British Muséum de Londres (Birch, Egyptian galleries^ 1874); — Turin (Champollion, Lettres sur le musée de I\<rtn, 1828); — Leyde (Leemans, Description raisonnée, 1840); — Berlin (voir les Denkmaeler de Lepsius).

2^ L'épigraphie égyptienne.

A CONSULTER : Rosuy, Les écritures figuratives. Paris, 1870. — Ebers, Ueber das hieroglyphische Schriftsystem. Berlin, 1875.

Bien que recouverts de milliers d'inscriptions, les monuments de l'Egypte n'en étaient pas moins des monuments muets pour les savants modernes, avant Champollion. La

langue égyptienne s'était sans doute conservée, avec quelque altération, dans la littérature chrétienne des Coptes ; mais ceux-ci n'étaient plus en état de lire les anciens monuments de leur propre langue, depuis qu'ils avaient adopté l'écriture alphabétique des Grecs.

La fameuse inscription bilingue de Rosette, découverte en 1799 par un soldat de Bonaparte, contenait la clef des hiéroglyphes : elle est, en eflfet, conçue en deux langues, en égyptien d'un côté, en grec de l'autre, et en trois écritures, le texte égyptien étant reproduit à la fois dans l'écriture hiéroglyphique et dans l'écriture démotique. Mais pour tirer parti de cette trouvaille, il fallut le génie de François ChampoUion : s'attaquant d'abord aux noms propres, qui sont homophones dans toutes les langues, il découvrit Téquivalent égyptien de quelques lettres grecques ; et marchant ensuite de découverte en découverte, il retrouva la valeur phonétique de plus de 250 hiéroglyphes. Ces recherches, qui datent de 1825, ont été poursuivies par une pléiade de savants en France, en Angleterre et en Allemagne et ont reçu enfin leur consécration définitive en 1867 par la mise au jour d'une seconde inscription bilingue, celle de Canope (plus haut, p. 113), qui justifiait sur tous les points la découverte de ChampoUion, l'une des plus belles conquêtes scientifiques du siècle.

De cette découverte, il résulte que les anciens Egyptiens n'avaient pas moins de trois écritures, une écriture monumentale, Y hiéroglyphique y et deux écritures cursives, la première, sacerdotale ou hiératique, la seconde, vulgaire ou démotique. Toutes trois sont phonétiques, mais la première avec une tendance au syllabisme, qui dénote une origine idéographique (comme nos rébus).

Depuis cette découverte, on a publié et mis à la disposition des historiens une masse considérable de textes historiques dont les principaux recueils sont :

Lepsius, Denkmaeler, vol. 3-12.

Brugsch, Thésaurus Inscriptionum ^gyptiacarum. Leipsig, 1884. — Recueil de documents égyptiens. Leipsig, 1862. — Historische Inschriften Altœgypten's. Leipsig, 1868.

(British Muséum), Inscriptions in the hieratic and demotic Character. Londres, 1868.

Rougé, Inscriptions hiéroglyphiques copiées en Egypte. Paris, 1877.79,4 vol.

Traductions : Records of the Peut. English translations of Egyptian Monuments. Londres, 1S75, 6 vol.

Les inscriptions historiques, recueillies ainsi sur les lieux, sont lés unes publiques, les autres privées.

Les inscriptions publiques peuvent se partager en cinq classes.

V Les textes qui embrassent plusieurs siècles, ce sont les listes des rois, simples listes de noms propres ou cartouches royaux, mais importants pour la chronologie (tables de Tarnac, — d'Abydos, — de Saqqarah) ;

2^ Les textes qui comprennent un r^ne seulement, mais qui en racontent tous les faits : ce sont les Annales des rois (entre autres, celles de Tuthmosis III ; — de Ramsès II ; — de Ramsès III ; — de Susak) ;

3^ Les textes qui ne se rapportent qu'à un fait isolé, qui font rhistorique soit d une construction, soit d'un voyage (exploration de la mer Rouge sous la reine Make-ri ou Ra- Maka); — ou dune campagne (Tuthmosis III, — Aménophis II, — conquête de l'éthiopien Pionchi, etc.);

4^ Les énumérations de contrées ou villes conquises, réduites le plus souvent à des séries de noms propres, mais importantes pour la géographie ;

5^ Les actes officiels proprement dits : dans cette classe

il faut ranger les traités de paix: le seul découvert en Egypte jusqu'ici, le traité de Ramsès II avec les K hittites, est le plus ancien de tous les traités connus ; — les actes législatifs, rares sous cette forme ; — les actes de fondation en faveur de temples, ceux de la 13* dynastie (dans la Zeitschrift de 1880, p. 160), ceux de la 26* dynastie;

Les actes de donation en faveur de particuliers, lesquels sont fréquents ; — les rapports des fonctionnaires sur leur tournée ou mission officielle.

Les inscriptions privées d un caractère historique peuvent se ramener à deux classes :

r Les inscriptions généalogiques, telles que la célèbre généalogie de Ra-Chumab, architecte de Darius P*"; bien que ne donnant aucun fait historique, elles ont une grande importance pour le contrôle de la chronologie (Voir Lieblein, Reclierches sur la chronologie égyptienne daprès les listes généalogiques. Christiania, 1873).

2^ Les inscriptions biographiques, en particulier des grands fonctionnaires qui énumèrent leurs services, ordinairement sous forme d'inscription funéraire ; telle la biographie d't/na, un fonctionnaire de la 6* dynastie, qui doit être la biographie la plus ancienne du monde ; — l'inscription d'un chef des bateliers, Ahmès, de la 18* dynastie, etc.

§ II. — Lassyriologib.

Littérature : Society ofbiblical archeology. Publications citées p. 148. — Zeitschrift fuer Assyriologie. Leipsig (depuis 1886). Trimestriel. — The Bàbylonian and Oriental Record, Londres (depuis 1887). Mensuel.

1® Archéologie.

L'archéologie assyrienne est plus récente que Tégyptologie. Ses premières découvertes datent seulement du milieu de ce siècle : il s'agissait d'abord de rechercher remplacement de l'antique Ninive, qui avait disparu si complètement que les indigènes eux-mêmes en avaient perdu le souvenir. Ses ruines ont été retrouvées, en face de la ville actuel de Mossoul, presqu'en même temps par Layard (Nine* veh and ils remains. Londres, 1848) et par Botta (Monument de Ninive. Paris, 1849). Ces recherches, continuées par Oppert de 1851 à 1854, se sont étendues au reste de la Mésopotamie (Khorsabad, Nimroud, Babylone). Elles sont publiées sous le titre :

Oppert, Expédition scientifique en Mésopotamie. Paris 1862, 2 vol. in-4.

Au point de vue de la conservation, les monuments de FAsie antérieure ne peuvent entrer en comparaison avec ceux de l'Egypte, ce qui a tenu à la prépondérance de la brique dans les matériaux de construction utilisés par les Chaldéens et les Assyriens. Leurs plus grands édifices ne sont plus que des monceaux de décombres. Mais on en a retiré de nombreux fragments de sculptures, de bas-reliefs, d'inscriptions, etc. qui ont enrichi les grands musées de l'Europe.

Le Louvre à Paris et le British Muséum de Londres ont aujourd'hui chacun ImvMu^ée assyrien (voir les Catalogues).

29 Epigraphie.

A CONSULTER : Menant, Les écritures cunéiformes. Paris» 1864. — Delattre. Les inscriptions historiques de Ninive et de Babylone. Louvain, 1879.

La grande importance des découvertes assyriennes réside dans les inscriptions, qui ont été, les unes, copiées sur les lieux, les autres, transportées en Europe sous forme de tablettes^ prismes, cylindres, etc., et ces dernières se comptent par milliers.

La difficulté était de les déchiffrer. Ces textes sont tracés dans une écriture appelée cunéiforme, parce les signes ont la forme de clous, résultant du coup de poinçon donné par le graveur dans largile de la tablette. On ignorait la valeur de ces signes ; on ignorait dans quelle espèce de langues ces signes étaient tracés : sémitique ou arienne ? La science moderne triompha encore une fois de cette difficulté par un prodige de divination. Les savants conjecturaient que plusieurs de ces textes étaient trilingues, c est-à-dire, tracées en trois langues, disposées sur trois lignes parallèles. Mais Tune de ces langues étant aussi inconnue que l'autre, on ne pouvait pas expliquer un texte par l'autre, comme dans l'inscription de Rosette, qui avait donné la clef de l'égyptien. On reconnut pourtant les noms propres, qui, étant homophones dans les trois langues, étaient représentés par les mêmes groupes de signes superposés. On devina que dans les inscriptions de Persépolis, ces noms propres devaient être les noms des rois perses, et l'on reconnut, à la disposition de ces noms, les groupes de signes correspondant aux noms de Xerxès, Darius, Hystape, etc. Avec ces éléments, on parvint à reconstituer peu à peu tout le syllabaire de cette écriture, qui n'est ni idéographique, ni alphabétique, mais syllabique.

Les fondements de cette science avaient été déjà jetés par le voyageur danois, Karsten Niebuhr, le père du grand historien, qui avait rapporté d'Asie les inscriptions persépolitaines (1765). Un autre danois, Lassen, acheva le déchif-

frement des inscriptions perses (1836), presquen même temps que lorientaliste français Eugène Burnouf.

Lie meilleur recueil d*épigraphie perse est :

Textes : Kossowicz, Inscriptiones palaeo-persicae (avec

transcription en lettres latines). St-Pétersbourg, 1872.

Traduction : en latin, dans Tonvrage de Kossowicz ci-dessas ; ~ en français, Menant, Les Achéménides et les Inscriptions de la Perse* Paris, 1872.

Ces inscriptions perses, se rapportant à une époque de rhifltoire assez connue, n*ont pas grandement enrichi nos connaissances historiques. Leur plus grand mérite c'est d'avoir conduit au déchiffrement des inscriptions plus anciennes de TAssyrie, qui devaient nous introduire dans un monde tout nouveau. Ce sont, en effet, les inscriptions trilingues des Perses qui ont servi de base à ce travail, conduit de front en Angleterre par Henry Rawlinson, en France par Oppert.

Toutefois un doute planait toujours sur la solidité d une science bâtie sur tant de conjectures, lorsque la Société asiatique de Londres s'avisa de provoquer une expérience décisive, en soumettant à un concours de version quatre assyriologues travaillant isolément. Les quatre versions furent trouvées suffisamment semblables, et de cette épreuve mémorable de l'année 1857, date le triomphe définitif de Tassyriologie. C'est ainsi qu'en moins de trente ans, un monde nouveau de langues et de peuples inconnus s'est ouvert à l'étude. « Trente siècles d'histoire sont sortis des tombeaux et ont reparu au grand jour » (Maspéro).

Textes : (British Muséum). Western Asia Inscriptions, vol. I-V. Londres, 1861-84.

Traductions : Records of the Past. English translations of assyrian monuments. Londres, 1875. 6 vol. — Menant, knnales des rois dAssy» rie, Paris, 1874. — Id. Babylone et la Chaldée, Paris, 1875.

Les inscriptions historiques de 1* Assyrie, peuvent se classer comme celles de TEgjpte, à savoir :

1^ les textes qui embrassent plusieurs siècles, listes des rois, des fonctionnaires éponymes (plus haut, p. 122)^ et autres tablettes chronologiques (p. 137);

2^ les textes comprenant un règne. Annales des rois;

y les textes relatifs à un fait isolé, relations dune guerre^ fondations dC édifices; etc.

4® les actes officiels, tels que les lettres et \e^ pifblications tenant lieu d ordonnances ;

5® les actes privés, surtout les contrats, importants pour le droit, et, quand ils sont datés, pour la chronologie.

Toutefois les textes assyriens publiés jusqu'ici ne représentent qu'une petite partie des documents découverts et accumulés dans les Musées.

De plus, il reste encore plus d'un problème à résoudre. Ainsi dans les inscriptions trilingues, le texte perse et l'assyrien sont seuls déchiffrés; il y a un troisième texte, qui semble renfermer une langue encore inconnue, touranienne pour les uns, cosséenne pour les autres, etc. ; la solution est à trouver.

Un groupe nouveau d'inscriptions s'est récemment révélé en Asie ; ce sont les inscriptions des Khitittes, ou Khétas ou HéttéenSy dont la langue et l'écriture sont à la fois inconnues.

En attendant, il faut se défier des solutions hâtives, prônées un jour, démolies le lendemain.

§111. — Db la. critique des sources MONUMBNTMiBS.

Comparées aux sources littéraires, les sources monumentales ont une supériorité qui saute aux yeux d'abord. Des premières, nous ne possédons que des copies qui ont passé par plusieurs mains, et qui en ont subi des altérations inévitables. Des secondes, nous avons les textes originaux. Les sources littéraires, en dehors de la Bible, datent des cinq derniers siècles de l'antiquité, tandis que nous avons des inscriptions originales contemporaines des pyramides et antérieures à Moïse de 1700 à 2000 ans.

D'autre part, les sources monumentales ont aussi leurs défauts, à savoir :

P des lacunes^ résultant de ce que les inscriptions conservées ou découvertes au gré du hasard se répartissent très inégalement entre les différents règnes ou dynasties, abondantes pour l'un, rares ou nulles pour l'autre ;

2^ des réticences^ provenant de ce que les potentats de l'Orient n'ont enregistré que leurs conquêtes ou leurs succès et se taisent sur leurs revers : vous y chercheriez en vain la catastrophe du Pharaon de lexode, ou l'échec de Sénachérib en Egypte, ou la folie de Nabuchodonosor ;

3** des complaisances pour les princes, qui sont glorifiés, et dont les succès sont toujours grossis, quand ils ne sont pas inventés ;

4** des contrefaçons de textes ou de narrations, copiées littéralement par certains princes sur les inscriptions de leurs prédécesseurs ;

5** des icsurpattons d'inscriptions ou de monuments commises par d'autres princes, qui n'eurent pas scrupule de substituer leurs noms et leurs cartouches royaux aux cartouches et aux noms d'un prédécesseur; le fait est avéré

pour l'Egypte du moins, en particulier de la part du fameux Ramsès II (Sésostris).

n résulte de là que les monuments doivent être soumis à une critique non moins sévère que les historiens. Les uns et les autres ne nous présentent des événements qu'une version. Les sources monumentales nous en donnent la version oflSdelle. Les sources littéraires, comme on Ta vu plus haut, nous présentent la version populaire, orale. Ce n'est qu'en confrontant ces deux versions qu'on peut espérer atteindre à la vérité historique. Dans cette confrontation, on peut s'en tenir aux principes suivants :

1*^ ne sont absolument certains que les faits sur lesquels les deux versions coïncident ;

2*^ en cas de désaccord, les sources monumentales méritent plus de confiance pour l'exactitude matérielle des faits, des noms propres et des dates ;

3*^ par contre, les sources littéraires donnent mieux la physionomie véritable des hommes et des choses, en nous faisant connaître leurs mauvais côtés aussi bien que les autres, et si elles pèchent, c'est plutôt par malveillance que par complaisance pour les maîtres de la terre.

En tout cas, on ne peut contester le caractère monotone, le ton hyperbolique et toujours faux des textes officiels, et des ouvrages modernes qui en sont tirés exclusivement, tandis que, dans les sources littéraires, l'histoire est, sinon plus vraie, du moins plus vraisemblable et plus vivante.

Il nous reste à voir de quelle façon ces matériaux sont mis en œuvre dans les travaux modernes.

QUATRIÈME SECTION

Les travaux modernes.

Littérature : Jolowicz, Bibliotheca ^gyptiaca. Leipsig, 1861. — Les Handbuecher^ cités plus loin, de Weidemann (pour l'Egypte), de Tiele (pour TAsie antérienrej. — Pour les nouveautés, consulter les Journaux des sociétés asiatiques, et les Revues spéciales citées p. 14S et 154.

Pour faire l'histoire ancienne de TOrient, il ne suffit plus aujourd'hui de connaître son Hérodote et les autres sources classiques qui le complètent ; ceux-là même qui sont capables d'aborder les sources orientales, ne peuvent les embrasser toutes à la fois, en sorte qu il s'est formé dans la science plusieurs spécialités qui s'excluent entre elles. Il en résulte qu'il n'y a pas d'historien qui soit également compétent pour toutes les branches des études orientales, ni par conséquent d'histoire générale de l'Orient qui soit tout entière composée de première main ; les uns sont plus versés dans les sources classiques ; les autres sont égyptologues; d'autres assyriologues. Aussi les meilleurs ouvrages à consulter seront toujours les histoires particulières consacrées à un peuple et une littérature donnés. Nous citerons néanmoins quelques travaux d'ensemble, qui ont fait époque dans la science, avant de signaler ces histoires particulières^ dont on ne peut plus se passer.

§ I. — Histoires générales.

En Allemand :

Heeren (A), Ideen ueber die Politik^ den Verkehr und den Handel der vomehmsten Voelker der alten Welt. 1793. (Plusieurs éditions et traductions.)

D'après les sources classiques. Cet ouvrage a eu le mérite d'ouvrir une voie nouvelle, en étudiant l'influence des fttits économiques sur les destinées des peuples anciens, et à ce point de vue il n'a pas encore été remplacé, bien que suranné quant aux sources orientales. Le Handbuch der atten OeschichUy 1799 (nombreuses éditions et traductions) du même auteur rentre dans la catégorie des abrégés : fort répandu en son temps, non moins suranné atgourd'hui.

Niebuhr (B. G.), Vortraege ueber aile Geschichte (publication posthume). Berlin, 1847, 3 vol.

D'après les sources classiques ; totgours remarquables par les vues originales et profondes du fondateur de l'école philologique, ces leçons datent d'une époque (1829) où les sources orientales venaient seulement de s'ouvrir. Aussi l'ouvrage n'est plus à suivre pour l'Orient, qui ne comprend d'ailleurs qu'une petite partie (pp. 1-200) du l*' volume. Pas d'indication détaillée des sources ; mais en revanche on y trouve une étude critique des auteurs pour chaque période. Il faut consulter aussi les Kleine Historische und philologische Schrifien (Bonn, 1828) du môme auteur.

Duncker, Geschichte des AUerthums. Leipzig, 1852 (plusieurs éditions et traductions).

D'après les sources classiques dont l'auteur a une connaissance profonde. Il ne connaît les sources orientales que de seconde main, néanmais U en tire un bon parti surtout dans les dernières éditions, sauf dans les questions bibliques, où il suit l'école rationaliste. Avec indications des sources.

En français :

Lenormant (F.), Manuel de t histoire ancienne de V Orient jitsquatix guerres médiques . Paris, 1868, 3 vol. (plusieurs éditions et traductions).

Sauf pour l'Assyriologie où Fauteur fait autorité, c'est une compilation assez inégale, sans indications des sources. L'ouvrage n'en a pas moins eu un succès mérité, parce qu'il a mis le premier à la portée du grand public les résultats dus aux sources orientales nouvelles.

Maspero (G.), Histoire ancienne des peuples de tOrienl. Paris, 1S75 (plusieurs éditions).

S'arrête à Alexandre le Grand. D'après les sources orientales et avec indication détaillée de celles-ci. Le plus grand mérite de cet ouvrage est de joindre à une forme élégante une synthèse de cette époque, si difficile à traiter dans son ensemble. L'auteur est surtout égyptologue ; il traite de seconde main les peuples de l'Asie, et cela est surtout sensible dans l'histoire des Hébreux, où l'auteur accepte aveuglément les hypothèses les plus téméraires de l'école ratiorialiste, en désaccord en cela avec les plus grands égyptologues de l'Allemagne et de l'Angleterre.

En anglais :

Rawlinson (G.), The five great Monarchies of the ancient eastern World. London, 1862-67. 4 vol.

Les cinq monarchies traitées ici sont : la Chaldée» l'Assyrie, la Babylonie, la Médie et la Perse. L'auteur a traité séparément depuis la

monarchie des Parthes (The siœth oriental Monarchy. Londres 1873) et

l'Egypte (History of ancient EgypL Londres 1881, 2 vol.). Frère du grand

assyriologue anglais H. Rawlinson, il a tiré parti des sources orientales;

mais sa spécialité, c'est la littérature classique (voir son édition anglaise

d'Hérodote, History of Herodoios 4 vol. avec notes, cité p. 139). Le^l/a-

nual of ancient History (Oxford, 1869) du même auteur n'est qu'une

réédition de l'abrégé de Heeren (supra), corrigé et complété.

§ II. HlSTOlKBS PARTICULIÈRES.

l» L'Egypte.

ChampoUion (François), LEgypte sous les Pharaons. Paris, 1814, 2 vol.

Cet ouvrage du fondateur de Tégyptologie est antérieur à sa grande découverte (Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, Paris, 1828). Fondé sur les sources grecques et coptes, il ne comprend que la géographie. L'auteur (t 1832) n'a pas eu le temps d'appliquer sa découverte à l'histoire. Il s'est contenté d'en tracer une esquisse sous le titre de Mémoire sur Vhistoire ^Egypte (dans ses Lettres d:Egypte. Paris, 1833, p. 329-454). VEgypte ancienne (Paris, 1839) de son frère Champollîon-Figeac est sans autorité.

BuDsen, JEgyptens Stelle in der Weltgeschichte . Gotha, 1844-57. 6 vol.

L'auteur, avec l'assistance de l'égyptologue allemand Lepsius, s'est proposé de rapprocher les sources classiques et les sources monumentales, tentative prématurée alors. Ce ne sont que des matériaux.

Brugsch, Histoire de t Egypte (en français et en allemand). Leipsig, 1859 (plusieurs éditions).

Elève de Lepsius, l'auteur a travaillé surtout d'après les sources monumentales, dont il a publié lui-même d'excellents recueils, et dont il donne ici des extraits textuels nombreux. C'est un ouvrage capital, mais dont les proportions laissent à désirer. La dernière édition allemande (de 1877) doit être préférée.

Wieddœann, jEgyptische Geschichte bis auf Aleœander den 6r. Gotha, 1884. — Geschichte ^gyptens von Psammetich I. Leipsig, 1880.

Supérieur à tous ses devanciers, dont il a d'ailleurs profité, l'auteur eombine avec beaucoup de critique] les sourees monumentales et les

eources classiques, dont il donne aussi un répertoire trôs complet. Il a tenu compte aussi de toutes les monographies spéciales, qu*ii indique avec soin dans ses notes, L*ouvrage, qui manque de synthèse, est surtout remarquable par la richesse et Texactitude des détails.

Lauth, Ans JSgyptens Vorzett. Berlin, 1881.

L'auteur va jusqu'à Auguste. Composition inégale, qui se signale par des hypothèses plus hardies que justifiées.

29 L'Asie antérieure.

lAoYers^ Dos phoenizi$c?ie AUerthum. Berlin, 1849-56. 3 vol.

Cet excellent ouvrage, qui a jeté un jour tout nouveau sur un des peuples les plus remarquables de l'antiquité, est à refaire at^ourd'hui d'après les sources monumentales, dont la découverte est postérieure à cette publication.

Niebuhr (Marcus), Geschichte Assurs und Babel seit Phul. Berlin, 1857.

C'est un essai de concordance entre la Bible et les sources classiques, d'après la méthode de B. 0. Niebuhr, le père de l'auteur. L'ouvrage ne commence qu'avec le vm* siècle. Indication des sources complètes, sauf les sources monumentales.

Oppert (J.), Histoire des empires de Chaldée et dC Assyrie, d'après les monuments. Paris, 1865.

C'est moins une histoire qu'une collection de textes, extraits des sources monumentales, dont cet assjrriologue a commencé le déchiffrement en France.

Smith (George), Assyria from the earliest times. Londres, 1875. — The history of Babylonta. Londres, 18T7 (dans la collection intitulée : Ancient history from the mO' numents).

Cest un ouvrage de vulgarisation, dû à un spécialiste, d^à connu par tin grand nombre de découvertes et de monographies. Entré au British

Muséum^ comme simple employé, avec ane iDstruction première incomplète, Tauteur, grâce à son génie naturel, était arriré an rang des premiers assyriologues, lorsqu'il fut enlevé à la science à 36 ans, dans son troisième voyage en Asie.

Delattre, Le peuple et l'empire des Mèdes jusquà la fin

du règne de Cyaxare. Bruxelles, 1883.

L*auteur rapproche dans ce travail les sources classiques des textes cunéiformes, avec autant de succès que de critique.

Tiele, Babylonische- Assyrische Geschichte. Handbucb. Gotha, 1886.

La première partie, la seule parue, s'arrête en 705. L'ouvrage s'annonce comme un résumé très complet de la science, avec indication détaillée de toutes les sources.

3« L'Inde.

Bohlen, Bas aile Indien. Koenigsberg, 1830, 2 vol. L'auteur a travaillé sur les sources. Mais sa thèse fondamentale, qui consiste à rattacher la civilisation de l'Inde à celle de l'Egypte, est condamnée ai]gourd'hui.

Benfey, Indien. 1840 (article dans V Encyclopédie de Ersch et Gruber).

D'après les sources classiques, pour toute l'époque antérieure au Bouddhisme. L'auteur ne donne aucune valeur historique aux épopées indiennes.

Lassen, Indische Allerthumskunde . Bonn, 1847-61.

4 vol.

L'auteur, à la différence du précédent, s'attache à retrouver un fond historique dans la poésie et dans la mythologie des Indiens, mais sans résultats bien positifà.

CONFÉRENCES

SUR

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