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L'HISTOIRE ANCIENNE DE LA GRÈCE

LiTTÉRATURB : devant nous borner ici à un choix, nous renvoyons une fois pour toutes aux traités de philologie classique^ cités p. 17. On y trouve une littérature complète. Pour les nouveautés, consulter le JahresbericM tteber die Fortschritte der classischen Alterthumstoissensc?iaft,^Txh\\é par Bursian. Berlin (depuis 1873), annuel ; et les deux publications hebdomadaires, Wochenschrift fuer Philologie de Berlin.

PREMIÈRE SECTION

Géographie et chronologie*

§ I. — La géographie historique db la Grèce.

Littérature : Kiepert, Lehrbuch der alten Géographie, Berlin, 1878.— (du même). Atlas von Relias und den Hellenischen Colorden. Berlin 1872. — Mannert, Géographie der Griechen und Roemer ans ihren Schriften. Nuremberg, 1825, 10 parties. — Bursian, Géographie von Griechenland, Leipsig, 1862.

i^ Division géographique»

La Grèce propre, envisagée dans sa conâguratiou, présente la forme d*une péninsule que la mer a partagée en

trois fractions naturelles, la Grèce du Nord, la Grèce centrale et le Péloponèse.

Au point de vue politique, chacune de ces fractions était subdivisée en un grand nombre de petits Etats, dont l'étendue et l'importance ont varié avec le temps.

A la géographie de la Grèce, se rattachent les lies qui lentourent et qui forment deux groupes principaux, l'Arohipel à TEst du continent, les Iles ioniennes à TOuest.

De plus, on ne peut séparer de la Grèce ses colonies, disséminées sur toutes les plages de la Méditerranée. En certaines contrées, cette colonisation était si dense que de nouvelles Grèceè s'y sont formées, telles que la Grèce tmatique sur le littoral de TAsie-Mineure, la Grande Grèce (Magna Graecia des Romains) en Italie, avec la Sicile, ainsi que la Grèce d'Afrique ou la C^rénaïque sur les côtes de la Libye.

Enfin la Maeédoine doit ôtre également comprise dans une étude complète de la géographie grecque, tant à raison de la communauté d'origine ou du moins de civilisation qu'à raison de la prépondérance que cet Etat a exercée sur les Grecs durant la dernière période de leur histoire.

Dans tous les pays qu'ils ont occupés autrefois, les Grecs ont laissé des monuments qui n'atteignent pas aux proportions grandioses des monuments de l'Egypte et de l'Asie, mais qui les surpassent par l'harmonie et la beauté des formes. De ces monuments, un p^iit nombre seulement remontent à une haute antiquité et peuvent être considérés comme des sources historiques, à défaut d'autres témoignagnes remontant à cette époque reculée : ce sont les monainents dits pélasgiques, parce que les Anciens se plaisaient h les attribuer aux premiers habitants de la Grèce, appelés les Pélasges. Ces monuments sont mtcets^ dépourvus d'inscriptions ; partant leur attribution est douteuse et demeure un sujet de controverses. Ce sont des acropoies^ ûes mu-

railles ou enceintes cyclopéennes ^ des constructions souterraines, destinées à servir soit de nécropoles (tombes dites d'Agamemnon), soit simplement à emmagasiner des provisions (Ihesauri). Les autres monuments de la Grèce qui appartiennent aux temps historiques, ont moins d'importance pour l'historien qus pour l'archéologue, qui étudie Tart hellénique dans toutes ses manifestations.

La description détaillée de ces diverses contrées et des monuments qui y sont répandus, a fait l'objet d'un grand nombre d'ouvrages spéciaux. Ici on ne peut signaler que les plus considérables de ces publications.

Grèce propre.

Leake, Travels in Morea. — Travels in Northern Greece. Londres 1830-1835. 7 vol. (avec cartes et plans). — Athen and its Demi. Londres, 1841, 2 vol.

Curtius, Peloponesos. Gotha, 1851, 2 vol.

Stuart and Revett, The Antiquities of Athens. Londres, 1762-1816, 4 vol. in-fol. de planches. — The unedited

Antiquities of Attica. Londres. 78 pi. in-fol.

RÉDUCTIONS : The antiquities of Athens and Greece, as mesured and delineated by Stuart and Revett (Bohn 's Library). Londres, 1858. — Les antiquités d'Athènes et autres monuments grecs, d*aprô8 les mesures de Stuart et Revett. Paris 1835. (71 pi. in-12).

Expédition scientifique en Morée (architecture, inscriptions, vues). Paris, le 31-1838, 3 vol. (280 planches).

Die Ausgrabungen zu Olympia. Uebersicht der Arbeiten und Funden (1875-1881). Berlin, 1877-1881. 5 vol. fol.

Schliemann , Mykenae. Leipzig, 1877 (avec plans et vues).

Asie-Mineure.

Cbandler, lonian Antiquities. Londres, 1797, 2 vol, in-fol. (241 pi.)

Lebas, Voyage archéologique en Grèce et en Asie-Mineure, continué par Foucart et Waddington. Paris, 1847- 1875, 3 vol.

Publication inachevée ; les trois volumes parus donnent la topographie et les inscriptions de TAttique (vol. I), du Péloponôse (vol. II) et de TAsie-Mineure (vol III;.

Newton, Travels and Discoveries in the Levant. Londres, 1865, 2 vol. (39 pi.)

Schliemann, Trojanische Alterthuemer. Leipzig, 1874 (avec atlas).

Macédoine.

Heuzey et Daamont, Mission archéologique de Macédoine. Paris, 1864, in-4.

2^ Ethnographie.

Le nom de Grec que nous donnons aux habitants de cette contrée, n'est pas leur nom national. Dans leur langue, les Grecs se sont toujours appelés Hellènes^ (•'ElXnv), depuis qu'ils ont un nom commun. Ce sont les Romains qui leur ont donné ce nom de Graji, Graeci^ qui était le nom particulier d'une petite peuplade placée en Epire par les uns (Arist. Méteor. I, 14), en Thessalie par les autres (Thuc. I, 3). Chez les peuples de l'Orient, les Grecs portaient un troisième nom, Javan, chez les Hébreux (Gen. 10, 4) ; Jounan^ chez les Arabes ; Jauna, chez les. anciens Perses (Inscriptions des Achéménides); Javana, dans l'Inde, Uinirn ou Wajani en Egypte (Brugsch, Géographie des alten jEgypten, t. II, p. 19). Dans cette dénomination en usage dans tout l'Orient, on reconnaît sans peine le nom particu* lier d'une tribu hellénique, celle des Ioniens, autrefois avec le digamma^ 'laFoveç, plus tard 'Ii«v, contracté "'Iwv.

A en croire les Grecs, leur race était indigène, avtochthone, et leur mythologie plaçait en Grèce même les ori-

gines de rhumanité, la naissance des premiers hommes, leur destruction par un déluge, celui de Deucalion ou d'Ogjgès, le berceau des arts et de la civilisation.

La Bible, au contraire, attribue aux Orecs une origine asiatique : Javan, qui est le représentant de cette race dans l'ethnographie mosaïque, est le fils de Japhet et petit' fils de Noé ; ce sont ses descendants qui ont peuplé les îles (et les presqu'îles) de la Méditerranée ; et parmi ces descendants^ Moïse nomme Elisah et Dodanim, noms qui se retrouvent en Grèce, l'un, Elis, dans le Péloponèse, l'autre Dodone en Epire.

Sur cette question^ la science moderne a donné une confirmation éclatante à la Bible : elle a établi, par la comparaison des langues, que la langue grecque appartient à la famille indo-européenne (voir plus haut, p. 62); partant que les ancêtres des peuples européens et que les ancêtres des peuples ariens de l'Asie n'ont formé autrefois qu'un seul peuple, vivant aux mêmes lieux, parlant une même langue et pratiquant le môme genre de vie.

Cette question de l'origine asiatique des Grecs est aujourd'hui tranchée. Mais il en est une autre dans l'ethnographie grecque qui demeure controversée, c'est la question des Pélasges.

D'après la tradition indigène, les Pélasges auraient précéd 3 en Grèce les Hellènes. « Les Pélasges, dit Hérodote (8 : 44), occupaient autrefois ce qui s'appelle aujourd'hui THellade ; y* et ailleurs (2 : 56) : « L'Hellade actuelle s'appelait auparavant Pelasgia. n Thucydide dit de son côté (I, 3) : « Avant Hellen, le fils de Deucalion,.. c'est le nom de Pélasge qui prévalait dans la plupart des contrées de la Grèce. » D'après Strabon (livre 7) : « Les Pélasges sont les plus anciens de ceux qui ont régné en Grèce, n

A quelle race appartenaient ces Pélasges, et quel rapport ont-ils avec les Grecs ?

Les systèmes qui régnent à cet égard peuvent se ramener à quatre principaux : P les Pélasges, sans être étrangers

à la Grèce ou barbares, dans le sens grec du mot, n*étaient pas un peuple grec proprement dit ; mais c*était une grande race homogène, qui, à Tépoque primitive, occupait à la fois une partie de TAsie-Mineure, de la Grèce et de l'Italie ; telle est l'hypothèse de Niebuhr (Roem. Geschichte, l, p. 56| Vortraege ueber allé Geschichte, I, p. 244).

2^ Les Pélasges étaient un peuple barbare, c est-à-dire arrivé de l'étranger, probablement d'origine sémitique, qui s'est établi en Grèce à une époque reculée, mais alors que les Hellènes y étaient déjà ; ce système, soutenu et aban* donné à diverses reprises, est aujourd'hui représente par le géographe Kiepert (voir son Lehrbuch, p. 241).

b^ Les Pélasges et les Hellènes sont deux branches d'une môme race, deux tribus sœurs, qui ne se sont séparées que lorsqu'elles se fixèrent définitivement en Grèce, passant de la vie nomade à l'état sédentaire ; les Pélasges précédèrent les Hellènes en puissance et en civilisation, parce quils étaient établis dans les meilleures contrées de la Grèce, dans les plaines fertiles ou sur des fleuves navigables ou près de côtes pourvues de baies ou ports naturels, tandis que les Hellènes étaient cantonnés dans les montagnes de kl Thessalie ou de la Thrace, où ils conservèrent plus long* temps leurs mœurs guerrières et barbares ; c'est Topinioa d'un grand nombre, entre autres, de Clinton (Fa^ii hellenici, t. I, passim) de Thirwall (Hist. of Greece, L p. 60), de Curtius (Griech, Geschichte, I, p. 26).

4^ Les Pélasges et les Hellènes sont un seul et même peuple, considéré à deux époques différentes de son histoire : Tépoque pélasgique est l'époque primitive, celle des des commencements laborieux et pacifiques de la nation ; l'époque hellénique est une époque d'invasions et de luttes, l'âge héroïque de la nation : c'est l'opinion de Duncker rGesch. des AUerthums, HI, p. 11), de Preller (Griech. Mythologie, U, p. 376), de Wachsmuth (Hellen. AUerthumskunde. I p. 49).

Nous admettons, avec Niebuhr, que les Pélasges étaient répandus autrefois dans toute l'Europe méridionale, non

seulement en Grèce et en Italie, mais encore en Espagne ; de plus que c'était une race homogène, correspondant à la race de Javan dans l'ethnographie mosaïque ; car, d'après Moïse, Elisah (Péloponèse), Dodanim (Epire), Chitiim (Italie?), Tharsis (Espagne) étaient tous les quatre issus de Javan.

Le nom de Pélasges, qui a été donné en Grèce aux restes de cette nation primitive, est relativement récent ; car ce nom, qui signifie Anciens (comparer itaXaié^^ TroXatxOoMf), est l'équivalent d'Aborigènes, Prisai, Casci^ nom donné aux restes de la même nation en Italie, et désigne de part et et d'autre une population indigène, par opposition à des peuples nouveaux, arrivés après celle-là dans les mômes contrées. Le nom des premiers doit être postérieur à l'arri* vée des seconds.

Quant au nom d'Hellènes, pour désigner rens2mble des Grecs, il est plus récent encore. Dans Homère, ce n'est pas encore le nom national des Grecs ; on n'y trouve que le nom particulier des tribus helléniques, Achéens, Danaens, Argiens ; le nom d'Hellènes s'y rencontre aussi comme le nom particulier d'une seule tribu, fixée en Tbessalie dans U Phthiotide (B, 684). Une seule fois o:i y trouve aussi l'expression de TravéXXyivec.mais dans un vers suspect (B.530).

C'est dans un des fragments généalogiques d'Hésiode (frâgm. 4, édit. Schoemaun), qui datent au plus tôt du nt* siècle avant notre ère, que l'on rencontre pour la première fois le terme d'Hellène comme nom collectif, comprenant les quatre tribus principales de la Grèce, les Eolietts, les Achéens, les Ioniens et les Doriens.

Voici cette généalogie légendaire (complétée par ApoUodore I) :

DeacalioQ

HeUen

.^Eolos Xuthos Doros

Achaeos Ion.

Gomment le nom di Hellènes a-t-il été étendu à ces quatre

tribus? Cela est d'autant plus difficile à dire que Ton n'est pas d'accord sur le berceau primitif de ce nom, que les uns font provenir de la ville à'Hellas en Thessalie, dont parle Homère; que les autres dérivent d'une autre Hellas, mentionnée par Aristote (Meleor. 1 : 14) près de Dodone en Ëpire (On trouve aussi 'EXXoi ou lùloi pour les habitants primitifs de Dodone, Strabon I. 2. 20).

En tout cas, l'affinité de ces quatre tribus entre elles est parfaitement établie, et par la comparaison de Véolten, du dorien et de Yionien^ qui ne sont que les dialectes d'une même langue ; et par la communauté des cultes , des croyances religieuses, des coutumes, des traditions, etc.

Dès lors, il suffit de constater la parenté d'une seule de ces tribus helléniques avec les Pélasges, pour établir la parenté de ceux-ci avec les Hellènes en général.

Or P Hérodote identifie aux Pélasges les Ioniens (I, 50) les Arcadiens (II, 117), et en général les tribus stables, autochtones, c'est-à-dire, qui n'ont jamais émigré (VIII, 73), tandis qu'il identifie aux Hellènes les Doriens (I, 50), qui émigrèrent souvent (TcoXuTrXivyîrov) et en général les tribus errantes, qui ne se sont fixées que tardivement. Mais comme entre Doriens et Ioniens il n'y a pas une différence nationale, on ne peut pas en admettre non plus entre Hellènes et Pélasges. — 2® Pour l'Arcadie en particulier, tous les Grecs (voir Thuc. I, 2; Her. I, 146 ; Pausanias, V, I ; Xénophon, etc.) sont d'accord que ce pays retiré, enfermé entre de hautes montagnes, a toujours conservé sa population primitive, depuis les temps pélasgiques ; et pourtant l'on n'aperçoit aucune différence, ni dans la langue, ni dans les institutions entre les Arcadiens et les peuples qui les entourent. — 3® Comme les Ioniens, les Eoliens s'appelaient autrefois Pélasges aussi, d'après la tradition indigènCy rapportée par Hérodote (VII : 95) ; dans la Thessalie occupée par les Koliens, on rencontre un canton nommé Pélasgiotide ^ une Argos pelasgicon; Strabon identifie également les Eoliens aux Pélasges (V, p. 337, VIII, p. 514). — 4® Ce que Ton dit des Eoliens ne s'applique pas

moins aux Achéens, puisque ceux-ci sont représentés comme une branche de la race éolienne (Strabon, ib.). Il y a en outre une généalogie légendaire qui fait d*Achéud un frère de Pelasgos (voir ces généalogies dans Clinton, F. H. t. I). — 5"* Au point de vue religieux, Zeus, qui est le premier dos Dieux chez toutes les tribus helléniques, était aussi une divinité pélasgique ; à Dodone, il était invoqué comme Zeus pélasgique au temps d*Homère (II. 233).!

De ce qui précède, Ton peut encore conclure qu'il ne pouvait pas y avoir non plus entre Hellènes et Pélasges une différence radicale au point de vue de la langue. Cette induction est légitime, en l'absence de tout monument écrit de la langue pélasgique. Déjà dans l'antiquité, cette langue avait disparu eu Grèce, comme Hérodote (I, 56) le recon* naît. Hérodote mentionne, il est vrai, des peuples pelasgiques, parlant de son temps une langue barbare ou nonhellénique, mais hors de la Grèce, en Thrace, peut-être aussi en Italie; seulement il est vraisemblable qu'il s'agit des Tyrsènes,que cet auteur aura confondus avec les Pélasges.

Notre conclusion est que les Hellènes ne sont qu'une fraction de la grande race des Pélasges, fraction établie primitivement dans les montagnes de la Thrace et de la Thessalie, d'où elle se sera répandue ensuite dans la Grèce entière à la suite d'une seconde migration.

§ II. — La chronologib historique dbs (Vrbcs.

Littérature : Outre les ouvrages cités p. 72, Boeckb, Zur GescfUchte der Mondcyclen der Hellenen, Leipsig, 1855.— Clinton, Fasti hellenici, Oxford, 1824 (Plusieurs éditions). — Gresswell, Origines kalendariae fiellenicae, Oxford, 1862, 6 vol.

1® Le jour.

Les Grecs, comme les autres peuples qui ont le calendrier lunaire, commençaient la division des jours avec le coucher du soleil ; aussi Homère construit-il : vuxre^ xal ^fxépat. L'intervalle qui s'écoule entre deux couchers du soleil, s'appelle : vu/9>5/xepov.

Ils avaient une subdivision naturelle du jour, fondée sur a croissance ou la décroissance de la lumière : Sp^poç^ orties ; — - ^»4» aurora ; — /xea>3(x6pta, meridies ; — foirepoç, vesper, etc.

Ils avaient aussi une subdivision conventionnelle, en douze parties égales, qu'ils avaient empruntée aux Chaidéens de Babylone (Hérod. II, 109). Ils leur avaient emprunté en même temps le yv^ixtùv ou cadran solaire, indispensable pour mesurer ces heures. C'est un philosophe ionien, Anaximandre (vers 560) qui passe pour avoir importé cette nouveauté en Grèce (Diog. Laest. II. 1).

Pour les jours sans soleil, comme pour les nuits, les Grecs trouvèrent la clepsydre (employée en particulier dans les tribunaux, pour mesurer la longueur des plaidoiries).

Ce sont les Grecs d'Alexandrie qui ont inventé la première horloge perpétuelle, employant, comme dans la clepsydre, l'eau pour moteur.

2^ La décade.

A la semaine usitée en Orient, correspond la décade des Grecs. C'était, comme le nom le dit, une semaine de dix

jours, désignés par leur rang, le premier, le second, etc. Le mois comptait trois décades, toutefois la troisième décade n'était que de neuf jours dans les mois dits caves, qui chez les Grecs n'avaient que 29 jours, en effet.

Dans cette dernière décade, les jours étaient comptés à reculons, comme chez les Romains. Le deuxième de cette décade [devripa <p9tvovro;) était l'avaût dernier du mois ; le troisième = l'antépénultième, etc.

3** Los mois.

Les Grecs se servaient de mois lunaires. Le premier jour du mois s'appelait, en effet, voufjiyjvia ou nouvelle lune. Us le commençaient dès que le croissant de la lune pouvait être aperçu dans le crépuscule du soir. La pleine lune tombait au milieu du mois : Ziyoïnnvla. Enfin, le dernier du mois rappelait : îvyi xai véa, tancienne et nouvelle (lune); c'était, en effet, le jour de la conjonction, dont une partie appartenait déjà à la lune nouvelle. Les trois décades du mois correspondaient aux trois phases de la lune, que les Grecs appelaient : la lune croissante (priv larà/jievoç) ; — la lune en son milieu (/xV (uaoOv) ; — la lune décroissante ((xyjv (pOiWv).

Pour mettre ces mois lunaires d'accord avec les lunaisons naturelles, qui sont de 29 )/2 j., les Grecs comptaient alternativement des mois pleins (7rX>îpyiç) ou de 30 jours et des mois caves {yLol'koi^) de 29 jours.

Quant aux noms des douze mois de Tannée, ils étaient empruntés aux noms des fêtes périodiques, qui devaient revenir chaque année dans le même mois ; mais comme ces fêtes n'étaient pas les mômes dans tous les Etats helléniques, il en résulte une grande diversité dans la nomenclature des mois.

Noos ne donnons ici que les mois des Athéniens et des Macédoniens, qui ont le plas d'importance ponr Thistoire grecque; on trouvera les autres daos les ouvrages spéciaux.

Mois athéniens. Mois macédoniens.

HiVBR : Qamélion. Peritios.

Anthestérion. Dystros.

Elaphébollon. Xanthicos.

Printemps

: Munychion.

Artemisios.

Thargélion.

Daesios.

Sciophorion.

Panémos.

Été :

Hecotombéion.

Loos.

MetagneitioD.

Gorpiaeos

Boédromion.

Hyperberetaeos.

Automne :

Pyanepsion.

Dios.

Mémactôrion.

Apellaeo8.

Posidéon.

Audynaeos.

De plus, les Orecs intercalaient de temps en temps un 13* mois (f^V èfxSoXtfxo;) à la fin de leur année, afin d'accorder celle-ci avec le vrai temps astronomique. A Athènes, c'était le second Posidéon qui formait ce mois intercalé.

4® L'année.

A Torigine, Tannée grecque ne se composait que de trois saisons : x^'f^^v (hiems), l'hiver; — ïap (ver), le printemps; — Gépo;, Tété. Ainsi Homère (passim).

Avec le temps, on arriva à distinguer une arrière saison dTTûipa (déjà dans Alcman fr. 46 Edit. Bergk) ou cpOivoTrwpov, mais qui fesail encore partie de Tété (Thuc. II, 31).

Depuis Hippocrate, le (pOiv^Tropov ou /xeroTrcopov désigne l'automne et forme la 4^ saison.

L'année ne commençait pas avec la même saison dans tous les Etats, et de plus, dans le môme Etat, il arrive qu'on distingue une année officielle et une année naturelle. Ainsi l'année astronomique des Athéniens commençait au solstice d'hiver (c'est alors, en effet, qu'ils intercalaient leur 13® mois dans les années intercalaires). L'année officielle commençait au solstice d'été, avec l'entrée en fonctions des magistrats annuels. L'année macédonienne commençait à l'équinoxe d'automne (d'après leur système d'intercalation).

Toutefois ce commencement de Tannée correspondait rarement à Tépoque vraie soit des solstices, soit des équinoxes, attendu que ces phénomènes ne coïncident pas souvent avec une nouvelle lune, tandis que chez les Grecs c'est

toujours une nouvelle lune qui marque le premier de Van y comme le premier du mois.

L'année grecque, en eflfet, étant une année lunaire (plus haut, p. 76) ne comprenait que des lunaisons pleines. Aussi y avait- il deux espèces d'années :

Une année commune, de douze mois lunaires ou de 354 jours ;

Et une année intercalaire de treize mois lunaires ou de 384 jours.

Comparée à Tannée naturelle, la première était trop courte de 11 jours i/4 ; la seconde était trop longue de 18 jours 1/4. 11 s'agissait de les combiner de façon à faire concorder la durée de l'année officielle autant que possible avec la durée de Tannée naturelle. De là, Tinvention des cycles.

5** Des cycles d'années.

Les Grecs avaient un grand nombre de cycles d'années, les uns religieux, qui servaient de base au retour de certaines grandes fôtes nationales ; tel le cycle des Olympiades, qui était de quatre ans ; les autres, astronomiques, destinés à faire concorder leur calendrier avec le temps vrai. C'est de ceux-ci qu'il doit être question. Les principaux de ces cycles sont :

V le cycle de trois ans (la triéléride), composée de deux années communes et d'une troisième année intercalaire; les savants ne sont pas d'accord sur la nature et Temploi de ce cycle, qui appartient d'ailleurs à une époque reculée ;

2** le cycle de huit ans (Cocéaéééfide), dont cinq années communes et trois intercalaires, la 3™®, la 5"** et la 8"**. Ce cycle fut en usage à Athènes depuis Selon jusqu'à Méton (594-432j. Toutefois cette combinaison était inexacte, puisqu'au bout de ICO ans, cette année devançait de tout un mois Tannée réelle ;

3*^ le cycle de 19 ans (t ennéadécaétéride ou cyclus decem-

novennalis), qui fut introduit sous Périclès par l'astronome athénieû Méton (l'an 432) pour remédier au défaut du cycle précédent; sur ces 19 années, 7 étaient intercalaires, (3, 5, 8, 11. 13, 16, 19).

4" le cycle de 76 ans, qui comprend 4 cycles de 19 ans, n'est qu'un perfectionnement du précédent. Il fut introduit un siècle après Méton par l'astronome Callippe (l'an 330), qui avait constaté qu'il fallait retrancher un jour après 4 cycles de Méton, pour faire concorder le calendrier avec le vrai temps astronomique.

6° Des ares cbronol Coques.

Pendant longtemps, les Grecs se sont bornés à marquer leurs années par un nom propre, par le nom d'un magistrat annuel et éponyme, de Xarchonte à Athènes, du V" éphore à Sparte, etc.; ce qui les obligeait de tenir avec soin les listes de ces magistrats, comme on tenait les fastes à Rome ; car ici une seule erreur, interpolation ou lacune, falsifiait toute leur chronologie.

Mais pour la Grèce aucune liste de ce genre ne nous est parvenue. Nous n'en avons que des extraits, donnés çà et là (tel que la chronique de Paras de l'an 264 avant J.-C). C'est avec ces extraits que des savants modernes ont essayé de reconstituer les fî^tes de certains Etats; pour Athènes, Corsini, Fasli Attici. Florence, 1744; voir aussi les Fasii heilenici de Clinton,

Chaque État avait alors sa chronologie particulière. Toutefois les historiens grecs n'ont pas tardé à sentir l'utilité d'une ère commune, à laquelle on pût rapporter les événements arrivés dans tant d'Etats différents.

Les plus anciens historiens ont pris pour point de départ la prise de Troie, un fait légendaire, auquel ils ont attribué une date arbitraire fondée sur un calcul rétrograde générations. Hérodote le place en 1263 avant J.-C. Eral thènes, le père de la chronolof'~ "" T183, et cette date est soivie par la plupar' ' — •"*~" "

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C'est l'historien Timée (m* siècle avant notre ère), qui savisa le premier de prendre pour base de sa chronologie ïèy^e des olympiades^ ère qui avait l'avantage de partir d'un fait certain et d'être fondée sur une suite de documents authentiques. En eflFet, les jeux olympiques avaient une hnportance nationale, et comme ces jeux se reproduisaient périodiquement, après un cycle de 4 ans, nommé olympiade y la liste des olympionices ^ enregistrés par les Grecs dans leurs archives officielles, fournissait une chronologie continue, sans lacunes ni interpolations. Cette liste figure parmi les fragments chronologiques de Jules Africain (comparer Corsini, Dissertationes agonisticae. Florence, 1747).

Cette ère des olympiades a été adoptée ensuite par bon nombre d'historiens anciens; mais elle n'a jamais servi comme ère officielle. Jusqu'ici du moins aucune mention n'en a été trouvée ni dans les inscriptions, ni sur les monnaies.

Le commencement des olympiades, qui date de Corœbos, le premier olympionice enregistré officiellement, coïncide avec le solstice d'été de l'an 776 avant J.-C.

Dans la rédaction des dates grecques en années de notre ère, il ne faot janaais de perdre de vue que Tannée officielle, dans la plupart des Etats, aussi bien dans Athènes qu'à Olympie, commençait avec le solstice d*été, tandis que Tannée julienne commence au solstice d'hiver, en sorte qa'QDe année grecque est toujours partagée entre deux années juliennes, comprenant les 6 derniers mois de Tune et les 6 premiers mois de l'antre. Aussi les chronoiogistes, quand ils veulent être exacts dans leur réduction, traduisent ces dates toujours par deux chiffres ; ainsi Yarchontat dCEuclide^ dans Thistoire d'Athènes, =» Tan 403-402 avant J.-C.

Quant aux olympiades, il faut dans la réduction des dates de cette ère 86 servir des formules suivantes, en distinguant :

A) AVANT J.-C. : Pour trouver Tannée de la bataille de Salamine, qui eat lieu la première année de TOI. 75.

74 X 4 = 296 296 + 1 =- 297 777 — 297 = 480-479 avant J.-C.

B) Après J.-C. — Pour trouver la date de la dernière célébration des oljrmpiades, qui ftit 01. 293, 1.

1169 — 776= 393 après J.-C.

Le meilleur recueil de chronologique grecque à consulter^ est celui de Clinton, Fasti hellenici (Troisième édition). Oxford, 1834-51. 3 vol. in-4.

Sous chaque date, l'auteur cite les textes anciens à Tappui, et il y a joint des dissertations sur les dates controversées. S*étend jusqu'à la mort d'Auguste.

RÉSUMÉ : Clinton, An Epitome ofthe civil and literary chronology of Greece. Oxford 1851.

Il contient les résultats de l'ouvrage précédent, à l'exclusion des textes.

DEUXIÈME SECTION

Recherches sur les traditions helléniques.

Littérature : Buttman, Mythologus. Berlin, 1828. — Maeller (Ottfried), OrchoYneno8\ die Dorier, — Preller, Oriechische Mythologie (2* vol. : die Heroen). — Clinton, Fasti hellenici. — Grote, Legendary Qreece {y partie de son History of Qreece).

Les premiers âges de Thistoire grecque ont eu sans doute pour témoins ces constructions pélasgiques dont on trouve çà et là des restes imposants. Mais cos témoins sont muets, dépourvus de toute inscription. On ne peut en tirer que des présomptions.

Après ces monuments, la plus ancienne source de l'histoire des Grecs, ce sont leurs traditions ou légendes, /xuSoi, dont l'ensemble constitue la mythologie. C'est l'unique source de rhistoire grecque avant la migration dorienne. Ces traditions ont été recueillies d'abord par les poètes, surtout Homère^ Pindare et les tragiques; en second lieu par les historiens, Hérodote (passim), Diodore de Sicile (livre IV), etc. ; et par les géographes, Sérabon, Pausanias; enfin par les mythographes, qui ont traité expro/esso de la mythologie grecquo ; l'ouvrage le plus important qui nous soit parvenu en ce genre,est la Bibliothèque d'ApoUodore (vers 150 avant J.-C).

Lorsque ces traditions ont été recueillies, elles étaient déjà fortement altérées par la vanité nationale ou dynastique; par l'imagination populaire; par l'interpolation de traditions étrangères; par les poètes enfin, qui ont remanié

ces traditions à leur guise. Aussi rien n'est plus difficile que de discerner dans ces légendes le vrai du faux : c'est le rôle de la critique. Plusieurs systèmes régnent à cet égard : P les uns se contentent d'en éliminer le merveilleux et acceptent tout le reste comme historique. Parmi les auteurs récents, Clinton, le savant auteur des Fasti Hellenici, énonce ce principe de critique en ces termes : « Nous devons reconnaître comme personnages réels tous ceux que nous n'avons aucune raison de rejeter. La présomption est en faveur de l'ancienne tradition, si l'on ne peut apporter aucun argument qui la renverse ». — 2® Le célèbre historien anglais Grote, se portant à l'autre extrême, rejette en masse toutes ces traditions ; elles appartiennent, d'après lui, non pas à l'histoire, mais à la mythologie, et il les expose, sans chercher à les interpréter ou à les discuter, dans le volume intitulé : Legendary Greece (voir le chap. 19 de ce vol. où il discute le système de Clinton ; comparer la réponse de celui-ci dans son Epitome ofthe chronology of Greece, p. 70- 80). — 3^ Enfin un troisième système, adopté par Thirwall et la plupart des critiques allemands, admet qu'il y a dans toute légende un fond historique, et que la critique peut dégager celui-ci. Que ce système soit le plus vrai, les analogies le prouvent : les traditions recueillies au moyen-âge dans les chansons de geste, en particulier du cycle de Charlemagne. ne sont pas moins merveilleuses ou romanesques ; et cependant la réalité historique de Charlemagne, de Roland, etc. n'est pas contestable. Ici toutefois la critique est facile, parce que nous avons des historiens et des documents contemporains de ces personnages, tandis que ces moyens de contrôle nous font défaut, quand il s'agit de l'époque légendaire des Grecs.

Aussi les interprétations que les savants modernes ont données de ces mythes, sont elles fort diverses et si nombreuses que l'on doit se borner à un choix.

La classification la plus naturelle des traditions grecques est celle qui correspond aux quatre tribus de la Grèce, Doriens, Ioniens, Eoliens, Achéens. Chacune de ces tribus.

en effet, a ses héros et ses traditions distinctes. Mais, en outre, on rencontre en Grèce des héros d'origine étrangère, Danaûs, Cécrops, Cadmtis^ Pélops; il faut en parler d'abord, parce que les Grecs leur attribuent les commencements de leur civilisation, et que cette assertion a donné lieu à une discussion intéressante entre les savants modernes.

§ 1. — Examen des traditions relatives aux héros

étrangers.

La civilisation hellénique est-elle autochthone? et les Grecs ne doivent-ils rien à l'étranger ? Telle est la question fondamentale à examiner. 11 y a une école qui nie l'influence de rOrient sur la Grèce primitive : ce sont les philhellènes , admirateurs outrés du génie grec, qui veulent que tout en Grèce, les idées, les croyances, les arts soient absolument originaux (Ottfried Muller).

Si Ton admet qu'il y a des traces incontestables d'un élément oriental dans les institutions, les mœurs et surtout la religion des Grecs, il reste à examiner si ces traces ne remontent pas aux origines communes de tous les peuples ou bien s'il y en a qui ne peuvent s'expliquer que par une importation postérieure.

Quand môme on arriverait à expliquer la plupart de ces analogies par la communauté d'origine, il ne peut en être ainsi de ces croyances et de ces institutions religieuses qui sont sorties de la décadence du monothéisme primitif. On part de ce fait que le polythéisme n'existait pas au temps des Pélasges ; la religion que cette population primitive apporta de l'Orient, était encore monothéiste. D'autre part, les religions idolâtriques qui ont succédé à la religion primitive, ont un caractère essentiellement national et diffèrent d'une race à l'autre. Si donc nous rencontrons en Grèce des cultes orientaux, ce doivent être des importations postérieures, dues à l'infusion d'un élément exotique.

Examinons quelques-uns de ces cultes.

Parmi les cultes qui régnaient dans la Grèce ancienne, le premier reconnu comme oriental, c'est le culte de la déesse Aphrodite, qui avait des autels partout, mais qui était surtout honorée dans les îles et dans les Etats maritimes, à Chypre, à Cythère, à Corintbe. D'après les Grecs, l'île

Chypre était lo berceau de cette déesse, Cypris. Mais, à Chypre, la tradition indigène la fesait venir de Phénicie ; elle l'identifie à la déesse phénicienne Astaroth. Cette tradition est rapportée par Hérodote (II, 105), et elle est confirmée par Tétymologie phénicienne, qui seule explique le nom même de la déesse Aphrodite (Colombe), celui ^ Adonis^ son associé {Adonài = Seigneur). Les villes maritimes d'ailleurs où ce culte florissait, étaient d anciens établissements phéniciens. Cette origine orientale n'est plus contestée par les savants modernes.

Un second culte étranger est celui de Dionysos^ qui était d'origine phrygienne. Cette origine résulte non seulement des mythes qui plaçaient en Asie-Mineure le siège principal de ce dieu, représenté comme le conquérant de l'Asie entière, mais encore des formes particulières de son culte, du caractère phrygien des cérémonies, des danses et de la musique qui l'accompagnaient.

L'identification de YAlhéné grecque et de la Néith égyptienne est admise par Hérodote, et Platon (Timée). Un scholiaste mentionne, comme preuve, l'existence à l'acropole d'une statue d'Athéné montée sur un crocodile égyptien (Schol. ad. Arisiid. panath. p. 9). Ces analogies et d'autres du même genre étaient reconnues à la fois en Grèce et en Egypte, et et les prêtres égyptiens allaient jusqu'à aflirmer l'origine égyptienne de toutes les divinités grecques, à l'exception des dieux marins et des deux déesses Héra et Hestia ; c'est le langage qu'ils tinrent à Hérodote, et que celui-ci répète sans y contredire (II, 50).

L'existence de ces cultes étrangers en Grèce atteste l'arrivée dans ce pays de dynasties ou colonies étrangères et confirme d'une manière générale les traditions à cet ^^rd.

Reprenons ces traditions en détail.

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