‹ Traité des études historiquesChapitre 19 sur 55 · I . Le mythe de Danaûs et des Danaïdes est relaté par un · texte numérisé non relu

I . Le mythe de Danaûs et des Danaïdes est relaté par un

grand nombre d'anciens, par Pindare (Nem. X), par les logographes (fragm.), par Hérodote (II, 91), par Eschyle (trilogie des Danaïdes), par ApoUodore (II, 1), par Pausanias (Corinthiaca).

D'après ce mythe, le nom de Danaiens que portaient autrefois les habitants de TArgolide {Homère passim) , dérive d'un héros éponyme, Danaûs, qui était frère d'Egyptos. L'un et l'autre descendaient d'Epaphos. A la suite d'une querelle entre ces princes, Danaûs fut forcé de fuir l'Egypte et se réfugia en Grèce, où il fonda la dynastie des Danaïdes, qui régna sur Argos.

L'existence d'an élément égyptien dans le Péloponôse est coDflrmée 1» par le culte des thesmophories, qui était célébré dans les plas ancieDs sanctuaires de ce pays, ceux d'Ârcadie, en Thonneur de Déméter déesse de l'agriculture, et qui était le même que le culte d'Isis en Egypte, d'après Hérodote (II, 171) ; 2» par les noms d'Epaphos et de sa mère lô, qui figurent dans le mythe de Danaûs et qui correspondent à ceux d'IsU et d'Apis, 3» par l'unanimité des traditions.

II. Le mythe de Géorops se rattache à la fondation d'Athènes : l'acropole, qui fut le premier noyau de cette ville, portait le nom de Cécropie dans l'antiquité. On dérivait ce nom d'un héros éponyme, Cécrops, qui aurait apporté aux premiers habitants de l'Attique les éléments de la civilisation : il aurait été originaire de Sais, dans la basse Egypte, d'après une tradition qui se trouve dans la chronique de Paros, dans Diodore (1,28), dans le Tricanaros attribué à Théopompe, et dans les Scholiastes, tandis que les autres auteurs qui parlent de Cécrops, ou se taisent sur son origine étrangère (Her. VIII, 44) ou le représentent explicitement comme indigène, autochthone (ApoUod. III, 14; Hyginus 48).

\A tradition n'est donc pas aussi unanime à son égard qu'à l'égard de Danaûs. Mais on peut invoquer d'autres arguments en faveur de l'existence d'un élément égyptien dans la civilisation primitive d'Athènes; y les analogies d^à signalées avec le culte de Neith; 29 la tradition ^ndigéne de Sais, qui reconnaissait une ancienne parenté entre Athènes et cette ville (d'après Platon, limée).

III. Le mythe de Gadmus se rattache à la fondation de la ville de Thèbes. La citadelle de cette ville s'appelait Cadmée de temps immémorial. Dans Homère, Cadméiens est synonyme de Thébains. De là un éponyme Cadmus, qui est pour Thèbes ce que Cécrops est pour Athènes. Dans la légende, qui est rapportée par les poètes et par Hérodote (V, 57-59), Cadmus est fils d'Agénor, roi de Phénicie. Il aurait apporté en Grèce l'écriture qui porte son nom, les lettres oa^éennes.

On trouve la conârmatioD de cette tradition P dans le nom de Cadmée, qui est commun à plusieurs colonies phéniciennes, Kittim, Kedem, etc. (=B oriental); 2* dans le culte des Cabires, qui s'est maintenu à Thèbes; 39 dans le rôle important que joue dans les traditions de cette ville le Sphinx, qui est une conception orientale; 40 dans récriture grecque, qui est dérivée de récriture phénicienne.

IV. Le mythe de Pélops tient au Péloponèse, dont ce héros est Téponyme, Ce nom signifie, en effet, l'île de Pélops ou des Pélopes, qui paraît être le nom d'un peuple éteint (comme Dolopes, Driopes, Ethiopes, etc.). La tradition fait venir ce héros de Phrygie, d'où il aurait apporté de grandes richesses, à une époque où la Grèce était encore pauvre. De là l'ascendant qu'il y acquit et qu'il transmit à la dynastie des Pélopides.

Cette tradition, rapportée par une foule d'auteurs, entre autres, par le judicieux Thucydide (I, 9), est aussi conârmée par les faits; car elle explique la guerre de Troie, qui f\it entreprise par les Pélopides et contre le pays dont ils avaient été expulsés.

Il nous reste à examiner rapidement les objections les plus sérieuses opposées par d'autres savants à la véracité de ces traditions.

On objecte : P les fables et les anachronismes ^ qui sont mêlés à ces traditions. Mais ces fables, qui portent surtout sur le détail, n'empêchent pas d'admettre que ces traditions contiennent aussi des faits vrais ; et quant aux anachrojiismes, c'est un défaut commun à toutes les traditions que

cette absence de chronologie ; mais on ne peut invoquer ce défaut pour rejeter la vérité du fond.

2^ L'invraisemblance de ces colonies comme telles, d'une part, du côté des Egyptiens, qui n'étaient pas un peuple colonisateur, d autre part, du côté des Phéniciens, parce que Thèbes, dont on leur attribue la fondation, est une ville, non pas maritime, mais intérieure, partant mal située pour un commerce colonial. — On oublie que toutes les colonies ne sont pas commerciales, qu'il y a aussi des établissements fondés à l'étranger à la suite de migrations non volontaires, mais forcées, exodes ou sécessions. En Egypte, en partieu lier, la chute de la domination des Hycsos a été suivie d'expulsions nombreuses de ce genre, surtout de la Basse- Egypte à la suite de la prépondérance des dynasties thébaines (cf. l'exode des Hébreux).

3* La tendance des prêtres égyptiens à adopter les traditions helléniques et à les transformer en traditions égyptiennes, qu'ils auraient ensuite racontées aux Grecs comme venant de l'Egypte. — Cette explication d'Ottfried MuUer (Orchomenos p. 95), si ingénieuse qu'elle soit, n'est qu'une hypothèse. Elle est contraire à ce qui se passe habituellement chez les peuples anciens, auxquels rien n'est plus sacré que leurs traditions religieuses et nationales. Elle suppose chez les prêtres égyptiens ou une étrange ignorance ou une véritable mauvaise foi. Avec cette façon de raisonner, on peut détruire tout fait historique fondé sur la tradition ; on se prive ainsi de toute une classe de sources historiques et l'on aboutit dans l'histoire au scepticisme.

4® Le caractère essentiellement national de la civilisation hellénique. — Mais c'est précisément la question à résoudre de savoir si la Grèce n'a pas subi l'influence des peuples plus civilisés de l'Orient, à l'époque où elle était encore barbare, comme d'autres peuples barbares ont subi dans la suite l'influence de la Grèce. Cette prétention outrée de ne devoir rien à l'étranger n'est acceptable que par les philhellènes.

Quant à l'époque où la Grèce a reçu ces éléments asiatiques,

il est impossible de la fixer chronologiquement ; mais ce doit être à cette période de transition qui suit la domination des Pélasges et qui précède celle des Hellènes. Ces bouleversements et la barbarie qui en est résultée, devaient ouvrir la Grèce à l'étranger et la préparer à subir l'ascendant d'une civilisation nouvelle, tandis que plus tard, à l'époque hellénique, nous constatons une réaction contre l'étranger : Tâge héroïque, dans l'histoire grecque, n'est autre chose que la glorification de cette réaction nationale, et la plupart des héros de cet âge sont célébrés par la légende populaire comme des libérateurs de la nation.

- A cette période de transition appartient encore un héros, Minos, qui est rangé par les uns parmi les héros indigènes et, par les autres, parmi les héros étrangers. La thalassocratie des Cretois à une époque reculée, antérieure à la guerre de Troie, est un fait historique, suffisamment prouvé par la concordance des légendes dorieunes et des légendes ioniennes à cet égard. Aussi est il accepté par les historiens les plus graves de Tantiquité, Hérodote (1, 171), Thucydide (I, 4 et 8). Aristote {Pol. p. 1271 b.). La question est de savoir si à cette époque la Crète était encore orientale ou déjà hellénisée.

Aux temps historiques, la Crète comprenait les populations les plus diverses : des E(éoa*êtes ou Cretois indigènes, des Kydoniens (de la ville de Kydonia), des Achéens, des Pélasges et des Dorions, d*après Homère (Od. 19.175). Les Cretois indigènes étaient de la race des Carions, qui avaient occupé autrefois la plus grande partie de la mer Egée et s'adonnaient à la piraterie : ce fait, conservé par la tradition (Hérodote et Thucydide), reçut une confirmation remarquable par les tombes des Carions, reconnaissables surtout à leur armement (Her. 1, 171), qui furent découvertes à Délos Tan 426 avant notre ère (Thuc. I, 8). Il y a aussi en Crète des traceç d'établissements phéniciens, dans les noms géographiques (Cnosse autrefois Karth ou Kairat = ville^ en phénicien ; le Jar- ^2ano«, = fleuve, en phén.), dans la légende du Minotaure, qui rappelle le culte de Moloch, avec ses sacrifices humains.

La masse de la population grecque on Crète n'y est arrivée qu'à la snite de la migration dorienne. Les Cretois de Minos n'étaient donc pas des Grecs, mais des Carions, comme Hérodote l'a d^à reconnu (1,171); et il n*y eut pas une thalassocratie grecque dans la mer Egée avant Polycrate de Samos au vi« siècle, toujours d'après Hérodote. — D'autre part, les Dorions de la Crète honoraient Minos comme un héros national, comme un sage législateur et le premier auteur de leurs célèbres institutions (voir Homère, passim). Ils auraient pris part aussi à la guerre de

Troie, sous leur roi Idoménée. — La contradiction est flagrante, si flagrante que, pour la résondre, les anciens ont dû supposer deux migrations doriennes en Crôte, Tune avant Minos, Tautre après. Cette première migration serait partie, non pas du Péloponèse, mais de la Qrèce du nord, sous la conduite de Teutamos, flls de Dorus (Strabon, p. 475. Diod. V, 80). Mais la réalité de cette migration n*est admise que par ceux des modernes qui regardent Minos comme un héros grec. La question est tocgours controversée. — Pour l'origine grecque, Ottftied MuUer (Dorier, 1, p. 59), Curtius((Wec/i. Oeschichte, 1 p. 59) ; pour le caractère étranger, phénicien, Duncker (Qeschichte des Alterth, III p. 161); Schoemann (Qriech. Alterth. I p. le); Preller (Qriech. Mythologie, II p. 118). «

§ II. — Traditions doriennes.

Aux héros étrangers, la légende fait succéder des héros indigènes, guerriers aussi extraordinaires par leur force physique que par leur courage ; les exploits les plus fabuleux leur sont prêtés à lenvi par l'imagination populaire ou par les fictions des poètes, et l'époque où ils apparaissent forme Cage héroïque dans l'histoire de la Grèce. Il est difficile de dire jusqu'à quel point cette renommée était méritée. Ce qu'il y a de plus vrai dans ces traditions, c'est l'état infériorité où la Grèce se trouvait encore à cette époque. Ces fables mômes nous la représentent infestée par des bêtes féroces, par des brigands, par des pirates étrangers, et c'est en combattant contre les uns et les autres que les Héros s'illustrent et qu'ils ont mérité la reconnaissance des Grecs, dont ils passent pour les libérateurs. Chaque tribu, chaque canton avait son héros.

Nous commençons par les traditions doriennes .

Tradition doriennes. — Le héros auquel se rattachent les traditions doriennes, était Héraclès ou Hercule. D*après la légende, Héraclès, fils de Zeus et d'une mortelle, né à Thèbes, d'abord pâtre dans les montagnes où il combat les bêtes féroces, se distingue dans une guerre contre les Myniens d'Orchomènes (voyez plus loin p. 197) et affranchit les Thébains de la domination de cette ville; c'est la période thébaine de sa légende. Nous le trouvons ensuite dans le Péloponèse tombé dans la dépendance du roi Eurysthée, son parent, et obligé d'accomplir ses douze travaux^ pour acquérir l'immortalité. Dans ce but, il parcourt le monde, arrive aux extrémités de la terre, où il érige ses deux colonnes (détroit de Gibraltar), descend jusqu'aux enfers, et ne revient qu'après avoir été jusqu'aux Hespérides (les occidentales). Il fait aussi une expédition, la première, contre Troie. Sur la fin de sa carrière, on le trouve au Nord de la Grèce, dans les montagnes de l'Œta, pa-

trie des Doriens, et il combat pour ceux-ci contre les Lapithes. C'est là aussi qu'il meurt. La plupart des dynasties royales dans les Etats doriens se disaient issues de Héraclès et passaient pour Héraclides ; ainsi les Agides et les Eurypontides de Sparte, les Téménides d'Argos, les Aleuades en Thessalie, etc.

Ce mythe d*Hercule est un des plus compliqués de la mythologie grecque. Varron avait compté 44 Hercules. Cicéron en énumère six, dont trois étrangers : THercule phénicien ou Melhart, — l'Hercule égyptien, — l'Hercule indien nommé Bêlos^ — et trois grecs, à savoir : THerculo thôbain, — THercule de Crète, ~ et THevcule dorien.- En décomposant ce mythe, on y reconnaît quatre éléments distincts : !« Un élément noT tional ou dorien : Hercule n'est que le surnom d'un chef dorien, Alcée» le fort (de àXx.i, force), dont les exploits se concentrent dans le nord de la Grèce, qui fut la première patrie des Doriens (guerre contre les Lapithes, les Dryopes, etc.) Le théâtre de ses exploits a été transféré dans le Péloponèse, après coup, à la suite de la migration dorienne. Les Hôraclides prétendaient avoir été chassés du Péloponèse ipjustement : mais cette légende n'est au fond qu'une légitimation de la conquête du Péloponèse, présentée comme une restauration; c'est pourquoi la migration dorienne fut appelée le retour des Héraclides; — 2*» un élément physique ou astronomique : les Doriens ont identifié à leur héros national une divinité solaire, de là son surnom (Héraclès ou la gloire de *H/9z, le ciel ou la déesse du ciel); de là ses douze travaux, répondant aux douze signes du zodiaque, et son apothéose finale;— S^ un élément étranger ou phénicien : Hercule fut identitié encore à une autre divinité, le Melkart phénicien, considéré comme inventeur de la navigation, protecteur des voyages et des colonies.et c'est ainsi que s'expliquent les voyages lointains d'Hercule et sa présence dans des contrées connues seulement des Phéniciens; c'est à Thèbes que cette fusion se serait faite entre l'Hercule grec et cette divinité phénicienne; — 4* un élément symbolique ou moral: Hercule devint l'idéal de la force unie à la sagesse, c'est-à-dire de la vertu dans le sens des Anciens (allégorie du philosophe Prodicus). - Quant aux traditions doriennes de la Crête, qui concernent spécialement le héros Mi nos, voir plus haut, p. 191.

§ III. — Traditions ioniennes.

Traditions ioniennes. — Le héros ionien par excellence est Thésée, que la tradition s'est plue à représenter comme un autre Hercule {âXXoq oIto^ HpaxXiÇç). Il est d'ailleurs contemporain de celui-ci, et souvent associé aux mêmes aventures. D'après la légende, il est fils d'un roi d'Athènes et d'une princesse de Trézène : c'est à Trézène qu'il est élevé. Son père le reconnut comme son futur successeur. Il alla d'abord combattre le Minotaure en Crête, et il mérita la reconnaissance des Athéniens, en les délivrant du tribut annuel de sept jeunes gens et sept jeunes filles qu'ils devaient à ce monstre. Il s'illustra ensuite en repoussant d'Athènes l'invasion de l'armée fabuleuse des Amazones. Ses autres exploits sont imités de la légende d'Hercule ; ainsi sa lutte contre les géants, contre les monstres, contre les brigands, sa descente aux enfers. Toutefois il n'en serait pas revenu Sans l'assistance d'Hercule. Pendant son absence, un autre prince, Ménesthée s'était emparé du trône, et Thésée alla mourir dans l'île de Scyros, d'où les Athéniens rapporteront ses ossements neuf cents ans plus tard(enran460avant J.C).

•* Le mythe de Thésée paraît plus récent que celui d'Hercule; rimitation est si évidente que Tun doit avoir précédé l'autre. C'est le mythe d'Hercule qui est le plus ancien; car il était déjà fixé dans toutes ses lignes essentielles avant les poèmes homériques, qui y puisent souvent, tandis qu'on n'y trouve que de rares allusions à Thésée dans dos vers suspects et qui passent pour interpolés. En tout cas, la célébrité légendaire de Thésée ne doit pas être antérieure à la migration dorienne, car ce nom ne parait ni dans le culte, ni dans les traditions des Ioniens de l'Asie. Dans Athènes même, son culte est récent. Des quatre thesea ou sanctuaires de Thésée, un seul était situé dans la ville; ce théséon, datait seulement du retour des ossements de Thésée sous Cimon.Pour expliquer coiQraent un héros si célèbre avait des sanctuaires si récents et si peu nombreux, l'antiquaire Philochore (II fr. 45) rapporte que les autres </i««ea avaient été convertis par Thésée lui-même en heraclea ou sanctuaires de Héraclès Cette explication forcée montre bien que les iaiis

ii*étaient pas d*accord avec la tradition. Ce qui n^est pas moins inexplicable, c*est que Clisthônes n'a pas admis Thésée au nombre des héros indigènes {iitix^ptoi Her. V, 66) de FAttique, qu'il a donnés comme éponymes à ses dix tribus. Néanmoins la légende de Thésée renferme deux faits historiques : Thésée est représenté comme )e héros fondateur d* Athènes (9>77<v; = olxin^;); la légende lui attribue la réunion de tous les dêmes disséminés en Attique dans une seule cité, et c*est de cette 7uvo{xi7i; que date, en effet, Timportance de la ville d'Athènes (Thuc. 11,15). Thésée est. en même temps, le héros libérateur d'Athènes, qui était en butte,comme les autres villes du littoral,aux déprédations des pirates Cretois (voir plus haut, p. 191.) Ces deux faits paraissent, en effet, connexes. Les habitants de FAttique auront été amenés à s'unir, afin d'opposer une résistance plus efficace aux pirates, et c'est Thésée qui personnifie cette réaction nationale contre la prépondérance de l'étranger. — Bien que récente, la légende de Thésée grandit rapidement. On lui ^t honneur de toutes les institutions ioniennes. Les démagogues allèrent jusqu'à le représenter comme le fondateur de la démocratie d'Athènes, croyant donner à celle-ci plus de crédit en la fesant remonter au héros national, tandis que leurs adversaires, les esprits chagrins, qui n'avaient pas à se louer de ce régime, ne manquaient pas de dire ; Cest de Thésée que vient tout le mal. (Theophr. Caract. 26; »».

§ IV. — Traditions éoliennes.

Traditions éoliennes. — Avant la migration dorienne, les Eoliens étaient répandus non seulement dans la Grèce du Nord, où on les trouve encore après, mais dans toutes les parties de la Grèce. Les Minyens, qui jouent un si grand rôle dans les traditions éoliennes, occupaient à la fois l'ancienne ville d'Orchomène dans la Grèce centrale (plus tard la Béotie) et le port de lolcos dans la baie principale de la Thessalie. Ce sont eux qui organisèrent la fameuse expédition des Argonautes, dont Jason, un descendant d'Eolus, est le héros. Il s agissait de rapporter en Grèce la toison dor d*un bélier, qui avait autrefois franchi les mers, et dont la peau était conservée dans une contrée lointaine ('Ata ?) sous la garde d un dragon. Un vaisseau, XArgo ou la rapide (àpyoç), fut construit dans ce but et monté par cinquante rameurs, les Argonautes, au nombre desquels on retrouve les noms les plus célèbres de Tâge héroïque. Hercule, Thésée, Méléagre, Castor, PoUux, Orphée, etc. Jason, avec eux, affronta tous les périls d'une navigation dangereuse. Il pénétra dans le Pont-Euxin et arriva enfin en Colchide, où il parvint à s^emparer de la fameuse toison, avec Tassistance de Médée, une magicienne, qu'il ramena avec lui en Grèce. Telle était la légende, déjà connue au temps d'Homère, chantée ensuite par Pindare (Pyth. IV), et retracée tout au long dans les A rgonautiques d'un poète alexandrin, Apollonius de Rhodes. — Les anciens géographes, qui en parlent aussi, ont déjà essayé d'en donner une explication historique. D'après Strabon,il y avait dans un fleuve de la Colchide, le Phasis, des lavages d'or, dont les richesses étaient représentées par la toison d'or, et l'expédition des Argonautes n'eut d'autre but que de s'emparer de ces richesses.

Le ùài historique qui a donné lieu à la légende des Argonautes est assez difficile à reconnaître. La puissance d*Orchomône, à cette époque

reculée, est suffisamment attestée par ses ruines, dont Pausanias et d'autres anciens parient avec étonnement. Les Minyens, qui avaient leur siège dans cette ville, fesaient un commerce actif avec Tétranger et avaient des établissements maritimes à lolcos, à Lemnos et dans d'autres îles de la mer Egée. A cette époque, les pirates étrsmgers, Cretois et Phéniciens, qui infestaient cette mer, entravaient le commerce des Grecs. Le fond de la légende est probablement une expédition entreprise par les Minyens pour résister ou pour mettre fin aux déprédations des pirates. Ce fait historique a été ensuite grossi par la tradition, à mesure que les relations des Grecs se sont étendues sur les bords de la Propontide et de la mer Noire et a donné naissance à cette navigation fabuleuse, qui touche à tous les ports et à toutes les côtes où les Grecs ont eu des établissements. — Une autre tratiition éolienne a pour styet la chute deThèbes,chantée dans le cycle épique de la Tkébaide^sànsiqxie les destinées des descendants de Cadmus, en particulier d'Œdipe, dont les malheurs ont fourni un si grand aliment à la tragédie grecque. Vêlement historique dans cette tradition, c'est le siège et la destruction de Thèbes, à la suite d'une expédition partie du Péloponèse; et, en effet, aux temps homériques, il n'existait plus de cette cité si célèbre dans la légende, que la ville basse, que le poète nomme hypo-ThébaL — On a trouvé aussi un éléfnent symboliqite dans les infortunes d'Œdipe, expiant des crimes involontaires; il personnifierait les malheurs de sa nation, de la tribu éolienne, puissante autrefois, mais déchue et supplantée depuis par d'autres races*

§ V. — Traditions aohéennes.

Les traditions achébnnes. — La tribu dominante eu Grèce avant l'arrivée dos Doriens, était la tribu des Acbéens. On les trouve dans la Thessalie, dont ils ont toujours conservé une partie, nommée la Phtiotide ; ils occupent toute la portion orientale du Péloponèse : Argos est le siège principal de leur puissance et de leurs traditions. C'est de là qu'est partie la plus grande expédition nationale de l'âge héroïque, celle des Grecs contre Troie. Cette guerre est assez connue par ïlliade et XOdyssée ; mais ces poèmes ne traitent que deux épisodes de cette klte, l'un antérieur à la prise de Troie, l'autre postérieur à cet événement. Ces poèmes ne sont, en effet, qu'un fragment d'un cycle poétique beaucoup plus vaste dont les autres parties sont perdues.

La critique moderne a élevé des doutes contre la réalité liistorique do la guerre de Troie. Comme arguments, on fait valoir : P l'incertitude des Grecs eux-mêmes sur la situation géographique de Tancienne ville de Troie; 29 le caractère romanesque du rapt d'Hélène, représenté comme la cause de cette guerre; 3^ les détails de la guerre, le nombre des navires et des guerriers, les circonstances des combats racontés pai* un poète qui vivait quatre siècles plus tard et à une époque où l'écriture était encore dans Tenfance chez les Grecs. Les divers systèmes imaginés pour donner raison de cette légende peuvent se ramener à quatre prin • cipaux : I® d'après les uns, la guerre de Troie est d'un bout à l'autre une fiction des poètes de l'Ionie; Homère lui-même n'a pas existé; mais les poèmes qui circulent son nom, sont l'œuvre collective d'une école de poètes, de plusieurs générations d'aèdes ou rapsodes ioniens. Homère est, en quelque sorte, une personnification de cette école : c'est la théorio du célèbre philologue, Fréd.-Aug Wolf, dont les écrits ont produit une véritable révolution dans la critique historique {Prolegomena ad Homerumj 1794). — 29 D'autres n'ont voulu voir dans la guerre de Troio qu'une fable mythologique, et ils ont appuyé cette théorie sur les noms de quelques héros, qui rappellent des noms de divinités; ainsi à Sparte existait le culte d'un Zeus agamemnon; Hélène n'est qu'une forme dialectique de Seîénê, lune; elle est tenue pour sœur dos DioFCures. La villo

d'Hermine rendait un culte à Artétnis Iphigeneia; etc. (Uschold, Geschichte des trqjanischen Krieges. Stuttgart, 1836). — 3*» Un autre philologue, GoUfried Hermann, interprète, de son côté, la guerre de Troie comme une longue allégorie, dont les personnages ne sont que des qualités personnifiées, en fesant remarquer que les noms propres des héros du poème sont presque toigours tirés de leurs qualités personnelles ou de leurs actions. — 4^ EnÛn il y a une dernière opinion, la plus raisonnable, qui admet dans la guerre de Troie un fond historique, sans nier ({ue la légende et les poètes se soient plu à embellir cette histoire. Telle est Topinion de Niebnhr, qui ne doute « ni de Texistence historique d*un " royaume troyen, ni de sa destruction à la suite d*un choc violent entre »- l'Asie et TEurope»» {Vortraege, I, p. 301). Cette expédition est un fait tiui tient à d'autres faits qui, sans cela, demeureraient inexplicables. Hlle se rattache d'un côté à l'expulsion des Pélopides de l'Asie-Mineure et de l'autre côté à la fondation en Asie-Mineure des premières colonies grecques. C'est l'ancienne Troïade qui reçut les plus anciennes de ces colonies. A la tête de cette colonisation, se trouvent des Pélopides; à la tête d'une colonie, Penthilos, un fils d'Oreste; à la tête d'autres colons, un neveu d'Oreste, Cométas. Ainsi les faits sont ici d'accord avec la tradition, d'ailleurs unanime chez les Grecs, et c'est renverser toute l'histoire que de contester le fond historique de la guerre de Troie.

TROISIEME SECTION

Sources et travaux modernes.

Littérature : Outre les histoires de la liltérature grecque en Avançais par Schoeil (1825), en anglais par Mure (1850), en allemand par Ottfried Muller (1841), par Bergk (1872), par Sittl (1884), consulter : Vossii, De historicis graeds (1623) ;— Niebuhr, Vortraege ueber alte GeschicMe (passim) ; — Schaefer (A.), QuellenMunde der griechischen GescMcMe. Leipzig, 1873-81. H parties. — Ulrici, Die antike Historiographie, Berlin, 1833.

§ I. — « Des prkmibrs dooumbnts historiques y>

CHEZ LES Grecs.

Entre l'époque des traditions helléniques et Tapparition des premiers historiens de la Grèce, il y a une période de transition, qui embrasse près de sept siècles (1200 à 500 avant J.-C). C'est la période qui a vu naître et se développer les Etats grecs, dont nous connaissons l'histoire par fragments; pour Sparte, c'est l'époque des institutions de Lycurgue et des guerres messéniennes; peur Athènes, c'est le commencement de ses révolutions politiques. En môme temps se produit le grand mouvement colonial qui, de la Grèce, va se répandre sur toutes les plages de la Méditerranée.

Les lacunes que présente l'histoire grecque de cette période, proviennent de ce que les monuments qui nous en restent n'ont pas un caractère proprement historique.

A cette période, appartiennent la naissance et l'admirable floraison de la poésie grecque, depuis Homère jusqu'à Pindaru. Ce n'est que beaucoup plus tard que la prose commence : ses premiers essais datent de l'époque persane (n« siècle). Avant d'avoir une littérature écrite, les Grecs, en effet, ont eu une liUérature chantée^ et il n'y a pas d'autres sources littéraires en G/*èce pour les cinq siècles antérieurs à Cyrus.

La poésie et la musique étaient inséparables chez les Grecs. C'est par des chants (àoi8>5, ode) récités en public.

que la littérature grecque a commencé. Ce chaut pouvait revêtir deux formes : ou il était récité par un seul* c*est la monodie; ou il était exécuté par plusieurs, c'est le chant chorique ou chorodie. De la monodie, sont sortis la rapsodie épique (Homère, Hésiode, poètes cycliques) ; — Vélégie (Tyrtée, Solon) ; — Vixmbe ( Archiloque) ; — la mélodie ou chant mélique (Alcée, Sappho). Au chant chorique appartiennent les hymnes, les Ihrênes, les péans ; — les parthénies (Alcman) ; — les dithyrambes (Arion) ; — les od£S triomphales de Pindare. Enfin la tragédie^ la comédie et les autres genres de poèmes dramatiques sont sortis du choeur, combiné avec des récitatifs individuels, qui rappellent l'ancienne monodie, en sorte qu'on peut considérer le théâtre des Grecs comme la synthèse de leur poésie; aussi cette dernière création appartient-elle à la période littéraire suivante, qui est déjà celle des prosateurs. En un mot, toutes les formes de la poésie en Grèce sont sorties du chant.

Il n'est pas douteux que, longtemps avant d'avoir des prosateurs, los Grecs connussent l'écriture, qu ils n'ont fait d'ailleurs qu'emprunter aux Phéniciens. Ce qui est îiussi certain, c'est que les chants des poètes etiiont répandus dans le public, non pas sous la forme à'écrits ou do litres, mais uniquement par l'intermédiaire d'aèdes ou rapsodes ambulants, dont c'était la profession. Le seul point toujours obscur, c'est de savoir comment les plus étendus de ces poèmes, X Iliade et Y Odyssée^ se conservaient dans les écoles de chantre, si c'était par une transmission simplement orale, de bouche en bouche, ou si l'on se servait déjà du secours de l'écriture.

On n'en est pas moins en droit d'afiirmer que l'Iliade et l'Odyssée sont les plus anciens monuments littéraires de la Grèce. Ce n'est pas qu'en passant par la bouche des récitateurs ambulants, ces poèmes aient échappé aux altérations, aux interpolations, aux remaniements inhérents à ce modt» de publicité ; c'est précisément pour mettre fin à ces abus

que furent prises les mesures attribuées à Selon et à Pisistrate, à Teffet d*&ssurer Tintégrité et la conservation des textes homériques. Sai>s doute^ ces mesures furent tardives, et I on ne conteste pas que ces textes, dans leur état actuel, ue présentent des altérations et des interpolations dont il est difficile de préciser Tétendue. Mais on ne peut aller jusqu*à douter de Tantiquité et de l'authenticité des poèmes komériques, pris dans leur ensemble.

Quant à Tâge de ces poèmes, ils sont nécessairement plus récents que la colonisation de l'Ionie d*où ils sont sortis (à preuve, la langue du texte), et une tradition les fait plus anciens que Lycurgue : soit entre 1100 et 880 avant J.-C.

C'est une autre question que de savoir quelle est l'autorité des poème!« homériques comme source historique. La plupart des poètes grecs que nous possédons encore, ne se 801)1 préoccupés que de ce qui était le passé pour eux, et il fiuit entendre par là les mythes ou légendes qu'ils ont recueillis et célébrés naïvement comme l'histoire de leurs ancêtres.

Mais s'ils ne nous ont rien conservé de l'histoire de leur propre temps, du moins ces poètes nous en ont dépeint avec Bou moins de naïveté les mœurs , et à ce titre ils peuvent être utilisés par l'hi&torien ; ils lui permettent de constater rétat de rancienne société grecque, de tracer le tableau des coutumes en vigueur, des croyances religieuses, de leurs eoonaissances géographiques, du degré de leur civilisation, etc. Envisagés de cette façon, les poètes de cette époque doivent être classés parmi les matériaux historiques.

A côté de ces sources littéraires, il y a une seconde classe de matériaux pour cette époque, ce sont les documents écrits ou les inscriptions.

Dès que les Grecs ont connu Técriture, ils s'en sont servis, non pas dans un intérêt littéraire, mais dans un intérêt pratique. Il s'agissait d'assurer avant tout la conservation des actes dont les effets devaient avoir une certaine durée, et qu'il importait soit de sauver de l'oubli, soit de mettre à

Tabri de falsification : tels sont les contrats tant particuliers que publics ou internationaux ; puis lés oracles, dont on attendait encore Taccomplissement ; puis le texte des lois (depuis le vu® siècle : Zaleucus, Charondas, Dracon) ; puis les fastes des magistrats, base de la chronologie officielle ; puis les généalogies, sur lesquelles étaient fondés les droits ou les prétentions des grandes familles ; et ce n'est qu'en dernier lieu qu'on s'est avisé d'assurer également par l'écriture la conservation des œuvres des poètes ou des doctrines des philosophes.

Toutefois les documents de cette classe, pour l'époque dont il s'agit, sont perdus, à quelques fragments près ; et d'ailleurs, au témoignage des anciens eux-mêmes, qui ont pu encore les utiliser, ces documents n'étaient pas aussi anciens chez les Qrecs que chez les peuples de l'Orient; ce qui s'explique par l'imperfection et la lenteur des procédés d'écriture, aussi longtemps qu'ils n'eurent d'autres matières pour écrire que des corps durs, l'airain, le marbre, le bois. L'introduction du papyrus égyptien en Grèce date du vil® siècle. Quant au parchemin ((JccpOépai), son usage semble avoir été restreint aux Grecs d'Asie (Her. V, 59).

Les plus anciennes inscriptions en grec d'une date con^ nue, sont jusqu'ici celles des mercenaires grecs de Psammétique (I ou II), que l'on a retrouvées au fond de la Nubie sur la jambe d'uu colosse, à l'entrée du temple d'Abu-Simbel (Reproduites aux tome XII des Denkmaeler aiÂS ^gyfh ten etc. de Lepsius) ; elles remontent, en effet, à sept siècles avant notre ère.

Quant aux inscriptions attiques, sont considérées comme anciennes toutes celles qui sont antérieures à l'archontat d'Euclide (l'an 403 avant J.-G.). Il n'y en a guère dans le nombre qui remontent avec certitude jusqu'au vi* siècle.

Recueils : Inscriptiones graecae antiquissimae praeler atticas, éd. H. Roehl. Berlin, 1882. — Inscriptiones atticae Euclidis A® vetustiores, éd. A. Kirchhoff. Berlin, 1873.

Publications de rAcadémie de Berlin, destinées à compléter le recueil

plus général, mais plus ancien de Boeckh, le Coi'ptis inscriptionum graecarum. Berlin, 1825-56, 4 vol. Ce dernier recueil coniprend toutes les inscriptions en grec jusqu^à la fin de Tempire romain, que l'on connaissait jusque-là. Le classement est géographique. La masse d'inscriptions nouvelles retrouvées en Attique depuis 1825 (date du vol. I), a nécessité une publication spéciale, le Corpus inscriptionum aiiicarum, dont le recueil cité ici forme le !•' volume.

§ IL LkS H16T0K1BNS ANGlflNS DE LA GkEGE.

Les historiens grecs, considérés dans Tordre des temps, peuvent se partager en quatre périodes, à savoir : les logographes ou précurseurs ; — les historiens de l'époque persane ; — les historiens de Tépoque athénienne ; — les historiens de l'époque alexandrine.

lo L'époque des logographes.

La littérature écrite commence avec les logographes ; ce sont les premiers auteurs qui ont recueilli par écrit tout ce qui leur paraissait mériter d'être transmis à la postérité ; de là le caractère varié de leurs ouvrages, où s'entremêlent la géographie, la mythologie, des généalogies, autant que l'histoire proprement dite.

La question qui les préoccupait surtout, c'était la question des origines ; les origines du monde, des dieux, des peuples , des villes, des institutions, etc. La solution de ces questions, ils la cherchaient dans les traditions orales, dans les mythes ou légendes, qu'ils ont recueillis sans critique, ou dont ils n'ont donné que des interprétations puériles ou forcées.

Ces logographes apparaissent d'abord en lonie, et sont contemporains de l'époque persane, depuis Cyrus jusqu'à Artaxerxès. On citait comme le plus ancien tantôt Cadmus de Milet, tantôt Phérécide de Scyros (au vi* siècle). Mais on ne sait rien des Origines de t lonie, que Ion attribuait au premier, et V Origine des dieux du second est étrangère à l'histoire. Viennent ensuite Hécatée de Milet, contemporain de Darius (vers 520), auteur d'une géographie et de généalogies; — Denys de Milet, auteur de Persica ; — Charon de Lampsaque, contemporain des guerres persanes, le plus ancien des chronographes ; — Xanthos, un lydien, qui écrivit en grec ses Lydiaca.

Les derniers logographes, ceux qui sont contemporains d'Hérodote, Damasle, Xénomède, Antiochus de Syracuse,

etc. sont peu connus, sauf Uellanicus de Lesbos, écrivaiD plus fécond qu'exact, au témoignage de Thucydide (I, 97) : il écrivit des Troïca; — Persica; — jEolica; — Attica^ etc.

Tous les ouvrages de cette classe sont perdus ; et leurs auteurs ne méritent d'être cités qu'à titre de précurseurs des historiens.

Les fragments de ces logographes ont été recueillis dans les éditions suivantes :

Historicorum Graecorum antiquissimorum fragmenta. Ed. Creuzer. Heidelberg, 1806.

Comprend ; Hécatée ; — Charon ; — Xantbos.

Fragmenta historicorum Graecorum. Ed. Mueller (avec traduction latine) vol. I (cité p. 138).

2** L'époque des guerres persanes.

Avec Hérodote commence l'époque des grands historiens de l'antiquité. Il était originaire de la Grèce asiatique, comme les logographes, ses précurseurs. 11 vécut dans le cours du v® siècle, entre 484 et 408. Comme historien, il est donc contemporain des guerres per^^anes, dont il a pu connaître et interroger les acteuî*s et les témoins encore survivants. 11 entreprit d'écrire l'Histoire des Grecs et des Barbares depuis Gygès.

Son ouvrage est divisé aujourd'hui en neuf livres (ou Muses), qui comprennent :

LiVRK I. première partie (c. 1-92), l'histoire des Grecs et des Lydiens depuis Gjgés jusqu'à la chute do Crésus (702- 546);

— deuxième partie (c. 93-214), l'histoire des Grecs et des Perses sous Cyrus, depuis la domination de Cyrus en Asie-Mineure jusqu'à sa mort (546-529) ;

Livres II et III : le règne de Cambyse, et l'interrègne entre sa mort et l'avènement de Darius (529-520) ;

LiVRBS IV et V : le règne de Darius (520-486) ;

Livres VI-IX : le règne de Xerxès jusqu'à la prise de Sestos par les Grecs (486-479).

Telle est la trame générale de l'ouvrage. Dans ce cadre, l'auteur a intercalé un grand nombre d'ÉpisoDBS rétrospectifs, les uns concernant l'histoire ancienne de l'Orient (voir plus haut, p. 139), les autres concernant la Grèce, d'abord les Grecs d'Europe, à savoir les Athéniens depuis Pisislrate (1, c. 56-64) ; les Spartiates depuis Lycurgue c. 65-68) ; — ensuite les Grecs dAsie (I, c. 142-151); — concernant la version égyptienne de la Gue^^^e de Troie (II, c. 113-120); — concernant Xhistoire de Samos depuis Polycrate (111, c. 39-60; et 139-149), et d'autres moindres épisodes.

Ce qu'Hérodote raconte, il l'a vu [autopsie) ou entendu [historié). Il manque de critique dans ses recherches, de méthode dans son plan ; mais il rachète ces défauts par le charme de la narration. On l'a appelé l'Homère de l'histoire, un Homère en prose.

Editions, — commentaires, — critiques, cités p. 139.

Hérodote n'a pas eu de continuateur immédiat. Aussi y a-t-il, dans l'historiographie grecque, une lacune de 50 ans environ entre la fin d'Hérodote et le commencement de Thucydide, entre la prise de Sestos et la guerre du Péloponèse. Mais Hérodote a trouvé un contradicteur dans Gtésias, un médecin grec de Cnide, qui fut médecin d'Ârtaxerxès II; rentré dans son pays en 484, il s'appliqua à l'histoire. Ctésias, étant à la cour de Suze, avait eu l'occasion de consulter les archives persanes. Il prétend en avoir tiré ses Persica^ qui retraçaient l'histoire de l'Asie et des Perses depuis Ninos jusqu'à l'année 398. Dans l'histoire ancienne de l'Orient, son autorité, déjà très contestée, a été définitivement renversée par les découvertes assyriennes. Mais, pour l'époque des guerres persanes, il doit être considéré comme un historien contemporain au mémo titre qu'Hérodote. Malheureusement son ouvrage est perdu. 11

n*en reste que de maigres extraits dans la Bibliothèque de Photius.

ÈomoNS : Ctesiae fragmenta a C. Mûller. Paris, 1858. (Appendice à rédition Didot d'Hérodote).

L*époque des guerres persanes est également comprise dans les Histoires universelles écrites par des auteurs de seconde main, par Ephore de Cume (iv* siècle), Timée (iii« siècle), qui sont perdus aussi, et par Diodore de Sicile, dont nous possédons encore cette portion de l'histoire : ce sont les LIVRES XI et XII c. 1-4, qui comprennent la dernière période de la guerre, entre Tinvasion de Xerxès et la mort de Cimon (480-449). Depuis 478, où finit l'ouvrage d'Hérodote, Diodore est notre autorité principale.

ÈDmoNS : Voir p. 215.

Dans la classe des auteurs de seconde main pour cette période, il faut citer enfin trois vies de Plutarque : Aristide; — Thémistocle ; — Cimon. Sur cet auteur de l'époque romaine, voyez plus loin, p. 216).

3** L*époquo athénienne.

L'époque athénienne, qui s'étend des guerres persanes jusqu'à la fondation d'Alexandrie, est Tépoque la plus brillante de la littérature grecque.

Nous ne possédons plus que deux historiens de cette époque, Thucydide et son continuateur Xénophon.

Thucydide est le maître et le modèle des historiens politiques. Athénien de naissance, il appartient à la seconde moitié du v* siècle. Né en 471, il ne vivait plus en 396. 11 prit part^ comme général, à la guerre du Péloponèse, dont il nous a laissé Thistoire.

Son ouvrage, divisé en huit livres, comprend :

LivRB 1 : introduction, qui retrace les antécédents de la guerre en partant des guerres persanes (479-432);

Livres II-V : la première partie de la guerre jusqu'aux suites de la paix de Nicias (432-416) ;

LiVRKs VI- VI II : la seconde partie de la guerre, depuis l'expédition de Sicile jusqu'au siège d'Abydos (416-411).

L'ouvrage, qui s'arrête brusquement à la 21* année de la guerre, est donc inacheiré.

Ce qui le distingue, c'est la critique dans les recherches ; la méthode dans le plan, qui suit l'ordre chronologique, sauf les épisodes ; enfin un style brusque, sans prétention, mais pai^fois embarrassé et obscur. Les discours qu'il prête à ses personnages sont moins vrais que vraisemblables, comme il le reconnaît lui-môme. Toutefois il s'est gardé de l'abus qu'on a fait des harangues après lui. Son ouvrage reste le chef d'œuvre du genre. On l'a appelé une grande et sublime tragédie historique.

Editions : Thucydidis de bello Peloponesiaco libri VIII , Cura Poppo. Leipsig, 1821, 1 parties. — Thucydidis historia, éd. Haase (avec traduction latine). Paris, 1840(Didot).

Commentaires : en latin, les Commentarii de Poppo (Pars III de sou édition), 4 vol.; — en allemand, Thiœt/dides erklaert vonJ* CUxssen. Berlin, 1873, 8 vol. (collection Weidmann); — en français, (livres I et II) par A. Croisât. Paris, 1886. (Editions savantes Hachette).

Critique : Roscher^Leben (etc.) des Thukydîdes.QôttingiiQ, 1842. — Clossen, Einleitung au commentaire cité. — Mûller-Strûbing, Thukydideische Forschwigen, Vienne, 1881 (ainsi que, du même auteur, ArisCophanes und die hùitorische Kviiih, I^eipsig, 1873); les attaques do ce dernier contre l'autorité de Thucydide ne sont pris demeurées sans réponse ; voir les Vorbemerkungen de Classen, au 5« vol. (édition de 1882).

Xénophon, le continuateur de Thucydide, Athénien comme lui, était né avant la guerre du Péloponèse et mourut après 359. Comme Thucydide, il avait pris part aux événements de son temps, en particulier à la fameuse retraite des dix-mille. On lui doit un grand nombre d écrits historiques et didactiques ; dans ces derniers, il s'occupe surtout de Socraie, dont il fut le disciple dans sa jeunesse.

Ses Helléniques sont la continuation de Thucj'dide. Son Jnabase s'y rattache comme un épisode.

Livres I-II des Helléniqiœs : suite et fin de la guerre du

Péloponèse. depuis l'année où s'arrête Thucydide (410 403) : ce supplément de Thucydide formait peut-être un ouvrage séparé à l'origine ;

Livres III-VII : continuant l'histoire grecque depuis l'expédition des dix-mille jusqu'à la bataille de Mantinée (400-36?).

Entre ces deux parties des Helléniques^ doit se placer VAnabase^ qui peut également se diviser en deux parties :

l'iVRB 1 : contient l'histoire de l'expédition de <3yrus le Jeune contre son frère jusqu'à sa mort (l'an 401) ; c'est YAnàbase proprement dite;

LivRKS II-VII : comprend la retraite ou xarapaortç des Grecs (de 401 à 400).

Xénophon est inférieur à Thucydide, dont il n'a pas le génie politique, ni la haute impartialité. Il ne cache pas ses préférences pour les hommes d'Etat de Sparte. Il ne l'emporte que par la simplicité et la clarté de l'exposition.

Editions : les Xenophontis scripta^ éd. L. Dindorf (avec traduction latine). Paris, 1853 (collection Didot). — Xenophontis fiellenica, emend. Cobet. Amsterdam, 1862. — Xenophontis eœpeditio Cyri. emend. Cobet. Leide, 1859, Œuvres complètes de Xénophon, par Gail. Paris, 1814, 7 vol. — Xenophontis quae exstant^ ed, Schneider. Leipsig, 1815, 6 vol.

Commentaires : en aUemand, par Rehdantz et Breitenbach. Berlin, 1874

f collection Weidmann). — Koch, Der Zug der zehntausend, geogra-

phisch erlâuiert, Leipsig, 1850. — en français, dans l'édition de GaiJ;

Robiou, Itinéraire des dix-milles, Paris, 1873.— en latin, par Kuehner.

Leipsig, 1852.

CarriQUE : Niebuhr, Ueber XenopkorCs Hellenica, 1826 (Kleine Schrifteii). ~ Nitsche, Abfassung von Xen» Hellenica. Berlin, 1871.

Les autres continuateurs de Thucydide sont perdus : Cratippe (du iv* siècle), et surtout Théopompe de Chios (de 380 à 300?), un disciple de l'orateur Isocrate, dont les Hellenica, en 12 livres, s'étendaient de 410 à 394, et les Phitippica, en 58 livres, de 357 à 333. 11 a fourni la

modèle et le titre aux Historiae philippicae de Trogue Pompée, dont il nous reste l'abrégé de Justin. Sont également perdus, les Hellenica de Oallisthènes (de 388 à 357) ; — de Céphisodore (de 357 à 346) ; — de Diylle (de 357 à 297) ; — des Béotiens Dionysodore et Anaxis (jusqu'en 360), etc.

A la fin de l'époque athénienne, appartient la première histoire générale de la Grèce, celle d'Ephore de Cyme, dont la perte est des plus regrettables. Ses Histoires, en 30 livres, s'étendaient du retour des Héraclides au siège de Périnthe {l'an 340). Disciple d'Isocrate, comme Théopompe, il survécut à Philippe de Macédoine, en sorte qu'il était auteur de première main pour tous les événements du IV® siècle, particulièrement depuis la bataille de Mantiuée où s'arrête Xénophon.

Pour cette période comprise entre cette bataille et celle de Chéronée, nous en sommes réduits aux auteurs de seconde main : le XVP livre de Diodore, et les biographies d'Ar/aœerxès, Agésilas, Pélopidas, par Plutarque.

De 1 époque athénienne, datent aussi les premières histoires de la Sicile.

Le plus ancien, Antiochus de Syracuse, contemporain d'Hérodote, rentre dans la classe des logographes.

Philistos de Syracuse, qui prit Thucydide pour modèle, sans l'égaler, et mourut en 357, laissa deux ouvrages : des Sikelia, depuis les origines jusqu'en 406 ; — une histoire de Denys, de 405 à 363; — qui fut continuée par Athanis.

Tous ces ouvrages sont perdus, en sorte que, pour l'histoire de la Sicile aussi, nous devons nous rapporter aux livres conservés de Diodore, XI-XVI (de 480 à 340) ; et aux biographies de Dion et Timoléon par Plutarque.

4^ L'époque alexandrîne.

Avec les conquêtes d'Alexandre et des Macédoniens eu Orient, l'horizon historique des Grecs s'étend; en mémo

temps commence rérudition, la iroX-j/xaôsia, à laquelle Aristote a donné l'impulsion, et qui a pour foyer principal Alexandrie, sous les Ptolémdes et pendant toute la période romaine. Mais, d'autre part, lart historique entre dans une période de décadence : chez les uns, domine la rhétorique, labus des harangues, des digressions, des réflexions personnelles. Chez les autres, qui s'appliquent à l'érudition, la critique fait défaut ; ils acceptent comme de l'histoire les fables de la tradition ou les inventions des anciens poètes, ou ils leur donnent des interprétations trop souvent forcées ou puériles.

Sous ce rapport, on doit regretter la perte des historiens d'Alexandre le Grand, qui ouvrent cette période, et qui furent contemporains de ce prince. S'il y eut dans le nombre des rhéteurs, comme Ana^r/méne, des conteurs d'anecdotes, comme Clitarque^ on ne peut contester aux généraux Avistobide et Plolémée I l'autorité d'hommes do guerre, ayant appris leur métier à l'école d'Alexandre. A défaut de ces historiens contemporains, nous devons nous en rapporter à des auteurs de seconde main, qui sont, outre Diodore et Plutarque, Arrien (du u® siècle), qui écrivit en grec, et Quinte-Curce (du i®*^ siècle), dont l'ouvrage est en latin.

UAnabase d'Alexandre en 7 livres (326-323 avant J.-C.) par Amen est la meilleure histoire des expéditions de ce prince; elle est travaillée sur les ouvrages de Ptolémée et d'Aristobule.

Textes : Arriani expeditio Alexandrie éd. Krûger. Berlin, 1835 (vol. I). — Arriani opéra historica, éd. Dùbner (avec traduction latine). Paris, 1846 (collection Didot).

Scripiores rerum Alexandri M . fragmenta collegitC. Millier (appendice à TArrien de Didot).

Comment AiîiES : en latin dans Tédition de Kriiger (vol. Il); — en allemand, Arrians anahasis erhiaeri von Sintenis. Berlin, 1860 (collection Weidmann).

Critique : Ste-Croix, Examen a*itique des historiens (^Alexandre le Gr. Paris, 1801.— Solioene, De Arriani et Plutarchifontibus, Leipsijr, 1870.

L'histoire générale, déjà abordée par Ephore de Cjme (p. 212), a été traitée avec plus d'ampleur encore à l'époque alexandrine.

Timée, de ïauroménium en Sicile (au m® siècle), est auteur d'une Histoire générale (xotvat î<n-optaO, en plus de 40 livres, qui comprenait la Sicile, l'Italie et la Grèce depuis les origines jusqu'en 265 avant J.-C. — Il fut continué par Polybe (du ii® siècle), dont les Historiae, en 40 livres, s'étendent de 264 à 144. Polybe eut pour continuateur Posidonius (dernier siècle avant J.-C), qui devait aller jusqu'en 86 avant J.-C. (minimum).

De ces auteurs, le seul qui nous soit parvenu, Polybe, est un des grands historiens (^e l'antiquité. Né en 210, à Mégalopolis, fils du stratège acbéen Lycortas, il prit part aux guerres et aux négociations de son temps. Il séjourna à Rome, visita les provinces romaines d'Occident, consulta les archives, et avec les matériaux recueillis ainsi, il composa son grand ouvrage historique, dont nous possédons les parties suivantes :

Livres I-II : introduction, qui reprend l'histoire en 265 (fin de Timée) et la conduit jusqu'à la deuxième guerre punique, en 221 ;

Livres II-V : l'histoire générale de 221 à 216;

Livres VI -XV (en extraits) continuent l'histoire générale de 216 à 202;

Livres XVI-XL (de 201 à 144) sont perdus, sauf de minces fragments.

L'ouvrage de Polybe est une histoire raisonnée ou pragmatiqtce : il joint, à de vastes connaissances, un bon jugement, une intelligence pénétrante, pas de rhétorique, mais trop de réfiexions.

Textes : Polybii historiarum quidquid superesty (avec traduction latine) éd. Schweighaûser. Leipsig, 1789, 8 vol.

— Polybii hisioriae, rec. L. Dindorf. Leipsig, 1866, 4 vol.

— Polybii historiarum reliquiae^ éd. Duebner (avec traduction latine). Paris, 1859 (collection Didot),

Critiqub : Nitsch (K. W.), Polybius. Kiel, 1842. — Valeton, De Polybii fontibus et auctoritate. Utrecht, 1879. — Fustel de Coulanges, Polyhe ou la Grèce conquise par les Romains. Amiens, 1858.

A l'époque romaine, apparaissent les premières tentatives SHistoire universelle. Tune par Nicolas do Damas (dernier siècle avant J.-C), en 144 livres, qui sont perdus; — l'autre par le Sicilien Diodore (même époque;, dont nous possédons quelques parties, à savoir :

Livres I-VI : les premiers temps avant la prise de Troie, à savoir Thistoire des peuples étrangers (I-III), celle des peuples helléniques (IV-VI). Le dernier de ces livres est perdu;

LiVRBs VII-X (de 1183 à 480) sont perdus;

Livres XI-XX : l'histoire tant de TOrient que de l'Occident de 480 à 301.

Livres XXI-XL (de 300 à 61 avant J.-C.) sont également perdus.

Diodore est un historien de seconde main, il a compilé tous les historiens qui Font précédé ; mais, la plupart de ceux-ci ayant péri, Diodore est devenu une de nos principales sources pour l'histoire de l'antiquité. C'est là son mérite le plus saillant. Car il ne brille ni par la profondeur des idées, ni par le charme de la forme.

Editions : Diodori S, bibliotheca historica^ éd. Wesseling. Amsterdam, 1746, 2 vol. fol. (avec traduction latine).

Diodori Bibliothecae hist. quae supersunt, ex rec. C. Mul- 1er (avec traduction latine). Paris, 1842, 2 vol. (collection Didot).

Diodori Bibliotheca hist. éd. Bekker. Leipsig, 1853, 4 vol.

CoMifENTAiRBS : eo latin dans Tédition de Wesseling.

Critique : (outre les auteurs cités p. 140), Volquardsen, Quellen der Geschichte bel Diodor BB. xi-xvi. Kiel, 1868. — Unger, Quellen Diodors fuer die Diadochengeschichte. Munich (Académie), 1878.

A côté de ces histoires générales, l'époque alexandrine

produisit de nombreux ouvrages spéciaux, qui peuvent se ramener à trois classes : les biographes ; — les géographes ; — les chronographes.

Les plus anciennes collections de biographies (îrepl p(û>v) datent de cette époque : cest un genre qui a été créé par les polygraphes de Técole d'Aristote.A ce genre appartenait peut-être un traité d'Aristote lui-même (7repl7roi>irwv), en tout cas les ouvrages, perdus aussi, de ses disciples immédiats, Théophraste, Aristoxène de Tarente, Cléarque, Phanias. Ces biographes se sont appliqués de préférence à recueillir des renseignements sur les hommes célèbres, qui ne figurent point dans les histoires générales, tels que les poètes^ les philosophes^ les écrivains de tout genre, et c'est à eux que nous devons tout ce que nous savons de Thistoire de la littérature et de la philosophie des anciens ; c'est dans ces auteurs qu'ont puisé les biographes de l'époque romaine [Vies des philosophes, par Diogène Laerte, des sophistes, par Philostrate) et les scholiastes ainsi que les lexicographes de l'époque byzantine (ces derniers, recueillis par Westermann : Btoypa^ot. Brunswick, 1S45).

Ici nous n'avons à envisager que les biographies qui peuvent servir à l'histoire grecque proprement dite. Deux collections rentrent dans cette classe, toutes deux d'ailleurs par des auteurs de seconde main, l'un latin, Cornélius Nepos (du dernier siècle avant J.-C), l'autre grec, Plutarque (du I*^ siècle après J.-C). Polygraphes l'un et l'autre, ils ont traité à la fois la biographie des Grecs et des Romains, mais avec un succès inégal. Nepos est un simple abréviateur, où il y a peu à puiser, pour l'histoire grecque du moins. Tout autre est l'importance de Plutarque.

Plutarque est, en effet, après Homère, lauteur le plus populaire do toute la littérature grecque. Bien qu'il ait abordé les genres les plus divers dans les ouvrages réunis sous le titre de Mot^alia, c'est à ses Vies parallèles qu'il doit cette popularité. Elles sont appelées ainsi parce que chaque livre est formé de deux biographies, la première d'une

célébrité grecque, la seconde d'une célébrité romaine, entre lesquelles Fauteur établit, pour finir, une comparaison.

Ces célébrités grecques, qu'il faut citer ici, appartiennent à toutes les époques de l'histoire, à savoir :

V à l'époque légendaire : Thésée ;

2® à l'époque de transition : Lycurgue^ Solon;

^ à Tépoque persane : Thémistocle, Aristide, Cimon;

4* à l'époque athénienne : Périclès, Nicias, Alcibiade, Démosthène, Phocion (d'Athènes); — Lysandre, Agésilas (de Sparte); — Pélopidas (de Thébes); — Dion, Timoléon (de l'histoire de Sicile) ;

5** à l'époque macédonienne : Alexandre le Grand, Eumène, Déméirins, Pyrrhus, Agis et Cléomènes, Philopoemen.

Pour écrire ses ouvrages, Plutarque a recueilli toute l'érudition de l'antiquité ; il cite plus de 250 auteurs, dont environ 80 historiens, la plupart perdus. Mais il n'a pas plus de critique que les autres, comme le montre Tassurance avec laquelle il raconte la vie d'un personnage aussi fabuleux que Thésée. Son but est avant tout moral ; il cherche dans les vertus de ses grands hommes ou dans leurs vices une leçon pour ses contemporains. De là les réflexions qu'il môle aux anecdotes et qui contribuent au charme de ses écrits.

Textes : Plviarchi vitae éd. Dûbner (avec traduction latine). Paris, 1855, 2 vol. (collection Didot). — Plutarchi vitae éd. I. Bekker. Leipsig, 1855, 5 vol. (collection Bern. Tauchnitz).

Commentaires : en aUemand de Sintenis, Hercher, Fubr (conection Weidmann).

Critique : Heeren, De fontibus vitarum Plutarchi, Goettingue, 1820; — Haug, Die Quellen PlutarcKs in den Lebensbeschreibungen der Griechen, Tubingue, 1854; — ainsi que les monographies de Flûgel (Lycurgue) 1871 ; Borhen (Solon) 1870; Meyer {Thémistocle et Aristide) 1884; Ruehl (Cimon) 1867; Sauppe (Périclés) 1867; Fricke (Nicias et Alcibiade) 1867; Schoene (Alexandre) 1870; Schubert (J^um^n^, Demetritiê^ Pyrrhus) 1878 ; Wetzel (Pyrrhus) 1878 ; etc.

La Grèce a eu aussi ses chroniqueurs, connus sous le nom de horographes, dont les ouvrages sont intitulés ^01 = anni, annales. Ils sont surtout précieux pour l'histoire particulière des villes et des Etats. Ainsi la ville de Lampsaque trouva son chroniqueur déjà dans Charon (p. 206) ; Samos dans Duris (m* siècle) ; Cjzique dans Néanihe (ii* siècle), etc. Athènes, de son côté, eut ses atthidographes, dont Philochore {f 261) est le plus important. De toute cette littérature spéciale, il ne nous est parvenu qu'une courte Chronique de Paras, s*éteudant de Cécrops à Tarchonte athénien Diognète (1572-264 avant J.-C) : c'était une de ces chronographies en forme d'inscriptions, qui, au témoignage de Polybe (V, 33), se fixaient aux murailles à Fusage du public. Un hasard nous a conservé la pierre originale, qui a été reproduite, entre autres, dans le Corpus inscriptionum Oraec. de Boeckh, (t. II, n* 2374).

Quant aux travaux d'ensemble des chronologistes alexandrins, depuis Eratosthènes, ils ont été signalés plus haut (p. 142).

Il a été déjà question des géographes alexandrins (p. 141). Mais il nous reste à signaler, sur la topographie spéciale de la Grèce, un ouvrage précieux aussi pour Thistoire : c*est Y Itinéraire de la Grèce, par Pausanias (ii* siècle) en dix livres, comprenant : Altique; — Corinthe; — Laconie; Messénie; — Elide (en 2 livres); — Achaïe; — Arcadie; — Béotie; . — Phocide.

Non moins utiles à Thistoire sont les auteurs d extraits, Elien (Historiae variae). Athénée {Deipnosophistae), auxquels nous devons les fragments conservés de bon nombre d'historiens perdus. Ces fragments ont été recueillis, classés et republiés, avec tous les autres, dans les collections soit spéciales soit générales des Fragmenta historicorum graecorum, où il est plus commode de les consulter aujourd'hui.

§ III. - Les travaux modernes.

LiTTERATURB : Hertzborg, Crriechenland. 1862 (dans VEncyclopédie de Ersch et Gruber), excellent résumé de tontes les recherches et les con troYerses modernes, avec indication très exacte de la littérature.

V* En Allemagne..

En matière d'histoire ancienne une nouvelle école a surgi en AUenoagne avec Frédéric-Auguste Wolf(f 1806), école dont les travaux critiques ont complètement démoli les histoires de la Grèce en vogue jusque-là. Le chef de cette école a ouvert la voie par ses enseignements plus encore que par ses écrits (sur Homère, p. 199). Des travaux de ses disciples, qui ont abordé toutes les branches des antiquités, nous ne citons que ceux qui ont pour objet l'histoire proprement dite.

On a déjà signalé les Histoires générales de l'antiquité par Heeren, par Niebuhr, par Duncker {p. 161).

Les meilleures histoires spéciales de la Grèce sont :

Mûller (Ottfried), Geschichten Hellenischer Stàmme und Siàdie : I Orchomenos und die Minyer. — I Die Dorier. {^ édition). Breslau, 1844.

Ce ne sont que des fragments d'une histoire des Etats grecs, qui a été interrompue par la mort prématurée de l'auteur, mort à 43 ans en Grèce (1840). Il se distingue par la profondeur de ses recherches, par la hardiesse de sa critique; mais il abuse de la théorie des races en histoire. Avec indications des sources.

Curtius (Ernst), Griechische Geschichte. Berlin, 1860.

3 vo). (plusieurs éditions et traductions).

Disciple du précédent, Tauteur a repris Tœuvre de son maître dans an cadre plus restreint : c'est un exposé brillant, destiné surtout au grand public. Sans indications des sources.

Busolt, Griechische Geschichte. Vol. I. Bis zu den Perserkriegen. Gotha, 1885.

D*un6 forme plus scientifique que le précédent, cet ouvrage, quand il sera achevé, sera surtout utile par Tindication soignée qu*on y trouve des sources et des monographies modernes.

Holm, Griechische Geschichle, Berlin, 1886. Vol. I (jusque 500 avant J.-C).

Cet ouvrage, dont il n*a paru qu'un vol., s*annonce comme devant réunir les avantages des deux précédents, la forme littéraire de Curtius et Vapparat scientifique de Busolt.

1/écoIe allemande a produit aussi les meilleurs travaux sur rhistoire de Tépoque macédonienne. Ce sont :

Droysen, Geschichte Alexanders des Grossen. Berlin, 1833. — Geschichte des Hellenismus; I Die Diadochen; — II Die Epigonen. Hambourg. 1843, 2 vol. (plusieurs éditions et traductions).

Flathe, Geschichte Macédoniens und der Beiche von Maced. Koenigen, etc. Leipsig, 1852, 2 vol.

2« En Angleterre :

L'histoire de la Grèce a été étudiée de tout temps avec faveur en Angleterre, en particulier l'histoire politique de ses libres institutions, qui y ont trouvé tour à tour des partisans ou des détracteurs : c'est ainsi qu'elles ont été prônées par l'historien whig, Gillies (1784), jugées sévèrement par le tory Mitford (1790), de nouveau réhabilitées par le whig Grote. Ce dernier lait époque dans la science, par son attitude nouvelle et indépendante vis à vis de l'école allemande, dont il a d'ailleurs utilisé les grands travaux. Ces derniers ont été mis également à profit par Thirvrall, qui a sa place parmi les bons auteurs modernes.

Thirwall, History of Greece. Londres, 1835-38, 8 vol.

Grote, A history of Greece. Londres, 1846-56, 12 vol. (plusieurs éditions et traductions).

Cest une histoire critique. De ce point de vue. l'auteur l'a partagée en deux sections : I, Legendary Oreece; — II, Historical Crreece. Dans la première, Tauteur accepte de Técole allemande les résultats négatifis seulement; mais il ne combat pas moins les hypothèses que les Allemands ont essayé de substituer à la légende. — Dans la seconde partie, Tauteur, appliquant sa critique rigoureuse aux historiens anciens, a introduit une foule de solutions nouvelles dans le détail de Thistoire. Mais en même temps il laisse percer ses préférences politiques, en particulier en essayant de réhabiliter la démagogie athénienne.

Grote a trouvé de nombreux contradicteurs, dans le nombre : Clinton (cité p. 184), Gladstone (Homericage, 1858) en Angleterre; Schoemann en Allemagne (Verfassungsgeschichte Athen's nach Grote. 1854).

3*» En France :

Pour l'histoire grecque, la France a produit plus de bonnes monographies que de grands travaux d'ensemble. A citer :

Duruy, Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusquà la mort d* Alexandre. Paris, 1851, 2 vol. (plusieurs éditions).

CONFÉRENCES

SUR

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