L'HISTOIRE ROMAINE
PREMIERE SECTION
Gréographie et ohroDOlogie.
§ I. — La géographie ancienne de l'Occident.
Littérature : outre les ouvrages cités p. 167, ^lebnhVyyortraege ueèer cUte Lànder und Voelkerkunde (publication posthume). Berlin, 1851. — Mùller (Ottfï^ied) Die Etrusker. Breslau, 1829, 2 vol. — Darbois de Jubainville, les premiers habitants de VEurope. Paris, 18T7. — Pour la topographie romaine, Piatner, Beschreibung der stadt Ram. Stuttgart, 1829-42, 6 vol.
L'Occident n*a commencé à être connu des géographes anciens qu'avec Tépoque romaine. Déjà sans doute, les Phéniciens avaient exploré le bassin occidental de la Méditerranée, où ils avaient des établissements. Les premiers, ils franchirent les colonnes d'Hercule, fondèrent Oadès sur l'Atlantique et nouèrent de là des relations avec les îles qu'ils appelèrent Cassitérides à cause de Tétain ()ca99irepoç) , quils allaient y chercher, fies que l'on a identifiées avec les côtes britanniques. Enfin le commerce qu ils fesaient de l'ambre jaune (électron)^ a fait penser qu'ils avaient déjà des relations avec les côtes de la Baltique, d'où provient cette substance, si estimée des anciens.
Après les Phéniciens, les Grecs aussi ont visité de loin en loin les contrées occidentales, qui étaient pour eux les Hespérides (contrées du soir, vesper). Ils eurent des colonies en Gaule (Marseille) et en Espagne (Sagunte). Au rv* siècle, un Grec de Marseille, Pythéas, explora les côtes de l'Atlantique et recueillit les premiers renseignements sur quelques peuples germains, les Teutons et les Goths, quil rencontra dans le voisinage de la Baltique. Enfin il découvrit Tîle de Thulé, qui passait pour l'extrémité de la terre (ultima Thule), et que les modernes ont identi fiée soit avec l'Islande soit avec le nord de la Norwège.
Mais ces explorations des Grecs et des Phéniciens ne firent qu'effleurer le littoral. Il était réservé aux Romains de pénétrer dans l'intérieur du continent, et de conquérir la plus grande partie de l'Europe occidentale, qu'ils ont organisée en provinces.
Division géographique de rOccident.
La géographie de l'Occident romain comprend les contrées suivantes :
l'^ lltalie, nom qui a désigné d'abord le territoire du petit peuple des Itales (en Calabre) ; puis la péninsule entière moins la Cisalpine, enfin avec celle-ci; sur la topographie, voir Cluverius, Ttalia antiqua. 1624 ;
2" les iles, Corse, Sardaigne, Sicile, qui géographiquement se rattachent à l'Italie, mais politiquement en demeurèrent toujours séparées; Cluverius, Sicilia, Sardinia et Corsica, 1624;
3^ l'Espagne romaine, qui comprenait la péninsule entière, connue des Grecs sous le nom à'Hespérie ou Sibérie ;
4® la Cfaule romaine, appelée aussi tra^isalpine (par opposition à la Cisalpine), et qui comprenait le continent européen entre l'Atlantique et le Rhin ; à consulter : Val-
kenaer, La géographie ancienne des Gaules. Paris, 1839; Desjardins, Géographie de la Gaule romaine; Paris, 1876, 4 vol.
5^ la Gbrmanie romaine, considérée habituellement comme une partie de la Gaule : c'était les contrées de la rive gauche du Rhin, qui, à Tarrivée des Romains, étaient déjà dans la possession des tribus germaniques, en emont du fleuve, entre le Rhin et les Vosges {Ger7nania 7), en aval, entre le Rhin et TArdenne [Germania II), Sur Tautre rive du fleuve commençait la Germanie barbare ou indépendante qui s'étendait alors jusqu'à la Vistule;
6^ les provinces des Alpes, que les Romains organisèrent entre les Alpes et le Danube : Rhétie, avec la Vindélicie; — Norique ; — Pannonie ;
7"^ la Bretagne romaine, qui ne comprenait qu'une portion de cette île, la portion méridionale, jusqu'aux frontières de la Oalédonie^ qui formait la Bretagne barbare : Rhys, Celtic Britain. Londres, 1882.
Du reste de l'Europe, occupé par les peuples slaves à Test et Scandinaves au nord, les Romains n'avaient qu'une connaissance très imparfaite. Par contre, il faut rattacher à la géographie ancienne de l'Occident,
8"^ l'Afrique romaine, qui comprenait l'Afrique occidentale au nord de l'Atlas depuis le territoire de Carthage d'un côté jusqu'à l'Atlantique de l'autre : Vivien de St-Martin, Le nord de t Afrique dans (antiquité. Paris, 1863.
Ethnographie de Tltalie.
A l'époque où l'Italie commence à paraître dans l'histoire, avant d'avoir passé sous la domination romaine, cette péninsule avait déjà été le théâtre de grandes commotions politiques. On y trouve, en effet, de nombreuses peuplades et tribus, indépendantes, hostiles les unes aux autres, n'ayant ni la môme langue, ni les mêmes mœurs
ou institutions. On y reconnaît des peuples mixtes, provenant du mélange d'autres peuples plus anciens. On y retrouve, enfin, les traces d'une première civilisation, qui a été complètement anéantie dans certaines parties de l'Italie; que, dans d'autres parties, les peuples conquérants se sont appropriée. Au milieu de ces ruines et de ces révolutions, il est difficile de retracer l'ethnographie exacte de l'Italie primitive. On ne peut faire que des conjeciures, fondées sur quelques rares indications ou sur les analogies historiques, que fournissent d'autres époques ou d'autres contrées.
En considérant la configuration de l'Europe méridionale, on y constate l'existence d une barrière naturelle, formée de trois cheiînes de montagnes, les Balkans {YHaemus des Anciens), les Alpes et les Pyrénées, qui séparent de l'Europe centrale les trois grandes péninsules baignées par la Méditerranée : la Grèce, l'Italie et l'Espagne.
La conformité des situations géographiques fait penser qu'il y avait aussi entre ces contrées une parenté ethnographique, une race primitive commune, qui, prenant la route de TAsie-Mineure, se serait répandue de proche en proche dans les îles et les presqu'îles de la Méditerranée. Voici les faits qui confirment cette hypothèse.
1"* Et d'abord, au milieu des races hétérogènes de ces contrées, les Anciens distinguaient un premier noj^au, une population indigène, qui présentait certaines analogies. En Grèce, on les appelait Pélasges (p. 173) ; en Italie, ils étaient appelés Aborigènes (ab origine), Prisci^ Casci ; et c'est au fond le même nom, qui signifie Anciens, et qui leur a été donné par opposition aux peuples nouveaux, venus depuis dans la contrée.
2* De part et d'autie, cette population a laissé des mo- DumeLts muets de son existence, ce sont les rentes d'une architecture grossière, mais puissante, des enceintes de pierre, des arces ou acropoles^ entre lesquelles il y a une similitude frappante, et que les Anciens considéraient comme Tœuvre commune de- Cyclopes (voir plus haut, p. 168).
3^ De plus la parenté des langues, qui est le premier critérium de lethnographie, est incontestable entre le grec d'une part, surtout dans ?es dialectes les plus anciens, et les langues italiques de Tautre, le latin^ Yosque, Yombrien.
4^ Les anciens eux-mêmes ont reconnu lexistence de populations pélasgiques en Italie, de même origine que les Pélasges de la Grèce. Il est vrai, ils ont supposé qu'il y eut à une époque reculée une migration de Pélasges, qui auraient quitté TArcadie sous un personnage fabuleux, Evandre, pour s'établir en Italie (Denys I, 2 ; Pausanias, Arcadiaj. Mais c est une interprétation habituelle des anciens de supposer des migrations d*un pays dans lautre, là où ils ont constaté des ressemblances de race ou mœurs. On peut rejeter (avec les modernes) cette migration fabuleuse d*Evandre sans ébranler pour cela le fait historique qui lui a donné naissance, et ce fait, c'est la parenté reconnue des premières populations de la Grèce et de l'Italie.
5^ Enfin la Bible, dans la généalogie des peuples, ramène à une origine commune les premiers habitants des îles (et des presqu'îles) de la Méditerranée ; ce sont les descendants de Javan, fils de Japhet, qui sont nommés Elisahy Dodanim, Chiltim, Tharsis. Nous avons retrouvé les noms de Javan (Ioniens), Elisah (Elide), Dodanim (Do* done) en Grèce ; le nom de Tharsis était donné par les Phéniciens au littoral de l'Espagne, avec lequel ils fesaient le commerce (les vaisseaux de Tharsis), et où l'on retrouve ce nom plus tard sous la forme de Tartésiens, Turdules et Turditains. Reste le nom de Chittim^ qui peut s'appliquer à l'Italie, la troisième des grandes presqu'îles de la Méditerranée. Ce nom se retrouve dans celui d'un fleuve Kéroç, qui fut plus tard appelé Silanus en Campanie (Aristote, de Mirabilibus) ; dans le nom d'une ville Kérta, l'une des plus anciennes du Latium (Den. Ual. VIII, 36), enfin dans le nom d'un peuple Kinoi, donné aux ancêtres des Latins (Eusèbe ; Chronic. Alexandr.).
A côté de ces peuples primitifs, indigènes, des peuples
nouveaux sont venus s'établir en Italie à la suite de migrations successives : ce sont les Ibères, les Etrusques, les Gaulois.
Trois questions sont à examiner au sujet de ces envahisseurs étrangers, à savoir : à quelle race ils appartenaient ; à quelle époque ils sont venus, et quels sont les peuples de ritalie qui en descendent.
A la première de ces questions, il n'est pas aisé de répondre, parce que nous en sommes réduits à faire des conjectures sur ces peuples de lantiquité qui n'ont laissé ni monuments écrits, ni littératures nationales, et dont le& langues ont péri. D'après leur distribution géographique, on est porté à admettre que ces peuples ont pénétré en Italie par les Alpes et par conséquent qu'ils proviennent des races établies dans l'Europe centrale. Ainsi on a rattaché les Ibères aux peuples celtiques (Amédée Thierry, Histoire des Gaulois ; Kortum, Roem, Geschichte), les Etrusques aux peuples germaniques (Goetling, Roem. Statsverfassung). Mais ce sont de pures hypothèses [abandonnées aujourd'hui]. Il n'y a que les Gaulois dont l'origine celtique soit parfaitement établie.
Quant à l'époque de ces invasions, sans pouvoir en préciser la date, on peut affirmer que celle des Ibères est la plus ancienne. En effet, les Ibères, à l'époque historique, ne forment plus une grande nation compacte; leur puissance est brisée; ils sont fractionnés en plusieurs tronçons, séparés les uns des autres par d'autres peuples.
Les Etrusques, avant d'arriver en Italie, habitaient la Rhéiie entre le Danube et les Alpes. Ils s'appelaient Rasènes dans leur langue, et ils ont laissé ce nom à la Rhétie. Après avoir franchi les Alpes, ils occupèrent toute la Cisalpine et la portion de l'Italie propre qui a conservé le nom d'Etrurie. Les Etrusques ont coupé en quelque sorte les Ibères, dont ils ont rejeté les uns à Test, les autre» à l'ouest. Ils sont donc venus en Italie après les Ibères. D'après leur tradition nationale, le chef des Etrusques,
Tarchum, fonda la ville de Tarquinii 290 aus avant la fondation de Rome, donc en 1044 avant J.-C. Ainsi l'invasion des Etrusques remonterait au xi® siècle avant notre ère.
Quant à l'invasion des Gaulois, elle appartient aux temps historiques; elle date du iv^ siècle avant notre ère. Mais déjà deux siècles auparavant, on signale la présence de quelques peuplades gauloises dans la Cisalpine. Des auteurs en ont conclu qu'il y eut deux invasions gauloises diflérentes, tandis que d'autres n'admettent que la dernière, celle du iv* siècle.
La troisième queî^tion à résoudre est de savoir quels sont les peuples de l'Italie qui proviennent de la souche pri/nilive, et quels sont ceux qui descendent des migrations postérieures.
Les anciens présentent une foule de contradictions à ce sujet. Ainsi les Ombriens sont considérés par les uns comme Aborigènes (Plin H. N. III, 15), tandis que d'autres {Gniphon, cité par Servius. Solin, Isidore) disent expressément qu'ils étaient Celtes. On ne peut résoudre cette contradiction qu'en admettant que les Ombriens étaient un peuple mixte, provenant du mélange des Ibères avec les Aborigènes.
De môme, pour l'Etrurie, il y avait dans l'antiquité deux traditions absolument contradictoires : les Grecs, qui appelaient les Etrusques Thyrsènes ou Thyrrènes, les font venir de l' Asie-Mineure et par la voie de mer (Her. I, 94). La tradition indigène, mentionnée, les fait venir de 1 1 Rbétie par les Alpes. Ici encore il y a lieu de distinguer entre les Eirtcsqtœs-Thyrsènes et les Birusques-Ra^ènes : les premiers formaient la population primitive, celle qui a donné son nom au pays (Tuscia), et qui vint de l'Asie- Mineure, avec les autres Pélasges. Les seconds sont les envahisseurs, qui n'ont pas extirpé les anciens habitants, mais qui les ont réduits à un état de dépendance, origintj de la classe des clients.
Le Latium, à son tour, ressentit le contre-coup de ces invasions répétées. Par sa situation géographique, le Latium, centre de Tltalie, se trouvait à l'intersection des trois races principales de la péninsule, entre les Aborigènes au midi, les Etrusques au nord, les Sabins à Test. De là, cette conclusion naturelle que la population du Latium est sortie du mélange de ces races. Aux Aborigènes, on rattache les Sicules^ représentés par la tradition comme les premiers habitants du Latium, antérieurs à Tinvasion des Opiques, qui les ont refoulés dans l'île de Sicile. L'arrivée des Sicules en Sicile est fixée par Thucydide (VI, 2) à trois siècles avant la colonisation grecque, qui commence dans cette île avec la fondation de Naxos, Tan 725 av. J.-C. Par conséquent Tévacuation du Latium par les Sicules était un fait accompli dès le xf siècle avant notre ère.
Sous ce nom d'Opiques, les Grecs comprenaient tous les peuples indigènes de Tltalie (par opposition aux Etrusques). Mais parmi ces peuples on distingue deux groupes, le groupe des peuples latins^ qui occupaient la plaine le long de la Méditerranée, et le groupe des peuples sabins ^ fixés dans les montagnes entre la chaîne des Apennins et TAdriatique. Le Latium est une plaine ouverte (campus latus)^ exposée aux convoitises et aux attaques des peuples voisins. Aussi les Sabins ne se sont pas toujours tenus dans leurs montagnes ; mais attirés par la fertilité et les richesses de la plaine, ils y firent de fréquentes invasions et y fondèrent plusieurs établissements.
Enfin les Etrusques, qui n'étaient plus séparés du Latium que par le Tibre, ne devaient pas manquer de franchir ce fleuve, et c'est ainsi que nous les retrouverons au début de l'histoire romaine quand il sera question des origines de Rome.
§ IL — Chronologie romaine.
Voir, dans la Partie générale, p. SO-87.
DEUXIEME SECTION
Sources et travaux modernes.
§ I. — Dbs sources de l'histoire de la. république