‹ Traité des études historiquesChapitre 21 sur 55 · ROMAINE · texte numérisé non relu

ROMAINE

Littérature : outre les histoires de la littérature romaine par Baehr (1828) et par Teuflfel (1868), Vossii, De historicis latinis (1627) ; — Niebuhr, Vortraegeueberrœmische Geschic?Ue ipSiSBim); — Lewis (Corn.), Enquiry into ihe crediHlity of the early roman history. Londres, 1855 ; — Schaefer (A.), Quellenkunde der griechischen und roemischen Geschichte. Leipsig, 1881 (la 2* partie) ; — de Closset, Essai sur Fhistoriographie des Romains jusqu'au siècle d'Auguste. Bruxelles, 1849.

Une controverse a surgi parmi les modernes sur les origines de Thistoriographie romaine : selon les uns, les poètes furent les premiers historiens; selon les autres, Rome eut dès Torigine une histoire officielle, des monuments historiques écrits. Les deux opinions ne sont pas inconciliables.

Il est reconnu que dès une haute antiquité certains magistrats furent chargés de tenir un registre des événements marquants; ce fut la fonction des pontifes, auxquels on doit les Annales maximi, qui contenaient les faits civils ou naturels les plus saillants, les éclipses, les prodiges, etc. Ces annotations remontaient fort haut (ab initio rerum romanaruniy dit Cicéron); elles cessèrent sous le pontife Mucius Scevola (l'an 123 avant J.-C), qui en ât un recueil en 80 livres. Avec ces annales pontificum^ on ne doit pas confondre leirs commentarii ^ qui étaient un recueil dn droit sacré et des décisions qui s'y rapportaient.

Les magistrats civils avaient également leurs registres {libri magistraluum, libri liniei), où était recueilli tout ce qui concernait leur administration. Mais tous ces docuffleots historiques ont disparu à la suite de la destruction de Rome par les Gaulois (ran 390 avant J -C.)- H nous en est parvenu un seul acte, mais dans sa dernière rédaction, ce sont les fasii consulares ou capitolini (parce que cette rédaction était exposée au capitole), qui remontent, avec des lacunes, jusqu^au commencement du consulat. On y trouve aussi des acia tritwipkorum^ mais moins complets. Les uns et les autres sont publiés dans le Corpus inscr. latin, au tome I de Tédition de TÀcadémie de Berlin.

A côté de ces monuments officiels, les anciens Romains avaient, comme les Grecs, des chants, carmina (de caneré)^ dont on cite diverses espèces, càrmina sacra^ convivalia^ ruslica ou ludicrUy etc. D'après Niebuhr, ces chants auraient été une des principales sources de l'histoire romaine; car on y chantait aussi les gestes des ancêtres (clarorum drorum laudes aique viriutes, Caton), et Niebuhr, s'appayant sur les analogies historiques, en fait de véritables épopées nationales.

C'est ainsi que Niebuhr explique les fables poétiques qui remplissent les premiers siècles de l'histoire romaine.

[Cette opinion a été fortement combattue depuis, en dernier lieu par Schwegler, Tîoem. Geschichte, t. I, qui a donné une explication différente et assez plausible de ces fables, qui sont, d'après lui, des mythes éliologiques].

En tout cas, il est à remarquer que ce sont deux poètes qui ont entrepris les premiers de raconter l'histoire romaine : l'un, Cn. Naevius (264 199 avant J.-C), prit pour sujet la première guerre punique [Bellum punicum)^ dont il était contemporain, mais en y faisant entrer la guerre de Troie et l'épisode de Didon, dont Virgile s'est inspiré. L'autre, Ennius (239-169 avant J.-C), a embrassé toute l'histoire romaine : c'était une véritable chronique en vers, intitulée A nnate5, qui remontait jusqu'aux origines troyennes et continuait jusqu'à son temps. Tite Live en a profité.

C*est la Grèce qui donna aux Romains Tidée véritable du genre historique ; et il ne faut pas s'étonner que les plus anciens historiens romains se soient même servis de la langue grecque, dans laquelle étaient écrits leurs modèles; ce sont : Fabius Pictor (vers 214), auteur A' Annales depuis les origines jusqu à son temps, la plus ancienne des histoires de Rome ; — Cincius AUmentus (vers 210) ; — Postumim Albinus (vers 151); — Acilius (vers 155).

Le premier qui écrivit lliistoire romaine en prose latine, est Caton f Ancien (234-149 avant J.-C), et c'est avec Caton que commence, à proprement parler, l'historiographie latine.

L'historiographie romaine de la république peut se partager en deux périodes : de Caton à Cicéron ; — de Cicéron à la mort d'Auguste.

Des nombreux auteurs d'annales ou de mémoires personnels, antérieurs à Cicéron, les ouvrages sont perdus, à part d'insignifiants fragments. Le meilleur recueil de ces restes est :

Historicorum romanorum reliquiae rec. Herm. Peter, vol. 1. Leipzig, 1870.

Critique : voir les Prolegomena de Peter, dans Tôdition ci-dessas. — Nitzscb, Die roemisrhe Armalistik bis auf Valerius AnHas. Berlin,

Sauf les guerres puniques, pour lesquelles nous avons encore l'historien grec Polybe (plus haut, p. 214), toute l'époque républicaine avant Cicéron ne nous est connue que par des historiens de seconde main.

Le premier historien dont nous possédions des ouvrages entiers, est Salloste (87-34 avant J.-C), contemporain de Cicéron. Il écrivit la Guerre de Juguriha (de 110 à 106 avant J -C); des Historiae, comprenant l'histoire de la première guerre civile (de 78 à 67), qui sont perdues ; et la Conjuration de Catilina (66-63 avant J.-C.^.

Salluste est un historien classique tant sous le rapport du fond que de Texpositiou et du style. Il poursuit un but moral : il considère Tamour de la gloire comme le mobile le plus puissant des actions humaines et flétrit Tégoïsme et les vices qu'il engendre; et ces sentiments, il veut les inspirer à ses contemporains par ses ouvrages.

Editions : Sallusiii operum reliquiœ^ éd. Fr. D. Gerlach. Bâle, 1823-31. 3 vol. in-4. — Sallusiii CatUina, Jugurtha^ Reliquiae recogn. H. Jordanus. Berlin, 1876.

Commentaires : en aHemand de Jacobs et Wirz. Berlin, 1878 (collection Weidmann); — en français, par Thomas. Mons, 1877; par Lallier. Paris, 1885.

Critique : Dreis, Sallustius als Geschichtschreiber. Itzehoe, 1845. — Mommsen (Th.), zur Sallustius^ 1866 (dans le Hermès de Berlin).

Le deuxième historien conservé, contemporain de Oicéron aossi« est Jules César (100-44 avant J.-C). Sa vie appartient i l'histoire générale. De ses nombreux écrits, il nous reste ses Commentarii :

l^ De hello gallico (58-50) , en sept livres , avec un VîIP livre, qui est de Hirtius ;

2** De bello civili (l'an 49-48) en trois livres ; dont on possède une continuation : Bellum Aleœaridrinum (par Hirtius), Bellum Africanum^ Hispaniense (par un anonyme).

Ce sont de vrais mémoires, écrits par un homme de génie. On y sent partout le général habitué à commander et à se voir respecté et obéi. Comme l'auteur ne raconte que ce qu'il a vu ou fait lui-même, il ne peut être question de recherches ou de critique. Mais ce n'est pas à dire que l'impartialité y soit toujours observée.

Editions : C Jidii Caesaris de bellis gall. et civ. cura Oudendorp. Leyde, 1737. — J. Caesaris commentarii cum supplementis, rec, Nipperdeius. Leipsig, 1847.

CoMifENTAiRES : en allemand par Kraner, Berlin, 1868 (collection Weidmann); — en français par Roersch (de Bello gallico). Liège, 1864.

CRinguB : Seck, De Caesaris flde. Bssen, 1860. -~ Cornelissen, De Caesaris fide historica, Leyde, 1864.

Le troisième des contemporains de Cicéron dont il nous reste des ouvrages historiques, est Cornelias Nepos (94-24 avant J.-C), Tun des plus anciens biographes de l'antiquité (plus haut, p. 216), mais dont une petite partie seulement s'est conservée : ce sont, pour l'histoire romaine, les vies de deux généraux étrangers (de ducibus exieris)^ Hamilcar et Hannibal, et de deux historiens latins (de latinis historicis)y Caton l'ancien et Atticus.

De l'époque d'Auguste, datent nos deux principaux historiens de la république : l'un latin, Tite-Lîve, l'autre grec^ Denys d'Halicarnasse.

Tite-Live (59 avant J.-C.-17 après), de Padoue, est Fauteur de la plus vaste histoire de la république romaine, comprenant à la fois et les annales du passé et l'histoire de son temps. Nous en possédons les parties suivantes :

LiYRKs 1-10, depuis la fondation de Rome jusqu'à la troisième guerre des Samnites (l'an 293 avant J.-C.) ;

Livres 10-20 (de 293 à 218) manquent ;

LrvRBs 21-45, depuis la deuxième guerre punique jusqu'à la bataille de Pydna (de 218 à 167);

Livres 46-76 (de Tan 167 à 88) manquent;

Livres 77-142, depuis le commencement des guerres civiles jusqu'à la mort de Drusus (de l'an 48 à 9 avant J.-C»), les Historiae dans le sens littéraire du mot, qui embrassaient la période contemporaine de l'auteur, sont également perdus.

Il résulte de là que nous possédons à peine le quart de l'œuvre de Tite Live, et encore ce quart appartient à la première partie de son ouvrage, celle où il fait l'histoire de seconde main. Nous ne pouvons donc apprécier sa valeur comme historien original des guerres civiles de son temps. Nous en sommes réduits au témoignage des anciens, d'après lequel Tite Live y fesait preuve d'une grande indépendance d'esprit, en se déclarant, sous le règne d'Auguste, chaud partisan de Pompée.

Tite Live raconte les premiers temps de Rome d'après ses prédécesseurs, que nous ne possédons plus, Claudius Qua-

drigarius, Valerius Antias, Licinius Macer, ^lius Tuberon. Dans sa troisième décade, il puise daus Poljbe, avec lequel il est intéressant de le comparer. Daus toute cette partie, Tite Live manque de recherches et de critique; c'est ainsi qu il reproduit toutes les fables des premiers siècles de Rome. Quant à Timpartialité, Tite Live n est pas moins en défaut : il est, à la fois, Romain et républicain; il prend toujours parti pour la plèbe contre le patriciat ; dans les guerres extérieures, le bon droit et la victoire sont à ses jeux toujours du côté des Romains. Cette puissante république romaine, dont il raconte les origines et les développements, est son idéal politique. La bravoure et la vertu, la prudence et Tesprit religie ix d'un peuple qui honore les dieux et que les dieux favorisent, voilà, d'après lui, ce qui a fait la grandeur de TEtat romain. Son style est oratoire, pur, quelquefois prolixe. Les harangues, sans doute, sont inséparables d*un gouvernement républicain ; mais celles qu'il insère dans son ouvrage, sont fictives.

EorriONS : T. Livii historiarum libri éd. Drakenborch. Leyde, 1738, 7 vol. in-4. — Ed. Madvig et Ussing. Copenhague, 1861, 4 vol. — T. Livii ab V. C. libri éd. Hertz. Leipsig, 1864, 4 vol.

GoMBfBMTAiRES : en latin dans Téditiou de Drakenborch; — en allemand par Weissenborn. Berlin, 1868, 10 vol. (collection Weidmann).

C&iTiQUB : LachmaQD, De fontibus 7. Limi. Goettingue, 1821. — Nissen, Quellen der 4 und S Dekade des Livius. Berlin, 1863. — Peter (G.), Idvlus und Polybitts. Halle, 1863. — Kieserling, De scriptotnbtis quibus T. Livius îisus est. Berlin, 1858. — Unger, Die roem. Quellen des L, (4 und S Dekade). Qoettingue, 1878.

Tite Live doit être sans cesse confronté avec Thistorien grec Denys d^Halicarnasse , qui écrivit en 20 livres une Archéologie romaine^ depuis les temps les plus reculés jusqu'à la 1** guerre punique. Nous en possédons les XI premiers livres (le 11°** incomplet), qui s'arrêtent à l'institution de la censure (lan 443 av. J.-C). Contemporain de Tite- Live, Denjs avait les mêmes sources à sa disposition ; mais

il les utilise d'une façon différente et arrive à d*autres con»' dusions.

Texte : Dionysi Hal. antiquiiaium romanorum quae supersunt^ rec. Kiessling. Leipzig, 1860-70, 4 vol.

Orhique : Kiessling, De Dion, H. audoribus latinis. Leipsig, 1858. -* Peter (K.) Zur kritik der Quellen roem. Gesch. Haile^ 1879.

Les histoires de la république romaine dont il nous reste à parler, datent de l'époque impériale et sont par conséquent des ouvrages de seconde main. On peut les partager en trois classes : les abréviateurs ; les atUeurs dextraiis et les compilateurs grecs. Nous les énumérerons rapidement.

Les abréviateurs sont :

Vellejtts Paterculus (30 après J.-C), dont les deux livres di Histoire romaine vont jusqu'à son temps. L'auteur loue les temps passés; mais écrivant sous Tibère, il est rempli de réticences quant à son temps ; bon jugement, mais rhéteur dans la forme.

JuliiÂS Florus (il* siècle) résume, d'après Tite Live, les guerres romaines (Historia bellorum) jusqu'en l'an 20 av. J.-C; c'est moins une histoire qu'un panégyrique des Romains.

Oranius [Adniamts (lii® siècle), auteur d'Anna/e^, dont un fragment a été retrouvé naguère (en 1853).

Au IV* siècle appartiennent les sommaires (periochae) de Tite-Live ; le De viris illttstribits urbis Romae ; le brevia^ rium d'Eutrope et celui de Festus.

Les auteurs d'extraits sont :

Valère Maxime (du i*' siècle), auteur des Dicta et facta memorabilia en 9 livres, extraits de Salluste, T. Live, etc., ouvrage plus moral qu'historique, à la louange des ancêtres, de leur loyauté, de leur justice, etc.

AtdU'Oelle (du ii® siècle), dont les Noctes atticae^ en 20 livres, nous ont conservé des fragments précieux d'auteurs perdus ;

Julius Obsequens (du rv* siècle?), qui a extrait de T. Live son Prodigiorum liber.

Plus importants pour l'histoire de la république sont les eompilateurs greos :

Plutarque, dont il a été déjà question (plus haut, p. 216), et auquel nous devons les biographies romaines suivantes : Romulus, Numa^ — Poplicola^ Coriolan^ Camille, Fabius Maximus^ Marcellus^ Mamininics, Caton Cancien^ Patd EmUe^ les detix Gracques^ — Marins, Sulla, Sertorius, Luctdlus, Crassus, Pompée, César, Cicéron, Caton dC JJtique , Brutus, Antoine.

Editions ; commentaires p. 217.

Critique : Klapp, De vitarum Plutarchi auctoribus romanis. Bonn, 1862. — Peter (H.), Die Quellen PI. in den Biographien der Roemer. Halle, 1865. — Les monographies de Hobohm (Camille), 1885; Keller (Caesar)^ 1873; Smit Libinga (Cicéron)^ 1863; Wichmann (Brutus et Antoine), 1874, etc.

Appten (du ii* siècle), d*Alexandrie, auteur d'une histoire romaine en 24 livres, dont il nous reste :

Livres VI- VIII, comprenant les guerres puniques.

Livres IX, guerre de Macédoine.

Livres XI-XII les guerres d'Asie.

Livres XIII-XVII les guerres civiles jusqu'à la mort de Sextius Pompée (l'an 35 av. J.-C).

Texte : Appiani romanae historiae, éd. Schweighaeuser (avec traduction latine). Leipsig, 1785 ; — Appiani Historia romana, éd. Mendelssohn. Leipsig, 1880, 2 vol.

Crttiqub : Wynne, De fide et auctoritate Appiani. Oroningne, 1855. — Hannack, Appianvis und seine Quellen. Vienne, 1869. — Arnold, De fontihus Appiani. Koenigsberg, 1882.

Dion Cassitis (155-235), de Nicée, après avoir occupé les hautes charges de sénateur, préfet, consul, écrivit une histoire romaine, comprenant à la fois la république et

Tempire jusqu'à son temps. Les livres consacrés à Thistoire de la république sont :

Livres 1-35 sont perdus.

Livres 36 56, qui comprennent Tépoque des guerres civiles et le règne d'Auguste (68 av. J.-C. — 14 ap. J.-C.) sont conservés, les deux derniers avec des lacunes.

Editions : Dionis C. Historia^ éd. Sturz (avec traduction latine). Leipsig, 1824-43, 9 vol. — Dionis C, Historia romana^ cura Lad. Dindorf. Leipsig, 1863-65, 5 vol.

CarnQUB : Wilmans, De 2>. C. fontibus. Berlin. 1835. — Grasshof, De fontibus et auct P. Cassii. Bonn, 18d7. — Heimbach, Quid CasHus (49-47) e Livio desumpserit. Boon, 1S78.

§ II. — Dbs sources db l'histoirb db l'bmpirb romain.

Littérature : Egger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du régne d^ Auguste. Paris, 1844, in-8.

Avec ravènement des Césars, Thistoriographie romaine preud un caractère tout nouveau. Dans une monarchie absolue, tous les événements dépendent plus ou moins de la personne du monarque, de sa famille, de sa cour, de ses fiivoris. L'histoire se transforme en biographie de quelques hommes qui tiennent en main les destinées du peuple. Ainsi Dous voyons paraître sous Tempire un plus grand nombre de biographes à côté des annalistes ou historiens proprement dits; et même chez ceux ci, les faits personnels dominent.

1^ Historiens latins :

Nous rencontrons tout d'abord le plus grand des historiens romains. Tacite (do 54 à 117 ap. J.-C), dont nous possédons les ouvrages historiques suivants :

r Annalbs : LITRES I-VI, depuis la mort d'Auguste (Ab exeessu divi Augusli) jusqu'à celle de Tibère (14-37 ap^ J.-C).

Livras VII- X, règne de Caligula, sont perdus.

Livres XI-XVI, depuis Claude jusqu'à Néron (47-66), mais avec une lacune à la fin (66-68).

2* HiSTORTAB : uvRES I-V (en partie) qui comprennent l'histoire contemporaine (d'où leur titre diflFérent), à savoir depuis l'avènement de Vespasien (années 69-70).

Livres VI-XIV, jusqu'à la mort de Domitien (de 70 à 96) sont perdus.

3* La vie d'Agricola (f en 93), qui rentre dans la classe des biographies.

4^ La Germanie, qui se rattache à la géographie.

Tacite est le modèle des historiens par sa critique, par par sa méthode, par son impartialité. « Sine ira et studio », est sa devise. Cependant cela ne l'empêche pas de se passionner pour la vérité et la justice, de flétrir les vices et la corruption de son temps. De là une certaine mélancolie qui règne dans ses écrits. Pénétré de la grandeur de Rome d'autrefois, il est profondément afiecté de la corruption de ses contemporains et voudrait raviver chez eux Famour de la vertu. Il a donc une tendance morale, saus sacrifier pour cela la vérité historique. La Germanie de Tacite respire paiement une impartialité rare chez les Romains, quand il s'agit d'un peuple étranger. De plus les études si approfondies que Ion a faites de notre temps sur les mœurs et les institutions germaniques, ont démontré la parfaite exactitude de Tacite. Quant à son style, il est grave et digne de l'histoire, trop poétique, obscur parfois ; il se ressent en cela de la décadence littéraire qui avait commencé dès lors, et dont lui-même se plaint dans un autre de ses ouvrages {De oratoribus).

Editions : Taciti opéra quae exstant rec. ab. I. Bekker. Berlin, 1831, 2 vol. — Ed. Baiter et Orelli. Zurich, 1848. — Ed. Fr. Ritter. Cambridge, 1848, 4 vol. — Rec. C. Halm. Leipsig, 1869.

Commentaires : en latin par Juste Lipse, Anvers 1668, par Fr. Ritter. Bonn 1834-36 ; — en allemand par Nipperdey, Berlin, 1871 (collection Weidmann) ; par Otto (Annales). Mayence, 1854 ; par Heraeus {Historiae) et Draeger (Annales). Leipsig, 1864 ; — en fï*ançais par Jacobs (Annales). Paris, 1875-80 (Editions Hachette); par Oantrelle (Annales, Agricola, Germania) et Wagener (Historiae). Gand, 1875-80. — Commentaires historiques sur la Germanie : TacittAS Germania nebersetzt und erlauetert von Gerlach. Bâle, 1837; erlauetert von Baumstark. Leipsig, 1875; Holtzmann« Germanische AUerthtœmer. Leipsig, 1873 ; Geflfpoy, Rome et les barbares : étude sur la Germanie de Tacite, Paris, 1874.

duTiQUE : Timpartialitô de Tacite a été mise en question par Stahr (dans son : Tiberius. Berlin, 1863), par Schiller (dans son : Nero. Berlin, 1873); sur cette discussion voyez Pasch, sur hritih der Cresch. des K. Tiberius. Altenbourg, 1866; Karsten, de Taciti fide in Annalium libris. Utrecht,

1868; Pfitzner, Die Annalen kritUch beleuchtet. Halle, 1869; Freitag, Tiberius und Tacitus. Berlin, 1870 et VirUroduction aux Commentaires de Nipperdey.

Après Tacite, l'art historique commence à dégénérer : il se ressent chez les uns de Tadulation, qui corrompt la sincérité de Técrivain; chez les autres de la déclamation, qui affecte la forme, le style. De cette époque date le petit traité de Lucien (du ii* siècle) : Comment il fard écrire thistoirSy signalant les défauts de ces historiens, mais sans les corriger.

Tacite trouva, non pas un égal, mais du moins, un continuateur méritant dans Ammien Haroellin (du ly"" siècle), né à Antioche, qui prit une part importante aux campagnes de l'empereur Julien. Son ouvrage porte le titre de : Rerum gesiarum libri XXXI.

Livres I-XIV,qui reprenaient l'histoire romaine à l'avènement de Nerva (de 96 à 353) sont perdus.

Livres XIV-XXXI, qui nous sont parvenus, comprennent une période de vingt-cinq ans (353-378).

Editions : Jmmiani Marcellini rerum gestarum libri edd. Valesii. Paris. 1681. — Ed. Wagner. Leipsig, 1808. — Ed. Gardthausen. Leipsig, 1874.

Critique : Sudhaus. Zosimi et Ammiani de belle cum Persis relationes, Bonn, 1870. — Micbael, Die verlorenen Buecher des Ammiantis, Breslaa, 1880.

Il ne reste que des fragments d*un annaliste anonyme postérieur à Marcellin et découvert par les Valois (Anonymus Valesii dans les éditions d*Ammien).

Les principaux biographes latins de Fempire sont : Suétone (du ii* siècle), dont il nous reste : De vita Caeiarum libri FUI (de 84 av. J.-C.-Qô après).

LiVRRS I : Jultus; II : Augustus; III : Tiberius; IV : C. Caesar; V : Claudius; VI : Net^o; VII : Galba, Otho, ViieUius ; VIII : Vespasianus, Titus ^ Domitianus.

Suétone est encore un historien de mérite ; mais il a une tendance à amuser le lecteur par des traits piquants et des anecdotes.

Editions : Suetonii Tranquilli vitae, éd. Oudendorp. Leyde, 1751. — Suetonii quae supersunt omnia^ rec. Roth. Leipsig, 1858.

Critique : Schweiger, De fontilms et attctoritate vitarum Suetonii. Gôttingue, 1830.

Le continuateur de Suétone, Marins Maximiis est perdu : Ses vies des empereurs s'étendaient de Nerva à Héliogabal (96-222). Il a servi comme source aux auteurs suivants.

On possède, sous le nom de Scriptores historiae Augustae^ une collection de biographies impériales écrites à diverses époques par des auteurs diflFérents.

Cette collection s*étend depuis Adrien jttsquà Numérien (117-284) mais avec quelques lacunes (entre autres les années 244-253).

Editions : Scriptores historiae Augustae, éd. Jordan et Eyssenhardt. Berlin, 1864. — Ed. H. Peter. Leipsig, 1865.

CKFnQUB : Peter (H.), Bistoria critica scripiorum H, A. Leipsig, 1865. — Buedinger, Untersiichungen zur roem, Kaisergesckichte, 1868, 3 vol.

Du biographe Aurelius Victor (iv* siècle), nous ne possédons plus l'original, mais deux abrégés, dont Tun porte le titre de Historiae àbbreviatae^ Tautre, Fpitome. Le premier s étend depuis la fin d'Auguste jusqu'à Julien (14-360 ap. J.-C). Le second a été continuéjusqu à Théodose (l'an 395).

Le genre historique, dégénérant de plus en plus, finit par être supplanté par le panégyrique, dernier produit de la déclamation et de Tadulation réunies. Dans ce genre brillent JEumèney les deux Mamertius, Drepanius, etc. On est cependant obligé de les consulter là où les autres soarces^ nous font défaut.

Edition : Panegyrici latini XII, rec. Baehrens. Leipsig,

2^ Historiens grecs.

En fait de biographies^ nous ne possédons du grand ouvrage de Plutarque, qui allait d'Auguste à Vitellius, que deux : celles de Galba et diOthon.

Critiqub : MommsaD, Cornélius Tacittis und Cluvius Rufus, 1869. (Dans le Hermès de Berlin). La thô8e de Mommsen sur la relation entre Plutarque et Tacite est combattue par d'autres critiques. Cf. Teuffel. Soem. Litt. n. 337; Nipperdey, Introd, à son Tacite.

Du grand ouvrage de Dion Cassius (plus haut, p. 237), nous connaissons la première partie, celle qui comprend l'histoire de la république. De la seconde partie, nous possédons :

Livres 57-60, comprenant l'histoire de l'empire depuis la mort d'Auguste (14-47 après J.-C).

Livres 61-80, perdus, contenant la suite de l'empire depuis la mort de Claude (54-229).

Mais nous en possédons un abrégé par Xiphilin, un auteur byzantin du xi® siècle, et Dion est également contenu dans la grande compilation (livres 10-12) d'un autre byzantin, Zonara^ (du xii* siècle).

Non moins important est Herodien (ii* siècle), dont les VIII livres d'histoires s'étendent de Tavènement de C!ommode à Maximin (180-238).

Editions : Herodiani hint. éd. Scheidius (avec traduction latine). Strasbourg, 1662. — Ed. J. Bekker. Leipsig, 1855.

CRmguE : Buedinger, TJntersuchungen zur Kaiser-gesch. Leipsig, 1868-70.

Les derniers historiens grecs marquants de l'époque romaine furent suscités par la réaction du paganisme, qui éclata sous l'empereur Julien au iv* siècle : ce sont Eunape (iv* siècle), qui traita l'histoire romaine de 270 à 404; — Olympio-

dore (v* siècle) qui fit l'histoire de son temps de 409 à 425 ; — Zocôme (y^ siècle), qui compila les auteurs précédents et dont l'ouvrage nous est parvenu en grande partie (jusqu'en 410) : c'est un tableau de la décadence de l'empire romain.

Editions : Zosimi historia romana, ex rec. I. BeKker. Bonn, 1837. — éd. Mendelsohn. Leipsig, 1888.

3<* Historiens chrétiens.

La conversion de Constantin suscita un genre historique nouveau ; c'est l'historiographie chrétienne qui commence avec Easèbe de Césarée (210-340) : on lui doit une chronographie (voir plus haut, p. 142), qui est demeurée le type des productions de ce genre durant tout le moyen âge ; et la première Histoire ecclésiastique^ qui eut aussi un grand nombre de continuateurs.

On trouvera l'indication très complète de ces derniers dans le P. De Smedt, Introductio generatis ad historiam ecclest critice tractandam. Gand, 1878.

Pour les auteurs chrétiens latins, une nouvelle édition critique d'après les mss. coUationnés par les philologues les plus estimés se publie, sous la direction de l'Académie impériale de Vienne, avec le titre :

Corpus scriptorum eccl. latinorum. Vienne (depuis 1866), 16 volumes ont paru.

4*^ Inscriptions :

Il ne reste qu'un petit nombre d'inscriptions latines de l'époque républicaine. Les plus importantes (les fa^ti capitolini, celle de la columna rostrata de Duilius) ont été refaites dans les premières années de l'empire. Le recueil de ces Inscr. forme le premier volume du Corpus Inscr, latinarum de l'Académie de Berlin. La plus grande partie des inscriptions latines appartiennent à l'empire et elles sont à partir de ce moment une source précieuse, également utile pour contrôler les historiens, pour les corriger ou les com-

pléter. Toutes les provinces de TOccident fournissent leur contingent.

Les provinces de l'Orient, de leur côté, fournissent pour la même époque une abondante moisson d'inscriptions grecques.

Enfin, avec l'empire, commence la série des inscriptions chrétiennes.

Recueil des Inscriptions latines :

Corpus Inscriptionum latinarum, voL II : Inscr. Uispaniae. — Vol. III : Inscr. latinae provinc. Orientis. — Vol. IV : Inscr. Pompeianae etc. — Vol. V : Inscr. Galliae Cisalpinae. — Vol. VI : Inscr. urbis Romae. — Vol. VII : Inscr. Britannicae. — Vol. VIII ; Inscr. Africae. Berlin, 1863-80.

Inscriptions aRECQUES : Inscr. Atticae aetatis romanae^ éd. Dittenberger. Berlin, 1878 (3* partie du Corpus I. A.).

Les autres sont disséminées dans le recueil général de Boeckh, Corpus Inscr. Graecarum^ vol. I-IV, dont le classement est, non chronologique, mais géographique.

Inscriptions chrétiennes : Inscriptiones christianae urbis Romae vu Saec. antiquiores, éd. de Rossi. Rome, 1857-87, 2 vol. — Inscriptiones Hispanicae christianae, coll. Hûbner. Berlin, 187) . — Insc. Britanniae christianae. coll. Hûbner. Berlin, 1876. — Inscriptions chrétiennes de la Gaule par le Blant. Paris, 1857-65, 2 vol. — Le vol. IV du Corpus de Boeckh comprend également les inscriptions chrétiennes en grec.

ÎO

§ III - Les travaux modernes.

\^ Histoires de la république.

Une nouvelle ère dans la science a commencé pour l'histoire romaine avec Niebuhr, dont les profondes recherches ont surtout porté sur les premiers siècles de la république. Tous les travaux sur cette époque antérieurs à Niebuhr sont surannés. Nous ne citerons par conséquent ici que là littérature qui date de cet auteur.

Niebuhr, Roemische Geschichie (l"^ édition, 1811) : vol. l (1827). vol. II (1830), vol. III (posthume, 1832). Plusieurs éditions et traductions.

L*ouvrago capital de Niebuhr est incomplet II s^arréte à la guerre d'Hannibal. Mais c'est dans la divination des temps primitifs et légendaires que réside sa grande originalité. Certes c'est de Vhistofre conjecturale, et plusieurs de ces conjectures ont été renversées depuis. Niebuhr n'en a pas moins deux mérites durables, le premier d'avoir définitivement fait justice des fkbles qui défiguraient l'histoire de cette époque, et dont on doutait d'ailleurs déjà (en dernier lieu, Beaufort, Dissertation sur VincertUude des cinq premiers siècles de VfUstoirt romaine. 173S). Le second de ses mérites, c'est d'avoir substitué^ aax narrations romanesques de Tite Live, l'histoire positive des institution:» romaines, dont le développement progressif forme un spectacle bien autrement intéressant pour Fhomme politique ou le penseur. Quant à la torme, c'est une œuvre savante qui suppose déjà la connaissance des textes étudiés et discutés par l'auteur ; la lecture en est laborieuse ; elle n'est pas écrite pour le grand public A Niebuhr, il faut comparer ses critiques, la première de Guill. Schlegel (1816), au vol XII de ses Œuvres complètes ; les autres résumées par Schwegler (cité plus bas) ; enfin les roemische Forschungen de Mommsen (/&.).

Kortum, Roemische Geschichte^ bis zum Untergang des abendl. Reichs. Heidelberg, 1843.

(}et ouvrage, qui rentre dans la classe des abrégés, est à signaler comme la première histoire romaine complète mise en rapport avec les travaux de Niebuhr. Il se distingue de celui-ci par une tendance plus conservatrice en matières de traditions historiques.

Schwegler, Eoemische Geschichte. Tubingue, 1852-1858, 3 vol.

L'ouvrage s'arrête aux kns liciniennes (366). C'est uoe histoire critique, dûcatant à la fois les sources et tous les travaux modernes depuis Niebuhr. — Il a été continué dans le même genre, mais non avec le même succèSi par Clason, Roem. Qeschichte^ als Fortseizung von Schtoeglei- (de 389 à 328). Halle, 1876.

Drumann, Geschichte Roms in seinem Uebergang etc. oder Pompe j us j Caenar^ Cicero imd ihre Zeitgeriossen. Koeuîgsberg. 1834-44, 6 vol.

C'est un recueil de biographies, groupées par génies romaines, avec citation détaillée des sources, ouvrage capital pour le dernier siècle de la république.

Mommsen (Th.), Roemische Geschichte. Berlin, 1854, 3 vol. (Plusieurs éditions et traductions). — Roemische Forschvngen. Berlin, 1864-1879. 2 parties.

Cet ouvrage, destiné au grand public et sans indication d'auteurs, n'en est pas moins fondé sur les sources et sur les derniers travaux mo- «lernes, auxquels l'auteur a pris lui-même une part considérable. Il faut chercher la justification des vues nouvelles de Fauteur dans ses Roem, Forschungen^ ainsi que dans les XVI volumes du Hermès de Berlin (1866-1881), publiés avec sa collaboration. L'ouvrage s'arrête à la bataille de Thapsus (l'an 45 avant J.-C).

Fischer, Roemische Zeittafeln bis auf AugiLstiis* Tod, .\ltona, 1846.

Ouvrage indispensable pour la chronologie, avec citation textuelle 4le tous les passsages d'auteurs anciens s'y rapportant.

Michelet, Histoire romaine : République. Paris, 1831. 2 vol. — Arnold (Thomas), Hisiory of Rome to the reign of Augustus. Londres, 1848, 5 vol.

Le seul mérite de ces auteurs est d avoir été les premiers à faire connaître, l'un en France, l'autre en Angleterre, les travaux de l'école de Niebuhr.

29 Histoires de lempire romain :

Les travaux de la science française ont porté de préférence sur l'histoire de l'empire romain, qui a été étudiée en particulier dans ses rapports avec le christianisme naissant. Les fondements de ces travaux datent des grands érudits du XVII® siècle.

de Tillemont (Lenain de). Histoire des empereurs et den autres princes qui ont régné durant les six premiers sièdes. Paris, 1691. 6 vol.

C'est un ouvrage classique, qui a servi de base à tous les autres. Tous les textes anciens y sont recueillis^ classés et ordinairement traduits littéralement ; aussi a-t-il presque Tautorité d'une source. Cet ouvrage complète les Mémoires pour servir à V histoire eccL du mémo auteur.

Gibbon, History of the décline and fall of the Roman empire. Londres, 1776-88 (nombreuses éditions et traductions).

Ouvrage classique aussi, mais par la forme seulement ; Tesprit est anti-chrétien. La plus grande partie traite du moyen-âge, que l'auteur continue jusqu'à la chute de Constantinople. Il ne comprend que les trois derniers siècles de l'empire d'Occident, après Marc-Aurèle (l'an 180). L'auteur s'est servi constamment des grands travaux français, mais en y igoutant l'éclat de son style coloré et brillant.

de Champagny, Les Césars. Paris, 1841, 4 vol. — Rome et la Judée. 1858. — Les Anionins. 1863, 3 vol. — Les Césars du m® siècle. 1870, 3 vol. (plusieurs éditions).

Cet ouvrage est le contre-j)ied du précédent, auquel il ressemble d'ailleurs par le style pittoresque et par l'esprit de système. L'auteur oppose avec succès aux vices du paganisme le tableau des vertus du christianisme; mais il exagère l'influence de celui-ci sur Tordre politique.

de Broglie (A.), V Eglise et l'Empire romain au rv* siècle. Paris, 1856-60, 6 vol.

L'auteur joint à des recherches sur les sources une forme classique; il n'est pas systématique comme le précédent.

Thierry (Amédée), Récits de l'histoire romaine au y^ siè-

cle. Paris, 1860. — Histoire (ï Attila et de ses successeurs. Paris, 1865.

Cet ouvrage complote les précédents par le tableau de la chute de l'empire romain, tracé avec plus de style que de critique.

Merivale, History of the Romans under the Empire, Londres, 1860-1862, 7 vol.

L'auteur s'arrête à Marc-Aurôle (l'an 180), où commence Thistoire de Gibbon, auquel il veut servir de complément. Il joint au mérite de la forme un esprit moins prévenu que Gibbon.

Clinton, Fasti romani^ from the death of Augustus. Oxford, 1845.

CTest une chronologie de l'empire jusqu'à Héraclius (Fan 578), fondée sur les sources, citées textuellement. L'auteur en a donné aussi un Epitome, Oxford, 1853.

Schiller, Geschichte der rômischen Kaiserzeit, 2 vol. Gotha, 1880-1885.

L'auteur s'arrête à la mort de Théodose (l'an 359). C'est une histoire critique, avec indication exacte des sources et des travaux modernes, dont il résume les derniers résultats.

3^ Histoires générales :

Nous comprenons sous ce titre les ouvrages d'ensemble, dans lesquels la république et Templre sont réunis.

Niebuhr, Vortraege ueber roemische Oeschichte (publication posthume). Berlin, 1846. 3 vol.

Cest un tableau complet de l'histoire romaine, dont le grand ouvrage de Tauteur ne comprend que les premiers siècles. Sortie de l'enseignement oral du professeur, cette histoire est moins travaillée, mais plus claire et plus vivante que l'autre. La forme de leçons excluait l'indication détaillée des textes anciens. Mais, par contre, l'auteur donne une vue d'ensemble des sources, en même temps que des événements.

Ampère, L'histoire romaine à Rome. Paris, 1862, 4 vol.

Tableaux historiques tracés d'après l'archéologie romaine, dont l'auteur expose les découvertes avec plus d'esprit que de critique.

DuFuj^ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés. Paris, 1843-85, 7 vol. (plusieurs éditions).

C*eet «ne œuvre considérable par le travail et classique par la forme, meilleure toutefois pour Tempire romain, qui ne comprend pas moins de 5 volumes (jusqu'à la mort de Théodose) ; avec indication détaillée des soQPoes.

TROISIEME SECTION

Recherches sur des points controversés de Thistoire

romaine.

§ I. — Des origines romaines.

Des origines trojennes de Rome.

La légende troyenne^ chantée par Virgile dans son Enéide, est également rapportée par les historiens les plus sérieux de Rome, par THte Live (I, 1), par Denys (tHalicamasse (I, 72), ainsi que dans les fragments de CaUm T ancien y de Varron^ etc. En voici le résumé.

Après la destruction de Troie, Enée émigré sur Tordre d'un oracle, celui de Dodone, et après une navigation de quatre ou même de sept années, il aborde sur les côtes du Latium. A la réalisation d'une prophétie de l'oracle, il reconnaît le pays où il doit se fixer, et il y bâtit une ville. Les dieux lui firent alors connaître qu'après trente ans, ses descendants bâtiraient une autre ville, qui deviendrait la capitale d'un grand royaume. Latiniis^ fils de Turnus, le roi des Aborigènes qui habitaient ce pays, marcha contre les Troyens; mais n'osant les attaquer, il conclut un traité d'amitié avec Enée et lui donna sa fille Lavinia en mariage. La nouvelle ville reçut dès lors le nom de Lavinium.

Enée et Latinus marchèrent contre Turnus Herdonius, roi des Rutules, à qui Lavinia avait été promise. Dans la bataille, Latinus périt, et Enée devint roi unique des Troyens et des Aborigènes fusionnés. Mais, pendant une seconde bataille dans laquelle les Troyens restent de nouveau vainqueurs, Enée disparait ; le peuple crut qu'il avait été appelé parmi les dieux. Après la mort d'Enée, son fils Âscagne devint roi de Lavinium et repoussa uue attaque des Rutules et des Etrusques contre Lavinium. Trente ans après la fondation de cette ville, Ascagne, pour accomplir la volonté des dieux^ fonda la ville d'Alba longa.

Après la mort d'Ascagne, Silmus, qui d'après les uns était son fils, d'après d'autres son demi frère, lui succéda comme roi d'Albe, et se maintint contre Julus. fils d'Ascagne. II devint le fondateur de la dynastie royale d'Albe, la geiis Silvia. Douze rois se succédèrent sur le trône d'Albe jusqu'au règne de Numitor et d'AmuUus, sous lesquels Rome fut bâtie.

Voilà la tradition ou fable relative à la colonie troyenne dans le Latium.

Examinons en le contenu :

1 * Elle renferme un grand nombre de faits mythologiques ;

2" Elle contient un récit détaillé de faits qui ne pouvaient être connus des historiens qui les recueillirent sept siècles plus tard. Ces détails ne peuvent être que des fictions poétiques ;

3* Les noms de Latinus, roi des Aborigènes, de Tumus uu plutôt Tyrrbenos, roi des Rutules, ne sont que des noms ethniques, ceux des Latins et des Tyrrhéniens personnifiés;

4* Parmi les noms des douze rois d'Albe, se rencontrent des noms géographiques comme Alba, Tiberinxts, Avenlintts, ainsi que des noms grecs, Atys, Capys et d'autres encore.

On peut donc rejeter, comme lable, cette colonisation troyenne, qui n'a laissé d'ailleurs aucune trace ni dans tes -li dans les institutions, ni dans la langue du

stion de savoir où et comment cette fable a pris est très difficile à résoudre. Elle parait être grecque. Enée et Ulysse étaient les héros de ces iques, appelés vdirroi, qui racontaient les aventures et des Troyens après la guerre de Troie. Il y avait té entre les habitants pélasgisques du Latinum et Troie : les Pélasges de l'Asie-Mineure étaient les s ceux d'Italie. Pour expliquer cette parenté, les aaginèrent que ceux-ci provenaient de ceux-là. . Niebuhr, d'autres critiques, O. Muller, Klausen, it occupés de cette question et ont exposé d'autres ue l'on trouvera très bien résumées dans Schweg- 279^36.1

Les orîgines albaines de Rome.

Les traditions s'accordent à considérer Rome comme une colonie d*Albe la Longue, fondée par des princes de la dynastie royale de cette ville, la gens Silvia qui régnait depuis plusieurs siècles. Voilà le seul fait historique qui demeure, si Ion dépouille l'histoire de Romulus et de Remus des circonstances romanesques, merveilleuses et mythologiques, qui y ont été ajoutées plus tard. Recherchons maintenant les causes qui ont amené la fondation de cette colonie d'Albains.

D'après la tradition, ce fut une colonie dans le sens propre du mot : Romulus et Remus, après avoir rétabli sur le trône d'Albe leur grand père Numitor, reçurent de lui un terrain situé sur les bords du Tibre, ainsi que tout ce qui est nécessaire à la fondation d une ville. Mais les rapports d'hostilité et d'opposition dans lesquels se trouve la nouvelle ville à l'égard d'Albe et de toutes les autres villes du Lâtium, qui formaient ensemble la ligue latine (foedus lalinum)^ la nécessité dans laquelle se trouve le fondateur d'ouvrir un asile pour peupler sa ville d'exilés, d'esclaves fugitifs, de mécontents de toute espèce, enfin la démarche qu'il fait pour procurer des femmes à la colonie par l'enlèvement des Sabines, tous ces faits prouvent qu'il ne s'agit point d'une colonie régulière, établie de l'aveu et avec le concours de sa métropole. De son côté, Strabon (liv. V, p. 280/ dit : « La situation de Rome est telle que Ton ne peut admettre la fondation de cette ville comme le résultat d'un choix libre, mais plutôt comme la suite d'une nécessité impérieuse; car elle est très défavorable tant pour la construction d'une ville, qu'à raison de la stérilité du sol et du manque d'honunes. " De plus, d'après la tradition, la royauté fut abolie à Albe après la mort de Numitor, parce que la dynastie s'éteignait avec lui, tandis que Romulus, étant un descendant de cette dynastie, aurait dû succéder à Numitor. Cependant l'abolition de la royauté albaine est un fait certain ; car dans les

guerres que cette ville soutint plus tard contre Rome, elle a pour chef un dictateur et non pas un roi.

En réunissant ces faits, on parvient à reconnaître la vérité sur la fondation de Rome, due à la révolution par laquelle la royauté fut abolie à Albe. Ces révolutions eurent également lieu dans la plupart des autres villes latines; car à la tête de la ligue latine ne se trouve plus un roi, rex latinus, mais un dictateur, dictator latinus.

La dynastie royale, la gens Silvia, obligée de s'enfuir d'Albe, se retire suivie de ses partisans sur les bords du Tibre, où elle établit sur une colline, le Palatin^ une ville nouvelle, protégée par sa position au milieu de marais contre les attaques des peuples voisins. Elle est appelée Roma, forc^, à cause peut-être de sa position (D'après d'autres, de ruma, mamelon, colline). De là l'opposition de Rome contre toutes les villes latines : elle devient l'asile de tous les mécontents politiques de ces villes, qui y sont reçus à bras ouverts, mais aussi ces villes refusent le conntibium aux habitants de la ville nouvelle. Celle-ci conserve la royauté pendant deux siècles et demi, tandÎB que, dans toutes les autres villes latines, la royauté était abolie et remplacée par un gouvernement aristocratique.

Voilà l'origine historique de cette ville latine, qui prit le nom de Rome, et qui n'occupait qu'une colline, Roma quadrata.

Mais cette colonie latine, faible et petite dans son origine, reçut un accroisement extraordinaire par l'adjonction d'un autre peuple, celui des Sabins.

Le fait de la fusion de la colonie latine avec une colonie de Sabins est confirmée par les institutions politiques de Rome, daas lesquelles se retrouvent ces deux éléments, IcUin et sabin ; de plus par le nom de Quirites^ donné aux Romains. Ce nom est d'origine sabine soit qu'on le dérive du nom de la ville sabine de Cures, dont les habitante portaient le nom de Curites (ou Quirites) ou bien de quitns, espèce de lance, Tarme nationale des Sabins. Le fait est donc

certain. Mais il n'en est pas de même des circonstances qui accompagnèrent l'établissement des Sabins sur le Quirinal et le Capitolin, deux collines voisines du Palatin, sur lequel be trouvait la Roma quadrala des Latins.

La tradition raconte que cet établissement eut lieu a la suite de la guerre que les Sabins, de Curés, sous le commandement de leur roi Tatius, firent aux Romains pour venger l'enlèvement de leurs filles, les Sabines. Mais les détails de ce récit le rendent très invraisemblable.

Les Sabins restent vainqueurs dans le combat, et malgré cela ils se décident à quitter leur ville natale, à abandonner leur patrie et à se fixer à Rome. C'est déjà une contradiction. Quand même Ton voudrait admettre qu'ils avaient été vaincus, on trouverait encore de grandes difficultés pour expliquer leur déplacement et leur condition à Rome. Car dans ce cas les Romains vainqueurs ne leur auraient pas accordé une égalité parfaite au point de partager avec leur roi la souveraineté. De plus l'organisation politique de Rome, avec ses 200 sénateurs, 100 de Ramnes et 100 de Tiiies, prouve que la réunion des deux peuples fut la suite d'une transaction à l'amiable, par la fusion de deux villes en une seule ((xuvotxtffpio;).

On a objecté que la ville sabine ne porte pas de nom dans la tradition (ce nom aurait dû être Quirium ou Cures puisque les Sabins s'appelaient Quirites). Mais il ne faut pas oublier que les traditions sont très obscures en général, et de plus que le nom de Quirites s'est conservé comme dénomination locale dans celui de Quirinalis, la colline même où selon les traditions les Sabins se fixèrent, après leurs guerres contre les Romains.

On peut donc admettre que les Sabins avaient déjà fondé une ville et un Etat dans le voisinage de Rome et que cette ville s'unit à Rome à la suite d'une guerre terminée par un foedtis^ une transaction, dans laquelle fut compris le jus cmnubii. Par là, on explique également tout ce récit romanesque et fabuleux de l'enlèvement des Sabines. Car il n'est pas vraisemblable qu'un peuple qui aurait refusé d'accorder

ses filles en mariage aux Romains, eût voulu assister à une fête religieuse chez ceux-ci et à leurs jeux publics, après leur avoir fait un aflTront si grave.

L'union de deux villes. Tune latine située sur le Palatin, lautre sabine située sur le Capitole et le Quirinal, est donc un second fait historique, qui se dégage de toutes les obscurités qui entourent l'origine de Rome.

Une diflSculté plus grande, et qui ne trouve pas une solution aussi satisfaisante, se présente quant au troisième peuple, celui des Lucere^^ qui se joignit aux deux autres,

La tradition, d'accord avec les faits et avec les institutions politiques et religieuses de Rome, mentionne bien l'arrivée d'une colonie étrusque à Rome sur le mont Coelius. Mais cette tradition, telle qu'elle a été conservée par les différents auteurs anciens, varie sur l'époque de cette arrivée.

Les uns, tels que Varron (V, 9), Cicéron {De republica, II, 8), Aur. Victor (De viris ill. ch. 2), Servius (ad jEn. V. V. 560), placent l'arrivée des Etrusques déjà à l'époque de la guerre des Romains et des Sabins : selon eux, Coelius Vibenna, un lucumon ou noble étrusque, soutint Romulus dans cette guerre et reçut de lui la colline, où il se fixa avec sa suite, et à laquelle il donna son nom (Cîoelius). D'après d'autres auteurs, tels que Tacite (Ann. IV, 60), Festus (sub V. Tuscus viens), les fragments du discours de l'empereur Claude (Inscr. de Lyon), la colonie étrusque sous le commandement de Coelius Vibenna n'arriva que sous le règne de Tarquin I, et Coelius Vibenna y est nommé l'ami de Mastama, qui monta plus tard sur le trône de Rome sous le nom de Servius TiUliics. Si, des traditions, on passe à l'examen des institutions politiques de Rome, on rencontre les mômes difficultés. Selon la tradition, les Luceres formaient dès le temps de Romulus, la troisième tribu à Rome, et ils jouissaient des mêmes droits politiques que les Ramnes et les Tities. Déjà sous Romulus toutes les institutions romaines étaient basées sur cette triplicité du peuple : 300 sénateurs, représentant 300 génies ; 30 curies ; 300 décuries ; 300 équités.

D'autre part on trouve que, sous Numa, le sénat ne contenait que 200 membres ; on apprend que Tarquin I l'augmente de 100 membres, et cependant le nombre des sénateurs sous la royauté ne dépasse jamais 300 : il n'y en avait donc que 200 avant Tarquin. La royauté alterne seulement parmi les Latins et les Sabins, à l'exclusion des Etrusques.

De plus on trouve à Rome le Tuscus vicus, le quartier des Etrusques, établi dans une des vallées, et il est dit que les habitants d'Albe, après la guerre de Tullus Hostilius contre eux, furent établis sur le mont Coelifs, qui n'était donc pas au pouvoir des Etrusques.

Ces contradictions ont donné lieu à un troisième système, d'après lequel une première colonie d'Etrusques s'établit à Rome du temps de Romulus ; ils s'unirent aux Latins et aux Sabins et formèrent avec eux un môme peuple (de là les 30 curies ; les 300 décuries ; les 300 équités) ; seulement ils n'obtinrent pas une représentation égale au sénat, et ils ne purent pas aspirer à la royauté comme les deux autres tribus. Mais la position de la population étrusque de Rome chanijea à Tavènement de Tarquin, qui appela une seconde colonie sous son ami Mastarna, ou qui peut-être prit la ville de Rome par les armes. Il leur donna les mêmes droits qu'aux deux autres tribus, en nommant 100 nouveaux sénateurs, choisis parmi les Luceres. De là, avec la prépondérance <'trusque à Rome, une époque nouvelle dans l'histoire romaine.

§ II. — L'ÉPOQUE ÉTRUSQUE A RoME.

D'après les auteurs anciens et certains modernes qui les ont compilés sans critique, les rois de Rome se succèdent d'une manière régulière jusqu'à Tarquin le Sliperbe, et la puissance de Rome se développe d'une manière lente, mais constante, sans qu'aucune commotion intérieure ou extérieure vienne en troubler le cours. Mais si l'on examine les feits de plus près, on y reconnaît les traces d'une perturbation profonde, dont les histoires romaines n'ont pas parlé.

Sous les quatre premiers rois, Rome nous apparaît comme une ville ayant un territoire peu étendu : les Romains sont en guerre avec des villes latines ou sabines indépendantes, situées à une petite distance de Rome. Sous Ancus Martius, le 4"® de ces rois, Rome est reçue dans la ligue latine, mais sans y obtenir aucune prépondérance. Cette ligue renfermait une trentaine de petites villes. Rome n'est donc guères plus grande qu'aucune d'elles. A Tintérieur, la ville est encore mal bâtie ; Ancus Martius construit le premier pont, et c'est un pont en bois (pons sublidxis). Il entoure la ville pour toute fortification d'un fossé (appelé fossa QuiHtium). L'architecture se trouve donc dans son enfance. L'armée romaine est peu nombreuse ; toute la cavalerie ne comptait que 600 hommes (les sex centuriae equitum). Mais, à Ancus Martius, succède Tarquinius PriscuSy et tout d'un coup l'aspect de Rome change à l'intérieur et à l'extérieur. Voici les faits :

D'abord, à l'intérieur :

P La nouvelle enceinte de Rome, qui entoure sept collines, tandis que sous Ancus il n'est question que de quatie ou cinq, le Palatin, le Capitole, le Coelius, le Quirinal et l'Aventin. Deux sont donc ajoutées, l'Esquilin et le Viminal. Ces fortifications consistent dans une haute muraille en pierre, munie de tours, qui passe sur les collines et à travers les vallées, et partout où il n'y avait pas de défense

naturelle, la muraille était munie de fossés, longs de 100 pieds et profonds de 60.

2* La fortification du Capitole, dont le rocher escarpé fut soutenu par des substructions creusées dans la base même de la montagne, de façon à rendre le Capitole inaccessible.

3*^ La cloaca maanma, tout un réseau de canaux souterrains, construits à une profondeur de 40 pieds sous le sol, et qui s'étendaient sous la plus grande partie de la ville : les petits canaux, qui recevaient Teau du sol marécageux, la déchargeaient dans un grand égout, qui avait une hauteur de 15 à 20 pieds et une largeur de 12 à 15, le tout en pierres de taille, et d'une solidité telle qu'il a résisté à toutes les destructions et tremblements de terre pendant vingt siècles.

4"^ Le Circus maœimus^ qui pouvait contenir 100,000 hcmimes, ce qui prouve la grande population de la ville.

Toutes ces constructions furent continuées et achevées par les deux successeurs de Tarquin L

Ensuite dans les relations extMeures :

P La domination des Romains sur tout le Latium : une quarantaine de villes envoyent des deputations à Rome pour assister aux fériés latines.

2* Les colonies romaines, fondées par le même Tarquin.

3* La prospérité et l'étendue du commerce de Rome, prouvées par le tp^aité de commerce avec Carthage, conclu im an après l'abolition de la royauté. Comme à cette époque les Carthaginois partagaient avec les Etrusques le monopole du commerce dans la Méditerranée, il faut que Rome fût déjà une puissance maritime pour que les Carthaginois eussent jugé à propos de conclure avec elle un traité de commerce. C'est d'autant plus surprenant que 250 ans plus tard les Romains, après la conquête de l'Italie toute entière, ne possédaient pas encore une flotte pour l'opposer aux Carthaginois dans la P* guerre punique, et celle qu'ils créent alors ne compte que 154 navires,

3® L'accroissement rapide de l'armée : le corps de cavalerie est accru ft porté à 1800 hommes, ce qui suppose

une armée très forte ; de plus le receusemeat de Servius donne 80,000 hommes à Rome en état de porter les armes.

Enfin dans le onlte :

L'introduction de Tidolâtrie à Rome, changement constaté par Varron (cité par St- Augustin, CivU. Dei, IV, chap. 31) qui dit que Rome fut sans images des dieux pendant 170 ans, ce qui s'accorde avec la défense attribuée à Numa (d'après Plutarque, Numa, chap. 8) de ne jamais représenter les dieux sous une figure quelconque ; enfin Pline (Hist. N., XXXV, 45) dit que Tarquin I fit faire la première statue à Rome, celle de Jupiter pour le temple du Capitole, et qu'il avait fait venir à cet effet Turianus, artiste étrusque, à Rome.

Si l'on ajoute à cela les changements que Tarquin I et Servius introduisirent dans la constitution politique de Rome : l'augmentation du sénat, de 100 membres; l'incorporation d'un certain nombre de familles plébéiennes dans le patriciat ; le bouleversement total de la constitution par Servius, on doit avouer que Rome subit une transformation complète sous ses trois derniers rois.

Reste toujours à décider la question de savoir de quelle manière s'est faite cette transformation ? On ne pourra la résoudre entièrement. Mais il me semble naturel d'admettre qu'une nombreuse colonie étrusque est venue se fixer à Rome ; peut-être même que les Etrusques prirent la ville par les armes, ou qu'il y eut une capitulation, qui laissait certains droits aux anciens habitants, mais en vertu de laquelle la royauté fut occupée par les vainqueurs.

L'avènement au trône de Tarquin ne fut donc pas une succession paisible de ce prince à son prédécesseur, Ancus Martius, mais un bouleversement total de l'état intérieur de Rome, où la royauté latine-sabine fit place à la royauté . étrusque ; d'élective qu'elle avait été, la couronne devint héréditaire, dans une dynastie étrusque.

Tarquin I laissa à l'ancienne noblesse des Ramnes et des Tiiies ses droits et ses privilèges, mais il y incorpora la

noblesse étrusque des Luceres. Sa tentative de contrebalancer Tinfluence de cette noblesse, par la création de trois tribus plébéiennes, échoue, il est vrai.

Mais Servi us, gendre du roi précédent, transforme la constitution de Rome totalement, et en donnant à la plèbe des droits politiques, il crée un nouvel appui à la royauté contre Tancienne noblesse, froissée dans ses intérêts et opposée à la dynastie étrusque.

Tarquin le Superbe, petit-fils du premier Tarquin, marche dans la même voie que ses deux prédécesseurs en affranchissant de plus en plus la royauté de Tinfluence de la noblesse, qui n est plus consultée ; le sénat n est pas convoqué ; lès places vacantes dans cette assemblée ne sont plus remplies. Le roi gouverne avec Fappui de l'armée, dans laquelle les plébéiens formaient la grande majorité. Il fait des guerres heureuses et élève la monarchie à un haut degré de prospérité et de puissance. Tout le Latium est soumis. Le roi préside à Rome les fériés latines^ assemblée dans laquelle 47 villes sont représentées par leurs députés ; c'est un nouvel appui pour la royauté étrusque contre l'ancienne noblesse de Rome. Il vient au secours des plébéiens pauvres de Rome, d abord en continuant et en achevant les grands travaux publics de ses prédécesseurs ; ensuite par rétablissement de colonies romaines, celles quil envoie dans les deux villes de Signia et Circéi, villes qui s étaient révoltées contre son autorité, mais qui furent privées par Tarquin de leur territoire et repeuplées par des colons romains.

Ce règne de Tarquin, si décrié par les historiens républicains de Rome, qui ont puisé dans des traditions hostiles à ce prince, inspirées par la haine des patriciens, fut au contraire la période la plus brillante et la plus glorieuse dans l'histoire de la Rome royale.

Mais le mécontentement de la noblesse augmentait de plus en plus; la noblesse étrusque elle-même se laissa entraîner à faire cause commune avec les deux autres factions, latine et Sabine. Il se trouva même . dans la famille royale un ambitieux, Tarquin Collatin, qui fit partie de la conspiration

contre les rois. Lucius Junins, surnommé plus tard Brutus ^rimbécile, Tidiot) qui occupait la dignité la plus élevée après le roi (il était chef des celeres, corps de 1800 hommes, qui, depuis Servius Tullius, avaient, obtenu des droits politiques), se mit à la tête des conjurés bien que comblé de faveurs par le roi et lié d'amitié avoc la famille royale.

Les conjurés profitèrent de l'absence du roi et de l'armée dans une expédition contre Ardée, ville qui s'était révoltée à l'exemple de plusieurs autres villes du Latium contre la domination de Tarquin. Le peuple de Rome, patriciens et plébéiens, convoqué par Brutus, prononce la déchéance de Tarquin et l'abolition de la royauté. L'armée abandonne le roi, qui est obligé de fuir. La république est faite. Mais le peuple et surtout la plèbe avait été trompé, et il allait bientôt expier cruellement cet égarement d'un moment. Jusqu'alors la plèbe n'avait pas eu à souflErir et ne s'était pas plainte des actes arbitraires des patriciens. C'est après l'abolition de la royauté que la lutte politique à Rome va éclater.

Plus tard le roi exilé et sa famille furent chargés de toutes espèces de crimes : l'attentat commis sur Lucrèce par Sextius Tarquin ; les crimes horribles par lesquels Tarquin le Superbe lui-même serait parvenu, au trône, tuant son beaupère Servius Tullius, au milieu du sénat, et précipitant le corps mort sur la place publique, où sa femme, la propre fille de la victime, fait passer sur celui-ci les roues de son char, etc. Telles sont les altérations que la tradition romaine subit dans la suite, et dont il est difiicile de la dégager entièrement.

Avec la royauté romaine, finit l'histoire conjecturale ; il y a sans doute encore des controverses sur les premiers siècles de la république ; mais elles s'appuient sur des documents authentiques, officiels, en sorte que le champ des conjectures est désormais limité. [Sur ces discussions, voyez le résumé qu'en donne Schwelger, cité plus haut, p. 247]. Nous terminons en conséquence ici nos études sur l'antiquité pour passer à l'histoire du moyen-âge.

CONFÉRENCES

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