Tome MX : histoire du moyen âge. Protestant
La Fuente, Historia gênerai de Espana. Madrid, 1853. Tomes III-X comprennent le moyen âge.
Histoire d^Angleterre ;
Il a paru dans ces derniers temps en Angleterre quelques bons travaux sur des parties du moyen âge (Stubbs, Freeman), mais pas un travail d'ensemble. Quant aux histoires complètes de l'Angleterre, les plus célèbres sont :
Hume, History of Fn gland to the révolution of 1668. Londres, 1759-63 (plusieurs éditions et traductions).
Cet ouvrage, classique par la clarté de l'exposition et la perfection du style, est tout à fait insuffisant pour Tbistoire du moyen âge, que Tanteor apprécie avec ses préjugés protestants.
Lingard, History of England. Londres, 1819-31, 8 vol. (plusieurs éditions et traductions).
Cet ouvrage se distingue par des recherciies profondes et par un style elair, mais sec. Prêtre catholique, Tauteur est pourtant quelquefois liguste pour les papes du moyen âge, qu*il considère à un point de vue trop anglais.
Histoire d'Allemagne :
Littérature : Waitz, Quellen und Bearbeitungen der Deutschen Geschichte. Goettingue, 1883. — Wegele, Geschichte der deutscken HUtoriographie. Munich, 1885.
Les Allemands se sont appliqués avec zèle à l'histoire de TAllemagne au moyen âge, qui est leur grande époque nationale. Les meilleurs de ces travaux sont :
Leibnitz, Annales imperii Occidentis (publication posthume). Hannovre, 1843, 3 vol.
Cet ouvrage, qui comprend la période de 768 à 1005, appartient aux travaux inachevés de ce fondateur de la science allemande.
Menzel (Ad..), Geschichte der Deutschen (bis zur Reformation). Breslau, 1815-21, 8 vol.
Des ouvrages cités ici, c'est le seal qui soit arrivé jusqu'à la flu du moyen âge. Mais il est insuffisant au point de vue de la science actuelle.
Luden, Gescnichte des Teutschen Volkes. Gotha, 1825- 37, 12 vol.
L'ouvrage s'arrête en 1237. Cet ouvrage, au point de vue de l'étude des sources et de l'impartialité, marque un progrès considérable sur VRU toire du moyen âge, citée plus haut, du même auteur.
Philipps, Deutsche OeschicfUe. Berlin, 1834, 2 vol.
L'ouvrage s'arrête en 888. L'auteur expose surtout les institutions ecclésiastiques et politiques.
Léo, Vorlesungen iteber die Geschichte des DeiUscheii Volkes und Reiches. Halle, 1854-68. 3 vol.
S'arrête en 1256. La forme de leçon excluait l'indication des sources. Pour le reste, mêmes mérites que son : Histoire du moyen âge (p. 280).
Giesebrecht, Geschichte der Deutschen Kaiserzeit, Brunswick, 1355-80, 5 vol. parus.
L'auteur expose la période la plus brillante de l'histoire d'Allemagne, d'après les sources, dont il a une connaissance profonde, et dont il donne une appréciation critique, ainsi que des travaux modernes, dans Vappendice de chaque volume. Aussi l'ouvrage n'avance-t-il que lentement. Vol. 1 : les Otton : — vol. 2 et 3 : les Henri ; — vol. 4 et S : les Staufen (jusqu'en 1164).
Zeller (Jules), Histoire d'Allemagne. Paris, 1873-83, 5 vol. in-8.
Cet ouvrage, qui paraît par parties détachées, en est arrivé en 1256. Il est écrit avec connaissance des sources, mais parfois avec un esprit de dénigrement puéril en cette matière.
Jahrbueclier der Deutschen Geschichte (publiés par la Commission historique de Munich). Leipsig, 1862.
Ce titre comprend une collection d'ouvrages détachés, dont chacun ne renferme qu'un régne^ traité sous forme é! Annales par un auteur spécial. Déjà Ranke avait commencé sur ce plan ses Jahrbuecher des d. Reicht
ufUer d. Sâchsischen Haus (Berlin, 1837-40), dont celai-ci peut être considéré comme la continuation. Selon les auteurs, ces travaux sont de valeur inégale, et Tensemble marque d'unité. Mais on y trouve des recherches précieuses sur une foule de points obscurs ou controversés.
Histoires des Etats slaves et Scandinaves au moyen âge : (à Texclusion des ouvrages en langue slave).
Giesebrecht (L.), Wendische Oeschichlen. Berlin, 1843, 3 vol.
Comprend les années 780 à 1182.
Palaçky, Geschichie von Bôhmen. Prague, 1836-68, 5 vol.
Uouvrage finit avec les Jagellons (1526).
Dudik, Màhrens allgemeine Geschichte. Brunne, 1860- 82, 10 vol.
Cette histoire de la Moravie en est arrivée à la fin du xiv« siècle.
Sahm, Historié af Danmark fra de aeldste Tider. Copenhague, 1782, 14 vol. iD-4.
L'ouvrage s'arrête en 1400.
Munch, Det norske Folks Historié. Christiania, 1852-62, 8 vol.
L'ouvrage comprend Thistoire de la Norwège jusqu'en 1319 et celle de l'union Scandinave de 1319 à 1381.
Histoire du Bas-Empire :
Lebeau, Histoire du Bas-Empire. Paris, 1756-79,22 vol.
Avec les sources indiquées en marge. Une nouvelle édition, augmentée d'après les historiens orientaux par de St-Martin et Brosset, a paru à Paris, 1824-31, en 21 vol.
Gibbon, Histary of the décline and fall of the Roman empire. Londres, 1776-88.
Voir l'appréciation donnée p. 248.
Finlay, History of the byzantine and greek Empires. Edimbourg, 1853, 2 vol.
Histoire des Etats musulmans :
Weil, Geschichte der Kalifen. Mannheim, 1846-51,3 vol.
Résumé : Weil, Geschichte der islamistischen Voelker, Stattgart, 1866.
Conde, Historia de la dominacion de los Arabes en Espana. Madrid, 1820-21, 3 vol. iii-4.
Aschbach, Geschichte der Ommaijaden in Spanien. Francfort, 1829, 2 vol. — Geschichte der Almoraviden tmd Almohaden. Francfort, 1837, 2 vol.
Dozy, Histoire des MustUmans d'Espagne jusqu'aux Almoravides (711-1110). Leyde, 1861, 4 vol.
Wilcken, Geschichte der Kreuzzuege nach morgenlaendischen und abendlaendischen Berichten. Leipsig, 1808- 32, 7 vol.
Michaux, Histoire des croisades. Paris, 1825-30 (2* édition).
TROISIEME SECTION
Etudes sur la littérature historique
du moyen Age.
Observation : « On se bornera ici aux historiens principaux du moyen âge L'auteur, dont les études premières et toujours préférées s'étaient portées vers cette époque, n'a pourtant laissé sur les historiens du moyen âge que des notes de cours détachées, nombreuses, mais incomplètes. Ces notes ont fourni la matière de deux §§, l'un concernant les historiens latins du moyen àge^ l'autre comprenant les historiens hy zantins. Quant aux historiens orientaux, force nous est de renvoyer aux travaux modernes cités plus haut (p. 276). Par contre un § 3, additionnel, sera consacré aux premiers historiens en langue vulgaire. Quant à la bibliographie de cette période, nous renvoyons à la Bihliotheca si complète de Potthast (p. 265), sauf à indiquer chemin faisant dans laquelle des grandes collections déjà citées, on doit chercher les historiens en question r, [Ch. M.].
§ I. — Des HISTORIENS LATINS DU MOYEN AGE.
LiTTÉRATURB : Fabriclus, Bihliotheca latina mediae aetatiSy 1746. — Baehr, Die christlichen Dickter und Geschichtschreiber Roms. Carlsrahe, 1836; — Lie christliche rOmische Théologie^ 1837;— Rômische Literatur des KaroUngischen Zeitalters, 1840. — Ebert, Geschichte der Literatur des Mittelalters im Ahendlande. Leipsig, 1874-87. 3 vol. parus (jusqu'au xi« siècle).
«« Les productions historiques du moyen âge peuvent se ramener à trois genres principaux ; la chronique, dont la Grèce fut le berceau ; — les Annales, que nous avons trouvées déjà chez les Romains ; — la légende des saints, qui est une création nouvelle de la littérature chrétienne.
Au moyen âge, on donne le nom de chroniques (chronica ou chronicon) à toute espèce d'histoires. Mais dans sa première forme, la chronique n'était autre chose qu'une chrono-
logie. Le point de départ des productions de ce genre, c'est la chronologie déjà signalée d'Eusèbe (p. 142), de la création du monde jusquà son temps (1 an 325).
Des Grecs, cette chronologie a passé aux chrétiens d'Orient, aux Arméniens et aux Syriens, des Syriens aux Arabes, qui n'ont fait que substituer leur A^^iW à l'ère chrétienne ; en un mot elle s'est propagée dans tout l'Orient.
En Occident, cette chronologie s'est répandue dans la version latine de S. Jérôme, qui la continua jusqu'à son temps (l'an 378), et qui eut d'autres continuateurs (Prosper, Marcellin, Victor de Tunes, Marins d'Avenches, jusqu'en 581). Les chronologistes du moyen âge ne sont plus sortis de ce cadre une fois tracé, qu'ils n'ont fait que répéter à l'infini.
Ces chronologies tenaient lieu d'histoire universelle et en général de tout autre livre d'histoire, étant donnée la difficulté de se procurer ceux-ci. De là le nombre de ces chroniques; mais ce n'étaient qu'un recueil de dates, sans enchaînement, ni synthèse.
Un seul écrivain de génie, S. Augustin, avait su concevoir une idée d'ensemble et originale de l'histoire universelle, dans son traité des deux cités. Mais il n'eut point de disciples au moyen âge. On se borna à lui emprunter sa division des six âges du monde (de sex aetatibus mundi) : d'Adam à Noé, infantia, de Noé à Abraham, pueritia^ etc. jusqu'à son temps, qui était la senectus veteris hominis . Cette division, que S. Augustin n'avait tait que jeter en passant, une première fois dans son traité contre les Manichéens (de Oenesi, I, § 85), en second lieu dans l'ouvrage de vera religione {§ 48), enfin dans sa civitas Dei (livres 11 et J8), était plus commode que juste ; elle fit fortune pourtant. Elle fut reprise par Isidore de Séville (au vu® siècle), par Bède (au vin* siècle), et depuis lors elle demeura l'un des cadres habituels des chroniques au moyen âge.
Envisagées comme source historique, les chroniques présentent deux parties qu'il importe de distinguer : d'abord
une simple reproduction des chroniques antérieures, reproduction sans valeur, à moins que ces deruières ne soient perdues ; ensuite une continuation originale, due au copiste ou compilateur, et c est dans cette continuation seulement que réside la valeur d'une chronique ; aussi nombre d'éditeurs se bornent à en publier cette dernière partie.
Toute autre est la valeur des Annales, qui forment un genre bien distinct des chroniques, en principe du moins (bien que dans les titres^ ces termes se confondent parfois). On entend par Annales au moyen âge des annotations chronologiques aussi, mais recueillies successivement, inscrivant à même les années et les événements. Ce genre se rencontre déjà dans l'ancienne république romaine (p. 230). Sous l'empire, il nous est parvenu un calendrier de Tan 354, annoté de cette façon (Mommsen, Der Chronograph vom J. 354). Au moyen âge, ces annotations se multiplient ; elles sont inscrites tantôt à la suite d'une chronique^ tantôt en marge du Cycle pascal, dont on se servait pour la fixation des Pâques {supra, p. 93).
On comprend la haute valeur des A7inales écrites ainsi. D'abord, elles sont originales, sources de première main, tandis que les chroniques ne sont que des compilations. En second lieu, tandis que la chronique est une œuvre de longue haleine, faite d'après un plan et où toujours se fait sentir la personnalité de l'auteur, les annales ne supposent aucun travail de composition ; quelques lignes représentent l'œuvre de toute une année ; dans le cours des années, on constate la succession de plusieurs mains ; il n'y a ici aucun auteur proprement dit; en un mot, les Annales ont un caractère impersonnel. 11 en résulte que les Annales écrites de cette façon sont comme un genre intermédiaire entre l'histoire et le document. Klles ont presque l'autorité des matériaux de ce dernier genre ; mais ce ne sont que des matériaux. Les faits recueillis n'ont aucun lien ; les grands événements de l'époque, des faits purement locaux et de simples faits divers (tels que les phénomènes atmosphériques de l'année) marchent de pair, à peu près comme dans nos journaux quotidiens
Un troisième genre de productions historiques, qui est né avec le christianisme et se rattache à Thistoire de l*Eglise, ce sont les légendes des saints : on comprend, sous ce nom, non seulement la Vita du saint, mais encore l'histoire de ses miracles et celle de ses reliques, qui tantôt font corps avec sa biographie, tantôt forment, sous le titre de Miracula, Revelatio, Inventio, Translatio^ des écrits détachés.
Les premières biographies de ce genre datent de Tère des persécutions et sont connues sous le nom de ac^a ou passiones martyrum, actes recueillis pour l'édification des fidèles et destinés à être lus dans les églises, d'où leur est venu le nom de legenda.
Au moyen âge, ce genre de littérature prit un développement énorme, comme l'attestent les 60 in-fol. de la célèbre collection des Bollandistes.
Quant à la valeur historique des productions de ce genre, il y a, dans le nombre, P un petit nombre de vies authentiques^ écrites par des contemporains et tout à fait dignes de foi ; — 2** un certain nombre de friandes pieuses, que la critique doit éliminer, et — 3° un plus grand nombre de traditions populaires, recueillies plus ou moins longtemps après les événements, et où la vérité et le merveilleux (qu'il faut distinguer du surnaturel) se mêlent dans une proportion difficile à préciser.
Ce n'est que lorsqu'on possède plusieurs vies d'un même personnage écrites successivement, qu'on peut se rendre compte de cet envahissement progressif de l'histoire par la légende populaire : les vies les plus anciennes sont toujours les plus simples, mais aussi les plus dignes de foi. Trop souvent les auteurs de ces recueils ont cédé à la tentation d'émerveiller le lecteur par des récits de plus en plus extraordinaires. Dans ce genre, se sont distingués surtout au xni® siècle Gésaire d'Heisterbach, dans son Dialogue miraculorum, et Jacques de Voragine, l'auteur de la Legenda aurea.
Les légendes des saints fournissent donc à l'historien du moyen âge, non pas des récits déjà vérifiés, mais seulement
des matériaux. C'est à ce titre qu elles ont été recueillies par les éditeurs des Acta Sanctorum.
« Si les Bollaudistes », dit lun d entre eux. « croyaient positivement à tous les miracles et à toutes les révélations qu ils publient, il ny aurait pas d'hommes d'une crédulité plus robuste. La vérité est qu'ils publient toutes les relations de miracles et de révélations qu'ils trouvent dans les actes de leurs saints, et qu'ils n'en affirment que très rarement la certitude » (Ch. De Smedt).
Encore que tant de ces faits soient douteux ou controuvés, ce recueil est d'un prix inestimable, parce qu'il nous a fait connaître, avec les croyances, les mœurs et les idées du moyen âge, tout un département de la littérature de cette époque. Aussi l'œuvre des anciens BoUandistes et de leurs continuateurs n'a pas cessé d'être hautement appréciée, comme le prouve, après bien d'autres autorités, ce témoignage récent, donné par une Revue très mondaine et à coup sûr impartiale :
« Nous ne saurions dire quel respect mérite le labeur de ces hommes qui, depuis deux siècles et demi, embrassant dans leur esprit le champ immense de l'histoire profane et de l'histoire sacrée si étroitement unies depuis que le monde civilisé a l'empreinte chrétienne, ont ouvert aux studieux et aux savants tant et de si diverses sources d'informations. Les nouveaux BoUandistes ont la patience tenace de leurs aînés et une critique encore mieux éclairée. Ils sont croyants sans être pour cela sottement crédules. Si la foi leur eût manqué, l'œuvre si prodigieuse qu'ils ont élevée, n'eût pas vu le jour. S'ils eussent péché par crédulité, cette œuvre eût été frappée de nullité. Les derniers venus dans le travail ont gardé les traditions de réserve de leurs devanciers. Ils savent montrer pourtant que cette réserve n'est pas une servitude et qu'on la peut concilier avec une ferme indépendance; que les concessions aux opinions reçues ont des limites ; que l'esprit critique, sans lequel il n'y a pas d'histoire, souffle aussi chez eux, et que, si le respect le tempère, il ne l'éteint pas » (Aube, Revue des Deux Mondes, mars 18851
Après avoir caractérisé en général les écrits historiques du moyen âge, il nous reste à en énumérer les productions les plus saillantes, en les rangeant sous trois chefs, savoir : les premières histoires nationales, — les continuations et les histoires détachées^ — les compilations générales.
1^ Les premières histoires nationales.
Parmi les chroniques du moyen âge, on peut distinguer des chroniques universelles, celles qui partent de la création du monde, et des chroniques nationales, qui partent généralement de la prise de Troie, parce que Ton fesait remonter à la dispersion des Troyens l'origine des premiers peuples de l'Europe. Cette fable de Xorigine troyenne des Francs, des Bretons, etc. est au fond un plagiat de l'histoire romaine, accrédité h l'aide des étymologies les plus aventureuses. Ainsi Prancu^ venait de Frigus ou Phrygien, et les Phrygiens descendaient des Troyens. Ainsi dans Brito, on retrouvait Brutus, un Romain, et à ce titre un descendant des Troyens. Quant aux Normands ou Danois, ils ne pouvaient manquer de descendre en droite ligne de Danaûs.
Cette fable se rencontre pour la première fois dans une chronique interpolée de S. Jérôme, comprise dans la compilation dite de Frédégaire (vu* siècle^. Cette fable fit son chemin, et depuis elle est racontée, comme tradition nationale, dans toutes les chroniques du moyen âge.
lîlSTORlENS FRANCS.
Chez les Francs, comme chez les autres nations de l'antiquité, l'histoire, avant que d'être écrite, était chantée : Veterum regum actus et ùelta canebantur (Eginhard, 29). Ces barbara et aiitiquissima carmina, Charlemagne les fît recueillir par écrit (ib.). C'est sans doute le même recueil que fesait transcrire un Abbé de ce temps, Waldo de Reichenau (Xll carmina linguae theodiscae formata). Mais déjà le successeur de Charlemagne, Louis le Pieux, ne témoigna que du dédain pour ces productions imprégnées du paga-
nisme national (poetica carmina gentilicia respuit, Thegan.). Ces «* scripta teutonica » sont mentionnés une dernière fois dans une lettre de 893, adressée au roi Arnulf de Germanie par larchevéque Foulque de Rheims (dans Pertz, XIII, p. 564) : il y renvoie à la légende d'un roi des Goths, Ërmanrich, meurtrier de ses fils, légende qui circulait au moyen âge, sous le nom d'Ermenrichslied. Après cette allusion, il n'est plus question de ce recueil, qui doit être perdu sans retour : perte bien regrettable ; car, si la fiction s'y mêlait à Thistoire, ces traditions nationales n'en constituaient pas moins la plus ancienne source historique des Francs.
Nos premiers renseignements sur les Francs, nous les devons aux historiens romains de l'époque impériale ; ils en parlent incidemment, à l'occasion des événements auxquels les Francs ont été mêlés dès le m* siècle de notre ère ; de ce nombre sont deux historiens du v* siècle, Sulpice Alexandre et Frigeridus, dont Grégoire de Tours (II, 9-10) nous a conservé quelques fragments précieux.
A l'époque de Clovis appartient le Prologue de la loi salique^ d'un auteur anonyme, qui doit être franc, à en juger par le brillant éloge qu'il fait de cette nation ; mais ce fragment se borne à mentionner la conversion récente (nuper) de ses compatriotes, sans remonter plus haut dans leur histoire.
A la fin du vi*" siècle, apparaît Tévéque Grégoire de Tours (539-594), qui passe ajuste titre pour le fondateur de l'histoire franque. Romain aussi par son origine, mais plein de sympathie pour les Francs, il leur consacra le plus important de ses ouvrages historiques, sous le titre d!Historia ecdesiaslica Francorum^ en dix livres. Son livre I, depuis la Création jusqu'à la mort de S. Martin de Tours (l'an 412), n'est qu'un canevas chronologique destiné à servir d'introduction. Dans le livre II (412-511), l'auteur aborde son sujet, l'histoire des Francs, dont il traite les origines très brièvement et uniquement d'après les historiens romains antérieurs. Il ne parait pas avoir interrogé les traditions nationales des Francs, dont il ignorait d'ailleurs la langue.
Par contre il s'étend dans ce livre sur le fondateur de la puissance franque, Clovis (48) -511), avec complaisance, sans sortir pourtant des limites de l'histoire positive, comme devaient le faire ses successeurs. Enfin dans les livres III- VII (511-584), Grégoire fait l'histoire de son siècle, et ici il est autorité presque unique et de toute première main.
Le second historien des Francs est Prédégaire, personnage d'ailleurs inconnu, mais qui, d'après le contexte, appartenait au vu* siècle et au royaume de Bourgogne. Son ouvrage fait partie d'une Chronique plus vaste, dont les premiers livres (I-III) depuis la Création ne sont que le S. Jérôme interpolé avec la continuation d'Idace (p. 298). Avec le livre IV commence l'histoire des Francs, dont l'auteur admet Yorigine troyenne , sur l'autorité de son pseudo-Jérôme (supra, p. 294). Le reste de ce livre n'est qu'un abrégé de Grégoire de Tours ; mais déjà dans l'histoire de Clovis, on aperçoit le travail de la légende, qui s'est plu à entourer son mariage et sa naissance de circonstances romanesques. Enfin, avec le livre V, formant la continuation de Grégoire (de 584 à 641), l'ouvrage devient original et, à partir de ce moment, il doit être compté parmi les sources historiques.
Frédégaire a eu plusieurs continuateurs qui ont poussé cet ouvrage jusqu'à l'époque carolingienne, en 768,
Le troisième historien des Francs, l'auteur anonyme des Gesta regum Francorum, appartenait au viii* siècle et à la Neustrie. Il procède comme Frédégaire, mais sans avoir connu celui-ci. Il commence par abréger Grégoire de Tours, en y mêlant les mêmes fables sur l'origine troyenne des Francs et sur Clovis. La fin seule, qui doit servir de continuation à Grégoire, (de 584 à 720), est originale et peut servir à contrôler Frédégaire et ses continuateurs.
Toutes les autres histoires nationales des Francs dérivent des précédentes , partant, ne peuvent plus figurer parmi les sources ; car si elles s'écartent de leurs prédécesseurs» c'est pour intercaler de nouvelles légendes, telle que l'ori^ gine miraculeuse de la ste ampoule de Rheims, qui servit au baptême de Clovis (d'abord dans Hincmar, Vila S. Rémi-gii).
Ces historiens de seconde main sont : à l'époque carolingienne, Erchamberl, Breviarium regum Francorum (jusqu'en 720) ; — au xi® siècle, Aimon de Fleury, Historia Francorum (']\xiài[\i en Qï>\) \ — Roricon (?), Gesta Francorum i]\i^' qu'en 511).
Quant à Hunibald, Uistoriae a bello Trojano, ce n'est ni un historien original, ni un compilateur, mais simplement une fraude, dont Fabbé Tritheim de Wurtzbourg (f 1516) est à la fois l'auteur et le premier éditeur.
Recueils : Bouquet (tomes II-III); — Société de Hiistoire de France (Grégoire de Tours) ; — Pertz, série in 4 : Scriptores rerum meroving arum.
Critique : Loebeli, Gregor von Tours und seine Zeit. Leipsig, 1838. — Monod, Etudes critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, Paris, 1872.
Historiens goths et langobards.
L'histoire nationale en Italie commence avec les Goths et se termine avec les Langobards.
Le premier historien des Goths fut un Romain, le célèbre sénateur Gassiodore (f 570), dont ÏHistoria Gothorum en douze livres est perdue. C est Gassiodore qui s'est avisé de rattacher les Goths aux Gètes et les Gètes aux Scythes, de façon à faire remonter leur histoire jusqu'aux temps du pharaon Sésostris.
Ces fables sont reproduites par Jordanes, évoque de Ravenne, mais Goth d'origine, qui raconta l'histoire de sa nation d'après Gassiodore ; cet ouvrage De rébus geticis (de 201 à 550), s'est conservé et nous dédommage de la perte de loriginal.
Pour les Langobards, nous possédons un traité anonyme de Origine Langobardorum, très court, mais fondé sur des traditions nationales (après 671). Par contre nous n'avons plus le De Langobardorum ^esôis, du Romain Secundus, évéque de Trente (f 612). Heureusement ce sujet a été repris par un des plus célèbres auteurs du viii^ siècle, le
Langobard Paul Diacre, dont X Hisloria Langobardomm s'étend jusqu en 744. Il eut pour continuateur un moine du Mont-Cassin, Brohempert, Historia Langobardorum (de 774 à 889), dont il ne nous reste qu'un abrégé.
Les Goths d'Espagne n'ont pas eu d'historien national. Ce que Ion sait de leur histoire, nous le devons dMX chroniques générales, qui ont paru en Espagne de leur temps : à savoir la chronique d'idace, qui continue S. Jérôme (de 379 à 468), la chronique d'Isidore de Séville, De sex aetatibus mtindi, à laquelle se rattache une courte chronique des rois goths, vandales et suèves (de 176 à 628) ; ces auteurs sont, l'un et l'autre, Romains d'origine. Le premier écrivain goth qui s'appliqua à l'histoire, est Jea^i de Biclar, qui continua la chronique latine de Victor de Tunnes(p. 290) de 566 à 590. On doit à Julien de Tolède une Historia Wambae (en 673), qui n'est qu'un fragment, mais précieux.
Recueils ; Vulcanii, Goihicarum et Langobardicarum rerum scriptores, Leyde, 1618. — Muratori (tom. MI). — Pertz, série in-4 : Sanptores rerum italicarum.
Critique : Jacobi, Die Quellen der Langobardengeschichie. Halle, 1877.
Historiens bretons.
Les Bretons, depuis quils ont succombé sous les armes des Anglo-Saxons, n'ont plus joué un grand rôle dans l'histoire ; mais en revanche, ils se sont fait une place d'autant plus belle dans la légende, et il faut en parler en tant que ces légendes ont influé sur le reste de la littérature historique du moyen âge.
Le plus ancien historien des malheurs de sa race, est le moine breton Gfildas (f 577), De excidio Britanniae, qui expose les vicissitudes de la Bretagne depuis la conquête romaine jusqu'à la dernière victoire des Bretons sur les Saxons (de 85 à 516). lia seconde partie, dont quelques éditeurs ont fait à tort un écrit spécial (sous le titre cVEpistola), nesi qu'une longue récrimination contre la corruption morale de son temps. Le fameux Arthur des légendes bretonnes n'est
pas même nommé dans Gildas, qui est le seul historien contemporain.
Le second historien national des Bretons est Nennius, qui écrivit au ix* siècle (vers 858), peut-être dans la Bretagne française, son Hisioria Britonum (jusqu'en 550). Il rapporte l'origine troyenne des Bretons, d après des auteurs perdus feœ annalibus Bomanorum). Il termine par les exploits d'Arthur, qui apparaît ici pour la première fois, non comme roi, mais simple duœ bellorum. Le texte que nous possédons est interpolé.
Enfin le plus important des historiens bretons, au point de vue de la légende, est Galfirid de Monmouth (f 1155), auteur des Gesta Regum Britanniae ; c'est le grand recueil des légendes bretonnes du cycle d'Arthur et de la table ronde et la source littéraire commune où puisèrent tant de poètes depuis Robert Wace jusqu'à Shakspeare. Son autorité historique est nulle. Aussi a-t-il été déjà contredit de son temps par Girald de Cambrie (f 1223), Cambriae descriptio, c. 7, et par Guillaume de Newbuï-y (f l'i08). En vain invoque-til un vieux texte breton [quemdam Etnlminici sennonis Wbrum), qu'il n'aurait que traduit. Ce genre de fraude littéraire est très fréquent au moyen âge.
Néanmoins c'est faire trop d'honneur à son génie que de lui attribuer l'invention de ces récits d'une poésie incontestable ; il n'a fait sans doute qun les emprunter à la tradition populaire. Mais sur son autorité, ces légendes ont fini par être acceptées comme de l'histoire et reproduites dans d'autres historiens jusqu'à la fin du moyen âge.
Après ceux-là, il n'y a plus d'histoire nationale des Bretons en latin, qui mérite une mention. Ralph de Diceto (xiii* siècle) n'est qu'un abréviateur.
Quant à Richard de Cirencester, son De situ Britaniae, publié pour la première fois en 1747, est une fraude littéraire de l'éditeur, mais reconnue seulement depuis peu fcf, la préface au Ricardus dans BoUs séries^ 1869).
Recueils : Monumenta historica Britannica de Petrïe ; — Rolls séries (cités plus haut, p. 274).
Critique : San-Marthe, zur kritik des Gotif. von Monmouth. Halle, 1857. — P. Paris, Mémoire sur Nennius et Monmouth (Institut), 1865.
Historiens anglo-saxons.
Les Saxons, qui avaient supplanté les Bretons dans la plus grande partie de la Grande Bretagne , ont trouvé leur premier historien national, environ un siècle après leur conversion au christianisme, dans le vénérable Bède (672-735), abbé du monastère de Wermouth, Thomme le plus instruit de son siècle. De ses nombreux ouvrages à la fois théologiques et historiques, nous devons mentionner ici son : Historia exclesiastica gentis Anglorum^ en cinq livres, depuis la conversion de son peuple jusqu a son temps (590-731). C'est la source première sur laquelle reposent toutes les autres histoires de T Angleterre.
Les auteurs suivants n'ont donc de l'autorité que pour la portion de leurs ouvrages qui forme la continuation de Bède. Ce sont la chronique anglo-saxonne , que nous retrouverons plus loin , et Elwerd, Chronicon de rébus anglicis en quatre livres, dont les deux derniers livres seulement (de 787 à 974), peuvent être considérés comme source; encore ces deux livres paraissent n'être qu'un extrait de la Chronique anglo-saxonne précédente.
Il reste à citer deux compilateurs du xif siècle, Siméon de Durham, et Henri de Huntingdou. qui ont continué l'histoire des rois d'Angleterre jusqu'à leur temps, le premier jusqu'en 1130, le second jusqu'en 1154. Ils n'ont une certaine valeur que pour les dernières années.
Quant à XHistoria Monasierii Croijlandensis par Ingulf, dont Aug. Thierry a souvent usé dans son Histoire de la conquête normande, il a été reconnu depuis qu(5 c'est une fraude, remontant au xiv® siècle (voir Hardy, II, p. (ot).
Historiens anglo-normands.
Avec Guillaume le Conquérant commence une phase nouvelle dans la littérature coiimie dans l'histoire de l'Angleterre. On ne peut plus pari n- d'historiens nationaux. Ce sont des étrangers, des Normands de France, qui écrivent
cette histoire : Dudon de St Quentin, De Geslis ducum Normanniae , qui ne s'occupe que des ducs normands (860-1002); Guillaume de Jumièges, Historiae Normnnorum, qui reprend en abrégé Toeuvre du précédent (livres I-IV) et la continue ensuite jusqu'en 1135 (livres V- VII) ; Robert du Mont St Michel, qui ajoute au précédent un livre VIII (1135-1150), et enfin le plus important de tous, Orderic Vital, qui comprend une histoire générale des Normands de France, d'Angleterre, de Sicile sous le titre diHistoyna ecclesiastica (depuis J.-C. jusqu'en 1142).
Recueu. : Ducliesne, Historiae Normannorum scriptores antîqui (838- 1220). Paris, 1619, fol. — Bouquet (vol. 9-12) ; — Société H. de France (Orderic Vital); — Collection Guizot (traductions).
C est encore un Normand d'origine, Guillaume de Malmesbury (f 1148), qui reprit l'histoire de l'Angleterre depuis ses origines saxonnes sous le titre de : De gestis rerum Anglorum en cinq livres (449-1126), avec un supplément Historia novella (1 126- 1 143).
Depuis l'avènement des Plantagenêts, sous lesquels s'opère la fusion des deux races, l'histoire générale de l'Angleterre a fait l'objet de deux grands ouvrages, Roger Hoveden Chronica (de 732 à 1201), et Matthieu Paris, Chronica Major (de la Création à 1259). 11 existe aussi un extrait de ce dernier, sous le titre de : Historia Minor (de 1066 à 1253). L'un et l'autre ne font autorité que pour leur temps. L'ouvrage du premier est une compilation de différents auteurs pour la première partie (732-1169), un remaniement des Gesta Henrici II pour la seconde partie (1169-1192) et n'est vraiment original que dans la dernière partie (1192- 1201). De même, dans la grande compilation de Mathieu Paris, on reconnaît trois auteurs du même monastère de St Alban, Jean Wallingford ou de Cella (jusqu'en 1189), Roger de Wendover (de 1189 à 1235) et comme troisième seulement Mathieu Paris (de 1235 à 1253).
Recueils : Monumenta historica Britannica de Pétrie ; — Rolls séries.
Critiqub : Lappenberg, Geschichte von England; vol. I. Einleitung; vol. H, p. 372-400. — Hardy, Descriptive catalogue of Mss, relating to the History of&reat Britain (jusqu'en 1327;. Londres, 3 vol., 1862-71; ainsi que les Préfaces des Editeurs des Rolls séries, - Gardineret Mailinger, Introduction to the study ofenglish History, Londres, 1881.
Historiens irlandais.
Les origines nationales deTIrlande sont enveloppées dans un brouillard de fables ou de légendes où il est difficile de reconnaître un seul fait vraiment historique. Ces fables ont été recueillies dans diflRérentes chroniques, dont la plus célèbre, connue sous le nom de Annales Hibernici IV Magisiromm usque ad A 1172, a été compilée dans sa forme actqelle par un frère franciscain du xvii* siècle. On trouvera des renseignements plus sûrs dans les historiens anglais du moyen âge, depuis l'établissement de la domination anglaise sous Henri II. Cette conquête a été racontée par Girald de Cambrie (\ 1223), Expugiiatio Hiberniae^ auteur aussi d'une description de ce pays sous le titre de Topographia Hiberniae,
Recueils : Rerum Hibemicarum scriptores, by O'Connor. Londres, 1814-26, 4 vol. in-4.
Critique : OVnrvy, Lectures on the Ms.Material ofAncient irish history, Dublin, 1861.
Historiens Scandinaves.
L'histoire nationale des peuples du nord de l'Europe commence aussi par des traditions, connues sous le nom de Sagas, Partout ailleurs ces traditions ne nous sont parvenues que par l'intermédiaire des moines écrivant en latin, qui les ont plus ou moins altérées en les traduisant. Les Sagas des peuples du nord nous ont été conservées dans leur forme et leur langue primitives, c'est là ce qui fait leur originalité : ce sont des produits spontanés du génie Scandinave, créés sans modèles et encore purs de tout alliage étranger. On ne peut y comparer que les premières productions poétiques de la Grèce ou de l'Orient.
Ces sagas n'étaient pas écrites ; elles se transmettaient par les scaldes ou poètes indigènes, qui les chantaient en public, comme le fesaient ailleurs les troubadours ou les trouvères. Les scaldes qui nous sont parvenus, sont déjà chrétiens sans doute ; mais ils n'ont fait que reproduire les chants des scaldes payens, qui les avaient précédés.
Quant à ïécriiure runnique de 16 signes, qui n est que notre alphabet occidental simplifié et altéré, elle était d'un usage trop restreint pour avoir servi, comme on l'a cm longtemps, sur la foi de Saxo (PraefJ, à fixer le texte des chants nationaux. Comme source historique, les runes se rattachent à l'épigraphie ; ils n'ont rien de commun avec la littérature.
C'est au XI* siècle seulement qu'on a commencé à faire des recueils de Sagas et d'abord en Islande : .4ra Frode (f 1148), Sœmiind (f 1133), Snorro Siiirleson (f 1241) sont les auteurs des plus anciens de ces recueils.
Dans ces recueils, faits sans critique, sont mélangées des sagas d'origine diverse ; il faut distinguer d'abord les sagas nationales des sagas romanesques^ de provenance étrangère, qui sont évidemment tirées des romans de chevalerie en vogue dans le midi de l'Europe .
Après avoir éliminé celles-ci, il faut faire une seconde distinction entre les sagas mythologiques ^ qui ne concernent que l'histoire des dieux, et les sagas héroïques, qui ont pour sujet un personnage humain.
Seules, ces dernières touchent à l'histoire. Sans doute, l'histoire politique n'y tient guères de place ; il n'y a non plus aucune chronologie ; il ne s'agit que de mettre en relief les qualités et les aventures individuelles d'un héros. Ce qu'on y trouve, c'est un tableau poétique des moeurs, des usages, des croyances de l'ancien Nord ; là réside leur principal intérêt historique.
Recueils : Heimshrirtyla af Snon^e Sturlesons. Copenhague, 1777-1826 6 vol fol. — Foi*manna-Sôgui\ Copenhague, 1825-37, 12 vol. in-8.
Traduction : Aal (Jacob), JS^orske Kongevs Sagaer. Christiania, 1838-40 5 vol in-4.
Critique . Muller (P.-E.), Saga-Bihliotheh, Copenhague, 1817-20, 3 vol. — Bugge, Studier over de nord Gude og Heltesagns Oprindelse. Christiania, 1880.
Quant aux historiens proprement dits, ils commencent au XII* siècle avec le grand historien national du Danemark, Saxo Grammaticus (f 1204). Avant lui, cette histoire n'avait été qu'effleurée par des missionnaires étrangers, Rimbert et Adam de Brème. Ses Historiae Danicae forment seize livres, dont les neuf premiers sont consacrés aux légendes, et les sept derniers à l'histoire (jusqu'en 1185).
ÈomoNS ; Saxonis grammatici, Historia Danica, rec. P.-E. Muller. Copenhague, 1839-58, 2 vol. in-8. — Saxonis grammatici, Gesta Danorum, von Alfred Holder. Strassburg, 1886.
Critique : Dahlmann, Forschungen, vol. I. Altona, 1832.— Millier (P.-E.). Critisk Undersôgelse af Saxo's historiés. Copenhague, 1823-30, deux parties.
Historiens slaves et magyars.
Les premières histoires nationales chez les Slaves occidentaux sont aussi en latin et datent du xii* siècle. Pour les temps antérieurs il faut consulter les chroniques étrangères, surtout celles de l'Allemagne. La plus importante est la chronica Slavorum d'Helmold, prêtre allemand, qui vécut au milieu des Slaves, connus sous le nom de Winithi ou Wendes, de l'Allemagne orientale. Cet ouvrage, qui s'étend depuis l'époque de Charlemagne jusqu'en 1170, fut continué par le prêtre Arnold de Lubeck (de 1171 jusqu'en 1209).
Recueil : Les Scriptures de Pertz, t. xxi.
Critique : Giesebreclit (L.), Wendische Geschichten. Berlin, 1843, vol. III, appendice.
Vincent Eadlubek, évêque de Cracovie (f 1223), est le premier historien important de la Pologne. Son ouvrage. De gestis Polonorum, s'étend jusqu'en 1203.
Recueils : Monumenia Poloniae historica^ éd. Bielowski, 1864-84,4 vol.
Critique : Zeissberg, Die polnîsche Geschichtssehreihung des M, Alters. Lepsig, 1873.
Gosmas de Prague, doyen de cette ville (1125), fut pour les Bohèmes ce que Kadlubek est pour les Polonais. Ses Chronicae Bohemoriim en trois livres (jusqu'en 1125) sont le point de départ de toutes les chroniques nationales. Il a eu plusieurs continuateurs, qui ont poussé cet ouvrage jusqu'en
Recueil : Fontes rerum Bohemicarum. Prague, 1871, vol. I-II.
Critique : Palaçky, Wûrdigung der alien BOhmischen Geschichtsschreiber. Prague, 1830.
Les premiers historiens nationaux de la Hongrie sont au nombre de trois : un anonyme (du xii* siècle), connue sous le nom de Noiarius régis Belae^ De septem primis ducibus Hungariae (819-931); Simon de Keza (xiii® siècle), Gesta Hunnorum et Hungarorum (jusquen 1290) et une chronique du XIV® siècle (jusqu'en 1358), anonyme aussi.
Recueil : Rerum hungaricarum monumenta arpadiana, éd. Endlicher SangaHi, 1849. — Monumenta Hungariae historica : Scriptoi'es. Pest,
Critique : Marczali, Ungarns Geschichtsschreiber im Zeitalter der Arpadeo. Berlin, 1882. — Lorenz, Ungariscke Geschichtsquellen (Appendice au vol. I, Deutschland's Geschichtsquellen).
2^ Continuations et histoires détachées.
A ces histoires nationales^ qui sont comme les fondations de l'historiographie du moyen âge, succèdent deux espèces d'écrits historiques, les Annales^ dont nous avons défini le caractère et l'utilité (p. 291), et les historiens proprement dits, qui ont laissé des productions détachées.
Les Annales sont presque toujours anonymes; aussi les désigne-t-on par le nom du monastère dont provient le Ms. et où l'on suppose qu elles ont été recueillies [Annales Mettenses, Bertiniani^ Fedastini, Fiddenses, etc.). Chaque
monastère un peu important tenait un recueil de ce genre» Aussi rénumération que Potthast en donne (V^ Annales) ne remplit pas moins de 50 colonnes. Sans doute, dans ce nombre, il faut distinguer les originaux et les copies; mais, même dans celles-ci, on peut glaner des annotations originales, qui y ont été insérées par le copiste. De là un premier travail de confrontation entre ces textes si nombreux, afin dy noter les parties communes et les parties indépendantes, avant de se prononcer sur leur originalité et sur leur autorité historique. Ce travail considérable a été poursuivi avec beaucoup de zèle par Técole de Pertz en Allemagne.
Recueils : Toutes les grandes coUections historiques contiennent des Annales; mais le meilleur de ces recueils est celui des Scriptores de Pertz, parce que les Éditeurs ont pris la peine de marquer par une différence dMmpression les parties originales {en grand caractère) et les emprunts {en petit caractère), et d'indiquer en marge la source de ceux-ci.
Critique : Ranke {L.),Zur Kritik frànkisch-deutscher Reichsannalisten. Berlin, 1854. — La distinction établie par cet auteur entre les Annales d*un caractère officiel, écrites sous Tinspiration de la cour, et les Annales purement monastiques, a donné lieu à une controverse et suscité un grand nombre d'écrits pour ou contre. On en trouve Ténuménition et ranalyse dans Richter, Annalender deutschen Geschichte. Halle. 1887, vol. II (Excurse II : Bericht ûber den Stand der Annalenfrage).
Quant aux historiens proprement dits, nous éliminons ici les histoires locales ^ soit provinciales, soit monastiques; les autres peuvent se partager en cinq classes, savoir : les historiens carolingiens ; — les historiens latins de la troisième race ; — les historiens des empereurs ; — ceux des papes, — et les historiens latins des croisades.
Les historiens carolingihns (du vm® au x* siècle).
Parmi les continuateurs de Frédégaire (p. 296), on rencontre deux auteurs anonymes, qui ont écrit sous Tinspiration directe des premiers Carolingiens : le plus ancien des deux continua les Gesta Francorum de 680 à 7c2, à la demande du comte austrasien Childebrand, un frère du
fameux Charles Martel; le second poursuivit Tœuvre précédente de 752 à 768, pour Nibelung, le fils de Childebrand. Ce sont les premiers historiens que fAustrasie produisit. Avec eux s'ouvre, chez les Francs proprement dits, une période d'activité littéraire, que Charlemagne porta bientôt à son apogée.
Un règne aussi célèbre que celui de Charlemagne ne pouvait manquer de susciter des historiens. Il eut même ses poètes. Nous avons â^Angilbert, THomère de sa cour, des fragments épiques, qui ne manquent pas de coloris. Parmi les historiens de Charlemagne, Eginhard est le seul qui fût à la hauteur d'un tel sujet. Il avait rempli les fonctions de secrétaire intime à la cour de ce prince ; il mourut abbé du monastère de Seligenstadt (l'an 844j. Il nous a laissé deux ouvrages : des Annales, de 741 à 829, et une Vila Caroli- Alagni. L'authenticité du premier est fort discutée entre les modernes. En tout cas, l'auteur parait s'être proposé simplement de mettre, en meilleur style les annales monastiques, dont la latinité encore barbare laissait beaucoup à désirer. I Le second de ces ouvrages est entièrement original, et, par
le fond comme par la forme, il peut étro mis au niveau des bonnes productions de l'antiquité classique, qu'Eginhard avait prises pour modèle.
Un moine du ix® siècle, cité sous le nom de Poeta Saxo, a mis en vers latins l'histoire de Charlemagne en s'inspirant d'Eginhard.
Un autre moine du même siècle, l'anonyme de S. Gall, écrivit à la demande de Charles le Gros : De gesiis Caroli Magni ; c'est un recueil de iàbles et d'anecdotes, qu'on ne peut ranger parmi les sources historiques, mais qui a un grand intérêt littéraire, parce qu'il nous fait assister à l'éclosion des légendes populaires qui ne pouvaient manquer de se produire et de se développer autour de la mémoire de Charlemagne. Moins historique encore est VHistoria de vila Caroli M. el Rolandi, attribuée à l'archevêque Turpin de Rheims, qui vécut au viii* siècle. En réalité, c'est une fraude
du xi^ siècle, qui reproduit la légende populaire dans Tune de ses dernières métamorphoses.
Louis le Pieux, le successeur de Charlemagne, eut deux biographes et un poète. Sa biographie par Thegan, évéque suffragant de Trêves (f av. 849), ne comprend que les 23 premières années de ce règne (813-837). L'auteur, d'un jugement sain, nous fait bien connaître le caractère personnel du prince ; mais sa prédilection pour celui-ci laveugle sur ses défauts.
Le biographe connu sous le nom de TAstronome, parce qu'il remplissait cette fonction à la cour impériale, embrasse la vie entière de Louis le Pieux depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort (776-840). Plus détaillée que la précédente, cette vie reproduit mieux le caractère général du temps et jette en particulier une vive lumière sur les cabales de la cour, qui devaient amener la ruine de l'empire,
Louis le Pieux eut aussi son poète dans Brmold le Noir, abbé d'Aniane, qui chanta en hexamètres les actions de ce prince, sous le titre De gestis Ludovici (de 801 à 826) : il s'occupe surtout de sa lutte contre les Arabes d'Espagne (en 801) et contre les Bretons de l'Armorique (en 818). C'est un panégyrique et non pas une histoire, mais intéressant par les détails de mœurs.
Au même règne se rapportent les vies de deux abbés, cousins de Charlemagne et très influents sous son successeur : Vila S. Adalhardi, Vitae ven. Walae^ par Paschase Radbert, moine de leur abbaye. Ce sont aussi des panégyriques, non exempts de partialité, mais qui contribuent à faire connaître les intrigues et les désordres de ce règne.
Les luttes violentes qui éclatèrent entre les fils de Louis le Pieux, ont trouvé un historien dans Nithard, qui était fils naturel d'Angilbert le poète et d'une fille de Charlemagne et mourut abbé de S. Riquier (en 858). Son ouvrage s'étend jusqu'au partage de Verdun (814*843). Dans cette querelle, Nithard tient le parti de Charles le Chauve contre l'empereur Lothaire.
Après le partage de Verdun, chaque fraction de l'empire
de Charlemagne eut ses historiens particuliers. On trouvera rhistoire de la Lotharingie dans Réginon de Prum (f 915), dont la chronique comprend une compilation d'annalistes antérieurs (de gestis regum Francorum, depuis 741) et une continuation originale (de 818 à 905) ; et qui eut à son tour un continuateur anonyme (de 905 à 967).
Les annales de la Neustrie ont été écrites (à la suite de l'anonyme connu sous le nom d'Annales Bertiniani) par Pradent de Troyes (de 836 à 860), — par le célèbre archevêque Hincmar de Rheims (de 860 à 882) ; — par le moine Flodoard de Rheims (de 919 à 966), — et par un autre moine de cette ville, Rioher, qui reprend Thistoire depuis la fin d'Hincmar, de façon à combler Ja lacune qui existait entre les deux auteurs précédents ; il continue ensuite Flodoard jusqu'à son temps f882-995). Cette œuvre considérable, intitulée Histo/iarum libri /V, était perdue; c'est une des belles découvertes de Pertz, qui la retrouva en 1833.
Les dévastations des Normands devant Paris ont donné lieu à deux opuscules, dus à deux moines de S. Germain des Près, Âimoin, De Normannorum gestis circa Parisiacam urbem A° 846 ; ce n'est qu'un fragment ; — et Âbbon, De bello Parisiaco (885-887.) ; poème bizarre, h peine intelligible, mais curieux, parce que l'auteur, témoin oculaire, suit pas à pas l'histoire de ce siège.
L'histoire de l'Italie, à la même époque, présente deux auteurs saillants, mais dont on ne peut se servir qu'avec prudence : car l'un tient du panégyrique, c'est le Carmen in laudem Berengarii Augusti (887-916), poème anonyme, mais précieux, parce qu'il est contemporain ; l'autre tient du pamphlet : c'est l'ouvrage de Lnitprand, évêque de Crémone, d'abord secrétaire de Déranger II, ensuite au service de l'empereur Otton le Grand, deux fois chargé par celui-ci d'une ambassade à Constantinople, dont il a laissé une relation toujours curieuse, mais écrite dans ce même esprit de dénigrement. Mêlé à toutes les luttes de son temps, Luitprand en fait l'histoire avec une passion qui ne se dissimule môme pas : de là, son titre Jntapodosis, c est-à-dire
rétribution, ou plutôt, revanche, pour tous les maux ou les biens que l'auteur a reçus de ses adversaires et de ses amis. Son ouvrage, divisé en six livres, comprend l'histoire générale depuis la déposition de .Charles le Gros jusqu'à son temps (de 888 à 950). Dans les livres Mil (de 888 à 930), il fait rhistoire d'après les autres, sur des relations orales^ assez inexactes ; dans les livres IV-VI (de 930 à 950), il parle en témoin immédiat. Luitprand écrit avec beaucoup de verve, mêlant les vers et la prose, les invectives et les anecdotes, celles-ci trop souvent scandaleuses Sa partialité est évidente, en particulier contre les papes de cette époque, qui étaient loin d'être tous édifiants, mais dont il exagère encore les torts et les scandales. Avec Luitprand» nous terminons l'histoire des Carolingiens, dont les derniers rejetons disparaissent vers cette époque.
Recueils : pour cette ôpoqa3 où Thistoire de la France et de l'Âliemagne se confondent, les recueils des deux pays comprennent les mêmes hi8tx)rien8; ce sont : Bouquet (vol. V-IX); — les Scriptwes àQ^erti (vol. I-II) ; — la Bibliotheca rerum germanicarum de Jaflfé (meilleur texte d*Ëginhard); — la société de l'histoire de France, qui donne les textes avec traduction (Eginhard, Richer, Annales); — la Collection Quizot (traductions, sans le texte).
OarriQUE : tous les travaux critiques sur cette époque sont signalés et résumés dans le vol. I des DetUschlands Geschichtsquellen deWattenbach, cité p. 268. — Sur les Annales d'Eginhard, voyez les discussions dans le Neues Archiv, vol. 7, 8, 10, 11. — Paris (G.). Histoire poétique de Charlemagne. Paris, 1865. — (Bénédictins), Histoire littéi^aire de France, vol. 4-6.
Les historiens latins de la 3* race (xi^-xiv® siècle).
Avec l'avènement de la féodalité, commence l'histoire particulière des grands fiefs (Anjou, Normandie, Flandre, etc.) ou des églises épiscopales (Cambrai, Liège, etc.), ou des grandes abbayes (Fleury, Stavelot). Toutes ces chroniques particulières fournissent des matériaux à l'histoire générale du temps. Mais il y a aussi un petit nombre d'historiens qui ont une portée plus étendue, et qui continuent, sous ce rapport, les historiens carolingiens; ce sont les
historiens des empereurs en Allemagne et œux de la 3^ race en France. C'est par ces derniers que nous commencerons.
De Favènement de la 3' race, date Raoul Glab6r,qui,dans ses Hisùoriarum libri ?^ (de 987 à 1044), comprend Hugues Capet et ses premiers successeurs. L'auteur appartenait au monastère de Cluny.
Mais c'est surtout le monastère de St.-Denys qui fut le dépôt, pour ainsi parler, des annales de la monarchie française. Le plus célèbre abbé de St.-Denys au xii* siècle, Snger, précurseur de Richelieu, n a pas été seulement le restaurateur de la monarchie en France ; mais il a pris soin encore d'en recueillir les premières annales. Il écrivit luimême la vie des deux princes dont il fut le conseiller : Vita Ludovici VI {de 1108 à 1137) et Fita Lwiovici VII (de 1137 à 1152); il ne reste qu'un fragment de celle-ci (Bibl. Ec. des Chartes, 1873). Suger trouva des continuateurs.
Le règne si important de Philippe Auguste n'a pas eu moins de deux historiens, l'un, abbé aussi de St-Denys, Bigord, Geifta Philippi Aug. (de 1179 à 1208), l'autre chapelain particulier du roi et employé par celui-ci dans diverses négociations, Guillaume le Breton. Ce dernier consacra à son maitre deux ouvrages, une histoire, qui est à la fois un résumé et une continuation de Rigord (1179-1223), et une épopée, la Philippide, en hexamètres latins.
Les vies de St. -Louis (1226-70) relèvent en partie de l'hagiographie (Bollandistes y 25 août). Les matériaux de son histoire sont également rassemblés dans le grand ouvrage de Lenain de Tillemont, resté inédit jusqu'à notre temps.
Au xin^ siècle appartient encore Guillaume de Nangis (f 1300), moine et archiviste de St-Denys, qui, outre une chronique générale, écrivit, d'après d'autres auteurs, les Oesia Ludovici IX (de 1226 à 12i0) et les Gesta Phili/^i III (de 1270 à 1285). Nangis a eu pour continuateur un moine anonyme du même monastère, Continuator Guil. de Nanffiaco^ dont l'œuvre embrasse une partie du xiv^ siècle (de 1300 à 1368). Ici se termine la collection des Chroniques
latines de St Denys, dans lesquelles ont puisé tous les autres historiens de la 3*^ race, et en particulier les historiens en langue vulgaire, qui débutent à cette époque.
RECUEn.s ; Bouquet (vol. 10-23) ; - Société de Thistoire de France (Suger, Tillemonty Rigord, G. le Breton^ Nangis, avec ses continuateurs); — Collection Guizot (traductions).
Critiqi E : voir les Préfaces des éditeurs dans les recueils cités. — (Bénédictins), Bistoire litt&t^aire de France (vol. 9-23i.
Historiens des empereurs (x-xiii® siècle).
Les Ottons de Saxe, qui relevèrent Tempire du moyen âge, donnèrent en même temps une nouvelle impulsion aux lettres, et suscitèrent les premiers historiens saxons, ceux auxquels nous devons les annales de cette dynastie. Ce sont :
Widukind (fin du x« siècle), moine de Corvey, dont les Annales (jusqu'en 937) sont surtout importantes pour les précurseurs des Ottons, Conrad I et Henri I ;
Hroswitha,* religieuse du couvent de Gandersheim, à laquelle on doit un poème De Gestis Otlonis Magni (919- 67), très utile à l'histoire de ce prince, ainsi que des drames religieux, qui attestent la haute culture littéraire des monastères de femmes à cette époque ;
Thietmar, évêque de Mersebourg en Saxe (f 1019), et bien placé pour connaître ce qui se passait à la cour quand elle résidait dans cette ville; sa chronique (jusqu'en 1018) comprend toute l'histoire de l'empire depuis Charles le Gros.
A ces historiens saxons, il faut ajouter, pour ne citer que les plus saillants, un moine de Cologne, Ruotger, qui écrivit la vie de son archevêque, Vita Brunonis, frère d'Otton le Grand, et Adelbold, évêque d'Qtrecht (f 1027), après avoir été chancelier de Henri II, et auteur d'une Vita de ce prince^ avec lequel finit la maison de Saxe.
La maison de Franconie eut pour premier historien Wippon, l^ita Conradis II (jusqu'en 1039), dont il avait été chapelain et chancelier.
Vient ensuite Lambert de Hersfeld, historien presque clas-
sique, dont les Annales comprennent, après une courte chronologie depuis la création, l'histoire développée de son temps (1050-77).
Les historiens suivants, contemporains de la grande querelle du sacerdoce et de Tempire, se partagent désormais en deux camps, les uns pour, les autres contre l'empereur.
l^armi les adversaires de Fempire, se rangent le moine Bninon de Saxe, auteur du Liber de bello saxonico (1073- 82); — Bonizon, évêque de Sutri, Liber de persecutione ecclesiaey sans compter un grand nombre d'écrits plus polémiques qu'historiques.
Parmi les partisans de l'empereur, se distinguent le poète anonyme du Carmen de bello saxonico ; — Benzon, évêque d'Albe, auteur d'un panégyrique moitié versifié ai Henricum TV; — l'auteur anonyme de la Vita Henrici IV; — le cardinal Benon, dont la vita Gregorii VIT n'est qu'un violent pamphlet, sans compter les chroniques universelles, empreintes du môme esprit, de Berthold de Constance et de Sigebert de Gembloux (p. 320).
On ne sait trop où classer un dernier auteur du temps. Guidon, évêque de Ferrare, qui, dans une moitié de son ouvrage, prend le parti du pape, et qui, dans l'autre moitié, se réfute lui-même en se prononçant pour l'empereur.
L'historien officiel de l'empereur Henri V, David le Soote, est perdu.
Sous la maison de Souabe, qui succède à celle de Franconie, l'empire, arrivé à son apogée, produisit ses derniers historiens latins de mérite, et tout d'abord le plus grand historien de l'Allemagne au moyen âge, Otton de Babenberg (f 1158). Fils de St Léopold d'Autriche et tenant par sa mère à la lignée des empereurs, mais destiné à l'Eglise et devenu évêque de Freising, Otton était bien placé, par sa naissance et par ses fonctions, pour connaître l'histoire de son temps et pour l'écrire. Il y fut invité par l'empereur luimême, le grand Frédéric Barberousse. C'est pour ce prince qu'il écrivit son Chronieon, histoire universelle en huit livres.
sur laquelle nous reviendrons. Dans le 7* livre, il abordait l'histoire de son temps (1100-1146), qu'il continua dans un second ouvrage, De gestis Frederici I en deux livres (1146- 1156). Interrompu par la mort, il en laissa la continuation à son disciple Ragewin, prévôt de Freising, qui y ajouta quatre livres (1155-1160^ Cette œuvre, remarquable par l'art, peu commun alors, d'enchaîner les faits en les racontant, marque l'apogée de la littérature historique au moyen âge.
Il en existe une autre continuation, mais inférieure en mérite, par l'abbé Otton de S. Biaise (1146-1209).
La maison de Souabe eut aussi ses poètes : Fauteur du Lingurinics, dont l'authenticité, il est vrai, est contestée ; attribué par les uns au moine contemporain, Gunther de Paris ; par les autres à Conrad Celtes, un humaniste du xvi* siècle ; — ensuite Godefroid de Viterbe, chapelain des empereurs et auteur du Carmen de gestis Frederici I in Ualia.
Sur les derniers temps de cette maison, dont les destinées se jouaient alors en Italie, il faut signaler les historiens italiens du tempi^ : Richard de San Germano, attaché à la cour de Frédéric II, dont les Chroniques comprennent la plus grande partie du règne de ce prince (1189-1243) ; — Nicolas de Jamsilla, qui ajoute, au règne de Frédéric, <;elui de ses fils, Conrad et Manfred (1210-1258).
Rbcueils : Muratori. — Pertz, Scriptores^ à savoir, les historiens de la maison de Saxe : vol. 3-4; ceux de la maison de Franconie : vol. 5-12; ceux des Hohenstaufen : vol. 16-2i.
CiuTiQUE : WaittenbekCh,Deutsc?UandsGesc?Uchtsquellen,voLll,'—G'\esebreclit (W ), Deutsche Kaiser zeit. 5 vol. (les appendices). — Wedekind, Noten zu einigen Geschichtsschreihem des deutschen MiUelalters. Hambourg, 1823, 3 vol. --Archiv fur deutsche Geschichtskunde (depuis 1820) périodique ; indispensable pour les nouveautés.
Les historiens des papes (du ix* au xiii® siècle). Le rôle éminent que les papes ont joué dans les plus grands événements du moyen âge, donne à leurs biographies une importance capitale. Il en existe deux recueils, plus un cer-
tain nombre de vies détachées. Le plus ancien de ces recueils est connu sous le nom de Liber ponttficalis, compilation faite en plusieurs fois, et qui a été attribuée erronément au Romain Anastase le Bibliothécaire. Il comprend les vies des papes depuis S. Pierre jusqu'à Etienne VI (891).
Au XII* siècle, fut composé le second recueil, attribué non moins faussement à Cenciics Camerarius.
Ce recueil, qui s'étend, avec quelques lacunes, de 891 à 1241, n'est aussi qu'une compilation.
Sur les auteurs de ces deux compilations, sur les matériaux qu'ils y ont fait entrer, sur l'antiquité de ces matériaux, il y a plusieurs théories parmi les critiques modernes» dont nous bornerons ici à indiquer les travaux.
Recueils : Muratori (tome III). — Pertz, Scriptores (sous presse). — Watterich, Pontificum romanorum vitae ah aequalifms conscriptae, Leipsig. 1862 : tome I (872-1099). Tome II (1099-1198). - Publications de TEcole française de Rome (Liber pontificalis, Paris 1884-86).
€RmQUE : Ch De Smedt, Introductio ad hist. eccl. (p. 220-280). — Du chesne, Etude sur le Liber pontificalis. Paris, 1877. — Doellinger. Die Papstfabeln des Aft7/<?/a//er5.Munich,1863. - Waitz,2V?M^5 ArcWr,1879.
Les historiens latins des croisades (xii«-xin* siècles).
Il n'est guère d'historien du xii** ou du xiix^ siècle qui ne parle des croisades, et qu'on ne puisse consulter à ce sujet. Mais ces fameuses expéditions ont eu aussi leurs historiens particuliers, que nous devons énumérer ici, en distinguant les historiens de première main, qui ont assisté aux événements, et les historiens de seconde main, qui les ont racontés d'après d'autres.
Pour la première croisade, sont historiens de première main : Raymond d* Agile, Historia Ffancorum qui ceperunt Hieros, (1095-99/, récit d'un chanoine du Puy, témoin oculaire, qui avait suivi le célèbre Adhémar du Puy, légat du pape auprès des croisés ; — Pierre Tudébode, Historia de iiinere Hieros. en V livres (1095-99), prêtre du Poitou, et ayant suivi la croisade, avec ses deux frères, qui y périrent ;
— Foncher de Chartres, Gesta Francorum Hierusalem pergeniium (1095-1127), compagnon de Robert de Normandie, ensuite chapelain des Baudouins, rois de Jérusalem, racontant de visu, avec franchise et vérité, dans un styie plein de naïveté ; — Raoul de Gaen, Gesta Tancredis Régis Siciliae 1095-1107), au service duquel l'auteur avait été en Palestine.
Viennent ensuite d'autres relations, contemporaines aussi, par des auteurs qui, sans avoir assisté à la croisade, en parlent soit d'après des témoins immédiats, soit d'après des sources perdues. Ce sont : Albert d'Âix, De bello sacrOy en XII livres (1035-1121), ouvrage fondé sur des relations orales, au dire de l'auteur ; — Gnibert de Nogent, Historia hierosoL ou Gesta Dei per Francos^eu huit livres(1095-l 1 10), ouvrage fondé sur un anonyme perdu ; - Ekkehard d'Urach, Libellus de eœpugnatione hieros (1095-1105), fondé sur un ouvrage que l'auteur consulta dans un pèlerinage à Jérusalem; — Baudry de Dol, Historiae kierosolymitanœ^ en IV livres (1095-99), en grande partie d'après Tudébode; — on peut encore rattacher ici deux poèmes en hexamètres, sous le titre de : Historia gestorum et viae Hierosolymitanae, sept livres, dont trois (l'an 1095) par Foulque et quatre (1095-99) par Gilon de Paris.
Il reste enfin deux auteurs sur lesquels il y a doute, originaux d'après une opinion, compilateurs d'après l'autre : Robert de St-Remy, Historia hieros. (1095 99), moine de Rheims, qui n'a peut-être jamais été sur les lieux; - et l'auteur anonyme des Gesta Francorum expugnantium Hierusalem (1095-1106), qui n'est peut-être qu'un remaniement de Foncher de Chartres.
L'histoire du nouveau royaume latin de Jérusalem et des croisades entreprises pour sa défense a été racontée par les historiens suivants : Gauthier le chancelier, Historia de bellis Antiochenis (1 1 15-1 1 19), auteur qui fot chancelier du prince Roger d'Antioche ; — Raoul de Coggeshale, De eœpugnatione T. S. per Saladinum (USO-tO); — Odon de Penil, De profectione Ludomcii VII Régis in Orientem, en
sept livres (1144-49); moine de S. Denys, Fauteur fut chapelain du roi durant cette expédition. — Sur Texpôdition de l'empereur Frédéric Barberousse, nous avons les relations de trois témoins oculaires, Ânsbert, Tagenon et la Narralio brevis d'un anonyme (1189-95). — Sur la croisade de Richard Cœur de Lion (Gauthier Sauve-vin ?), //in^rarum Richardi R. in Terram sanctani (11S8-99). — Enfin nous avons des ouvrages d'ensemble par Guillaume de Tyr, Belli sacri historia en vingt-trois livres (1100-1184), comme historien, supérieur à tous ses contemporains ; — par Olivier l'Ecolâtre, Historia Regum T. S. (1096- 12I3),et HisloriaDamiatina (1217-1;::22), relation du siège de Damiette, auquel l'auteur, un chanoine de Cologne, avait assisté ; — par Jacques de Vitry, Historia orientalis en trois livrer (622-1218), qui est en partie un plagiat du précédent ; — par Guillaume de Tripoli, De statu Sarracenorum (1250-1273), qui se rapporte à l'histoire de la Palestine après la dernière croisade, celle de S. Louis.
La croisade qui aboutit à la prise de Coustantinople, trouva son historien latin dans Gunther , Historia constantinopolitana (1204), relation recueillie par un moine alsacien de la bouche de son abbé, qui avait pris part à l'expédition.
Les Etats latins fondés en Grèce eurent aussi leurs historiens latins. On peut rapporter ici Y Histoire de Romanie (de 1250 à 1300) par Marin Sanudo l'ancien, de Venise {f 1334). L'original était en latin ; mais nous n'en possédons plus que la version italienne, retrouvée récemment (Hopf, Chroniques gréco-romanes. Berlin, 1873).
On doit au môme auteur un second écrit des plus curieux, connu sous le titre de Sécréta fidelium crucis, qui développe tout un projet de croisade, à une époque où ces grandes entreprises n'excitaient plus l'enthousiasme des chrétiens. L'histoire des croisades qu'il contient, n'est qu'un abrégé des auteurs connus. Mais on y trouve une description intéressante de l'état politique de l'Orient, de ses ressources, de son commerce, avec des cartes géographiques^ curieuses pour l'époque.
A ces sources latines, il faut encore joindre, pour l'histoire des croisades, les historiens en langue vulgaire, qui débutent à cette époque (Villehardouin, Joinville, plus loin), ainsi que. les historiens byzantins et orientaux, qui nous font connaître les mômes événements d*un point de vue tout opposé, et qui fournissent un contrôle précieux pour la critique de nos historiens d'Occident.
Recueils : L*ancien recueil de BoDgara, Gesta Dei per Francos seu orientalium expeditionum historia (Hannovre, 1611) est suranné. — Le Recueil des historiens des croisades par Tlnstitut de France (1844-80) n*e8t pns achevé. — Traductions françaises dans la Collection Guizot. •— Analyse et extraits dans Michaud, Bibliothèque des croisades.
Critique : Sybel (H. de), Geschichte des I Kreuzzugs. Dusseldorf, 1841. Introduction : Zur Kritik der Quellen und der TAtteratur. — Kugler, Studien zur Geschichte des II Kreuzzuges. Stuttgard,1866. Analecten, Tubingue, 1878.
Aux croisades se rattache l'histoire de l'Espagne, qui n'est, au moyen âge, qu'une croisade prolongée. Trois espèces de sources nous font connaître cette histoire : ce sont les historiens arabes, les historiens latins, les historiens en langue vulgaire (voir plus loin). Les sources latines comprennent des annales, des chroniques universelles (Lucas de Tuy jusque 1236) et des histoires spéciales de l'Espagne. De celles-ci, la plus importante pour l'époque des croisades» est Rodrigue (Ximenès), archevêque de Tolède, dont la Chronica Hispaniae^ en neuf livres, s'étend jusqu'en 1243. La première partie est une compilation de divers auteurs. Pour le xiii*^ siècle, c'est une autorité originale.
Recueils : Hispania illustrata des Schott. — Florez, Espana sagrada. Madrid, 1747-86.
3^ Les compilations générales.
Avec le temps et le nombre toujours croissant des historiens, le besoin de travaux d'ensemble n'a pas tardé à se faire sentir.Oes compilations, qui se rattachent aux anciennes chroniques de Bàde ou de St Jérôme, ne sont pour la plus
grande partie que des travaux de seconde main ; aussi avaient-elles plus d'importance au moyen âge que pour nous, -qui avons toute facilité de consulter les historiens originaux. Néanmoins, il existe entre ceux-ci des lacunes, que nous ne pouvons combler aujourd'hui qu'à l'aide de ces compilations. De plus, ces compilations sont ordinairement suivies d'une continuation originale, jusqu'au temps de l'auteur, et alors elles deviennent sources de première main. En tout cas, et c'est leur troisième utilité, ces histoires générales nous donnent une idée de l'état des connaissances historiques à cette époque, et, comme telles; ce sont des monuments littéraires toujours intéressants à étudier.
Comme bon nombre de ces compilations ne sont que des plagiats ou des remaniements, qui se distinguent à peine d'une simple copie, nous ne signalerons ici que les chroniques que l'on peut considérer comme les archétypes, celles dont toutes les autres sont plus ou moins dérivées.
Dès l'époque carolingienne, nous rencontrons deux tentatives d'histoire universelle, mais sans intérêt pour nous ; car Tune, la Chronique de Fréoulfe, évéque de Lisieux (vers 830), s'arrête déjà à 614 ; l'autre, le Breviarium chronicorum de l'archevêque Adon de Vienne (f 874), bien que s'étendant jusqu'en 869, ne donne que des renseignements fort maigres sur l'époque de l'auteur.
Au xi^ siècle appartiennent le moine d'Hirsau, Hermann TEfitropié (contractus), dont les Chronica ah Incamatione D. jusqu'en 1054, sont précieux pour ce siècle et ont servi de base aux compilateurs suivants; — puis Harianns Scolus, moine de Mayence (f 1086), dont le chronicon part de la Création; — de 1073 où il s'arrête d'abord, louvrage a été continué par différentes mains jusqu'en 1155 ; trop bref dans ses renseignements, il se distingue par l'exactitude apportée dans la vérification des dates ; c'est ce qui fil sa réputation an moyen âge ; — Berthold de Constance, continuateur d'Hermann (de 1054 à 1100).
Au xii* siècle appartiennent : le moine d'Urach, Ekkehard, de la création jusqu'en 1125, auquel se rattachent, entre
auires plagiaires ou continuateurs, TÂimaliste Saxon (de 741 à 1139); — Burohapd d'IIrsperg (de 1126 à 1225) ; — Conrad de Liohtenau (1226-29).
Sigebert de Gembloux est l'auteur d'une continuation de St Jérôme sous le titre de Chronographia (381-1112), très appréciée aussi de son temps à cause de la richesse de ses informations et de la commodité de la disposition, en colonnes parallèles, correspondant aux Etats principaux, en sorte qu'on saisît d'un coup d'œil tous les synchronismes.
Aussi at-il eu bon nombre de plagiaires ou de continuateurs, tels que Guillaume de Nangis (p. 311), etc.
Indépendant de Sigebert, est son contemporain le moine Hngnes de Pleury, qui se renferma dans Vhistoire ecclésiastique, œuvre sans valeur pour nous, parce qu'elle s'arrête déjà en 855 ; la suite ne comprend qu'une histoire des rois de France jusqu'à son temps (850-1 108).
A cette époque appartient encore l'ouvrage capital en son genre d'Otton de Freising (p. 313). le seul auteur du moyen âge qui ait eu l'intelligence de l'histoire universelle, à la suite de St Augustin et d'Orose, qu'il prit pour modèle. Ses Res gestae ab initio Mundi, en huit livres ne sont pas un simple recueil de dates juxtaposées; mais l'auteur saisit et reproduit l'enchaînement interne df^s faits, qu'il ramène à une synthèse grandiose, de la création au jugement dernier. Il est, en ce genre, un précurseur de Bossuet.
Enfin, il faut citer ici X Historia scholastica, jusqu'à la fondation de l'Eglise, de Pierre Comestor(f 1179), étranger au moyen âge par son sujet, mais important pour l'histoire littéraire.
Robert d'Auxerre fait la transition du xii* au xiii^ siècle. Sa chronique depuis la création jusqu'au 1211 tient encore de la sobriété des précédentes, en écartant les fictions romanesques des trouvères.
Mais ces successeurs n'ont pas su garder cette réserve, comme on le constate déjà dans la Chronique d'Hélinand (jusqu'en 1204).
En vain Albério de Trois-Pontaines, en Champagne, essaie-
t-il de résister au courant. Dans sa Chronique (jusqu'en 1241), il répudie sans doute les inventions des trouvères ; mais il s'incline devant le faux Turpin. dont il reproduit les fables sans discussion.
Ainsi les compilations du xiii® siècle perdent en valeur ce qu'elles gagnent en volume. C est alors que parut en Italie la Mer des histoires par le dominicain Jean de Golnmma, dont on n'a publié quo les fragments relatifs à Thistoire de son temps (jusqu'en 1270).
Au XIII® siècle appartient enfin la grande encyclopédie du moyen âge, le Spéculum majus ou tableau universel de Vincent de Beanvais (f 1264), qui comprend aussi un Tableau historique (spéculum historiale) en 31 livres
L'auteur de cette vaste compilation fait marcher de front l'histoire sacrée, l'histoire profane et l'histoire littéraire. Comme érudition, c'est une œuvre grandiose pour son temps, mais l'exécution est faible ; car l'auteur n'a pas su fondre ses matériaux dans une rédaction originale ; ce n'est qu'une mosaïque d'extraits, empruntés sans critique à des auteurs que nous possédons encore. Ce n'est donc pas une source historique, sinon dans les derniers livres comprenant la première moitié du xiii"* siècle, dont l'auteur est contemporain.
Plus importante serait pour nous la continuation du Spéculum par Primat, qui devait comprendre la seconde moitié du XHi* siècle; mais nous n'en possédons plus que la version française, achevée en 1330 par Jean de Vignay.
L'œuvre de Vincent de Beauvais était trop étendue pour être fort répandue au moyen âge. Aussi lui préféra t-on dans la pratique la compilation plus commode de Martin le Polonais (f 1279), qui comprenait, avec les sept âges du monde, la chronologie dos papes et celle des empereurs, disposées en deux colonnes parallèles.
Répandue dans tous les pays, cette chronique a servi de base à tous les auteurs subséquents jusqu'à la fin du moyen âge.
Rbcubils : la PcUrologie de Migne; — les Svriptores de Péris; — Bouquet (pc^Hm) ; - derniôre édition de Vt'ncent de Beauvais. Douai, 1624,
Ckitiqub : Boutaric, Vincent de Beauvais et la connaissance de VanH* quité classique au XIII* siècle. Paris, 1875 (Revue des Q. Hist.)*
§ II. — Les historiens byzantins.
LiTTBRATuaE : outTO les histoires de la littérature grecque de Fabricius (1708), Scboell (1825), Nicolaï (1878), consulter Labbe, Protrepticon de ByzarUinae historiae scrfpCorilms. Paris, 1648; — Neumann, Griechische Geschichtsschreiber im XII Jahrhundert. Leipsig, 1887.
\f période, avant les croisades.
Vépoque byzantine, qui forme la dernière époque de la littérature grecque (p. 206), peut se subdiviser à son tour en deux périodes, la première jusqu'à la prise de Constantinople par les Latins (500-1204) ; la seconde jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs (1201-1453).
Dans chacune de ces périodes, nous avons à signaler des histoires détachées et des travaux d'ensemble.
On doit placer en tête des historiens byzantins Procope de Césarée, (vi* siècle), préfet de Constantinople sous l'empereur Justinien, auteur d une Histoire de son temps en huit livres (395-554), et d une Histoire inédite ou secrète^ dont on fit un 9* livre.
La comparaison de ces deux ouvrages ne donne pas une idée favorable du caractère de l'homme ; car autant il exalta la famille impériale dans le premier, autant il l'avilit dans le second. Aussi des critiques ont douté de l'authenticité de Y Histoire secrète ; en tout cas on est porté à croire que le texte a été altéré dans la suite, à cause des contraditions flagrantes qu'on y rencontre avec les autres écrits de Procope.
Agathias (vi^ siècle) est le continuateur de Procope; il acheva le Jiègne de Justinien en cinq livres (552-559).
Ménandre (vu^ siècle) est le continuateur d'Agathias : ses huit livres dhistoire allaient de 560 à 582. Mais il n'en reste que des fragments. Photius nous a conservé d'autres fragments d*une histoire du règne de Justin II (565-578), par Théophane de Byzance^ qui est également perdue.
-- 3:sî4 —
Le règne de Tempereur Nfaurice (582-602) a été raconté en huit livres par Theophylacie Simocatta (Vii® siècle) : c'est dans cet ouvrage que Ton trouve les premières données sur les Slaves et les Avares.
L'époque des empereurs iconoclastes nous est surtout connue par X Abrégé (602-770) de Nioéphope le Patriarche (f 828).
Entre ces empereurs de la maison isaurienne et Tavèneraent des empereurs macédoniens, il y avait une lacune, qui fut comblée après coup sur les ordres de Tun de ceux-ci, Oonstantin VI le Porphyrogenète, grand promoteur des études historiques en son temps : deux écrivains en furent chargés, Genesios et Léonce le Jeune. L'ouvrage comprend quatre livres (813-867),
Ce prince écrivit lui-même l'histoire du fondateur de sa dynastie, Basile le Macédonien (867-886) ; cette histoire eut une continuation (886-963), par un anonyme.
A la fin du x® siècle, Léon le Diacre écrivit l'histoire de l'empereur Phocas et de son successeur (956-975), dont il était contemporain.
L'histoire de la maison des Comnènes fut commencée par des princes de cette maison : de 1059 à 1081 par Nicéphore Bryenne, gendre de l'empereur Alexis 1, et, sous le titre à'Alexiade, de 1081 à 1118, par la propre fille de celui ci, Anna Gomnène.
On trouve la suite de cette dynastie dans Jean Oinnamus, qui écrivit l'histoire des successeurs d'Alexis (1118-1176), et dans Nicetas Chômâtes, qui continua la compilation de Zonaras (1206). Cet ouvrage de Nicetas comprend le récit de la 4® croisade et de la prise de Constantinople par les Latins, qui termine la première période de l'époque byzantine.
Cette période a eu aussi ses compilateurs, la plupart des chronographes, qui ont continué ou remanié la chronique usuelle d'Eusèbe. Les principaux sont :
L'auteur anonyme de la Chronique pascale, depuis la Création jusqu'en 630, un contemporain de l'empereur Héraclius (VII* siècle) ;
Oeorges le Synoelle (xi* siècle), qui n*a fait que remanier Eusèbe (jusquen 285), et son continuateur Théophane d'Isaac {de 285 à 813), qui, à son tour, eut pour continuateurs Georges le Moine (813-944), Léon le Grammairien (812- 949), Jean le Scylitze (811-1057) ;
Nioéphore le patriarche, déjà cité (p. 324), auteur d'une chronographie abrégée (de la Création jusquen 817);
Georges le Péohenr, compilateur des précédents (de la Création jusqu'en 842), qui eut aussi ses continuateurs ;
Siméon le Métaphraste, dont la chronographie^ rédigée par lui jusquen 963, fut continuée jusquen 1059;
Cfeorges Oedrène, compilateur des précédents (de la Création à 1057).
Mais le plus important de ces compilateurs est Zonaras, de Constantinople, d'abord attaché à la cour, plus tard moine du mont Athos : ses Annales^ qui vont de la Création jusquen 1118, sont précieuses pour nous, parce que ce n'est que là qu'on retrouve les fragments de bon nombre d'ouvrages perdus, ceux de Polybe, d'Appien, de Dion Cassius (p. 243). Zonaras est, de plus, historien original pour les événements de son temps. 11 eut pour continuateur Nicétas (1118-1206), cité ci-dessus.
2* période, après les croisades.
L'empire grec restauré par les Paléologues eut aussi ses historiens, les uns généraux, les autres particuliers.
Parmi les premiers, les plus importants sont : Nioéphore Gregoras, dont Vhistoire byzantine^ en trente huit livres, va de 1204 à 1359; Chalcondylas, qui écrivit les commencements des Turcs et les derniers temps de l'empire byzantin de 1298 à 1462; et Phranzès, qui traita dans sa chronique en quatre livres l'ensemble de lempire depuis sa restauration jusqu'à sa chute, de 1260 à 1477.
L'histoire spéciale des Paléologues fut écrite par
Georges Aoropolite (de 1204 à 1261); par Georges Padàymëre (de 1261 à 1308); par Jean Gantaonzène (de 1320 à 1357) et par Jean Dnoas (de 1341 à 1462). Enfin l'histoire particulière des empereurs de Trébizonde a été écrite par Panarète, un moine de cette ville.
Rbcubils : outre les Collections cités p. 275, la Bibliotheca classica de Tetibner (historici graeci minores et ZonarcLs) — Recueil des historiens des croisades (Historiens grecs^ en extrait).
§ III. — Des premiers historiens en LANaus moderne.
Littérature : poar les travaux dont les textes romans ou tudesques du moyen âge ont été l'objet, dans ces derniers temps, éditions, critique, glossaires, grammaires, etc., on les trouvera énumérés dans les répertoires suivants : Koerting, Encyclopaedie und Méthodologie der romaniscken Philologie, Heilbronn, 1884-86, 3 parties. — Hermann (K. H.), Bibliotheca germanica. Halle, 1878. — Babder, Die deutsche Philologie. Paderborn, 1883. — Pour les nouveautés, à consulter les périodiques suivants : Litteraturhlatt fur germanische und romanische Philologie. Heilbronn (depuis 1880), mensuel.— Germania (K. Bartf cb). Vienne (depuis 1856), trimestriel. — Romania (G. Paris et P. Meyer). Paris (depuis 1872), trimestriel.
Tandis que les traditions littéraires de l'antiquité survivent, bien qu'affaiblies, dans les productions latines du moyen âge, on voit poindre simultanément les premières productions en langue vulgaire, prélude informe et grossier de nos littératures modernes.
Avant le xn* siècle, les langues vulgaires n'étaient guères plus considérées que ne le sont aujourd'hui nos patois. Le latin était à la fois la langue de l'Eglise dans sa liturgie, celle des Etats dans leurs chancelleries, ainsi que la langue des écoles et des lettrés ; ce fut longtemps la langue de l'histoire. Si les Slaves orientaux font exception, c'est parce qu'ils étaient étrangers à TËglise latine. Leur langue liturgique était le Slovène ; de môme est-ce dans cette langue que sont écrites leurs plus anciennes chroniques, en particulier celle du moine russe Nestor, de Kiew, au xi* siècle, qui est considéré comme le père de l'histoire en Russie. Partout ailleurs les premiers historiens nationaux de l'Europe, on l'a vu, sont en latin.
Aussi longtemps que le latin demeura la langue littéraire,
savoir lire et savoir le latin ne faisaient qu'un, en sorte que
le nombre des illettrés était considérable ; il y en avait
Jusque dans les plus hautes classes de la société laïque.
Aussi les productions poétiques de ce temps étaient-elles, non pas lues, mais colportées par des récitateurs ambulants, les trouvères, les troubadours, les scaldes, les mimMsaenger .
G*est à ce public illettré qu*étaient destinées de même nos premières chroniques en langue vulgaire, et il ne faut pas l'oublier en constatant le caractère inférieur de ces productions, comparées aux productions latines du temps, si inférieures, au point de vue historique du moins, que certains critiques ont vu là un recul dans ce genre littéraire au moyen âge. En réalité, ce ne fut pas une décadence de l'histoire, mais seulement l'avènement dans la littérature d'une nouvelle couche de la société.
Comme les chansons des trouvères, les plus anciennes chroniques sont rimées ; les unes et les autres sont appelées souvent des mêmes noms, soit romans^ par la langue (roman de Brut^ roman de Rou)^ soit gestes^ par le fond, en sorte que ces deux genres ne se distinguent à l'origine l'un de l'autre que par l'intention ; les trouvères ne songent qu'à divertir leur public ; les chroniqueurs ont la prétention de l'instruire ; ils allèguent sans cesse les chroniques latines, qu'ils ont consultées ou qu'ils entreprennent de translater dans la langue du peuple. Malheureusement ils sont totalement dépourvus de critique. Monmouth et le faux Turpîn sont pour eux des autorités de premier ordre. Il en résulte que les plus anciens de ces chroniqueurs n'ont guères plus de valeur historique que les trouvères, et c'est plutôt comme documents littéraires qu'ils méritent d'être signalés.
Néanmoins cette esquisse de la littérature historique du moyen âge ne serait pas complète si nous n'en faisions connaître les productions saillantes tant dans les langues romanes que dans les langues germaniques.
1*> Textes romans-français.
Sorties d'une transformation de la langue latine, les langues romanes étaient divisées en une multitude de dialectes parlés simultanément, dont les frontières ne corres-:
pondaient pas aux divisions politiques des Etats. C'est ainsi que de deux langues qui se partageaient la France, Tune, la langue d'oc^ tenait au catalan, parlé dans le nord de l'Espagne ; l'autre, la langue cCoil ou le roman-français, n'était pas seulement la langue du nord de la France ; mais elle était parlée encore dans le royaume de Bourgogne, en Lorraine et dans une partie des Pays-Bas. Les Normands l'avaient portée en Angleterre. Les croisades devaient semer des colonies de cette langue dans tous les pays du Levant.
Normandie et Angleterre.
Au moyen âge, depuis Guillaume le Conquérant (1066), l'Angleterre, avec la Normandie, formait l'une des provinces littéraires les plus florissantes de la langue dCoiL On y trouve des chroniques en cette langue dès le xii* siècle, alors qu'ailleurs le public illettré s'en tenait aux chansons de geste. Ces chroniques semblent répondre au besoin nouveau de connaître les peuples si différents. Saxons, Normands, Bretons, que la conquête venait de réunir sous une commune dynastie. Elles ne se proposaient que de rendre dans une langue plus populaire les anciennes chroniques nationales, qui étaient en latin. Ces premières chroniques romanes ne sont guères que des traductions rimées.
A la tête de ces chroniqueurs, on peut placer Geffroy Gaimar, qui rima, à la demande de la reine, Alice de Louvain (1122-35), une EsloyHe des Bretons (perdue) et une Estorie des Engleis en six mille vers, qui nous est parvenue : c'est une histoire des Anglo-Saxons depuis leur arrivée jusqu'en 1099, d'après les chroniques citées plus haut (p. 300).
Plus important est Robert Wace (en 1155), de Jersey, chanoine de Bayeux sous Henri II d'Angleterre. Dans son Roman de Brut, il contribua à populariser l'histoire des Bretons, depuis la guerre de Troie jusqu'en 680, d'après Monmouth (p. 299), dont il accepte toutes les fables. Il reprit ensuite, dans son Roman de Rou^ Thistoire plus authentique de RoUon et des Normands, d'après Dudon, Jumièges,
Orderic (p. 301), qu il continua ensuite jusqu'à son temps (1171), et cette continuation a une valeur originale.
Cette chronique des Normands fut reprise et amplifiée par un trouvère de la cour de Henri II, Benoît de St More, et bien que s*arrétant en 1 135, son œuvre comprend plus de quarante mille vers, où il n y a rien à apprendre, puisque nous avons encore les auteurs compilés par lui.
Sous ce rapport, il faut leur préférer certains écrits plus courts, mais originaux, tels que la Conquête de F Irlande par Henri II, due à un trouvère anonyme du temps; et la Guerre de 1 274 contre les Ecossais ^ rimée par Jordan Fantosme, chanoine de Winchester.
En prose, on doit signaler la Chronique de Normandie, du xm* siècle, qui, dans sa première partie, n*est qu'une paraphrase des chroniques rimées, mais avec une continuation originale jusqu'en 1220 : on l'attribue à un ménestrel flamand anonyme.
Enfin Pierre Langtoft, chanoine dTork, au xiv* siècle, répète une dernière fois en vers romans la Chronique cC Angleterre depuis l'arrivée des Angles, mais avec une continuation originale qui va jusqu'à son temps (Fan 1307).
Hbcueils : Michel (Fr.), Chroniques anglo-normandes (extraits). Rouen, 1836-40, 4 vol. — Bouquet (Extraits). — Documents inédits de France (St More, Fantosme). — Soc. Hist. de France (Chronique de Normandie^ en prose). — Monumenta Britannica (Gaimar). — Rolls séries (Langtoft, Gaimar).
Royaume de France.
L'histoire des rois de France n a commencé à être traduite du latin en langue vulgaire qu'au xiii^ siècle ; nous signalerons les chroniques rimées d'abord.
L'un des plus anciens de ces traducteurs, ainsi qu'il s'annonce lui-même, est Philippe Moaskèfl, trouvère tournaisien (comme Dumortier l'a démontré), et non pas évéque de cette ville (comme on le répète encore). Dans son Histoire et lignée des roys de Franche, il part aussi de la guerre de Troie ; il
s'appesantit, d'après Turpin , sur Charlemagne et Roland ; il fait ensuite Thistoire des Normands et des croisades ; il s'étend sur la guerre des Albigeois au iiu^ siècle ; mais il ne peut être considéré comme source que pour Thistoire de la Flandre depuis la bataille de Bouvines jusqu'aux faux Baudouins (1214-42).
Tandis que Mouskès parcourt toute l'histoire de France, la Chrotiigue rimée de S. Magloire, par un anonyme, n'en comprend que la dernière partie, l'histoire du xiii* siècle, de Philippe-Auguste à Philippe-le-Bel (1224-96).
Guillaume Gniart, d'Orléans (au xiv® siècle), n*a traité aussi qu'un fragment, comme son titre l'annonce : Branches des royauœ lignages (de 1 180 à 1306). Un trouvère flamand avait rimé une chronique (perdue) défavorable aux rois de France. Guiart s'est proposé de lui répondre, en puisant dans les chroniques latines de S. Denys (p. 312).
fiodefroid de Paris (môme époque) est l'auteur d'une chronique rimée de Philippe-le-Bel et de son fils (1300-16).
RBCUEn«s : Bachon, Collection des chroniques nationales françaises, écrites en langue vulgaire. Paris, 1824 (vol. 7-9). — Collection des chroniques belges inédites (Mouskès). — Bouquet (Guiart, St Magloire, Godeft^oid de Paris).
Les premières chroniques en prose sur l'histoire de France datent aussi du xiii^ siècle ; mais elles montrent en général un progrès sur les chroniques rimées. Il faut toutefois en excepter une chronique anonyme dite de Bheims (de 1 137- 1260), qui ne semble être fondée que sur des traditions orales, tant elles s'écartent des sources latines.
Par contre, la Chronique des rois de France jusqu'en 1216, par le ménestrel d'Alphonse de Poitiers, n'est qu'une traduction du latin. Cette chronique, successivement continuée jusqu'en 1286, est le premier noyau des chroniques françaises de S. Denys, connues sous le titre des Grandes chroniques de France. Cette vaste compilation eut plusieurs rédactions, dont la première date du xin^ siècle : elle s'arrêtait en 1297. C'est celle qui fut offerte par un moine do
S. Denys à Philippe-le-Bel. Un moine anonyme la continua au XIV* siècle de 1301 à 1380. Elle fut complétée au xv* siècle, par le moine Jean Ohartier, le frère du poète Alain» qui y ajouta le règne de Charles VII, d'après les plus célèbres historiens du temps, et enfin elle fut imprimée pour la première fois sous le règne de Louis XI, en trois in-foUo, datés de 1476. C'est probablement le plus ancien livre imprimé en français.
A côté de cette vaste compilation, il reste à signaler les historiens, qui n'ont traité qu'un règne ou qu'une époque dans des écrits détachés. Le plus ancien des écrivains de cette classe est le célèbre Joinville, qui acheva en 1304 son Histoire de Saint Louys, ouvrage original d'un bout à l'autre ; de là sa supériorité dans la peinture des caractères et des mœurs, pris sur le vif.
On doit à une femme savante, d'origine italienne, Christine de Pisan une Fie de Charles V (1350-80), œuvre un peu pédante, en effet ; — à un anonyme, la Chronique de Duguescliny se rattachant au même règne.
La Chronique anonyme des quatre premiers Valois (1327- 93), qui comprend la plus grande partie du xiv* siècle, a le défaut d'être trop courte pour une époque aussi remplie. Au XV* siècle, l'histoire complète de Charies VI (1380-1422) a été écrite par l'archevêque de Rheims, Juvénal des Ursins ; la Vie de Charles VU (1402-1455) a fait l'objet d'une relation exacte, mais sèche, par Berry, son héraut d'armes. A cette époque se rattachent les Mémoires de Pierre de Fénin (1402-1427), et Oonsinot, la Chronique de la Pucelle, dont les exploits terminent la longue guerre de cent ans.
La Chronique de Louis X/, attribuée sans motif suffisant à Jean de Troyes et surnommée par un éditeur du xvii* siècle la chronique scandaleuse pour amorcer la curiosité, s'étend jusqu'en 1483.
Des dernières années du moyen âge, il ne reste que des auteurs secondaires, en français du moins, tels que de Jaiigny^ de la Vigne^ etc. pour le règne de Charles VIII ; Seyssel et Avion pour le règne de Louis XII. Dès cette
époque, ils étaient éclipsés par les historiens latins de la renaissance classique.
Rbcubils : Bouquet, t. .17 (Ménestrel d'Alphonse de Poitiers) ; t. 20 (Joinville) ; t. 22 (anonyme de Rheims) ; passim (chroniques de S. Denys). Petitot, Collection complète des Mémoires. Paris, 1819 (Joinville, Duguesclin, Pisan, Fénin, Jean de Troyes). — Michaud et Poujoulat, Nouvelle collection de mémoires. Paris, 1836 (mêmes auteurs). — Buchon, Choiœ de Chroniques et Mémoires. Paris, 1836 (Du Guesclin» Pisan, des Ursins). — Société Hist. de France (Anonyme de Rheims» Joinville, Quatre Valois; Fénin). — Godefroy (Th.), Histoire de Charles VIII; Histoire de Louis XII. Paris, 1615-17.
Les Pays-Bas. -
Les Pays-Bas, qui tenaient à la France par le comté de Flandre, formaient la troisième des grandes provinces littéraires de la langue dCoiL Moins douées pour Tinvention poétique, ces contrées ont produit de tout temps des historiens remarquables, mais surtout dans les derniers siècles du moyen âge, alors qu'avec l'avènement des Valois de Boui^ogne, la langue française y acquit la prépondérance.
On peut considérer comme les précurseurs de cette brillante époque littéraire Baudouin d'Avesnes, chroniqueur du Hainaut au xiii"^ siècle, et Jean d'Outremease, chroniqueur li^eois au xiv*. Ces ouvrages ne sont encore que des compilations dans leur plus grande partie, et là où ils deviennent originaux, ils n'ont qu'un intérêt local.
Le premier qui aborda l'histoire générale de son temps et la traita avec originalité, est Jehan le Bel, chanoine de Liège au xiv® siècle, qui expose les débuts de la grande guerre de cent ans (de 1326 à 1361) dans ses Vraies chroniques des guerres avenues en France^ en Angleterre^ en Ecosse^ en Bretagne.
Mais il devait être éclipsé par son continuateur Jehan Froissart de Valenciennes, le plus brillant des chroniqueurs du XIV* siècle. Cette Chronique de France^ dC Angleterre^ de Flandre y et lieux circotivoisins n'est dans son premier livre qu'un remaniement de Jean Le Bel. Mais dans les trois
livres suivants, qui comprenneût la 2* moitié du xiv* siècle (1360-99), Froissart est entièrement original.
Avant de les écrire, il avait visité les pays principaux de la chrétienté, recueillant les récits les plus propres à intéresser de la bouche des témoins ou des acteurs. Avec ces matériaux, il composa une histoire universelle de ce temps, dont la rivalité de la France et de l'Angleterre forme le sujet principal, mais qui promène le lecteur dans tous les autres pays signalés par quelque noble fait d*armes. Ses défauts sont ceux de son temps : absence de critique dans les recherches et d'art dans la composition. Ce qui met Froissart hors de pair, c'est l'ampleur incontestable du tableau, où la société entière du xiv* siècle vient se refléter, et le charme naïf et attachant de la narration.
Dans la 1" moitié du xv* siècle, Froissart trouva un premier continuateur dans Enguerand de Monstrelet, prévôt de la ville de Cambrai ff 1453), auteur de deux livres de chroniques ensuy^ant Froissart (1400-1444). Celui-ci à son tour eut pour continuateur Mathieu d'Esooaohy, prévôt de Péronne, qui y ajouta un 3* livre (1444-1461). Ces auteurs n'ont pas l'intérêt de Froissart ; ils n'ont pas eu comme lui l'occasion de visiter les lieux et de faire parler les personnes qui figurent dans leurs écrits. Ils ont dû s'en rapporter aux documents qu'ils ont pu recueillir, et qui sont souvent insérés intégralement, ce qui donne à leurs ouvrages moins de vivacité, mais plus d'exactitude. Sous ce rapport, il y a un progrès incontestable.
C'est à la cour de Bourgogne qu'il faut chercher au XV* siècle les meilleurs chroniqueurs du temps, et, en effet, ce n'est que là que l'on pouvait recueillir les événements les plus intéressants de l'histoire générale, auxquels cette cour prenait une part très active. Ces chroniqueurs de cour, à la vérité, sont pleins de réticences ; mais du moins ils sont bien informés des choses dont ils peuvent parler. On 1^ divise en deux classes, les uns sont historiens en vertu d'un mandat officiel, avec le titre à'indUciaire et des gages payés par le prince ; les autres écrivent leurs mémoires par goût
— saspersonnel, pour fixer le souvenir des grandes choses dont ils étaient témoins.
Pour commencer par ces derniers, on a encore les mé-, moires du premier Toison dor de Philippe le Bon, le héraut, d'armes Lefebvre de St-Bémy, dont la chronique comprend les premières années du xv* siècle (1407-1435). Vient ensuite du Cleroq, conseiller de Philippe le Bon, dont les mémoires édités avec quelques lacunes vont de 1448 à 1467. Le troisième est Olivier de la Marche,chambellan de Philippe le Beau, pour lequel il écrivit ses Mémoires en deux livres, (de 1435 à 1489).
Des chroniqueurs officiels, le premier est Georges Chaste^ lain (f 1475), né à Gand et investi de divers offices de cour, le plus éloquent et le plus fleuri des historiens du xv* siècle ; mais son œuvre trop vaste était demeurée inédite jusqu'à notre temps et a péri en partie avant d'avoir été imprimée. Les parties conservées ou retrouvées comprennent les années 1419-22, 1430-31, 1452-58. 1461-70. L'ouvrage s'arrête au siège de Neuss par Charles le Téméraire.
Jean Molinet, qui succède à Chastelain dans ses fonctions d'indiciaire, acheva dans ses Chroniques l'histoire du XV* siècle (de 1476 à 1506). Molinet aussi n'a été imprimé que dans notre siècle et dans une édition des plus fautives.
Quant à Jean Lemaire, successeur de Molinet à la cour de Bourgogne, mais qui ne tarda pas à passer au service de la France, il u a laissé comme indiciaire qu'un fragment, la Chronique annale^ qui n'a pas encore trouvé d'éditeur. Par contre, il a pris soin de faire imprimer lui-même ses Illiistrations de Gaule ^ en trois livres, consacrées exclusivement aux origines troyennes des maisons d'Autriche et de France. C'est un fatras de fables où le moyen âge reparait une dernière fois dans l'un de ses cycles les moins historiques.
Dans le même esprit furent écrites à l'époque bourguignonne les Anchiennes chroniques d Angleterre par le bâtard de Wavrin, d'après les romans du cycle d'Arthur ; mais du moins il y a une continuation jusqu'au temps de l'auteur (1472), qui a quelque valeur. •
Il nous reste à signaler, parmi les auteurs du xv^ siècle, Philippe de Oommines, qui, par son génie comme par son attitude, s'est fait une place exceptionnelle dans la littérature du temps. Né en Flandre, après avoir servi Charles le Téméraire, il passa au service de son rival Louis XI, et eut ainsi Toccasion de s*initier aux grandes affaires, quil exposa ensuite dans ses Mémoires (de 1464 à 1498). Ainsi Commines appartient à la fois à la France et aux Pays-Bas. De même, par son génie, il est sur la transition du moyen âge aux temps modernes. Il n*est pas encore gâté par Timitation servile des modèles classiques. Mais il ne se borne plus, comme les chroniqueurs, à la simple peinture des événements ; il en saisit les causes, il en montre l'enchaînement intime ; tout en reconnaissant la main de Dieu dans les succès et les revers, il recherche comment ceux-ci sont arrivés par la sagesse ou par la faute des hommes. En un mot, Commines est le père de l'histoire politique et un précurseur des grands historiens des temps modernes.
REGUsniS : Petitot, Collection complète des mémoires (de la Marche, Du Clercq, Commines) ; — Michaud, Collection nouvelle (item) ; — Bucbon, Collection des chroniques françaises du XIW au XF/« siècle (Froissart, Monstrelet, Escouchy, St Rémy, du Clercq, de la Marche, Chastelain, Molinet) ; — BnchoD, Choix de chroniques (les mêmes, sauf Escouchy et Molinet); — Société Hist. de France (Froissart, 4*^ livre^ — Monstrelet, Escouchy, de la Marche, St-Rémy, Commynes, Wavrin) ; Rolls séries (Wavrin); — Collection des grands écrivains de Belgique (Jean Le Bel, Froissart, Chastelain, Lemaire, Illustrations de Gaule) ^ — Collection des chroniqiœs belges inédites (Jean d*Outremeuse, Baudouin d'Avesnes; les autres chroniques françaises de ce recueil concernent l'histoire locale); — Keiffenberg, Collection de mémoires relatifs d l'histoire des Pays-Bas. 1823 (Du Clercq).
Pays du Levant.
Les croisades auxquelles les peuples de langue doil avaient pris une si grande part, donnèrent une extension prodigieuse à cette langue, en la semant dans tous les établissements latins de la Méditerranée. La langue franque
du Levant, qui est aujourd'hui un jargon italien, était alors le roman-français, qui se parlait au xiii* siècle à Jérusalem, à Constantiûople, en Chypre, dans Athènes, aussi bien qu'à Paris. En Italie môme, le français semble avoir précédé l'italien vulgaire, comme langue littéraire. Nous énumérons ici ces productions sporadiques de la littérature française au moyen âge, en commençant par l'Italie.
Adam de la Halle, un trouvère d'Arras, qui mourut à Naples vers 1286, est l'auteur d'un récit rimé de Y Expédition des Français en Sicile, dont il ne reste qu'un fragment (380 vers).
Au royaume de Sicile, se rapporte aussi VYstoire de li Normant , simple traduction en prose, mais importante parce que l'original, XHistoyna Normannortim par le moine Aimé du Mont-Cassin, est perdu ; cette histoire de l'établissement des Normands en Sicile est suivie de la Chronique de Robert Ouiscard et de ses successeurs jusqu'en
La plus ancienne Histoire de Venise en langue vulgaire est également en français : elle a pour auteur Martin de banale et s'arrête en 1275.
Mais ce sont surtout les croisades qui fournirent à la verve des trouvères un aliment tout nouveau. A ces précurseurs du Tasse, l'on doit la Chanson d'Antioche ; La conquête de Jérusalem; la Généalogie poétique de Qodefroid de Bouillon^ sur laquelle la Légende du chevalier au cygne fut greffée; poèmes distincts d'abord, mais dont on a formé plus tard, en les réunissant, le Roman du chevalier au cygne.
Les relations latines des croisades, que nous possédons, nous dispensent de ranger ces trouvères parmi nos sources historiques. Ces relations furent traduites en français dès le XIII* siècle. Le texte connu sous le nom à!Estoire de Eracles n'est que la traduction de Guillaume de Tyr (p. 317). Cette traduction a eu des continuations originales, qui ont une valeur historique : la continuation d'Emoul (1 183-1227), celle 4e Bernard le Trésorier (1227-29), et plusieurs continuation
anon3rmes (1229-77). Toutes se rapportent à Thistoire de la Palestine/
La quatrième croisade, celle qui aboutit à la fondation de Tempire latin de Constantinople, suscita Villehardooin^ à la fois témoin, acteur et liii?torien, Tun des plus anciens prosateurs français. Autour de ce récit capital de la conquête (1198- 1207), se groupent un certain nombre de récits secondaires, une Continuation par Henri de Valenoiennes (1208), une autre version par un simple chevalier, Robert de Glary (1204-16).
Nous avons, d'un anonyme, la Ch7*onique de la conquête de Constantinople y qui comprend l'histoire de Yempire de Romanie et de la Princée de Morée jusqu'en 1304, et qui jette une vive lumière sur les vicissitudes des petits Etats féodaux de la Grèce au xin* siècle,
La principauté féodale de Chypre eut aussi ses historiens français, Philippe de Navarre, Gestes des Chypriotes dont l'original est perdu ; — Guillaume de Maohaat, Chronique du roi Pierre I de Lusignan.
RECUEn^s : BuchoD. Collection des chroniques (Ad. de la Halle, Villehardouin, Valenciennes); le même. Recherches historiques sur la Morée^ 1. 1. Paris, 1845 (Chronique de la conquête) ; — Hopf, Chroniques grécoromanes. Berlin, 1873 (Robert de Clary) ; — Archivio Storico italiano t. 8. Florence, 1845 (Canale); — Chroniques belges inédites (Chevalier au Cygne) ; — Bouquet (Villehardouin) ; — Société Hist. de France fy«* toire de li Normant ; Villehardouin; Ernoul; Bernard le Trésorier); — Recueil des historiens des Croisades (Estoire de Eracles^ Ernoul, Bernard le Trésorier); — Société de TOrient-latin (Machaut; chronique de Morée).
2^ Textes romans-provençaux.
Comme langue littéraire, c'est le roman-provençal qui avait eu la priorité. Du xii* au xiii* siècle, il jouit dune vogue extraordinaire dans toutes les cours du midi de l'Europe et balança quelque temps l'influence du roman-français, qui devait finir par le supplanter. Cette littérature est presque exclusivement poétique. Elle date d'une époque où le goût de Thistoire n'était pas sorti du cercle des lettrés*
Aussi ne peut-on signaler qu'un petit nombre de productions historiques en provençal.
La première et la plus importante est en vers : c'est la Chanson de la croisade des Albigeois^ qui a pour auteurs Guillaume de Tndela, dans sa première partie (1208-1213) et un continuateur anonyme dans sa dernière partie (1213- 1219). C'est une œuvre qui se ressent des passions reli- }>ieuses aux prises dans cette guerre.
Il est reconnu aujourd'hui que la relation anonyme en prose de La guerre des Albigeois date du xiv* siècle et n'est qu'une paraphrase de la chanson précédente.
La relation du siège de Damietie en 1219, dont on a retrouvé récemment un fragment en provençal, paraît n'être que la traduction d'une relation française de l'époque.
Recueils : Documents inédits de France (chanson); — Bouquet (croisade en prose); — Société Hist. de France (chanson); — Bibl. E. des ch. 18T7 (prise de Danoiiette).
Critique : Meyer (Paul), Recherches sur les auteurs de la chanson^ 1865 (Bibl. E. des ch.) ; — De Smedt (Ch.), Les sources de Vhistoire de la croisade contre les Albigeois^ 1874 (Revue Q. Hist.).
3^ Textes espagnols.
Littérature : Ticknor, History of Spanish Literatur. 3* édition. Boston, 1864, vol. I. — Amados de los Rios, Historia critica de la literatura esTHinola. Madrid* 1861-67, 7 vol.
L'Espagne chrétienne du nioyen âge, divisée en plusieurs Etats, comprenait trois langues romanes, le catalan, le castillan et le portugais.
La langue catalane a eu à peu près les mômes destinées que le provençal, avec lequel elle a le plus d'aflSnités : une culture précoce, suivie d'une rapide décadence, pour être supplantée, comme langue littéraire du moins, par le castillan.
Les productions historiques en cette langue qui ont une valeur originale, sont : les Commentari de Rey Jaume de
Aragon (de 1229 à 1276); on peut douter de Tauthenticité de ces mémoires, attribués au roi d'Aragon, Jacques I le Conquérant; mais c'est en tout cas l'œuvre d'un auteur bien informé et une àource importante pour l'histoire du royaume d'Aragon ;
Ramon Montaner, Chronica del Rey Jaume I e de sos descendents (de 1229 à 1330), qui complète l'ouvrage précédent, et précieuse encore pour l'histoire des Etats voisins.
Recueils : Biàliotheca catalana, Barcelone (depuis 1871). — Bibliothek des litter. Yereins, Stuttgart, 1844, t. 8 (Muntaner). — Buchon, Chroniques étrangères. Paris, 1840 (Muntaner).
Plus nombreuses sont les chroniques en langue castillane , les unes locales, que nous éliminons, les autres générales et qui ont une origine officielle, ce sont :
Tout d'abord, la Cronica gênerai de Espana (jusqu'en 1252), attribuée au roi Alphonse X ou le Sage, et dont la célèbre Chronique du Cid n'est qu'un extrait ; dans cette chronique d'Alphonse le Sage, la première partie est empruntée aux sources latines ; mais à partir du xiii* siècle, c'est une œuvre originale, inspirée par l'esprit chevaleresque castillan. Cette originalité et cet esprit castillan distinguent également les productions suivantes, destinées à continuer la chronique officielle :
La première continuation est la Chronica del rey Alphonso X (1252-1312), due à un historiographe anonyme ; puis vient ViUaizan, Chronica del Rey Alonso XI (1312-50) ;
Au XIV* siècle, appartient le célèbre Ayàla (Lopez de), Cronica del R don Pedro (1350-96), où l'imitation des anciens commence déjà à se faire sentir;
Au XV® siècle, se succèdent Gozman (Ferez de), Cronica del R, don Juan II (1396-1454) ; — Castillo (Henriquez de), et Palenoia (Alonzo de), tous deux auteurs d'une Cronica (1454-74), dont la seconde n'est publiée qu'en partie; — enfin Pulgar, qui termine l'histoire du moyen âge par sa Cronica de lo Rey es don Fernando y dona Isabel (1 474-90)*
RBCUBIL8 : Coleccion de las cronicas y memorias de los reys de Castilla . Madrid, 1779-87, 7 vol. in-4. — Mémorial historico espanol (publié par rAcadômie d^histoire de Madrid). Madrid, 1851-59, 11 vol. — Coleccion de documenias inédites (commencée par Salva). Madrid, 1842-88 (96 Tol. paras).
Critiqub : Dozy, Recherches sur Vhisioire et la littérature de VEspagne pendant le moyen âge (3« éd.)- Leyde, 1881, 2 vol.
La littérature portugaise du moyen âge est moins riche en productions historiques. Il faut pourtant signaler les chroniqueurs oflSciels, Fernand Lopez au xv* siècle, Cronicas dos Reys Pedro I (et suivants jusque) Alfonso V (1357- 1481) et Ruy de Pina au xvi* siècle, qui reprit l'histoire des rois de Portugal depuis Sanche I jusque Jean 11 (1185- 1495).
Recueils : Colleçdo de livres inédites de historia portugueza, Lisbonne, 1790-1824, 5 vol. fol.
4? Textes italiens.
LiTTÈRATURB : Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana. Modône, 1T72-81, 9 vol. — Guiguenée, Histoire littéraire de V Italie, Paris, 1811-35, 14 vol. — Gaspary, Gesrhichte der itaXienischen Literatur, Berlin, 1885. vol. I.
Parmi les idiomes romans, l'italien est entré le dernier dans la littérature. Ses plus anciennes productions historiques datent du xiv* siècle seulement. Les textes datés du siècle précédent ne sont que d'habiles pastiches dûs à des faussaires de la renaissance. Cette démonstration a été faite par des critiques récents, d'abord pour les Diumali napolitams (1249-68) attribués à Matteo Spinelli, que Pertz recueillait encore, comme authentiques, dans sa grande collection des Scriptores. Les deux Malespini de Florence, longtemps tenus pour sources de Villani, ont subi le même sort, depuis qu'il est reconnu que leur italien est plus moderne que Villani, en sorte que de ces deux ouvrages, celui de Villani, qui passait pour une reproduction, est
devenu la source, et celui des Malespini n'est qu'un plagiat,
La critique a osé même s'attaquer à l'authenticité de Dina Compagni, dont la Cronaca (1280-1312) appartient déjà au XIV** siècle. Mais sur ce point, la discussion n'est pas terminée.
Si la littérature historique italienne est de date plua récente, par contre elle arrive du coup à la perfection, sans avoir dû, comme ailleurs, passer par ces grossières et fastidieuses ébauches des chroniques rimées. Ses plus anciens chroniqueurs sont classiques déjà par la maturité de la langue et du style ; ce n'est que par les idées qu'ils tiennent encore au moyen âge.
C'est la Toscane, berceau de la poésie italienne, qui vit naître la prose historique. Le père de l'école historique italienne, est un bourgeois de Florence, Jean Villani, avec Froissart, Thistorien le plus considérable du xiv* siècle. L'œuvre de Compagni, si elle est authentique, ne peut pa» être mis en balance ; car elle est d'un intérêt purement local. Jean Villani, aussi, ne s'est proposé que de raconter l'histoire de Florence depuis ses origines. Pour celles-ci, Villani emprunte sans critique aux fables des Gesia Florentinorum. Mais quand il arrive au xiii® siècle, l'œuvre de Villani est entièrement originale, et alon» les relations européennes de Florence lui permettent de donner à ce sujet une telle ampleur que son histoire devient un chapitre de l'histoire générale.
Cette histoire, qui s'étend depuis les origines jusqu*en 1348, a été continuée par Mathieu Villani, frère de Jean, jusqu'en 1363, et terminée par Philippe Villani, fils de Mathieu, avec l'année 1364.
Après les Villani, viennent quelques auteurs secondaires, qu'il suffit d'énumérer, Etienne Goppo, historien diffiis et inférieur aux précédents, qui reprend l'histoire de Florence depuis les origines, mais qui n'est important qu'à partir de 1364, où finit Villani, jusqu'à 1386 ; Morelli, dont la Cronica plus intéressante va de 1348 à 1411 ; puis les deux Buoninsegni, Piero, qui reprend cette histoire des origines jus-
qu'en 1489, et Domenîco, qui la continue de 1410 à 1460; enfin deux historiens d'un mérite supérieur Gino Gapponi, qui en traite un épisode de 1378 à 1419, avec une continuation de son fils Néri (1419-56), sous forme de mémoires personnels, et Gavalcanti, dont les Histoires florentines (1420-52) complètent les précédents.
Dans le cours du xv* siècle, quelques historiens florentins, qui appartiennent déjà à la renaissance, essayèrent de remettre le latin en honneur, au détriment de la langue vulgaire ; ce sont Leonardo Bmni et le Pogge.
Mais au xvi« siècle, Machiavel revint à Titalien dans son Histoire de Florence (de 1215 à 1462), qui n'appartient au moyen âge que par le sujet ; car par son esprit comme dans sa forme, Machiavel est un moderne, le premier en date des grands historiens modernes.
Auprès de cette brillante école florentine, pâlissent les productions historiques du reste de l'Italie, dont les meilleures sont trop locales pour avoir droit à une mention ici. Cest le côté défectueux des chroniques italiennes d'être avant tout communales, comme l'Italie elle-même.
On doit faire pourtant une exception en faveur des historiens de Venise, à raison du rôle européen que joue cette république dans la dernière période du n^oyen âge. Le plus ancien en langue vulgaire, Ghinazzo, dans sa Cronaca délia guerra di Chioza, né traite qu'un épisode ; c'est la guerre de 1378 entre Venise et Gênes. La première histoire complète est celle d'André Navagero, dont la Storià délia republica Veneziana, va des origines jusqu'en 1498. Marin Sanudo le Jeune (cf. p. 317) embrasse la même matière, mais sous forme biographique, dans ses Vite de duchi^ de 421 à 1493. Son Histoire des expéditions françaises en Italie (1494-1500) complète l'ouvrage précédent.
Les Etats de Sicile, si longtemps ballotés entre la France et l'Espagne, ne se rattachent à l'Italie que par la langue ; mais ils n*ont pas produit au moyen âge un seul historien italien de marque. CoUennooio, dans son Compendio delV istoria del regno di Napoli (406-1458) justifie bien son titre : il e«t trop abrégé pour être bien instructif.
Recueils : Muratori, vol. 9-24 (voir la table gén. au t. 25).— Delizie degU eruditi Toscani 1776 (Coppo). — Baccoltd di scrittori. Naples, 1771 (Collenucio).— Doeumen^i di storia fïa2iiana.FloreDce,1839(Cavalcanti).
Critique : Capasso, Matteo da Qiovenazzo (Academia di Napoli), 1871. » Scheffer-Boichorst, Florentiner Studien. Leipeig, 1874. — Hegel, Die Chronik des Dino Compagni, Leipsig, 1875 (YerstAch einer Rettung, en favear de rauthenticlté). — Scheffer-Boichorst, Kritih der HegeFs Schrift. Leipsig, 1875 (réponse au précédent). — de Lungo, dans son édition de Dino Compagni, Florence, 1880 (en favear de Tanthenticité).
5^ Textes anglo-saxons et anglais.
Uttérature • Morley (H.), English Writers : an attempt towards a history of English Literatur. Londres, 1887-88, 2 vol. (jusqu'en 1066). — ten Brink, Geschichte der englischen Litteratur. Berlin, 1877, vol. I (jusqu'à Chaucer).
Parmi les langues germaniques, la priorité dans la littérature historique revient à l'anglo-saxon. Il existe, en effet, une chronique anglo-saxonne dont la première rédaction appartient au ix* siècle, à une époque où le latin régnait sans partage sur tout le continent. C'est un sujet d'orgueil pour les Anglais (the hoast of England)^ qui placent ce livre immédiatement après la Bible.
Ce phénomène isolé tient, toutefois, moins à un progrès de la littérature populaire qu'à la décadence de la littérature latine au milieu des désordres de Tépoque danoise, décadence telle que, dans la patrie de Bède et d'Alcuin, une bonne partie du clergé lui-même ne comprenait plus le latin de l'Eglise. Pour remédier à cette ignorance, Alfred, le roi restaurateur, fit traduire ou traduisit lui-môme, dans la langue du peuple, les ouvrages latins les plus nécessaires soit de théologie, comme la Régula pastoralis de S. Grégoire le Grand, soit d'histoire, tels qu'Orose pour l'histoire universelle, et Bède pour l'histoire nationale.
Quoi qu'il en soit, la première impulsion était donnée, et l'Angleterre eut une littérature nationale, avant tous les autres peuples modernes. A cette époque littéraire, appartient Y Anglo-saxon chronide, qui part de J.-C. Compila-
tion dans sa première partie, elle est originale dans la seconde pairie, et la source même de plusieurs chroniques latines (p. 300). Sur la rédaction la plus ancienne, que nous datons du règne d'Alfred le Grand (871-901), sont venues se greffer des continuations successives, dont la plus récente s'arrête en 1154.
Mais cette culture précoce fut suivie d'une prompte décadence : la conquête normande du xi* siècle anéantit la plus ancienne des littératures germaniques, qui fit place à une littérature toute romane. Nous avons fait connaître les productions historiques de celle-ci (p. 329).
Après un intervalle de deux siècles, quand le fonds germanique reprend le dessus, la langue de l'Angleterre n'est plus l'anglo-saxon, mais l'anglais, langue mixte, germanique dans sa grammaire, romane dans une bonne partie de son vocabulaire.
Cette langue nouvelle débute par des traductions, et ses productions historiques ne valent pas les chroniques latines ou françaises du temps, auxquelles il faut donner en général la préférence.
En suivant l'ordre des temps, nous trouvons à la fin du xu® siècle Robert de Glouoester, dont la Chronique rimée, jusqu'en 1271, n'est qu'une compilation sans intérêt de Monmouth (p. 299), Wace (p. 329), et des moines de S. Alban (p. 301).
Au XIV® siècle appartient Mannyng de Brunne, traducteur pesant du non moins pesant Langtoft (p. 330), rimes l'un et l'autre.
Au XV® siècle, appartient une troisième chronique rimée, celle de Hardyng, compilation pour la première partie et maigre annaliste pour son temps (jusqu'en 1461).
Aux chroniques rimées, succèdent les chroniques en prose, qui débutent aussi par des traductions.
Déjà au XIV* siècle, nous trouvons l'histoire universelle la plus répandue en Angleterre, le Polyoronicon de Raoul de Hygden (jusque 1367), traduite du latin en anglais par Jean
de Trévise, avec une continuation originale jusqu'en 1387, ouvrage qui fut imprimé en 1 482, avec une seconde continuation de 1387 à 1460, par le célèbre éditeur Caxton,
Au XV** siècle, John Gapgrave est Fauteur d'une Chronique (jusqu'en 1417), en prose, inférieure à son traité : De iUushnbus Henricis (jusqu'en 1446), où il touche à l'histoire de son temps.
Il existe également une traduction en prose du Brut, avec une continuation originale^ mais anonyme, de Richard II à Henri VI (1377-1461).
11 existe aussi quelques épisodes traités séparément relatifs à la guerre des deux roses, l'un, Chronicle of Edward IV (1459-70), par un partisan de la maison d'York, l'autre, le Chronicle attribué à Warkworth (1461-71), par un partisan des Lancaster, et une relation de YArrivale of Kinge Edtoard IF (1471), qui a un caractère officiel, et qui correspond à une relation française adressée par le prince lui-même au magistrat de Bruges.
Enfin le dernier prosateur anglais du moyen âge, Fabyan (Robert), bourgeois de Londres, reprit encore une fois l'histoire complète de l'Angleterre depuis Brut jusqu'à son temps (1485) ; mais il n'a quelque valeur que pour l'histoire communale de Londres.
Les chroniques écossaises du moyen âge n'ont pas plus de valeur que les précédentes. Elles sont toutes rimées. Les plus anciennes tiennent plus de la chanson que de Thistoire : c'est le B)mce de Barbour (xrv* siècle), et le Wallace de Harry (xv® siècle).
Au XV* siècle appartient André Wynton, Orygynale chronyhil of Scotlandy depuis les origines jusque 1406. Il se rencontre assez souvent avec le premier chroniqueur latin de l'Ecosse, Jean de Fordun, auteur du Chronicon Scotiae (jusqu'en 1385), soit que l'un reproduise l'autre, soit qu'ils puisent à des sources communes.
Quant à Stewart, qui appartient déjà au xvi* siècle, son Buih of the chroniclis of Scotland n'est qu'une traduction
. rimée des Historiae Scotorum d'Hector Boethius, son contemporain; la traduction vaut l'original, qui est sans valeur.
Recueils : Rolls séries (Anglo-saxon chronicle, Gloucester, Brunne, Trévise, Capgrave, Stewart). — Cambden Society (Chronique de Richard II à Henri VI ; chroniques d'Edouard IV).
Oritique : Pauly, Geschichte von England^ 1154-1509 (les Appendices critiques des vol. 3, 4, 5). — Gardiner et Mullinger, Introduction to the Siudy ofEnglish Eistory,
6^ Textes néerlandais.
J JTTÉRATURB : Monc, UbersicM der niederlândischen Volksliteratur àMe^ rer Zeit Tubingue, 1838. — ioïnMAoei, Geschiedenis der nederland" 8Che leiterkunde, 2«» édition. Groningue, 1873 74, 2 vol.
En passant de l'Angleterre sur le continent, nous rencontrons d'abord, dans les Pays-Bas, les productions historiques en langue néerlandaise, qui sont loin de valoir les productions latines et françaises de ces mômes contrées.
En fait de chroniques d'un intérêt général, on ne rencontre guères que des traductions ou compilations, la plupart rimées. Dès le xiii* siècle, le Spéculum historiale de Vincent de Beau vais (p. 321) fut traduit, avec quelques omissions, par Jacques van Maerlant, le père de la littérature néerlandaise ; il y a peu à apprendre dans l'original, rien dans le traducteur.
La continuation de Maerlant par Louis van Velihem (au XIV* siècle) est plus originale (de 1248 à 1316) ; mais par contre, elle manque de portée. La Rijmkronick de Flandre {jusqu'en 1405) s'est servie, pour compléter les précédents, des historiens latins et français de la Flandre : ce n'est qu'une compilation.
L'histoire de la Hollande a pour berceau le monastère d'Egmont; elle y commence sous forme A' Annales monastiques^ continuées jusqu'en 1205. Avec ces matériaux, fut rédigé dans le môme monastère le Chronicon Hollandiae^
continué par Guillaume d*Egmont jusquen 1332. Enfin Mélis Stoke, du même monastère, tira de la chronique latine sa Rijmkronick de Hollande (jusquen 1305), qui ne vaut guère plus qu'une traduction.
L'histoire du Brahant débute par une Généalogie latine des ducs de Lothier et deBrabant(jusqu en 1269), destinée surtout à établir les droits de ces princes à la couronne de France, comme descendants de Charles le Simple.
A cette généalogie sont venus se rattacher un certain nombre d'épisodes, la Guerre fabuleuse de Grimbergue (xii* siècle), dont la version rimée ne date que du xiv® siècle ; puis la Bataille de Woeringen (1288), par Jean van Heelu, qui est plus historique.
C'est avec ces matériaux que Jean van Boendale (au xrv* siècle) composa ses Gestes de Brahanty chronique rimée (jusquen 1350), sans originalité, sauf pour l'histoire de son temps.
Le môme auteur aborda, dans sa chronique Van den III Edwaert, un épisode de la guerre de cent ans. Mais sur ce sujet européen, il ne peut pas entrer en balance avec les productions contemporaines en français de Jean le Bel et Froissart.
Toutes ces chroniques sont rimées. Quant aux chroniques en prose néerlandaise, les unes ne sont que des paraphrases des précédentes. Les autres, plus originales, sont d'un intérêt trop local pour figurer ici.
Rboueils : Chroniques belges inédites (Corpus chronicorum Flandriae; van Heelu; Boendaele). — Publications des bibliophiles flamands (Guerre de Grimbergue). — Bronnen van de geschiedenis der Nederlanden in de middeleeuwen. Utrecht, 1863-67. — Société historique d'Utrecht 1885 (Mélis Stoke).
7® Textes allemands.
Littérature : Wackernagel, (^eschichie der deuUchen Literatur. Bàle, 1851*55. 3 vol.— Koberstein, Orundriss der Geschichie der deutscfien NcUùmal'Literatur, Leipsig, 1872-73, 5 vol. — Heinrich, Histoire d$ la littérature allemande depuis les origines, Paris, 1878, 3 vol.
En fait d'histoire on ne rencontre, dans la littérature allemande, avant le xm* siècle que des ébauches isolées. On peut déjà considérer comme telles certains lieds historiques^ dont le plus ancien remonte au ix* siècle : c'est le Ludwigslied, qui célèbre la victoire remportée en 881 par Louis III sur les Normands. Du xi* siècle date YAnnoliedy panégyrique en l'honneur de l'archevêque Annon de Cologne.
La plus ancienne chronique rimée, qui date du xii** siècle, n'est aussi qu'une ébauche ; c'est une chronique des empereurs romains, Der Keiser und der Kunige Buoch^ qui va de Jules César à Conrad III (114T), bien inférieure aux aux ouvrages contemporains d'un Otton de Babenberg, et destinée évidemment à un public tout diflFérent, au public des illettrés, qui se plaisait plus aux légendes qu'à l'histoire.
A ces chroniques rimées, succèdent les chroniques en prose, qui réalisent un premier progrès ; c'est au xiii® siècle qu'elles débutent par une Weltchronick (dite de Repgov), de la Création jusque 1248, sans valeur pour nous, il est vrai, étant une compilation d'Ekkehard (p. 319) et d'autres auteurs dont nous avons les originaux.
A partir du xiv* siècle, la littérature historique en Allemagne présente les productions les plus variées, tant en latin que dans les divers dialectes allemands : anciennes Annales^ qui se continuent dans les monastères; chroniques communales^ qui commencent dans les villes ; histoires dynastiqtxes ^ qui s'attachent aux cours des princes ; çà et là quelques histoires plus générales, qui essayent d'embrasser les destinées soit d'une contrée soit de l'ensemble de l'Empire. C'est l'époque du démembrement progressif de l'Allemagne, et le3 eflfets de ce fractionnement se font sentir dans l'historiographie du temps.
Nous n'indiquons ici que les principales de ces productions, en suivant Tordre géographique.
' Pour commencer par l'Autriche, la littérature historique y débute au xn^ siècle, par une Reimchronick, celle d'Ottokap de Styrie, de 1250 à 1309, qui, à la différence des précédentes, est tout à fait originale. C'est l'époque de l'avènement des Habsbourg, avec lesquels commence le rôle historique de l'Autriche.
De la fin du xrv* siècle, il existe une seconde chronique rimée, attribuée à Sefiier (autrefois Hagen), Chronika des Landes Œsireich^ qui continue l'histoire de ce pays jusqu'en 1398 ; très inférieure à la précédente.
A ces chroniques allemandes, il faut préférer les chroniques latines de l'Autriche, celle de Jean de Viotnng, Liber certarum historiavum jusqu'en 1343 ; — la chronique d'Ebendorfer, jusqu'en 1463 ; — celle d'Unrest, qui termine en 1499, avec la fin du moyen âge.
La maison rivale de Luxembourg, qui eut son siège principal en Bohême, eut aussi ses historiens, dans le nombre l'empereur Charles IV lui-même, le seul souverain du moyen âge qui ait laissé des mémoires, Commentarius de vita sua (1316-46). Le règne important de l'empereur Sigismond (1386-1442) a trouvé son historien dans Windeck, dont l'ouvrage, écrit en allemand, rentre aussi dans ce genre de mémoires personnels.
Les chroniques bavaroises les plus saillantes sont : au xrv* siècle Andréas de Ratisbonne, Chronicon de ducibus Bavariae jusqu'en 1439 ; au xv® siècle, Wildenberg, Baiersche Chronik, jusqu'en 1484 (avec une continuation encore inédite de Fûhrer, 1480-1510).
Les chroniques suisses gagnent aussi en importance à mesure que leur pays se môle davantage aux grands événements de la fin du moyen âge. La première qui soit en allemand, date du xiv* siècle : c'est une Weltchronik en
prose, qui termine en 1335, d'un anonyme, mais sans valeur histonque pour nous.
Plus intéressantes sont les relations suisses sur la guerre des Bourguignons au xv« siècle : il y en a en vers (anonyme de Brisach), en prose (Knebel), et en latin (Bonstetten).
Il existe enfin des chroniques générales de la Suisse en allemand, par Melchior Ross, qui malheureusement est incomplète (jusqu en 1412) ; — par Etterlyn (jusqu'en 1502) ; — par Schillmg le jeune (jusqu en 1509). Toutes trois ont été rédigées à Luzerne.
Parmi les chroniques locales, celles de Berne ont le plus d'importance, tant à cause du rôle de cette ville, qu'à raison du mérite de ses chroniqueurs officiels, Justinger, qui termine son travail en 1425; Tittlinger, qui va jusqu'en 1466; et Schilling, de 1468 à 1484.
Les villos impériales de l'Allemagne, formant des républiques au sein de l'Empire, ont aussi leurs chroniques particulières, qui fournissent des matériaux précieux à l'histoire générale.
Ces chroniques, commençant par les annotations des annalistes monastiques, là où il y avait un monastère, ont été recueillies d'abord en latin par le clergé attaché aux grands chapitres de ces villes, et enfin en allemand soit par les secrétaires des villes soit par quelque bourgeois lettré.
Les chroniques de Cologne remontent jusqu'au xii® siècle; elles se composent d'un premier noyau, de 1144 à 75, avec des continuations successives jusqu'en 1249. L'ensemble forme la Chronica regia coloniensis. Au xiii® siècle apparaît la plus ancienne Chronique rimée de Cologne, celle de maître Godefrit Hagen, jusqu'en 1270 ; suivie d'autres du môme goût. Enfin au xv« siècle, fut achevée la grande chronique en prose. Van der hilligen Stat van Coellen, imprimée par Koelhoff en 1499.
Parmi les chroniqueurs de Mayence, il faut distinguer le Chronicon mogunticum du xiv* siècle (jusqu'en 1406). De la même époque est la Limpurger Chronik de Tileman de
Wolfhagen, relation originale des événements entre 1336-98, et surtout intéressante pour l'histoire des mœurs.
Strasbourg a produit deux chroniques allemandes, qui comptent parmi les plus anciennes. Tune locale, celle de Glosener (jusqu'en 1362) ; — l'autre générale, la Weltchronik de Twinger von Koenigshoven (jusqu'en 1386).
A Nuremberg, où r^nait un patriciat aussi puissant qu'à Venise, ce furent des patriciens de cette ville qui en ont commencé Thistoire sous forme de mémoires personnels, ceux de Stromer, des Tucher, de Herdegen, de Mufjel. Nuremberg eut enfin son chroniqueur officiel, Meisterlin, dont l'œuvre finit en 1488, avec le moyen âge.
La plupart des chroniques précédentes en langue vulgaire sont en haut allemand. Il nous reste à signaler les chroniques les plus célèbres en bas allemand.
La plus ancienne, qui date du xiii« siècle, est la chronique rimée d'Eberhard, de Gandersheim (en 1216), sur les origines du monastère de ce nom ; d'un intérêt plutôt littéraire qu'historique ; car ce n'est qu'une reproduction d'une chronique latine, perdue, il est vrai, mais ne sortant guère de l'histoire locale.
En second lieu vient une Weltchronik (jusqu'en 1279), rimée, anonyme, mais qu'on rattache à Brunswick. Le sujet même exclut l'originalité du fond.
Une troisième chronique rimée, du xiv* siècle, se rapporte à l'histoire de l'Ordre teutonique dans la Prusse orientale par Jeroschin, qui ne fit de même que traduire le Chronicon de son contemporain, Pierre de Dusbourg.
Viennent ensuite des chroniques en prose, plus nombreuses, les unes communales (Detmar de Lubeck, etc.), les autres dynastiques (les ducs de Clèves^ par Geert van der Schûren).
Enfin quelques chroniques plus générales ont eu deux rédactions à la fois, en latin et en bas allemand : c'est le cas de deux auteurs du xv« siècle, Hermann Eomer^ dominicain de Lubeck, dont l'histoire se termine en 1431,
et le chanoine Thierry Engelhus, dont la chronique s*arrôte, dans la rédaction allemande, en 1424 (cette dernière encore inédite).
Recueils : Mnllenhof et Scherer, Denkmaeler deuUcher Poésie une Prosa (Ludwigslied). — Bibliotheh der deutschen Literatur (Annolied ; Kaiserchronik). — Monumenta de Pertz, série in 4 : Scriptores qui Ungua vemacula usi sunt, 1877-83 (les Weltchronik ; Tieleman von WolfhageD; Eberhard von Gandersheim). — Paz, Scriptores rerum Austriacarum (Ottokar, Sefner). — Hirsch, Scriptores rerum Prussi. carum (Jeroschin). — Die Chroniken der deutschen Staedte, von xiv bis im XVI Jahrhundert (par la Commission d'histoire de Munich). Leip* sig, 1863-87, 20 vol. — Die historischen Volksliedem der Deutschen von XIII bis XVIJahrh. (même Commission). Leipsig, 1865-69, 4 vol.
Critique : Lorenz (0.), Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, seit den XIII^ Jahrh. Berlin, 1876, 2 vol.
8® La renaissance.
LriTÉRATURE : Ranke (L. von), Zur Kritih neuerer Geschichtschreiber. Nouvelle édition. Leipsig, 1884.
En histoire, comme dans le reste, le moyen âge fut une époque de formation. Tous les genres furent essayés, histoires générales, chroniques locales, biographies, mémoires, etc. ; dans aucun on n'atteignit la perfection.
Ce n*est point Tactivité intellectuelle qui avait manqué à une époque qui vit surgir quarante universités dans le cours du xiii® et du xiv« siècle. Ce n est point non plus les facultés de lesprit, comme le fait voir la renaissance précoce de la philosophie, qui atteignait son apogée dès le xiii* siècle. Ce qui manquait à l'historien, c'étaient des matériaux et des outils. Les bibliothèques étaient rares et peu fournies ; les manuscrits les plus précieux inabordables. Il ne restait qu'un petit nombre d'exemplaires des grands historiens romains. La littérature grecque, si riche en productions historiques, demeurait lettre close, faute de connaître la langue. Enfin, des historiens du moyen âge, c'étaient les plus médiocres, des compilateurs de troisième main, qui étaient les plus répandus.
En ceci encore la découverte de rimprimerie et la diffusion des chefs d œuvre de l'antiquité ont fait une révolution ; car c'est de là que date la renaissance des sciences historiques. Et d abord, le domaine de l'érudition s est trouvé tout d'un coup décuplé. En second lieu, il a. suffi d'une simple lecture des originaux pour faire évanouir une multitude de fables et de légendes dont les chroniques étaient encombrées depuis Monmouth et Turpîn. De ce moment là, la critique historique était née. En troisième lieu, l'étude des modèles fit renaître l'art de la composition. A la littérature spontanée du moyen âge, succédaient des créations réfléchies,, dont tous les effets étaient calculés.
Cette renaissance eut son berceau en Italie et fit ensuite le tour de TEuropo. Parmi les précurseurs de ce mouvement, on doit signaler, dans la première moitié du xv® siècle, le romain Biondo Plavio, secrétaire des papes, qui osa briser le moule consacré des six âges du monde^ pour écrire sur un plan tout nouveau la première histoire complète du moyen âge sous le titre de : Historiarum décades très ab inclina-tione Imperii romani (400-1440). Puis viennent les papes eux-mêmes, Nicolas V (1447-55), rassemblant de tous côtés les auteurs grecs et les fesant traduire du grec en latin ; et surtout Pie II (1458 64), grand promoteur des études historiques, et lai-môme historien distingué du xv« siècle, sousson nom de Sylvio Piocolomini.
Toutefois, dans ce retour à l'antiquité classique, il y eut des exagérations fâcheuses, dont l'étude de l'histoire s'est elle-même ressentie.
Et tout d'abord les langues nationales furent arrêtées brusquement, dans leur première floraison, par le latin, qui reprit pour un temps le dessus. Les historiens classiques de la renaissance n'ont voulu écrire qu'en latin : en Italie, le Pogge et Bruni (p. 343) ; — en France Patd Emile, surnommé le Tite Live français, bien qu'italien d'origine; puis l'évêque Beaucaire, et surtout le président de Thou; — en Allemagne, Sleidanus ; — en Angleterre, Polydore Virgile^ italien aussi d'origine ; — Mariana en Espagne ; — OsoHo en Portugal.
Cet engouement pour Tantiquité produisit une altération complète du style historique, que Ion cherchait à embellir aux dépens de l'exactitude. On vit * reparaître le goût des harangues factices, des réflexions morales, des hors d'œuvre descriptifs. On ne se contenta pas de dénaturer les noms propres, s'appelant Agricola au lieu de Boermann, Mélanchion au lieu de Schwarzerd, etc. etc. ; substituant les Gaulois aux Français, les Belgae aux Flamands, les Lusitaniens aux Portugais, etc. ; mais ce travestissement s'étendit aux institutions et aux mœurs, devenues méconnaissables sous la plume trop élégante de ces plagiaires de l'antiquité.
Une dernière conséquence de cet engouement funeste, ce fat une foi aveugle dans l'autorité des Anciens, jugés si supérieurs aux chroniqueurs naïfs du moyen âge. On en vint à croire les premiers sur parole. Captivé que Ton était par les séductions de leur style, on s'en tint à leurs narrations si unies et si vraisemblables, sans rechercher avec quels matériaux ces artistes avaient travaillé, ni la valeur que ces matériaux pouvaient avoir ; et, pendant trois siècles, Ton demeura sous ce charme, qui a été rompu enfin de notre temps par la critique impitoyable de Niebuhr et de son école.