PLAN
du Cours d'Histoire Universelle.
La difficulté principale que présente l'histoire universelle, résulte de la multiplicité das nations et des Etats dont il nous faut parler, dans Thistoire d'une même époque.
Quel est le plan à suivre pour résoudre cette difficulté? Il y a deux méthodes différentes, la méthode synchronique et la méthode ethnographique. La méthode Bjnchronique consiste à réunir tous les faits qui se sont passés dans le même temps, sans tenir compte de la diversité des lieux et des nations ; la méthode ethnographique consiste à raconter séparément l'histoire de chaque peuple en excluant tous les faits qui se sont passés chez les autres peuples ou dans des lieux différents.
La première méthode a lavantage de présenter les faits dans Tordre où ils se sont réellement succédés. Mais elle convient là seulement où il s'agit de donner une vue sommaire de l'ensemble de Thistoire : c'est l'ordre suivi par Bossuet dans son Discours sur Vhistoire universelle et par Jean de MuUer, dans ses 24 livres dhistoire universelle.
La seconde méthode, au contraire, présente cet avantage de grouper les faits entre lesquels il y a un lien interne; elle rend mieux compte de la marche de chaque peuple dans toutes ses phases, sa formation, son développement, sa décadence, tandis que cet enchaînement des faits est sans cesse brisé par la première méthode. Par contre, cette seconde méthode a l'inconvénient d'entraîner des redites, pour certains faits qui sont communs à plusieurs peuples, tels que les guerres internationales.
On peut enfin combiner les deux méthodes, et pour cela, adopter un cadre général correspondant aux grandes épô*
ques de l'histoire, marquées par un événement capital, et dans les divisions de ce cadre retracer séparément Thistoire de chaque peuple jusqu'à cet événement.
En adoptant ceite combinaison, il est bon de remarquer que la méthode ethnographique s'applique mieux à l'histoire ancienne, où les peuples en effet ont vécu longtemps isolés, tandis que dans l'histoire moderne, les relations intimes et continuelles des peuples et des Etats entre eux rendent préférable la méthode sjnchronique.
Ce qu'il faut éviter, c'est de s'attacher à un plan préconça et de vouloir j plier de force tous les faits. Un bon plan est, avant tout, affaire de tact et d'expérience.
Quel que soit le plan que l'on adopte, pour donner de Yunité à l'histoire, il est essentiel d'insister sur les origines communes de l'humanité, et c'est par là que le cours d'histoire doit commencer.
Sinon, on laisse les jeunes gens sous cette impression erronée que nous ne savons rien de nos origines, qu'il n'y a à cet égard que des fables incohérentes, ou encore que l'humanité aurait débuté par l'état sauvage dont tous les peuples seraient sortis les uns plus tôt, les autres plus tard.
Les commencements de l'histoire se rattachent aux vérités fondamentales de la religion. C'est la religion seule qui nous donne la clef de l'histoire, qui nous apprend d'où l'homme vient et où il va, son origine et sa destinée.
Ces principes fondamentaux dont un professeur chrétien doit partir, sont :
V la création de C/iomme et l'unité du genre humain réduit deux fois à une seule famille ;
2^ la fin de t homme ou son union avec Dieu, qui ne peut s'accomplir que dans une autre vie, et qui implique l'immortalité de l'âme ;
3® te libre arbitre^ d(>nt l'homme a été doué pour atteindre sa fin ;
4® la chute de Vhomme^ conséquence du libre arbitre et point de départ de la lutte continuelle entre le bien et le mal dont Thistoire nous offre le spectacle ;
5^ la Rédemption^ qui a relevé rhomme déchu;
6** la Providence divine^ qui fait concourir tous les hommes à ses fins, sans pourtant faire violence à la liberté humaine.
Sur ces principes reposent les divisions fondamentales de rhistoire, à savoir :
une première division, avant Jésus-Christ, qui comprend
Y histoire primitive et ï histoire ancienne ;
une seconde division, depuis Jésus-Christ, qui comprend
Y histoire du moyen âge et Y histoire moderne.
En retraçant les origines de l'humanité et son histoire primitive, le professeur, pour ne pas s*égarer, ne saurait mieux faire que de laisser parler la Bible elle-même.
La Bible n est pas seulement la parole révélée ; mais la langage qu'elle parle est si simple qu'il est à la portée des plus jeunes intelligences, et, en même temps, la Bible contient un sens très profond, pour ceux qui savent la commenter, comme Bossuet le fait dans ses sublimes Elévations.
Rien de mieux d'ailleurs que de mettre en regard de la Bible les découvertes et les données de la science moderne sur les mêmes questions, sur la formation de la terre et sur Yapparition de Chomme^ sur Yorigine des langues^ sur la naissance des nations^ sur Yarchéologie préhistorique. Ce sera l'occasion de faire remarquer qu'il n'y a pas entre la science et la foi cette contradiction dont les incrédules depuis Voltaire ont tant abusé.
Ce qu'il faut éviter, c'est de substituer à la version reçue de la Bible nos interprétations modernes, qui restent toujours conjecturales, et qui ont l'inconvénient d'ôtre modifiées sans cesse on même renversées à mesure que la science fait de nouvelles découvertes.
Le texte de la Bible est par lui-même un fait historique, un monument vénérable déjà par son antiquité, à le cou* sidérer à un point de vue purement humain. L'ignorer, ce serait ignorer le chapitre le plus important dans Thistoire des idées et des croyances de l'humanité. Car c'est la version traditionnelle, reçue par toutes les nations civilisées des deux mondes qui professent le monothéisme, non seulement par les catholiques, mais tout autant, si non plus, par les nations protestantes, et non seulement chez les chrétiens, mais encore chez les Juifs et jusque parmi les Musulmans.
Sur ces données de la Bible sont fondées encore quelques unes des plus grandes créations du génie artistique, et le jeune homme qui les ignorerait, ne serait plus en état de comprendre Michel- Ange, Milton, Haendel.
En traitant des origines de l'humanité, une autre confrontation à faire par le professeur, c'est de mettre, en regard des traditions conservées dans la Bible, celles que l'on a recueillies chez tous les autres peuples de la terre : les Chinois^ les Indiens, les Chaldéens, les Grecs , les Scandinaves, et môme chez quelques peuplades du Nouveau- Monde. Cette confrontation confirme la Bible sur plusieurs points essentiels, sur la chute de l'homme, Vorigine du mal^ le déluge universel, etc.
Là au contraire où la Bible est en désaccord avec les mythologies , la science moderne a toujours fini par donner raison à la Bible. Certains peuples de lantiquité se sont plu à s attribuer une antiquité fabuleuse; les Egyptiens 30,000 ans, les Chaldéens 470,000 ans, les Chinois plus de trois millions d'années et les Indiens près de quatre millions. Si la science n'est pas parvenue à fixer avec certitude les commencements de la chronologie, en revanche elle a détruit l'autorité de tous les monuments que l'on avait successivement apportés pour battre en brèche la Bible. Quant aux observations astronomiques des Indiens, dont la plus ancienne était censée remonter à 3000 ans avant notre ère, les orientalistes (Klaproth) ont reconnu
que ces tables ont été construites dans le vu* siècle après Jésus-Christ et ont été dans la suite reportées à une antiquité reculée par des calculs rétrogrades.
Non moins curieuse est Thistoire des fameux zodiaques égyptiens découverts, l'un dans un temple d'Esneh, Tautre dans celui de Denderah, à la suite de Texpédition de Bonaparte en Egypte. Les savants, partant de lopinion que ces zodiaques devaient représenter l'état exact du ciel à l'époque de leur construction, déclarèrent aussitôt que le zodiaque de Denderah remontait à 4,000 ans avant notre ère et celui d'Esneh à 7,000 ans. C'était avant la découverte de Champollion et le déchiffrement des hiéroglyphes. Grâce à cette découverte, le savant Letronne a pu établir que ces monuments ne sont pas astronomiques, mais astrologiques, et qu'ils datent, le temple de Denderah, du règne de l'empereur Tibère, et celui d'Esneh de Tépoque du premier Antonin (l'an 147 après J.-C).
Enfin pour mieux graver dans l'esprit des élèves cet enchaînement de toutes les parties de l'histoire, il est encore fort utile de résumer au début de chaque année ce qui a été vu les années précédentes. La répétition est, en effet, l'âme de l'enseignement. Ce n'est qu'à force de revoir les mômes questions qu'on finit par les posséder de façon à ne plus les oublier.
Dans chaque partie du cours, on suivra, autant que possible, une méthode uniforme ; cette uniformité, à condition de ne pas ôtre forcée, a l'avantage de fournir à l'élève un cadre tout fait dans lequel les événements viennent se classer sans effort. Ainsi P l'histoire de chaque peuple ou de chaque époque sera précédée de notions géographiques étudiées sur la carte. On fera connaître la situation des contrées et leur géographie naturelle. Si ces notions ont été vues déjà dans le cours de géographie physique^ ce sera l'occasion de faire une répétition toujours utile.
Ce que l'on fera ressortir ici c'est le caractère particulier de chaque pays et l'influence que la situation physique d'un
peuple a exercée sur son état politique, sur ses occupations, sur ses mœurs, sur le degré de civilisation : telle contrée favorise Tunité politique ; telle autre s'y oppose ; il y a des pays de pâturage ; des pays agricoles ; des pays particulièrement propres à la navigation et au commerce.
2^ On donnera ensuite la division historique en périodes, qui se ramène presque toujours à ces grandes phases d'origines^ développement f grandeur et décadence^ auxquelles la vie des peuples est soumise, comme la vie des individus.
3^ Passant ensuite au développement des fidts, on reprendra chaque période, en passant plus légèrement sur les moins importantes pour insister sur les grandes époques.
4^ On finira par des notions sur les institations et un tableau de la civilisation. Ces notions néanmoins seront adaptées au degré d'instruction et d'intelligence des* élèves, plus simples dans les classes inférieures, plus développées dans les classes supérieures.
En exposant les institutions, il faut faire une distinction tranchée entre les institutions sociales et les institutions politiques. On entend par institutions sociales tout ce qui constitue la société : la famille et la propriété, les distinctions de naissance et de fortune, les tribus et les classes. On entend par institutions politiques tout ce qui a rapport à l'Etat : la législation, la constitution politique, !a forme du gouvernement, les ressorts de l'administration. Trop souvent ou ne parle que des gouvernements, des classes supérieures qui y participent, et qui seules ont joué un rôle dans l'histoire, tandis qu'on laisse complètement dans l'ombre les classes inférieures, qui sont les plus nombreuses pourtant et méritent à ce titre d'attirer aussi l'attention des historiens. C'est ainsi qu'on est arrivé à se faire les idées les plus fausses des sociétés antiques, de leurs démocraties trop vantées, de leurs libertés républicaines. Il est temps de rectifier les idées de la jeunesse sous ce rapport, en leur donnant quelques notions aussi sur les institutions sociales
aux différentes époques, sur le régime des castes en Orient, sur Tesclavage en Grèce et à Rome, sur les classes serviles du moyen âge, sur le paupérisme dans nos temps modernes.
5^ Dans le tableau de la civilisation d*un peuple, on comprendra la civilisation matérielle^ cultures, industrie, arts, commerce; et la civilisation intellectuelle, littérature et philosophie, en y rattachant la religion.
On insistera à ce sujet sur le lien étroit qui existe entre la religion et la civilisation, en montrant que les peuples les plus civilisés ont été aussi les plus religieux, et que dans les sociétés antiques, c'est la dépravation de leurs cultes qui ont amené leur décadence. Nous constatons d'ailleurs que cette dégradation religieuse a été progressive, que, partant du monothéisme, les peuples anciens ont passé, successivement par le culte de la nature, celui des astres , le polythéisme, l'idolâtrie, le fétichisme. Tout en flétrissant l'immoralité de ces cultes, il faut s'abstenir d'entrer dans les détails scabreux, et il faut observer la môme réserve dans les descriptions de mœurs, en parlant de la polygamie, de la polyandrie etc., se souvenant de cette maxime d'un ancien :
Maxima debetar paens roTerentia.
Ce que l'on fera ressortir, c'est ce qu'il y a de différent dans le caractère de chaque peuple, l'habileté technique des Egyptiens, l'esprit de négoce chez les Phéniciens, le génie artistique et la philosophie des Grecs, l'organisation mili* taire et le droit chez les Romains.
Ce plan que nous traçons ici, s'applique sans effort à l'histoire ancienne, où l'on peut suivre la méthode ethno* graphique. Il devient plus compliqué quand on aborde l'histoire des peuples modernes ; nous y reviendrons, après avoir passé en revue Thistoire particulière des peuples anciens.