‹ Traité des études historiquesChapitre 30 sur 55 · PREMIER COURS · texte numérisé non relu

PREMIER COURS

Histoire ancienne de POrient.

On divise l'histoire ancienne en trois époques : l'Orient, — la Grèce, — Rome.

Cette division, qui est classique, a le mérite d'être à la fois géographique et chronologique : géographique^ puisque ces peuples sont situés dans cet ordre, en allant de l'est à l'ouest; chronologique, puisque les peuples orientaux ont précédé dans l'histoire les Grecs, et que les Grecs ont précédé les Pvomains.

De plus à ces trois époques correspondent trois civilisations distinctes : durant la première époque, règne la civilisation orientale; durant la seconde prévaut la civilisation grecque; durant la troisième, la civilisation romaine.

Cette division se retrouve dans l'histoire spéciale de l'Orient : en effet, à partir d'Alexandre le Grand, une grande partie de l'Orient a subi la domination macédonienne, et ces mômes contrées, après la chute des États macédoniens , ont été réduites en provinces romaines. L'Orient donc a eu une époque grecque et une époque romaine. Seulement ces deux époques ne peuvent être traitées la première qu'après Yhistoire grecque et la seconde que dans le cours de Xhistoire romaine.

" L'histoire ancienne de TOrient, qui sera traitée dans le premier Cours, n'embrasse donc que la première époque de cette histoire, celle durant laquelle la civilisation conserve son caractère primitif, national, antérieur à toute influence étrangère.

Cette première époque manque d'unité par là môme que la civilisation orientale s'est développée séparément et simultanément dans plusieurs centres géographiques, étrangers

Tun à l'autre et souvent fort éloignés. C'est ce que Ton constatera déjà en traçant la géographie ancienne de l'Orient.

Géoini*aplile orientale.

Les contrées qui appartiennent à cette partie de la géographie historique, sont :

P la Chine, qui est demeurée en dehors de l'orbite des peuples classiques de l'antiquité, mais qui n'en a pas moins une histoire ancienne très reculée, remontant aux origines communes des peuples ;

2^ l'Asie méridionale ou les Inde^, qui, par leur situation, relient la Chine au reste de TAsie;

3^ l'Asie antérieure ou le pays continental, qui s'étend depuis l'Indus jusqu'à la Méditerranée, il renferme d'abord les quatre contrées qui se groupent autour des deux grands fleuves, l'Euphrate et le Tigre, et qui sont la Bàbylonie et \ Assyrie au centre ; la Médie au nord et la Perse au sud ; ensuite les contrées situées sur le littoral de la Méditerranée, la Syrie ^ la Palestine et la Phénicie;

4^ rAsie-Mineore ou la presqu'île occidentale de TAsie, comprise entre trois mers, la Méditerranée au sud, la mer Egée ou l'Archipel à l'ouest et le pont Euxin au nord ; la chaîne du Taurus la sépare du continent asiatique. Elle comprend un grand nombre de contrées, dont deux seulement, la Phrygie et la Lydie^ sont importantes pour l'histoire;

5^ une partie de l'Alrique à savoir : V Egypte ou le bassin inférieur du Nil, entre le golfe d'Arabie à l'est et le grand désert lybien à l'ouest; on y rattache au sud l'Ethiopie et la Nubie.

Plan de Flilstolre orientale.

Dans quel ordre Thistoire de ces contrées doit-elle être présentée dans le cours d'histoire ancienne ?

Plusieurs systèmes de classement sont possibles. Il y a d'abord le classement géographique^ celui qui a été adopté

par Heeren. On traite premièremeût les peuples de F Asie : Cbaldéens, Modes, Phéniciens, Juifs etc. ; en second lieu les peuples de t Afrique : l'Egypte et Carthage; en troisième lieu, les peuples de t Europe : La Grèce et Rome. Appliqué à rhistoire de l'Orient, ce classement bouleverse l'ordre chronologique, en traitant l'histoire de nations récentes comme les Mèdes, avant l'histoire d'autres peuples beaucoup plus anciens, tels que les Egyptiens.

Il y a ensuite le classement ethnographique^ celui qui a été introduit par Duncker, à savoir : les peuples chamitiques, l'Egypte et Babel; \qb peuples sémitiques ^ Assyriens, Phéniciens, Hébreux, etc. ; les peuples ariefis^ Indiens, Mèdes et Perses. Ce classement a l'avantage de s'adapter mieux à la succession chronologique ; seulement il est en grande partie conjectural; car Texistence du groupe chamitique est contestée et contestable, et les caractères ethnographiques de certains peuples de Tantiquité demeurent fort incertains.

Nous avons adopté un troisième classement, fondé, non pas sur le pays, ni sur la race, mais sur la civilisation.

Nous avons déjà constaté qu'aux trois époques de l'antiquité correspondent trois civilisations, orientale, grecque, romaine. Mais la civilisation orientale n'est pas homogène. Nous distinguons à cet égard, d'une part, quatre peuples isolés, dont la civilisation, à raison de cet isolement, a un caractère tout à fait original, à savoir : les Chinois, les Indiens, les Hébreux et les Egyptiens; et d'autre part, les autres peuples asiatiques, qui participent à une civilisation commune, depuis les anciens Babyloniens jusqu'aux Perses.

I^a Chine et l'Iade.

Quant aux Chinois et aux Indiens, beaucoup d'historiens modernes les excluent de l'histoire de l'antiquité, uniquement par la difficulté de leur assigner une place rationnelle dans un Cours d^histoire, à raison de l'isolement dans

lequel ils ont presque toujours vécu. Nous reconnaissons qu*on peut les placer indifféremment soit au commencement du cours, en forme $ introduction (comme dans nos premières éditions) soit à la fin du cours, sous forme à'appendice (comme dans nos dernières éditions). Mais, en tout cas, il faut en parler dans une histoire ancienne, qui vise à être complète : P parce que leurs origines et leur développement appartiennent en réalité à la première époque de l'histoire; — 2® parce que ces peuples sont intéressants en eux-mêmes à raison du caractère original de leurs institutions, de leurs arts, de leur littérature, de leur civilisation. Cependant il n'y a pas lieu de s'arrêter longuement sur ce chapitre de l'histoire; des notions très générales suffisent. En effet les Chinois, à cause de leur isolement géographique, n'ont exercé aucune influence sur la civilisation du reste de l'Asie. D'autre part les Indiens n'ont presque pas d'histoire : divisés en tribus, sans unité politique, tour à tour soumis à des conquérants étrangers, ils n'ont eu pour ainsi dire qu'une vie purement intellectuelle. De là la richesse de leur littérature ; mais cette littérature non plus n*a eu aucun rayonnement au dehors. Patrimoine exclusif d'une caste, celle de Brahmanes, elle était même inaccessible au reste de la nation, qui végétait dans l'ignorance et les superstitions les plus grossières.

En se plaçant au point de vue de la civilisation, il y a un troisième peuple, auquel il faut faire une place à part dans l'histoire de l'antiquité : c'est le peuple de Diçu. Sa civilisation, pénétrée de l'idée monothéiste, forme un contraste complet avec toutes les autres civilisations, qui sont polythéistes ou panthéistes. L'histoire du peuple de Dieu est ordinairement négligée : on croit qu'il suffit de faire apprendre aux enfants Xhistoire sainte, et plus tard dans Thistoire ancienne on ne revient plus sur celle du peuple de Dieu. Il est de toute nécessité de ne pas séparer l'histoire sacrée de l'histoire profane, ni de laisser croire que

la première n'est bonne à apprendre qu'aux enfants. Il faut montrer l'importance continue de l'Histoire des Hébreux, qui ont exercé une influence assez grande sur les autres peuples de l'Orient, avec lesquels ils ont été en contact. On a exagéré Tisolement des Hébreux : il se sont trouvés en relation avec presque tous les peuples de l'ancien monde ; d'abord avec les Egyptiens pendant un séjour de quatre siècles dans ce pays ; plus tard avec les Phéniciens, voisins de la Palestine ; avec les Assyriens et les Babyloniens, contre lesquels ils eurent à combattre, et, par la captivité à Babylone, avec les Perses. Cyrus leur permit de rebâtir leur temple. Alexandre le Grand s'est détourné de son chemin pour visiter leur ville. Depuis ce moment, ils ont dépendu des Etats macédoniens ; en dernier lieu, de l'empire romain. Avant de commencer cette histoire, il est bon de montrer la diâérence qu'il y a entre elle et l'histoire des autres peuples : d'abord, par ses sources, la Bible, livre révélé, partant véridique jusque dans tous ces détails; ensuite par la mission providentielle du peuple élu, destiné à conserver le culte du vrai Dieu au milieu des nations tombées dans ridolâtrie.C est pourquoi on embrassera ici son histoire à toutes les époques de l'antiquité, jusqu'à sa destruction.

On commencera par les Notions géographiques sur la Palestine : indiquez la division en douze parties ou tribus et marquez les limites des deux royaumes dlsraël et de Juda après leur séparation. Après la destruction du premier de ces royaumes, la Samarie le remplace.

Division de l'Histoire du peuple de Dieu en trois grandes époques :

I" ÉPOQUE : depuis l'origine du peuple jusqu'à la défection des dix tribus et la division des royaumes. Pendant cette époque le peuple de Dieu a subi quatre transformations :

1** Une seule famille depuis Abraham jusqu'à Jacob et son établissement en Egypte;

2^ Le séjour ou la captivité en Egypte, depuis Jacob jus-

qu'à Moïse; les Hébreux, d'une famille, deviennent une nation ;

3** Le peuple de Dieu depuis Moïse jusqu'à Saûl; la nation s'affranchit et conquiert un territoire;

4^ La monarchie, qui donne à la nation un gouvernement commun, depuis Saûl jusqu'à la mort de Salomon.

II® ÉPOQUE : Les deux royaumes, celui d'Israël jusqu'à sa destruction, et celui de Juda jusqu'à la captivité de Babylone.

IIP ÉPOQUE : Depuis la captivité de Babylone jusqu'à la prise et la destruction de Jérusalem; quatre transformations remplissent cette époque :

P le peuple de Dieu dépendant des Perses jusqu'au renversement de la monarchie persane par Alexandre le Grand ;

2** dépendance des rois d'Egypte et de Syrie jusqu'à l'insurrection sous les Macchabées ;

3** la dynastie nationale des Macchabées ;

4** dépendance des Romains jusqu'à la destruction de Jérusalem.

L'histoire elle-même peut être donnée en abrégé parce qu'elle est déjà en partie connue par l'Histoire Sainte : on se bornera à faire ressortir les principaux faits et les grands changements que le peuple subit; il ne faut pas oublier de faire remarquer l'intervention de Dieu dans cette histoire, chaque fois que l'occasion s'en présente.

Dans les notions sur les institutions du peuple, on fait bien de marquer leur supériorité sur les institutions des autres peuples au point de vue social ; car ce peuple n'a connu ni le régime des castes, ni l'esclavage, les deux institutions sociales les plus dégradantes de l'antiquité.

Le quatrième peuple qui occupe une place à part dans l'histoire de la civilisation, ce sont les Egyptiens, tout d'abord, pour une raison géographique parce que ce peuple est en réalité étranger à l'Asie; il fait partie de l'Afrique,

et il représente la pari du continent africain dans la formation de la civilisation ancienne. L'autre raison est chronologique : l'histoire de l'Egypte commence un millier d'années avant l'histoire des autres peuples; aussi bon nombre d'historiens, pour ce motif, placent l'Egypte en tête de l'histoire de lantiquité.

Il résulte de cette priorité que l'Egypte a été le berceau d'une civilisation entièrement originale, qui ne doit rien aux autres nations, mais à laquelle ces nations doivent beaucoup; cela est particulièrement vrai des Hébreux et des Grecs. De là l'importance de l'Egypte dans l'histoire générale du monde.

Dans les notions géographiques, par lesquelles le professeur commencera, il y a lieu de rappeler la connaissance bornée que les Anciens avaient de l'Afrique; ils n'en ont connu que la vallée inférieure du Nil et le littoral de la Méditerranée ; sur ce littoral il n'y avait d'Etats importants que la Cyrénaïque, qu'il faut réserver pour X histoire grecque (colonies), et l'Afrique carthaginoise, qui reviendra dans Vhistoire romaine.

Ici il ne sera question que de l'Egypte et de ses voisins immédiats de Libye et d'Ethiopie. Dans la description de l'Egypte, insister sur le Nil et son action si remarquable sur la fertilité du sol et sur le caractère des habitants. De ses villes trop nombreuses, ne signaler que les capitales, sièges d'une dynastie royale.

En parlant de l'antiquité des Egyptiens, le professeur ne peut entrer dans les controverses auxquelles cette antiquité donne lieu. Il se bornera à faire connaître les divergences qui existent et leur raison d'être. Il rappellera que toute la chronologie égyptienne repose sur une liste de rois (330, d'après Hérodote), groupés par dynasties (31, d'après Manéthon), qui n'ont pas occupé toutes la même capitale, mais dont les unes régnèrent à Memphis, d'autres à Thèbes, d'autres dans le Delta.

De là cette question : ces dynasties furent-elles successives ou simultanées?

Selon qu'on adopte l'une ou l'autre de ces solutions, on allonge ou Ton raccourcit d'autant la durée totale de la monarchie, et c'est ainsi que Ton fera comprendre à l'élève comment il y a un écart de plus de trois mille ans dans la supputation de Tantiquité égyptienne, les uns datant Menés, le premier des Pharaons, de Tan 2,300 av. J.-C. ; les autres de Tan 5,600 avant notre ère.

Parmi les dynasties qui se sont succédé en Egypte, il faut distinguer surtout les dynasties nationales et les dynasties étrangères ; car c'est là dessus que repose notre division historique en cinq périodes, à savoir :

Première période : les dynasties antérieures aux Hycsos, le premier peuple étranger qui ait dominé en Egypte; c'est une période incertaine, en grande partie conjecturale, du moins au point de vue de la chronologie; Memphis est alors le centre de la monarchie.

Seconde période : les dynasties thébaines ou de la haute Egypte, postérieures aux Hycsos; le centre de la monarchie est reculé de Memphis à Thèbes; c est l'époque de grandeur; elle finit aux incursions des peuples maritimes, qui ont amené un nouveau déplacement du centre de la monarchie, passant de la Théb^'de dans le Delta.

Troisième période : les dynasties de la basse Egypte, depuis les incursions des peuples maritimes jusqu'à la domination éthiopienne (de 1050 à 700 av. J.-C); c'est le commencement de la décadence.

Quatrième période : la dernière dynastie nationale, depuis la restauration de la monarchie par Psammétique jusqu'à sa destruction par les Perses (700-527 av. J.-C.)

Cinquième période : la domination étrangère, qui devient définitive à partir de l'époque persane, sauf de courtes réactions nationales. Depuis lors, l'Egypte n'a pas cessé d'être soumise à l'étranger, tour à tour, satrapie persane, monarchie macédonienne, province romaine, etc.

Dans le développement des faits, éviter de charger la mémoire des élèves de longues kyrielles de pharaons, sur-

tout sous leurs noms indigènes : Ahmes-ne/er-ateri, Hor-em-heb, auxquels il faut préférer les transcriptions plus harmonieuses de la langue grecque. Par contre, ne pas éliminer de cette histoire les récits de la Bible, Varrivée d'Abraham y les aventures de J'oseph, la mission de Moïse, etc. C'est par des épisodes de ce genre que le professeur pourra rendre sa leçon intéressante pour la jeunesse. Dans le § consacré aux institutions, on exposera le régime particulier des castes ou classes de l'Egypte, avec les causes de ce régime, la division du travail, l'hérédité des professions, et ses conséquences, la dégradation des castes inférieures, etc. On finira par un tableau de la civilisation, les grandes constructions égyptiennes, l'écriture hiéroglyphique, qui peuvent donner lieu à quelques développements intéressants.

Ij'A.sle antérieure.

Dans les notions géographiques, indiquer exactement les limites de cette vaste monarchie qui se forma dans le bassin ou vallée, traversé par les deux grands courants asiatiques, TEuphrate et le Tigre. Au nord, elle eut pour limites l'Arménie, la mer Caspienne, TOxus et la Jaxartes; au sud, la mer Indienne, le golfe persique et l'Arabie; à l'est, la Syrie, la Palestine, la Phénicie, pays qui plus d'une fois furent subjugués par les souverains de cette monarchie, les rois de Ninive et de Babylone ; à l'est cette monarchie, s'étendit parfois dans l'Iran, mais les peuples de ces contrées nomades et barbares n'étaient jamais entièrement soumis.

Quatre pays et quatre peuples s'y trouvent, la Babylonie et l'Assyrie au centre, le long de TEuphate et du Tigre, la Médie au nord, la Perse au sud. Il est nécessaire de distinguer, de ces pays, les monarchies du môme nom qui s'établirent successivement et comprirent une grande partie des autres contrées : ainsi la Babylonie n'est qu'une partie de la monarchie de Babylone, etc.

Dans l'histoire de ces contrées, on peut suivre l'ordre chronologique, qui est celui où elles se sont succédé dans la

possession de l'Asie antérieure. La division historique correspond à la division géographique. Ce sont : I : La monarchie de Babylone ; II : La monarchie assyrienne ;

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