QUATRIÈME COURS
Histoire du moyen &ge.
En abordant l'histoire des peuples modernes, le professeur modifiera son plan. Il y a, en eflfet, une différence capitale entre les peuples modernes et les peuples anciens, dont on a traité jusqu'ici.
Dans l'antiquité, les civilisations ont un caractère essentiellement national, et l'histoire de chaque civilisation peut être traitée séparément ; de là la méthode ethnographique suivie dans l'histoire ancienne.
Chez les peuples modernes, il n'y a plus qu'une civilisation commune, homogène, fondée sur le christianisme, et, dans l'histoire de cette civilisation, il faut faire marcher de front tous les peuples chrétiens. La méthode ethnographique entraînerait des répétitions inutiles et fastidieuses. Toutefois la méthode synchronique ^ appliquée rigoureusement, a de plus graves inconvénients encore : la multiplicité des peuples et des événements embrouillerait et le professeur qui doit les exposer, et les élèves qui doivent les retenir.
Reste la méthode éclectique, que nous avons déjà recommandée, et qui consiste à diviser les temps modernes en plusieurs périodes et, dans chaque période, à retracer séparément l'histoire des différents peuples.
Mais, sur cette division en périodes, la plus grande diversité régnent entre les auteurs, et ceux-ci ne sont pas môme d'accord sur l'époque où commence et où finit le moyen âge.
Les uns commencent le moyen âge à la conversion de Constantin ; les autres, à la mort de Théodose, suivie du partage définitif de l'empire romain ; d'autres, à la chute de l'empire romain d'Occident ou encore à la naissance de l'islamisme.
De môme, on finit le moyen âge soit à la chute de l'empire romain d'Orient, soit à la renaissance des lettres
classiques, soit à la déccaverte de l'Amérique, soit à la naissance du protestantisme.
Tout dépend du point de vue où Ton s*est placé d*abord, et de ridée générale que Ton se fait du moyen âge.
Ce qui domine le moyen âge, c'est incontestablement l'Eglise, foyer alors de la civilisation et base de tout l'ordre social et politique. En effet,
1^ c'est l'Eglise qui a civilisé les peuples barbares, et la civilisation du moyen âge lui doit son empreinte éminemment religieuse ;
2^ c'est l'Eglise qui a opéré la fusion entre les barbares convertis et les anciens habitants de Tempire romain et inauguré l'unité qui a régné alors en Europe, cette unité non seulement religieuse, mais encore politique, connue sous le nom de chrétienté ;
3^ le droit public du temps reconnait à l'Eglise et au pape, comme chef de la chrétienté, une autorité suprême dans les conflits les plus graves entre les Etats ou au sein môme des Etats ;
4^ toutes les institutions de cette époque sont pénétrées de l'idée chrétienne ;
5^ les questions religieuses sont les seules qui passionnent alors l'Europe entière : la grande lutte intérieure, c'est la querelle du sacerdoce et de l'empire ; la grande lutte exté* rieure, ce sont les croisades ou la lutte contre l'islamisme.
La question est donc de savoir quand a commencé cette chrétienté du moyen âge, et quand elle a pris fin.
Nous la commençons à la chute du paganisme et, pour être plus rigoureux, à la chute de l'empire romain d'Occident, qui a entraîné dans sa ruine les derniers restes du paganisme.
Nous finissons le moyen âge à la naissance du protestan* tisme, parce que ce fut la fin de cette unité religieuse qui constituait la chrétienté.
A la vérité, cette unité religieuse du moyen âge n'embrassait que les nations de l'Occident. Mais, en Orient,
c'est également une révolution religieuse qui ouvre cette époque de l'histoire et qui la domine, à savoir, Tislamisme, qui a été la contre-partie du christianisme.
Tel est le point de vue auquel il faut aussi se placer pour donner une division rationnelle du moyen âge. Considérant, en effet, la chrétienté comme le fait central de cette époque, nous avons adopté une division en quatre périodes, correspondant aux quatre phases par lesquelles la chrétienté a passé.
Voici, dans notre plan, l'ordre à suivre par le professeur.
Division du moyen Afpe.
I'« période : la fondation des Etats chrétiens, depuis la chute du paganisme jusqu'à Charlemagne (476-800).
II>B« période : l'organisation de la chrétienté du moyen âge, depuis le couronnement de Charlemagne jusqu'à la réforme de Grégoire VII (800-1073).
III°^« période : la grandeur de la chrétienté et les croisades contre l'islamisme, depuis Grégoire VII jusqu'à la mort de Boniface VIII (1073-1303).
IV>»« période : la décadence de la chrétienté du moyen âge, depuis Boniface VIII jusqu'à la naissance du protestantisme (1303-1517).
Dans chacune de ces périodes, il faut établir une première subdivision en Occident et Orient, et consacrer des chapitres séparés à ces deux parties du monde, auxquelles correspondent deux civilisations opposées, le christianisme en Occident, l'islamisme en Orient. Dans l'histoire de rOrient, il faut comprendre l'Afrique, puisque l'islamisme y règne aussi, et même une partie de l'histoire de l'Espagne, aussi longtemps que l'islamisme y a été prépondérant.
A l'histoire de l'Orient, on peut rattacher encore l'histoire de l'empire byzantin, qui, par sa situation géographique, /orme la limite entre l'Europe et l'Asie, mais qui, par son rôle historique, a eu plus de rapports avec les Etats musulmans de l'Asie qu'avec les Etats chrétiens de l'Europe, et qui d'ailleurs a fini par se séparer de la chrétienté à la suite du schisme d'Orient.
On fera bien aussi de traiter l'histoire des croisades dans leur ensemble et sans interruption dans un chapitre à part, parce que dans ce chapitre l'Orient et l'Occident se rencontrent.
Dans l'histoire de l'Occident, comme de l'Orient, on poursuivra séparément l'histoire de chaque Etat durant toute la période, mais non pas
Jusqu'à la date juste où cette période finit; on choisira dans rtiistoîre même de cet Etat un éYénement capital qui coïncide à peu près avec la fin de la période, et qui a été le point de départ d'une phase nouvelle dans Fexistence de cet Etat.
Chaque fois qu*on reprend Thistoire d*un Etat dans une nouvelle période, on aura soin de la rattacher juste au point où Ton en était resté pré> cédemment; on résumera tot^ours l'histoire antérieure de cet Etat, de &çon à fournir à l'élève une histoire suivie, et non des fï*agments d'histoire, ce qui pourrait être la conséquence de la méthode synchronique.
Enfin, avant d'ahorder le moyen âge proprement dit, on consacrera un chapitre à l'histoire rétrospective des peuples européens depuis leurs origines jusqu'à leur contact avec Tempire romain. Ce chapitre servira d'introduction.
Géo^raplile du moyen Agpe.
Pour enseigner la géographie du moyen âge, il suflSra de reprendre la géographie déjà connue de l'empire romain et de la compléter par quelques notions sur les contrées demeurées en dehors de cet empire, à savoir : l'Europe centrale entre les frontières du Rhin et du Danube, les îles et presqu'îles de l'Europe septentrionale, avec les peuples Scandinaves, et l'Europe orientale au de là de la Vistule, avec les peuples slaves.
Ces notions géographiques seront reprises, dans le cours de l'histoire, à mesure que l'on rencontre des Etats nouveaux : chaque fois on aura soin d'indiquer les frontières de ces Etats et leurs subdivisions politiques.
De la géographie, on passera à l'ethnographie. On remontera à la migration des peuples, afin de rattacher l'histoire des peuples européens à l'histoire universelle.
Trois grandes races ont peuplé l'Europe dès les temps les plus reculés, à savoir :
P La race celtique ;
2^ La race germanique ;
3^ La race slave.
Après avoir indiqué leur situation géographique, on retracera le sort différent de ces trois races.
l"" La race oeltiqne fut en grande partie subjuguée par les Romains; elle n'a conservé sa nationalité qu'en Irlande,
6D Ecosse, dans le pays de Galles, dans la Bretagne française, dans le nord de TEspagne (les Basques, la Biscaye). Dans la Oaule, la Belgique et l'Espagne, elle est romanisée; là se sont formées, par cette fusion des Celtes et des Romains, les nations romanes, qui reçoivent encore un élément germanique dans la suite.
2^ La race slaye, assujettie en partie par les peuples germaniques, fut civilisée par ce contact avec des peuples convertis au christianisme. Cependant, comme elle habite sur les limites de FEurope et de l'Asie, elle subit aussi l'influence asiatique et surtout celle de l'empire grec. Elle se divise ainsi plus tard en deux fractions :
Les Slaves occidentaux ^ auxquels appartiennent les Polonais, les Bohèmes et les Moraves de l'Autriche, la population slave de la Hongrie et des pays situés au sud de ce pays sur le littoral de l'Adriatique. Ils ont été convertis à la religion catholique par leurs rapports avec l'empire germanique et font partie de l'Eglise latine ;
Les Slaves orientaicx^ réunis aujourd'hui dans l'empire russe, ont été convertis par leur contact avec l'empire grec et entraînés dans le schisme grec. Subjugués par les Mongols au xiii^ siècle, ils sont replongés dans la barbarie, dont ils ne sortent qu'aux seizième et dix-septième siècles. Ces slaves sont de moindre importance pour l'histoire du moyen âge.
3"^ La race germanique, par contre, est celle dont l'histoire domine tout le moyen âge.
Son histoire primitive, jusqu'à l'arrivée des Huns en Europe, forme l'introduction obligée à l'histoire du moyen âge. La classification des peuples germaniques, pendant cette période, ne peut être étudiée que sur la carte; car sans cela il est impossible de la rendre claire et de la faire retenir par les élèves à cause du grand nombre de populations diverses dont les noms sont souvent barbares et déjà difficiles à retenir. La division géographique de ce^ peuples
est môme la seule classification incontestable pour cette époque reculée. Tout le reste n'est qu'hypothèse.
Dans leur histoire, on distinguera deux périodes : P leurs guerres antérieures avec les Romains, qui durent deux siècles, depuis un siècle avant, jusqu'à un siècle après Jésus-Christ; — 2^ leurs guerres postérieures, qui recommencent après un intervalle d'un siècle, intervalle rempli par des événements internes qui ne sont connus que dans leurs résultats ou suites. Ces guerres durent à peu près deux siècles aussi (211-376 après J.-C), jusqu'à l'arrivée des Huns en Europe.
Une nouvelle période commence alors, c'est la période des migrations, dont les résultats, pour l'empire romain, ont été déjà appris dans l'histoire romaine. Deux phases sont à distinguer dans cette période : les grandes migrations jusqu'à la mort d'Attila ; la chute de l'empire d'Occident, après Attila. La marche des migrations fera l'objet d'une démonstration sur la carte.
Ici finit le chapitre préliminaire dans l'histoire du moyen âge.