RESPECTIVE
Il y a trois classes de sources : A. les traditions ; B. les monuments ; C. les relations écrites.
A. Les traditions, qui peuvent se présenter sous trois formes successives : d'abord elles se transmettent oralement, de vive voix ; ensuite elles se fixent dans les cérémonies, les coutumes, les institutions civiles ou religieuses; enfin elles sont recueillies par les historiens.
Les annales les plus anciennes de tous les peuples consistent en traditions.
B. Monuments : temples, palais, tombeaux, meubles, ustensiles, etc., ils sont historiques, quand ils sont contemporains de l'événement, dont ils perpétuent le souvenir ; car il y a aussi des monuments factices, élevés à une époque postérieure. •
C. Les relations écriti!;s. On peut les classer en six catégories, à savoir : les inscriptions; — les chartes ou actes publics ; — les annales et chroniques-^ — les histoires proprement dites; — les mémoires personnels; — les gazettes ou journaux.
Quand ces relations ont été composées à une époque peu éloignée de 1 événement, ce sont des sources originales ou de première main ; quand elles ne sont pas du temps, ce sont des sources dérivées ou de seconde main.
§111. — Règles générales de la critique historique.
Critique, xptcxiç, jugement, examen, censure. Distinguer la critique littéraire, qui s'applique au style, à la forme ; la critique philologique, qui s'occupe du texte; la critique historique, qui s'applique au fond. Deux écueils à éviter : la crédulité et V esprit sceptique.
1" Bègle. Il faut rejeter tout fait directement contraire aux lois de la nature physique.
Observation : cette règle n'exclut pas le miracle, qui doit être accepté comme un fait surnaturel, mais non pas contre nature.
2^ Bègle. On ne peut accorder de confiance aux récits qui renferment des contradictions, à ceux où le texte ne s'accorde pas avec le contexte, soit avec ce qui précède, soit avec qui suit; ni aux récits qui contiennent des détails invraisemblables, romanesques, poétiques.
3® Bègle. En cas de contradictiQU dans les relations
écrites, il faut décider plutôt d'après la valeur intrinsèque des témoins que d'après leur nombre.
On ne peut pas appliquer ici le calcul des probabilités, car un seul témoignage vaut quelquefois plus que vîngt autres qui le contredisent.
4® Bègle. Le silence d'un témoin sur un événement contemporain n a qu'une valeur relative qui dépend du caractère du témoin, de sa véracité, de son exactitude, du degré de connaissance qu'il pouvait avoir de l'événement dont il ne parle pas.
§ IV. — Règles particulières aux diverses sources
A. Les traditions.
Les traditions sont la source unique (en dehors de nos livres saints) pour les deux premiers âges de tous les peu-pies, savoir l'âge mythique et l'âge héroïque , qui ont précédé l'âge historique. Ce dernier commence pour les peuples anciens environ le viii® siècle avant l'ère chrétienne (776, commencement des Olympiades; 747, ère de Nabonasar ; 753, fondation de Rome).
Môme dans l'âge historique, les trois premiers siècles, jusqu'à Hérodote, ne donnent encore qu'une certitude relative : c'est la transition entre l'époque des traditions et l'époque des historiens.
Ce qu^il faut entendre par tradition. Tout ce qui n'est pas constaté par des monuments contemporains ou par des relations écrites au plus tard cent ou cent cinquante ans après l'événement, appartient à la tradition. Toutefois faut-il en excepter les relations empruntées à un auteur antérieur qui sont insérées dans un écrit composé plus tard. Mais il faut alors s'assurer si la citation est authentique et si Tauteur pripaitif a été contemporain de ce qu'il raconte.
l'^ Bègle. Il faut élaguer de ces traditions tout ce qui appartient au prodige, tout ce qui est contraire aux lois physiques du monde. Ce qui reste de ces traditions est possible, mais n'est pas toujours probable, encore moins certain.
2** La répétition de la même histoire à différentes époques, chez différentes nations et attribuée à différentes personnes, rend une tradition suspecte, invraisemblable.
Bx. Le trait de Guillanme Tell, qui abat une pomme sur la tête de son fils, se retrouve dans l'histoire d'autres persocnages plus anciens, en particulier dans un historien danois, Saxo Grammaticus, qui est antérieur de deux siècles à Tépoque de Guillaume Tell.
3^ Une tradition déjà invraisemblable en elle-même, si elle est contredite par une autre tradition ou à plus forte raison par un témoignage positif, doit presque toujours être rejetée. Cependant tout en rejetant ces traditions invraisemblables, il faut admettre qu elles renferment sbuvent un fond vrai.
Exemples. — Cyrus. — Lycurgue.
4** Une tradition n'est tout à fait certaine que .lorsqu'on peut remonter jusqu'à sa source.
B. Les monuments historiques.
Il faut les soumettre à un triple examen, à savoir par rapport à leur authenticité, à leur signification, à leur véracité.
P Un monument est authentique, lorsqu'il porte sa propre date ou lorsque des témoignages certains, qui renferment une description exacte du monument, indiquent cette date d'une manière précise.
Exemples. — Les Zodiaques d'Esnée et de Denderah.
2^ La signification d'un monument s'entend de ce sens clair, déterminé et incontestable qu'il présente et qui n'exige pas d'explication forcée, ni d'hypothèses hasardées et arbitraires, destinées le plus souvent à étayer des systèmes historiques.
3** La véracité d'un monument consiste en ce témoignage fidèle du fait qu'il énonce ; la politique, la flatterie, la négligence ont souvent contribué à falsifier les monuments.
Exemples. — Les prêtres d'Egypte montrèrent à Hérodote 330 statues des rois fabuleux de leur pays, auquel ils attribuaient ainsi une durée de 11,000 ans. — Les empereurs les plus abjects de Rome ont eu leurs statues et leurs temples.