C. Les inscriptions
Il faut appliquer aux inscriptions et aux médailles ce qui vient d'être dit des monuments : il faut vérifier leur authenticité, leur signification et surtout leur véracité. Voir plus loin les traités d'épigraphie et de numismatique.
D. Les chartes.
Les chartes ou diplômes forment une source importante de l'histoire du moyen âge et de l'histoire moderne. C'est l'objet de la diplomatique.
1"* Bègle. Il faut avant tout constater l'authenticité d'un document de cette nature, en recourant aux traités de diplomatique (voir plus loin p. 18), qui nous font connaître les procédés, le style, les formules initiales et finales, la méthode de dater, sceller,etc. les documents de ce genre aux différentes époques.
Observation. A l'égard des chartes antérieures à Tan 1000, il est reconnu que Ton ne peut prouver Tauthenticité que d'un très petit nombre de ces documents.
2"^ Il faut bien examiner si une charte ou un diplôme est original ou si ce n'est qu'une copie faite plus tard.
3** Toute copie ne doit pas être rejetée comme fausse ; mais il est nécessaire de constater si le contenu de la charte dont on ne possède qu'une copie, est conforme aux règles de la diplomatique, ainsi quaux renseignements donnés par les historiens.
Exemples. — Les chartes de donation et de confirmation des Etats romains au Saint-Siège : Chartes de Pépin, de Charlemagne, d*Otlion le Grand.
4® Une charte fausse, c'est à dire dont la forme ne date pas de l'époque qu'elle indique, peut avoir l'autorité d'une copie pour le fond : mais il faut dans ce cas cCabord que l'authenticité du fond soit établie par d'autres documents authentiques, ensuite que ces derniers documents ne soient pas étayés sur cette charte fausse.
5** Une charte authentique et véridique a plus de poids que les récits d'auteurs môme contemporains, parce que la confection d'une charte est toujours entourée de plus de garanties : c'est un acte solennel, jusqu'à un certain point public; un acte à la confection duquel concourent ordinairement plusieurs personnes.
A cette classe de sources écrites se rattachent encore les procès-verbaux^ les actes^ rapports ou bulletins officiels, les récits officiels, en un mot, tout ce qui s'écrit en présence du fait, et porte un caractère officiel.
Cependant il faut remarquer que certains de ces actes publics ont été falsifiés plus tard.
Exemples. — Les actes des conciles des premiers siècles.
Les exposés officiels des événements publics doivent être compris et expliqués d'après les circonstances au milieu desquelles ils ont été rédigJs.
Exemples. — Les procès-verbaux des séances de la Convention. — Les bulletins militaires de Napoléon à son retour de Russie.
E. Les mémoires personnels.
Nous rangeons dans cette catégorie tous les ouvrages d'auteurs qui écrivent Thistoire de leurs propres actions : Xénophon, A naia^g; CéssiV^ Commentaires; Flave-Josèphe ; St-Augustin; Abélard; l'empereur Charles IV, etc., aussi bien que les écrits connus sous le nom de Mémoires dans les temps modernes.
Quant à cette classe de relations écrites, il faut tenir compte du caractère de l'auteur, de sa véracité, de sa position sociale ou politique, enfin de l'époque de sa vie à laquelle il a composé son ouvrage ; la vieillesse peut lui présenter les événements sous de fausses couleurs ou lui avoir ' fait oublier certains événements. Quand cet auteur parle de ses propres actions, il ne faut accueillir son témoignage qu'avec prudence et faire toujours la part de l'intérêt personnel.
F. I«es ouvrages historiques d'auteurs contemporains.
Il faut prendre ici le mot de contemporain dans un sens très large et l'appliquer aux auteurs qui ont vécu dans le siècle où les événements se sont passés.
K® Règle. S'assurer de l'authenticité de l'ouvrage, c'est à dire, s'il appartient à l'auteur et à l'époque auxquels il est attribué.
2*" Examiner si l'ouvrage n'a pas été altéré par le changement ou par l'interpolation de passages qui n'appartiennent pas à l'auteur. Il y a plusieurs causes de ces altérations : la négligence des copistes; l'ignorance des commentateurs ; l'intérêt de ceux qui cherchent à s appuyer sur des autorités d'une certaine antiquité.
3"* Il faut se défier des histoires secrètes, dans lesquelles Fauteur s'occupe de la vie privée d'un prince, de la chronique scandaleuse de la cour, .etc., etc. On ne peut les admettre qu'autant que l'auteur inspire une très grande confiance.
Exemples. — VEistoria arcana de Procope. — Le Diarium Burkhardi concernant la cour du pape Alexandre VI.
4** L'auteur contemporain et indigène doit être préféré à un auteur postérieur ou étranger, si toutefois son caractère mérite confiance, si l'on peut supposer que les circonstances dans lesquelles il a vécu n'ont pas exercé d'mfiuence prépondérante sur son récit.
5*^ Il faut s'assurer si l'auteur a été en mesure d'être bien informé, s'il offre des garanties sufiisantes de sincérité et de véracité.
La vanité, la flatterie, l'intérêt, le désir de captiver l'attention des lecteurs (dans les relations de voyage par exemple) sont les principaux écueils de la sincérité et de la véracité historique.
G. Les ouvrages historiques d^auteurs postérieurs.
Ces ouvrages peuvent servir do sources seulement quant aux passages d'auteurs contemporains textuellement insérés ou fidèlement reproduits par ces auteurs. •
Quelquefois on peut encore accorder à ces ouvrages la valeur de sources originales, quand on ne possède plus les sources premières que ces auteurs ont consultées ou sur lesquelles ils ont travaillé, sans les citer textuellement. Mais alors il faut s'assurer si Tauteur réunit en sa personne toutes les qualités qui constituent l'historien véritable : sincérité, vérité, connaissances exactes, critique, etc., etc.
De simples compilations, faites sans critique, et les abrégés ou extraits n'ont presque pas de valeur comme source historique.
H. Les journaux et gazettes.
P® Bëgle. On peut considérer comme constantes les dates et les circonstances matérielles qu'ils énoncent.
2** Les faits racontés par tous les journaux, appartenant à des opinions opposées entre elles, méritent foi.
3*" S'il y a contradiction, il faut recourir à d'autres sources.
4° Il faut ajouter plus de foi, du moins quant aux faits matériels, aux journaux officiels (Moniteurs) qu'aux journaux non officiels. Rien de moins sûr que les journaux serai-oflficiels, ainsi que les journaux des partis politiques et surtout des partis extrêmes.
§ V. — Des sciences AuxiLiAïaas de l'histoire.
Tout fait historique se passe dans un temps et dans un lieu déterminé. De là, deux sciences indispensables à l'historien : P la géographie et 2° la chronologie (Elles feront Tobjet des conférences suivantes).
Les autres sciences auxiliaires sont :
• 3<* L'archéologie.
Elle comprend toutes les productions des arts plastiques ou industriels, soit hnmeubleSy comme les pierres, colonnes, autels, tombeaux, temples, palais, etc., soit meubles ^ comme les statues, tableaux, vases, armes, articles de parure, etc. Los monuments de cette seconde catégorie sont recueillis dans les Musées de l'Europe. Les Catalogues des musées sont, sous ce rapport, les répertoires de l'archéologie. — A consulter, Mueller(K. O.), Handbuch der Archàologie der Kunst, 1830 (plusieurs éditions). — Reusens, Eléments
d'archéologie chrétienne^ 2* édition.. Louvain, 1885. 2 vol. — Ces monuments sont ou muets ou pourvus d'inscriptions. Dans ce dernier cas, pour interpréter celles-ci, l'histoire doit recourir à une nouvelle science, qui est :
4® L'épigraphie .
C'est la science des inscriptions de toute espèce, soit qu'elles recouvrent des monuments, meubles ou immeubles, soit qu elles nous aient été conservées par des stèles ou des tables, en marbre ou en bronze, érigées ad hoc. L'épigraphie du moyen-âge se borne presque aux épitaphes. Elle est, par contre, d'une importance capitale pour l'histoire ancienne parce que la plupart des actes officiels de l'antiquité ne nous sont parvenus que sous cette forme. L'épigraphie est inséparable de la connaissance des langues ou philologie. Chaque langue a ses recueils et ses traités d'épigraphie. Pour les inscriptions anciennes de t Orient, il faut avoir recours aux travaux d'égyptologie et d'assyriologie. Pour les inscriptions grecques et romaines^ consulter les traités de philologie classique, ceux de Boeckh, Encyclopaedie der'elassischen Philologie ; de Freund, Triennium philologicum ; de Reinach, Manuel de philologie classique; de Mueller (Iwan), Handbuch der classischen Alterthumsîoissenschaft . Pour les premiers siècles du moyen âge, Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne. Paris 1869.
5^ La numismatique.
Les monnaies •et les médailles font Tobjet d'une science spéciale, qui se rattache aux deux sciences précédentes. En eflTet, la numismatique technique est comprise dans l'archéologie ; la nwnismaliqice historique relève de l'épigraphie ; elle s'applique spécialement aux inscriptions, légendes ou exergues, qui se trouvent sur l'avers et le revers des médailles. A consulter : Huebner (L.), Grundlehren der Numismatik. 1776. — Grote, Munzstudien. Leipzig. 1855-
74. — Lelewel (J.), Numismatique du moyen âge. Paris. 1835. — Pour la numismatique ancienne, voir les traités cités de philologie classique.
6^ La diplomatique.
Les chartes et les diplômes sont, pour le moyen âge, ce que sont les inscriptions pour l'histoire ancienne : ce sont, en effet, les actes officiels de l'époque. La diplomatique est la science de ces actes. Les traités classiques sur la matière sont : Papebroch, Propylaeum circa veri et falsi discrimen in vetustis membranis (dans les Acta SS. des Bollandistes Avril t. II). — Mabillon, De re diplomatica. Paris. 1681. — (Bénédictins de S. Maur), Nouveau traité de diplomatique. Paris 1750. — Gatterer, Abriss der Diplomatik. Gœttingen, 1798. — Schoenemann, System der allgemeinen Diplomatik. Hambourg, 1801. — A la diplomatique, se rattache la science des sceaux, appelée sphragistique ou sigillographie. Heineccius, De veteribus sigillis. Lips. 1708. — Chassant, Instruction sur les sceaux et leurs légendes (dans sa Paléographie citée plus bas).
7^ La paléographie.
La connaissance des anciennes écritures coniplète les sciences précédentes. Elle est aussi nécessaire pour déchiffrer les inscriptions et les chartes que les manuscrits proprement dits. Chaque langue a ses traités de paléographie. — Nous n'indiquons ici que les traités de paléographie latine, à savoir : N. de Wailly, Nouveau traité* de paléographie. Paris, 1842. — Wattenbach, Anleitung zur lateinischen Palaeographie. Leipzig, 1869. — (Du même), Das Schrift* wesen im Mittelalter. Leipzig, 1871. — Chassant, Paléographie des chartes et des manuscrits du xi* au xvii' siècle (augmentée d'une Instruction sur les sceaux). Paris 1876. — (Du même), Dictionnaire des abréviations latines et françaises du moyen âge. Paris, 1876.
8^ La généalogie.
Cette science qui nous fait connaître Forigine, les alliances et la descendance des personnages et des familles historiques est surtout importante pour l'histoire des peuples modernes. Pour la théorie, consulter : Gatterer, Abriss der Généalogie. Gœttingue, 1788. — Les principaux recueils de tableaux généalogiques sont : Hûbner (J.), Genealogischer Tabellen. Leipzig, 1727 (avec suppléments : Copenhague, 1823). — Hopf, Historisch-genealogischen Atlas, Gotha, 1858. — Behr (C), Généalogie der Fuerstenhaeuser. Leipzig, 1854. — Grote, Stammtafeln. Leipzig, 1877.
%^ LTiéraldique.
La connaissance des armoiries ou la science héraldique fournit beaucoup de lumières à la généalogie, 'depuis le XII* siècle ; Tusage des armoiries, en effet, ne remonte pas au delà. Les traités les plus connus sont : Menestrier, Méthode du blason. Paris, 1690. — Gatterer, Abriss der Heraidik. Gœttijigue, 1773. — Hefner, Handbuch der Heraldik. Munich, 1861. — (Du môme), Siebmachers Wappenbuch (Edition très augmentée). Nuremberg, 1854-1886.
CONFÉRENCES
SUR
LA GÉOGRAPHIE
NOTIONS GÉNÉRALES
Littérature : Ritter (K.), die Erdkunde oder allgemeine vergleickende Geographie.BerUny 1817.— Balbi, Abrégé de géographie. Paris, 1832. — Humboldt (A.), Kosmos, Stuttgart, 1845. — Dussieux, Géographie géné^ raie. Paris, 1866. — Daniel, Handbuch der Géographie. Leipzig, 1870,
La géographie est inséparable de l'histoire : dans renseignement moyen, ces deux branches s'enseignent ensemble et presque toujours par le môme professeur. Même pour ceux qui ne s'appliquent qu'à l'histoire, la connaissance de la géographie est une introduction indispensable aux études historiques; non seulement elle est nécessaire à l'intelligence des textes, historiens ou documents, où reviennent sans cesse des noms de lieux ; mais elle donne souvent la clef des plus grands faits de l'histoire, tels que le caractère national de chaque peuple, sa place et son rôle dans l'histoire de la civilisation, etc., faits qui tiennent étroitement aux conditions physiques du sol et du climat ou encore à sa situation géographique.
Division de la science, à savoir :
P Géographie mathématique;
2® Géographie physique ;
3^ Géographie politique et historique.
P La géographie mathématique traite d'abord de la terre comme corps céleste; ensuite des dimensions de notre globe ; des divisions en méridiens et parallèles ; de la manière de mesurer les distances d'un point à l'autre et de déterminer exactement la situation géographique d'un point quelconque ; enfin du mode de représenter la terre et ses différentes parties sur les cartes.
2^ La géographie physique se divise en deux sections :
Première section : la terre considérée en elle même. Cette partie s'occupe de la conformation- de la terre, de sa structure intérieure, des substances dont elle se compose, terres, roches, métaux, eaux minérales, matières inflammables ; — des eaux, des phénomènes qu'elles présentent ; — de l'atmosphère et des changements qu'elle subit par l'effet de la chaleur, de l'électricité, du vent; — des révolutions qu'a subies la surface du globe.
Seconde section : la terre considérée comme séjour des êtres organiques ; dans cette partie, on traite premièrement de la distribution géographique des végétaux ; ensuite, de la distribution géographique des animaux ; enfin, de la distribution des races humaines. Cette dernière partie forme aussi une science spéciale, sous le nom d'ethnographie.
S^ La géographie politique décrit les divisions conventionnelles de la terre entre les différents peuples ou Etats; les subdivisions administratives de chaque Etat ; elle comprend la statistique ou la description d'un Etat au point de vue de sa population, de sa production, de son commerce, de ses finances, etc.; et la topographie ou la description détaillée des lieux, villes, campagnes, châteaux, etc.
Quant à la géographie historique^ elle n est que la géographie politique des peuples anciens ou du mojen âge (il en sera question plus loin dans notre partie spéciale, en traitant de chacun de ces peuples).
Ck)mme géographie descriptive, les ouvrages les plus intéressants sont Malte-Brun, Précis de la géographie universelle, Paris (plusieurs éditions); — Reclus (Elisée). Nouvelle géographie universelle, Paris, 1876 Tomes I-V. L'Europe. — Tomes VI-IX. L'Asie. — Tome X. L'Afrique (en publication).
C'est l'Allemagne qui tient aiyourd'hui le premier rang pour la cartographie. Les meilleures productions, cartes murales, atlas, etc. ; sortent de la maison Perthes à Gotha, entre autres VEandatlas de Stieler (plu. sieurs éditions), le Physikalischer Atlas de Berghaus.