‹ Traité des études historiquesChapitre 53 sur 55 · VI* FAIT · texte numérisé non relu

VI* FAIT

I^es lattes de l'Egalise contre les monarchies absolues.

Peu d'importance est attachée ordinairement à l'histoire de l'Eglise et de la religion dans les Cours d'histoire moderne. Souvent on ne mentionne plus cette histoire à partir du traité de Westphalie. Sans doute l'Eglise et la papauté n'exercent plus la même influence qu'au moyen âge; leur action politique est même nulle; mais c'est précisément l'un des faits qui ont contribué à hâter la décadence morale et religieuse de la société et à préparer le bouleversement total, qui s'accomplit par la révolution française.

C'est une erreur d'attribuer cet affaiblissement religieux à la décadence de l'Eglise elle-même, tandis qu'il est le résultat de la dépendance dans laquelle le pouvoir civil plaça la religion et le clergé, de cette tendance générale d'absorber tout par l'Etat. L'omnipotence de l'Etat était complète dans tous les pays protestants, où la religion était assimilée aux autres affaires administratives. Cet exemple des gouvernements protestants exerça une fâcheuse influence sur la conduite des gouvernements catholiques, qui attentèrent à leur tour à la liberté religieuse, sans laquelle Taction de l'Eglise ne peut pas s'exercer efficacement. L'Eglise s'accommode à toutes les formes gouvernementales, mais à la condition de rester une, universelle et la même partout, de vivre de sa vie propre, de communiquer librement de son chef avec ses membres, ainsi qu'avec les fidèles. Or ce caractère de TEglise ne fut pas respecté par

les gouvernements des 17** et 18^ siècles : ceux-ci voulaient remplacer TEglise universelle par des églises nationales ; ils s'arrogeaient le droit d'exercer une surveillance et une véritable tutelle sur la religion et tous les actes qui émanaient de l'autorité ecclésiastique, lors mêmes que ces actes étaient purement spirituels ou qu'ils concernaient des relations qui par leur nature même relèvent de Tordre spirituel. Plusieurs de ces relations touchent sans doute à l'ordre civil aussi, mais on eut le tort de vouloir les soustraire entièrement à l'Eglise; tel est, par exemple, le mariage, dont on a voulu faire un contrat purement civil en contradiction avec la loi chrétienne, dissoluble, et ne pouvant se conclure que sous des conditions arbitrairement établies par l'Etat. Ces empiétements des gouvernements sur le domaine religieux et ces - tendances séparatistes rencontrèrent malheureusement des partisans parmi le clergé des différents pays catholiques ; de là ces doctrines et ces menées opposées à l'Eglise, le gallicanisme, le jansénisme, le fébronianisme, le congrès d'Ems, le synode de Pistoie, etc.

On voit sans peine qu'un aperçu de Thistoire de l'Eglise est un complément nécessaire pour faire comprendre aux élèves les relations nouvelles qui s'établirent entre l'Eglise et les gouvernements, relations qui existent encore maintenant.

Trois séries de faits sont à étudier :

P l'histoire du St-Siège;

2^ les dissidences dans l'Eglise;

3^ les Ordres religieux ou la vie toujours féconde de l'Eglise.

Quant au Saint Siège, il faut montrer que les Souverains Pontifes pendant cette période, quoiqu' ayant moins d'influence que leurs prédécesseurs du moyen âge, se distinguaient par leur piété, leur science et leur énergie : tels S. Pie V, Grégoire XIII, Sixte-Quint, Benoît XIV etc.

Il faut ensuite donner une idée exacte du Jansénisme, du Gallicanisme et du Fébronianisme : la tendance de toutes ces doctrines est la même, séparation du St-Siège.

CeÉ tendances sont enoouré^ées pai* les gouvernements, qui vonlaient en tirer profit poul* amoindrir l'influence d«r TEglise et du pape. Le Gallicanisme et le Fébrionianieme sont directement provoqués, Tun par Louis XlVy Tautre par les gouvernements catholiques allemands, qui ont été imités par Joseph II.

Néanmoins la force expansive de l'Eglise ne meurt jamais^ et ce qui le prouve, c'est ce grand nombre d'institutions et d'ordfes religieux qu'elle enfante, et qui ont pour but de Venir en aide à tous les besoins de la société, ainsi qu'à totïtes les misères humaines. Les siècles qui suivent la naissance du protestantisme, surtout le xvu et le xtiii^, ne le cèdent en rien sous ce rapport aux siècles précédents. Uii ck)urt aperçu de ces Ordres et de leur but fera connaître cefCté vérité.

L'Ordre des Jésuites ne resta pas en arrière dans le gtand mouvement religieux du xvii' et du xviii* siècle. L'histdre de sa suppression se placera ici. Dans les reproches qu'on lui fait, distinguez entre les actes isolés posés par certains membres de cette Compagnie et la Compagnie ellé-'méme. Elle n'avait pas dégénéré; mais elle avait beao^ coo{t d'ennemis, surtout parmi le clergé, dont la discipline était relâchée, ou qui avait des tendances séparatistes. Néanmoins sa suppression sous Clément XIV fut accomplie par ce pontife dans une bonne intention. Les accusations élevées contre ce pape et reproduites par Crétineau Jolj n'ont aucun fondement.

VIP FAIT.

t^réparatlon jk la révolution fk*aiiçalse«

Le dernier fait à étudier et qui forme la transition entre la 2^ et la 3^ période de l'histoire moderne, cest l'histoire de la France depuis la mort de Louis XIV : c'est en même ^temps une introduction indispensable à l'étude de la rév<H ution française, qui ouvre cette 3^ période.

Les désordres qui signalèrent la régence, ont leur première source dans la corruption qui avait régné à la cour de Louis XIV. Dans les dernières années, il est vrfti, de ce prince, l'immoralité avait dû se cacher; mais ell^ n'était pas supprimée, et elle reparut avec plus d'audace sous le gouvernement corrompu du Régent. Elle continua à s'étendre; après la noblesse, elle infecta la bourgeoisie et envahit même les classes inférieures de la capitale et des grandes villes de France.

C'est encore à Louis XIV que l'on doit faire remonter les embarras financiers dont la France souffrit durant tout le cours du xvni* siècle, et qui devaient provoquer la révolution. Sous le règne de Louis XV, ces désordres et ces embarrAs financiers ne firent que s'aggraver. En môme temps la puissance extérieure de la France décline, hâtée par les revers que les armes françaises éprouvèrent durant la guerre de la succession d'Autriche et la guerre de Sept Ans.

Mais la cause principale de cette décadence, il faut la chercher dans Timpiété effrayante qui s'attaquait ouvertement au christianisme, et qui sapait la société dans ses bases mêmes.

En touchant ce point, en faisant connaître le rôle de Voltaire, de Rousseau et des encyclopédistes, il faut éviter d'inspirer aux jeunes gens le goût de lire les productions de cette école. On ne les lit jamais impunément lorsqu'on €st dans la fougue de la jeunesse, et que l'on est pas assez mûr pour juger de la faiblesse d'un raisonnement revêtu des formes les plus littéraires et du style le plus entraînant.

Quand arriva Louis XVI, il était trop tard pour arrêter la France sur la pente qui la conduisait à la révolution. Il manquait d'ailleurs à ce prince l'énergie nécessaire pour mener à bonne fin une œuvre aussi colossale. Sa faiblesse de caractère, l'absence de vues exactes et de projets bien conçus et surtout le manque d'hommes capables de l'y aider, firent tout échouer. La guerre d'indépendance

d' Amérique, à laquelle la France prit part, servit encore à entreteDir les idées d'une liberté sans bornes et sans frein. La vanité de Necker et de Lafa jette, qui flattaient les préjugés de leur époque, et qui étaient tout imbus de ces fausses idées, hâtèrent la terrible catastrophe, qui devait changer la face du monde.

IIP PÉRIODE DB l'histoire MODERNE.

Ijes révolutions politiques»

depuis la première jusqu'à la seconde révolution française (1789-1830).

Division de la troisième période :

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