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RACES HUMAINES. — LANGUES. — INSTITUTIONS

Littérature : Prichard, Histoire physique du genre humain (traduit de Tanglais). Paris, 1843. — d'OmaJius, Des races humaines. Bruxelles,

. 1869. — Quatrefages, Uespèce humaine, Paris, 1877. — Mueller (Fr.), Allgemeine Ethnographie. Vienne, 1873.

L'ethnographie est une science spéciale, qui se rattache d'un côté à la géographie et de l'autre à f anthropologie. On s'occupera d'abord de l'homme physique, de la classification des races humains, fondées sur les caractères physiques ; on considérera l'homme ensuite comme être moral et politique; on passera en revue les langues humaines; les institutions politiques; les cultes et la religion; enfin les occupations humaines, les arts et la civilisation.

L'ETHNOGRAPHIE

PREMIÈRE SECTION

Li^homme physique.

La science moderne (ranâtomie et la physiologie) a prouvé que l'organisation physique de l'homme, dans son ensemble et dans toutes ses parties, se distingue essentiel lement de celle de la brute, malgré les lois de génération, d'accroissement et de destruction qui lui sont communes avec celle-ci. La faiblesse prolongée de son enfance, les nombreuses maladies auxquelles il est exposé, le distinguent encore de la brute et démontrent la nécessité d'un agent intellectuel pour préserver l'espèce humaine de sa destruction rapide et entière.

§ I. — Uniié db l'espèce humaine.

On entend par espèce un ensemble d'êtres organisés qui se reproduisent entre eux, et qui sont censés descendre d'une seule souche. Or toutes les races humaines, quelque soient leurs croisements, produisent des individus féconds et capables de se reproduire à leur tour.

Malgré cette unité d'origine, il se rencontre dans l'espèce humaine des variétés qui ont servi à établir la classification en races, ce sont : la stature ; la physionomie ; la

couleur de la peau; la couleur et la nature des cheveux; la forme du crâne.

A. La stature. La taille, la beauté, le développement du corps et des membres dépendent presque exclusivement du climat, de la manière de vivre, des occupations et des habitudes. Ces variétés n*ont rien d'organique.

B. La physionomie. Les différences de physionomie ont les mômes causes que celles de la stature, en y ajoutant toutefois le degré de civilisation. Chez plusieurs nations sauvages, ces différences proviennent de Thabitude de ces peuples soit d'aplatir le nez, soit de déprimer le front, soit de changer la forme naturelle de la tête des enfants nouveau-nés, dont les os sont encore mous et cèdent par conséquent à ces pressions.

C. La couleur de la peau. La couleur de la peau est le produit d'une sécrétion ou d'une exsudation des vaisseaux sanguins. On appelle cette substance liquide pigment . Elle se trouve sous la peau extérieure ou épiderme, qui par ellemême est transparente et n a pour ainsi dire pas de couleur propre. Le pigment est principalement formé de carbone, et la couleur de la peau dépend exclusivement de la quantité plus ou moins grande de carbone dans le pigment et par conséquent de la sécrétion plus ou moins grande de cette matière colorante. Si cette matière est en petite quantité, la peau est blanche ; plus elle augmente, plus la peau est foncée, jusqu'au noir d'ébène des nègres. L'intensité de cette sécrétion dépend de plusieurs circonstances : d'abord de Yâge; les enfants dans toutes les races ont la peau blanche à leur naissance et ne prennent les couleurs foncées que peu à peu. Ensuite de la nourriture : les végétaux donnent plus de carbone au corps que la nourriture animale. On remarque que les animaux eux-mêmes qui se nourrissent de végétaux ont la peau plus noire que les carnivores. Puis du climat : eu changeant de climat, les nègres deviennent

moins noirs, surtout après quelques générations. Il ea est de même des Européens qui gagnent un teint plus foncé quand ils sont établis dans la zone torride. La même observation a été faite sur les animaux domestiques, et sur ceux qui passent de l'état de domesticité à l'état sauvage, comme le sanglier dont descend le cochon domestique et qui a la peau presque noire. Enfin la manière de vivre : les femmes des Maures en Afrique qui appartiennent à la classe élevée et qui sont presque toujours enfermées dans leur maison, ont le teint d'une blancheur éblouissante, tandis que les femmes du peuple ont un teint couleur de suie.

Une dernière preuve que la couleur de la peau n'est pas l'eflfet d'un organe particulier, c'est que l'on rencontre parmi les nègres des individus chez lesquels cette matière colorante n'est produite que dans certaines parties de la peau, et qui sont ainsi tachetés : on les appelle nègres pies. On trouve encore parmi les nègres des individus tout à fait blancs, ce sont les albinos (variété qui se produit dans toutes les races) Enfin des maladies peuvent changer la couleur de la peau et faire que des blancs deviennent tout à fait noirs (femme, née à Trieste en 1746, qui à l'âge de 70 ans devint noire à la suite d'une frayeur).

D. La couleur et la nature des cheveux. La coloration des cheveux dépend également de la sécrétion des substances dont se compose le corps. La chevelure, laineuse et crépue du Nègre, raide et rare du Mongol, longue et flexible de la race caucasienne, peut s'expliquer par les mômes circonstances que la couleur de la peau. Rien d'organique dans ces variétés, car elles se rencontrent exceptionnellement dans toutes les races.

E. La forme du crâne. La forme du crâne est sans doute très diverse, depuis le crâne large et presque rond du Mongol jusqu'au crâne allongé et pointu du Nègre ; on a fondé là-dessus une division de l'espèce humaine en races dolichocéphales^ au crâne allongé, et races brachycéphales , au

crâne raccourci. Mais il faut remarquer d'abord qu'il y a une grande diversité dans la forme du crâne entre individus de même race ; ensuite que cette forme change également par rintiuence de la civilisation, de la manière de vivre, et surtout de l'activité cérébrale, (Analogies : le crâne du sanglier ou porc sauvage, comparé à celui du porc domestique). Beaucoup de peuples, surtout anciennement, donnaient une forme particulière au crâne en liant la tête aux enfants nouveau-nés.

L'unité de l'espèce humaine, au point de vue de l'organisation, peut très bien se concilier avec ces variétés extérieures, ainsi que cela est démontré par Texamen môme de ces variétés. De plus, aux preuves tirées de la nature physique de l'homme, on peut ajouter encore les preuves tirées de sa nature intellectuelle et morale. Ces preuves sont du domaine de la psychologie,

A consulter sur cette question de Tunité de l'espèce humaine et sur la discussion entre polygénistes et monogénistes, les traités ^'ArUhropologie, ainsi que Quatrefages, De Vespèce humaine. Paris, 18T7, et le 1" vol. de notre Histoire universelle^ 6™« éd. p. 7-8.

§ II. — Division du genre humain.

Ces qualités physiques des hommes ont servi de base à la classification des races. D'autres classifications des peuples ont pour base :

A. Les occupations et la manière de vivre ; ainsi on a distingué des peuples chasseurs, pasteurs ou agricoles ; des peuples nomades ou sédentaires ;

B. La culture intellectuelle : peuples barbares ; peuples sauvages ; peuples civilisés ;

C. Le culte : monothéistes, polythéistes, idolâtres, bouddhistes, etc., etc.

Mais ces autres divisions n'ont pas ou que peu de valeur, parce que ces différences changent souvent chez le même peuple ; ainsi des peuples chasseurs ou pasteurs deviennent agricoles, aussitôt que la civilisation s'introduit chez eux. Il en est de même chez les peuples nomades, qui abandonnent cette manière de vivre, et deviennent sédentaires en progressant dans la voie de la civilisation. Les mômes changements ont lieu chez les peuples barbares, quand ils se civilisent, et vice-versa des peuples civilisés retombent parfois dans une nouvelle barbarie. La religion d*un peuple est soumise à des changements plus fréquents encore.

La seule véritable division du genre humain est celle qui a pour base les qualités physiques de l'homme. Déjà les anciens, comme Hérodote et surtout Aristote, prirent pour base de leur division du genre humain en races : les traits de la figure, la couleur de la peau et la chevelure. D'après ces bases, les anciens distinguaient trois races :

P la race blanche, celle à laquelle les Grecs appartiennent eux-mêmes ;

2^ La race éthiopienne : les caractéristiques sont le regard timide, le teint noir, la tôle laineuse (Hérodote II, 104);

3** La race scythique : teint rouge, c'est-à-dire cuivré, chevelure rare ou clair-semée (Hérodote dit chauve), le nez aplati et le menton allongé/

Une autre classification longtemps en usage prit pour base unique la couleur de la peau, et divisa le genre humain en blancs, nègres, jaunes, etc. Bientôt on commença à s'apercevoir qu'il fallait tenir compte de la partie solide du corps humain, c'est à dire des os, du squelette et particulièrement du crâne, parce que celui-ci offre les plus grandes variétés d'une race à l'autre.

Camper est l'auteur d'un système dont Tangle facial est la base : agrandissement de l'angle (orang-outang 58^ ; Nègre 70** ; Européen 80** ; statues grecques 95 à 100**) en rapport avec les degrés de l'intelligence.

Défauts de ce système : P il y a du vague dans la fixation de l'origine de ces lignes ; 2** il ne s'applique pas à toutes les variétés de crânes, surtout aux races qui se distinguent par la largeur du crâne.

Blumenbach, au contraire, envisage le crâne dans son ensemble, dans ses formes harmoniques. Le crâne, vu d'en haut, présente une forme ovale, arrondie à l'arrière, moins régulière en avant. Quant à la face, elle se divise en trois parties : le front, les os du nez et les deux mâchoires. Puis il faut faire attention à l'os qui unit les pommettes, l'os des joues, à l'os des oreilles (le temporal) ; il est appelé arcade zygomatique. En combinant les marques caractéristiques des divers crânes avec les autres qualités physiques de l'homme; le teint ou couleur de la peau, la couleur des cheveux et des yeux et la forme de la chevelure, Blumenbach est parvenu à classer le genre humain en cinq races, dont l'une centrale, deux autres différentes de celle-ci d'une manière opposée entre elles, et deux races intermédiaires entre la race centrale et chacune des races extrêmes.

Voici cette classification :

P La race centrale : caucasienne, circassienne ou blanche.

Caractères : du crâne, forme générale symétrique, ovale ; front proéminent, de façon à cacher les os des joues et les mâchoires ; — les arcades zygomatiques ne dépassant pas la face ; — la face ovale ; les dents des mâchoires placées perpendiculairement ; — la couleur de la peau blanche ou brune ; les cheveux blonds ou bruns ; les yeux bleus ou bruns ; — la chevelure flottante , douce au toucher et flexible.

Extension géographique : l'Europe, excepté la Laponie ; TAsie occidentale jusqu'à l'Obi et le Gange ; les Indes orientales, l'Afrique orientale et septentrionale.

2^ Première race extrême : la race nègre ou noire.

Caractères : le crâne long et étroit, comprimé sur les deux côtés, surtout à la partie antérieure ; les pommettes saillantes en avant ; les arcades zygomatiques également saillantes ; les mâchoires proéminentes, surtout la mâchoire inférieure ; — le front convexe et voûté ; — le teint noir, les cheveux et les yeux noirs; — la chevelure forte, courte, crépue, laineuse.

Extension : l'Afrique centrale, occidentale et méridionale ; les côtes de Madagascar ; les îles de Vandiemen, la nouvelle Calédonie ; la nouvelle Guinée (toute la zone torride de notre globe, excepté l'Amérique).

3"" Race intermédiaire entre la centrale et la nègre : la race malaise ou océanienne.

Caractères : le crâne oblong, mais moins comprimé que celui des nègres ; — la mâchoire supérieure un peu avancée ; — le front un peu bombé ; la bouche grande ; — teint basané ou tanné ; cheveux et yeux noirs ; — chevelure épaisse, molle, frisée.

Extension : les îles océaniques, la péninsule de Malacca.

4^ Seconde race extrême : la race mongole ou la race orientale de l'ancien continent.

Caractères : du crâne, largeur extraordinaire surtout à la partie antérieure, vers la face ; — les arcades zygomatiques très saillantes, détachées de la circonférence ; — les os des joues aplatis et proéminents sur les côtés ; — la mâchoire supérieure protubérante ; le front déprimé ; — le teint jaune ou olive ; — les cheveux et les yeux noirs ou foncés ; — la chevelure raide, rare (clair-semée), droite.

Extension : Toute l'Asie centrale et orientale entre TOural et la mer de Chine ; les Esquimaux en Amérique ; les Lapons en Europe.

5^ Race intermédiaire entre la race centrale et la mongole : la race américaine.

Caractères : le crâne moins large ; — la face large, mais pas déprimée; les pommettes saillantes ; 'le front déprimé; — teint cuivré, cheveux et yeux noirs ; — la chevelure rare, raide, droite.

Extension : toute l'Amérique, excepté lextrémîté septentrionale, habitée par les Esquimaux.

§ III. — Extension et poece numérique de l'espèce

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