Voy, même chapitre
LES PERCEPTIONS OU LA PREMltRE PARTIE DES CONNAISSANCES. 21
que les deux premières. Nous percevons d'un seul coup d*œil différentes étendues et différentes formes de couleurs, et, par conséquent , leur pluralité , leur grandeur relative , leur augmentation et leur diminution , leur position respective , leur distance et leur mouvement. Si nous mouvons nos yeux , ou que nous tournions la tête , nous embrassons plus d'étendue visible, et la mémoire vient au secours de la vue , pour lui faire lier les premières perceptions aux secondes.
Nous avons fait voir, à propos du toucher, comment la notion du mouvement rentre dans celle de la position, et cette dernière dans la notion de la forme, nous pouvons donc dire que la vue ne nous fournit que deux éléments : l'étendue et la forme de la lumière ou de la couleur.
Il semble superflu de remarquer que la vue ne perçoit pas rétendue et la forme tangible, mais seulement retendue et la forme visible , c'est-à-dire l'étendue et la forme de la lumière. C'est cependant faute d'une remarque aussi simple que la vue et tous les autres sens avec elle ont été accusés d'erreur, et considérés comme incapables de nous fournir aucune connaissance certaine. Les hommes se sont étonnés de ne pas trouver d'accord le toucher et la vue, oubliant que ces deux sens ne montrent pas le même objet. La lumière est réfléchie et réfractée par les étendues tangibles, mais elle n'est pas l'étendue tangible, et elle peut s'en séparer. Ainsi, le rayon de soleil glisse dans la chambre obscure, et la lumière électrique traverse le vide. L'étendue et la forme de la lumière coïncident le plus ordinairement avec l'étendue et la forme de l'objet tangible, et en vertu d'une faculté de croyance que nous analyserons plus tardS quand deux phénomènes ont été associés dans le passé, nous nous attendons à les voir associés dans l'avenir. Lorsque nous voyons une étendue et une forme de couleur, nous sommes portés à croire qu'elles correspondent à une étendue et à une forme tangible. Cependant la lumière a son étendue et sa forme propres qui peuvent varier, sans que varient l'étendue et la forme de l'objet tangible.