‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 115 sur 318 · TraducUon française des OEuvres de Aetd, t. IV, p · texte numérisé non relu

TraducUon française des OEuvres de Aetd, t. IV, p

tflS LIYBE SIXiÈHt, SSCniHf PRmftÈU.

« Hais, dira-t-on, ions les ob}ets> de la pensée hwiKthtfr ae classent sous- les deux catégories de subslamce et de qiuilil&. A laquelle des deux l'espace appaarUeni-il? L'espace n'est pas une substance, donc il est une qHaUté, et eomme: il est infini, il esk la qualité d'un être égaleownt infini. L'arguiaent de Claiice est donc légitime. » Nous répcHKdons 411'oa «»• rait pu dire tout aussi exactement : l'espace n'est pa& iwe qualité, donc il est une substance. Clarke dosne lui-BBème des modes et des propriétés à l'espace. « Le néant, dit-il daoA un passage que nous aromB déjà cité, est ce qui a'a ni modes ni propriétés, c'est-à-dire ce demi on ne peut rien affîrmer avec vérité et dont on peut nier tout véritablement. Or, C8 n'est pas là le cas de l'immensité ou de l'espace. » Clarke re-* connaît donc ici que l'espace a des modes ou des propriétés : il en fait donc une substance, à mcâns q»'il ne suppose qu'il j a des modes de modes, ce qvà serait inintelligible. Ncms examinerons plus loin em détail la notion de la substance : nous verrons que par substance on entend ordinairement» soit le sujet des phénomènes qui frappent les sens exténeura, soit le sujet des phénomènes cpii sont perçus par la conscience^ et que nous imaginons la substance de Dieu sisr le modèle de la substance de l'âme. L'espace ne se manifestant ni aux sens ni à la conscience, n'a pas été considéré comme une sulistance, mais on ne voit pas pourquoi il a été considéré comme «ne qualité, puisqu'il ne sert à manifester ni k corps, ni l'âme, ni Dieu. En effet, l'espace seul ne nous donnerait l-idée ni du corps, ni de l'âme, ni de IHeu, car Dieu est la toute-puissance, la toute-intelligence et )a toute-bonté, et rien de touteela ne parait par l'espace tout seul. Si le Dieu de Clarke n'élak qne le substratum de l'espace, aucune intelligence ne pourrait le distinguer de l'espace, et il serait plus court de dire que l'es>pace est Dieu même. L'espace ne manifeste aucune autre exjr stence que la sienne profère : il n'est éloiic pas une qualité. On ne répugne à l'appder une substance, que parce ^e œ mol est mal fait et qu'on entend par là le sujet caché et pour ainsi dire souterrain des qualités matérielles ou intellectuelles etmorales. Il faut dcmc ou agrandir le sens du mA sMbstaace et en-

us PERCEPTIONS 00 UL ItEHIÈUI PARTII MS OXIIIÂISSANCBS. tW

tendre par là non-sailenient l'âme et le corps, mais Fe^ee ei ansn le temps, comme nous le Terrons plus loin, ou dire que nos connaissances se rangent sons trois caftégone» qui awt : l^* la substance, 2« la qualité , 3" l'espace et le temps, qiB sont les récipients des substances et des qndités*.

Nous n'avons pas encore exposé tous les rapports qu'on a élaUis entre Te^ce et Dieu. Les anciens donnaient à Fespace et au temps une vertu créatrice. Arlstote a dit, comme nous Tavons vu, qu'Hésiode avait en raison de placer le ^A«09 avant tovtes choses, par ce qu'il faut que la plaeê existe avanft k9 êtres*; le chaos était le vide, Fespaee le gouffre béant^, e Ton voit dans Hésiode que l'espace engendre TËrèbe et la Nuit, et que le Temps engendre Zens ou le Dieu de la vie. Mais l'espaœelle temps nous paraissent dépourvus de toute puissance productrice ; l'espace n'est pas une fcNrce, i) est le lie» où les forces s'exercent. De même, c'est dans le langage des poètes qu'on donne au temps un pouvoir et des armes. Ce qui pn>duit et détruit les choses créées, ce n'est pas le temps mais les: forces qui se développent dans le temps. L'espace et le temp» sont donc pour nous tout à fait stériles.

Au lien de les regarder c<Hnme tes créateurs du Dieu de vie» les modernes inclinent plutô4 à croire que le Dieu vivant, le Dieu agissant a créé le temps ei Tespace. L'idée que no«» avons de la perfection de Dieu est une idée jalouse de toutes les autres ; die nous force de rejeter tout ce qui nous semble pcNTter une atteinte quelconque à la toute-puissance dii^ine. EUe entraîne même quelques esprits à nier Tévidence de certaina principes et à sacrifier ainsi une moitié de la raison au profit de Fautre. Mais que pouvons-nous gagner à obscurckr la vérité? Si nous demandons à notre raison Tabandon de quelque principe, ne cramons-nous pas qu'elle ne tienne moinâ fermement tout le reste? Si nous épaississons les voiles sur la notion de Dieu, ne courons-nous pas le danger

1. Voy. Gautteadi, Pfofstfn^ sactîoa ^, Uv. Il,, cfaspi i^ ^ LodkSr MuÊigf Itv. II, cbap. xiiL 1, Voyez au $ précédent, p. fTT.

188 LIVRE SlXIÈBfE , SECTION PREMIÈRE.

de la perdre entièrement de vue? Dieu est tout-puissant sans doute, mais sa puissance s'arrête là où elle deviendrait contradictoire et absurde. Quelques esprits pensent que nous devons satisfaire à Fidée que nous avons de la puissance de Dieu jusqu'à supposer qu'il peut construire un triangle carré, un cercle quadrangulaire et faire que ce qui s'est passé hier ne se soit point passé. Si vous obtenez de votre intelligence cette concession, comment n'en obtiendrez -vous pas la négation même de l'existence de Dieu ? Par quelle évidence votre esprit sera-t-il retenu? Nous allons contre l'évidence lorsque nous essayons de nous faire croire que Dieu a créé le temps et Fespace. Dire que Dieu est infini, c'est dire qu'il est présent dans tout l'espace, comme dire qu'il est éternel, c'est dire qu'il est présent dans tous les temps ; si l'on suppose que Dieu a créé Fespace, on suppose qu'il a précédé Fespace ; mais , s'il Fa précédé, il n'était donc pas d'abord infini? On objecte que si l'on proclame Fespace éternel et infini, l'espace sera indépendant de Dieu, qu'il sera coéternel à Dieu et infini comme lui , qu'il y aura deux êtres infinis, deux dieux ? — En aucune façon : Dieu est une cause , l'espace n'en est pas une ; Dieu est créateur, l'espace ne crée rien ; Dieu est tout bon et tout sage, Fespace n'a ni sagesse ni bonté. —Mais, enfin, poursuit-on, l'espace est quelque chose; quelque chose va donc échapper à la puissance de Dieu. — Telle est, en effet, la jalousie et l'exigence de notre idée de la puissance de Dieu, que nous ne voulons rien y soustraire. Mais cependant Dieu ne peut se détruire lui-même ; il ne peut faire que le passé ne soit point passé. Quelque chose échappe donc à sa puissance; et encore n'est-ce pas là une véritable limite : la toute-puissance ne consiste pas à faire ce qui est contradictoire, mais à faire tout ce qui est possible, c'est-à-dire tout ce qui n'impUque pas contradiction. Ainsi Dieu ne peut faire qu'il ne soit pas infini. Si Dieu détruit Fespace, il détruira sa propre immensité; s'il crée l'espace il crée sa propre immensité, et Dieu ne peut se créer lui-même. Ceux qui supposent que Dieu a créé des choses éternelles, supposent aussi que cette création a été faite de toute éternité, de telle sorte que Dieu la

précède non d'une priorité de temps, mais d'une priorité de dignité. « De même, dit saint Augustin, que si un pied était de toute éternité empreint dans la poussière, l'empreinte serait aussi de toute éternité, et cependant elle aurait été faite par le pied; et aucune de ces deux choses ne serait antérieure à l'autre , quoique l'une eût été faite par l'autre ; ainsi les platoniciens affirment que le monde a toujours été comme son auteur et que cependant il a été créé*. »» Telle est la seule ressource qui nous reste : si nous disons que l'espace infini a été créé de Dieu, ce sera une création de toute éternité, car on ne peut concevoir le moment où ait commencé l'espace et par conséquent l'immensité de Dieu. Or, cette création de toute éternité ne peut être admise, suivant saint Augustin, que d'une manière à peine intelligible*.

L'espace et Dieu ne sont pas deux infinis qui s'excluent l'un l'autre , mais deux infinis fort différents et fort inégaux en dignité, qui se supposent Tun l'auire. Il faut s'entendre sur le sens du mot infini ; on le prend ordinairement comme synonyme du mot de parfait, comme exprimant un être qui a toutes les qualités à un degré infini. Dans cette acception, sans doute deux infinis sont contradictoires et s'excluent l'un l'autre; mais c'est un mauvais emploi du mot. « Il y a des infinis de différents genres , dit Pascal ; l'infinité de la ligne n'est pas l'infinité du plan, etc. »» L'espace n'est infini qu'en étendue et en durée; il n'est pas infini en puissance, en sagesse, en bonté ! C'est ainsi que le temps n'est infini que sous le rapport de la durée et de l'espace. Dieu possède ces deux infinités et d'autres encore, n est infini dans le sens de l'espace et dans le sens du temps, et de plus dans le sens de la puissance, de la sagesse et de la bonté , trois infinités qui manquent à l'espace et au temps. Dieu est la cause , la force , le père, le créateur, le principe de vie et de mouvement ; l'espace n'est rien de tout cela , il n'est que l'espace ; mais son infinité est nécessaire à l'infinité de Dieu. L'infinité de l'espace ne contredit pas l'in-

Page 1