Modo quodam vix intelligibili, Ihid,, liy. 11, chap. iv
1^90 uvRi stsàaa^ SBcnov rREuiÈftE*
finiié de Dieu : ia première est la condition de la seconde. Que a notre idée de la puissance de Dieu est coatrariée par cette existence indépendante de Tespaee, nous serons obligés de pecûurîr à une création éternelle de l'espace, qui ne sena ^as dans Tordre du temps, mais dans l'ordre de la dignité, iwi il nous est impossible de chasser de notre esprit la notion de rimmensité et de Téternité de Tespace.
En résumé , à propos de la perception des objets tangibles , visibles, mobiles, relatifs, variables, discontinus, divisibles, limités, contingents, Tintuition pure extérieure saisit ou perçoit un espace invisible, intangible, immobile» immuable, continu, indivisibie, infini, éternel, nécessaire. Cet espace n'est pas l'objet d'une pure conception qui n'aurait d'existence que dans notre pensée. Les arguments de Zenon et de Bayle, fondés isur les conceptions géométriques qui n'existent que dans l'esprit, ne portent pas contre fétendue réelle de l'espace. La divisibilité à T infini n'est démontrée que pour des lignes sans largeur , et des points sans aucune dim^ision, c'est-à-<lire pour des néants d'étendue; elle n'est donc pas démontrée pour l'étendue véritable. Celle-ci au contraire ne se formant fâs de parties non étendues, ne peut sd^solument se diviser JSB parties sans étendue; et loin que nous soyons obligés d'âceorder que toute étendue soit nécessairement divisible , notre raison saisit au contraire une étendue qui est la plus petite l^ssible et qui par conséquent ne peut se diviser. Aucune des iquaiités que nous attribuons à l'espace, ne peut s'attribuer au Béant : l'espace n'est donc pas une pure négatk^n. Il ne peut 1^ non plus se confondre avec le corps: il s'en distingue par iBs caractères nombreux et essentiels que nous venons de rappeler et que les pbilosopdies sensualistes ont Caiteux-^mêoieB •ipesâedir. Il se distingue ans» de Dieu par des caractères non »ioiBS nombreux et Aon inoinâ essentiels. Enfin l'espace n'est i{)as le père des dieux^, comme t'avaient imaginé les poètes de i'antifuité; et l'on ne peut arriver à le considérer oompe l'œuvre dç Dieu que d'une manière à peine intelligible , comme le dit saint Augustin.
LES PKRCEPTIONS OU lA PBnDÉRI PARTIE DES CONNAISSANCES. 191
S 4». P^foeptioB du temps pur ou absolu.
Examinons maintenant un second objet de Fintuition pure extérieure, c'est-à-dire le temps absolu. Ce que nous avons dit de Vespace abrégera de beaucoup ce que nous avons à dire du temps ; car ces deux objets, qui ne se séparent guère dans notre pensée, n'ont pas été séparés dans les ouvrages des philosoplhes. Sous beaucoup de rapports, ce qu'on dit de l'un se dit de l'autre; ils ont été compris dans les mêmes systèmes, soumis aux mêmes objections, et Ton peut les défendre par les mêmes réponses.
Comme les sens extérieurs, en percevant les étendues tangibles ou visibles , donnent à l'intuition pure l'occasion de percevoir Tespace, ainsi la mémoire en percevant notre passé, nous donne l'occasion de percevoir le temps pur ou un temps qui aurait existé quand nous n'aurions pas existé nousmêmes, qui existerait actuellement quand nous n'existerions pas, et qui existera encore quand nous aurons cessé d'être. Si nous percevons que les corps n'entraînent pas l'espace dans leur destruction , nous percevons aussi que les âmes pourraient périr sans entraîner le temps dans leur perte. « De ce qu'il n'y avait pas de monde, dit Cicéron, il n'en résulte pas qu'il n'y eût point de siècles. Je ne parle pas de ces siècles qui sont formés par le nombre des jours et des nuits et par les révolutions annuelles , car ceux-là ne peuvent exister sans le mouvement du monde, mais je dis qu'il y a eu un temps infini, une éternité que ne mesurait aucune circonscription des temps*. »
Le temps nous apparaît donc comme absolu , c^est-à-dire comme indépendant des corps et des esprits qui sont dans le temps, et indépendant de la pensée qui le perçoit.
De même que nous ne percevons pas par le toucber les interstices des corps, de même nous ne percevons pas par l'ouïe les interstices des sons, ni par la vue, les interstices delà lumière dojit la durée nous paraît continue , et est peut-être discontinue. Lorsqu'on fait tourner une rouç dentée et qif on
i; Jie mdtmm ëitotiÊm, ftr, 9^^ *ehap.
présente une carte aux dents de la roue , tant que le mouvement de la roue se fait avec lenteur, on entend des sons discontinus. Quand le mouvement s'accélère, nous n'entendons plus qu'un son continu , quoique les coups de la roue soient discontinus et que peut-être le son qui nous parait continu, soit divisé par de petits intervalles de silence qui échappent à notre oreille, comme les pores des surfaces tangibles ou visibles échappent à notre main ou à nos yqux. Mais, de même que la discontinuité des étendues tangibles n'affecte pas la continuité de l'espace pur, de même la discontinuité possible du son et de la lumière, sous le rapport de la durée, n'affecte en rien la continuité du temps pur ou absolu qui ne peut offrir en lui aucune lacune.
Les parties de l'espace sont hors les unes des autres et réciproquement impénétrables : sans cela l'Asie et l'Europe pourraient occuper le même lieu ; de même les parties du temps sont hors les unes des autres et mutuellement impénétrables. Si l'on ne peut aller d'un lieu à un autre sans traverser les lieux intermédiaires, on ne peut aller d'hier à demain, sans traverser aujourd'hui. L'impénétrabilité réciproque des parties de l'espace a fait supposer l'impénétrabilité des molécules matérielles; l'impénétrabilité réciproque des parties du temps nous fait concevoir que dès qu'un être a existé deux moments, il y a nécessairement pour lui un présent et un passé qui ne peuvent se confondre ensemble.
Enfin , les phénomènes qui apparaissent dans le temps ont un commencement et une fin ; ils sont limités , sans imposer leurs limites au temps, qui nous apparaît comme les ayant précédés et comme devant leur succéder. Il est donc d'abord pour nous indéfini comme l'espace; bientôt , à l'aide de l'attention, nous apercevons qu'il est infini. Non-seulement nous n'en saisissons pas les bornes, mais nous affirmons qu'il ne peut recevoir de limites. Quand nous essayons de comprendre que le temps a commencé et qu'il cessera d'être, nous nous confondons nous-mêmes ; c'est demander un temps où il n'y ait pas eu de temps, et un temps où le temps cesse. Les phénomènes sont donc limités, périssables, locaux ou ren-
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fermés en un certain lieu ; ils auraient pu ne pas être , c'est ce qu'on exprime en disant qu'ils sont contingents ; le temps est illimité, impérissable , immense, c'est-à-dire présent dans tous les points deTespace, et nécessaire, ou en d'autres termes il n'a pas pu, ne peut pas , et ne pourra pas ne pas être. De même que Tespace est éternel, le temps est universel :^ils se pénètrent donc mutuellement.
La plupart des oppositions que nous venons d'établir entre les phénomènes et le temps sont empruntées , comme les oppositions entre les corps et l'espace , à Locke , à Thomas Reid et à M. Royer-Collard ^ Nous citerons en partie les belles paroles de ce dernier philosophe : «* l*" Comme ïespace pur n'est pas un objet propre du toucher, et que cependant nous n'aurions pas l'idée de l'espace pur, si nous n'avions jamais touché , de même le temps pur n'est pas l'objet propre de la mémoire, et cependant nous n'aurions point l'idée du temps pur sans la mémoire. 2"* De même que la notion de ïespace pur, une fois introduite dans l'esprit , devient indépendante des objets qui l'ont introduite , de même la notion du temps pur devient indépendante des événements passés qui nous la donnent... Il ne tient qu'à nous de supposer qu'ils n'aient pas eu lieu; il n'est pas en notre pouvoir de supposer l'anéantissement du temps qui les contenait. 3"* De même que la notion d'une étendue limitée nous suggère la notion d'un espace sans bornes, qui n'a pas pu commencer, qui ne pourra pas finir et qui demeure immobile, tandis que les corps s'y meuvent en tous sens, de même la notion d'une durée limitée nous suggère la notion d'une durée sans bornes, qui n'a pas pu conunencer, qui ne pourra pas finir, et qui se serait écoulée uniformément quand aucun événement ne l'aurait remplie. La durée se perd dans l'éternité, comme l'espace dans l'immensité. Je ne cherche point ce que le temps et l'espace sont en eux-mêmes ; je crois que nous ignorons profondément la nature de l'un et de l'autre; je veux seulement
1. Locke, Essai, liv. U, chap. xv; Th. Reid; OEuvres complètes ^ Irad. fraDç., U IV, p. 61 ;Royer-Gollard, t. IV de la traduction française des OEu^ vres de Beid, p. 347 et suivantes.
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reconnaître et constater le feit que Tesprit humain les perçoit comme éternels, nécessaires et indépendants de ses pensées et du monde matériel. Or, le fiait de cette perception est indubitable et reconnu de ceux qui prétendent Texpliquer, comme de ceux qui le jugent inexplicable, i"" Quoique la notion de Tespace et celle du temps présupposent Texercice des sens, elles ne sont identiques à aucune notion sensible. Ce ne sont ni des notions partielles ou abstraites, car, quelles sont les réalités plus vastes que le temps et l'espace, dont l'espace et le temps seraient des abstractions; ni des notions générales, car il n'y a qu'un temps et un espace; ni des notions composées, car il n*y a point d'addition dont le total soit l-infini ; ni enfin des notions déduites , car le nécessaire ne se déduit pas du contingent *. 5* Le temps et l'espace sont des quantités continues , composées de parties homogènes ; on pourrait dire que le temps est une étendue , mais une étendue qui n'a qu'une dimension, et dont les parties sont successives et non simultanées ^ »
Ces expressions fermes et nettes répondront d'avance à toutes les fausses théories, soit sur la notion du temps absolu, soit sur Torigine de cette notion.
iî 7. Le Içmps al)8plu ii'^( pas r<)hjet d'un» qoncepUon.
t>e temps a été, ainsi que l'espace, çonsi<}éré soit comme une pure conceptioi) sans réalité bors de l'esprit, soit comme la mêpie chose que les événements qui se passent dans le tempsi soit enfin comme un attribut on une œuvre de la Divinité.
Kant est le sept, à notre connaissance, qui ait regardé l'idée dn temps comme une pure conception sans réalité extérieure, 4U^ reprit impose au^ objets', Snivant cette théorie, si Ye^
1. ypy« si4r lesi notions abstraites, générales, composées et déduites, le. chapitre de la division de Vintelligence, plus haut, p. 4 et suiv., et le Raisonnement y plus loin, livre VllI.
3. Royer-Goflard , t. IV de la traduction firançalse des GEu^res de Iteidi p. 348-850.