‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 122 sur 318 · Vby. plus héiit, |>. d · texte numérisé non relu

Vby. plus héiit, |>. d

tote diffère de celle de Platon, en ce que Platon identifiait le temps avec le mouvement du ciel, et disait que ce qui est im-* mobile n'est pas dans le temps, et qu'Âristote applique le temps non-seulement aux phénomènes visibles, mais encore aux changements de Tâme, c*est-à-dire qu'il regarde le temps comme l'attribut , la mesure ou le nombre des changements, non des changements simultanés, mais des changements successifs. Nous croyons que Platon et Aristoteont, chacun de leur côté , confondu la nature du temps avec l'occasion qui nous en fait obtenir la connaissance. Nous accordons au premier que c'est surtout à propos du spectacle des changements du ciel que nous arrivons à penser au temps, et la langue vulgaire confond encore sous le nom de temps le ciel , la température et la durée. Mais supposer que le ciel est la cause du temps ou de la durée , c'est partager l'erreur du poète qui faisait le temps fils du ciel , ou Cronos fils d'Ouranos. En effet, les mouvements du ciel nous servent à mesurer le temps, mais ils ne créent pas le temps, et le ciel s'anéantirait que le temps existerait encore. Nous accordons d'un autre côté qu' Aristote, en remarquant que nous pouvons penser au temps sans avoir besoin de rien voir, ni de rien sentir par le corps, et en contemplant seulement la marche de notre pensée, a fait une observation juste et profonde , mais il ne fallait pas pour cela identifier le temps avec le changement de notre pensée; car une fois que la mémoire nous a fait apercevoir une partie de la durée de notre esprit et nous a donné l'idée de notre passé, une intuition de l'esprit nous fait voir que le temps a précédé notre passé et qu'il doit continuer après le moment où nous sommes; que, comme l'espace, il pourrait être vide de toute autre existence que de la sienne, et de plus que le temps n'a pas eu de commencement et qu'il n'aura pas de fin. 11 n'est même pas besoin que la mémoire nous découvre en nous un changement de pensée, pour que nous acquérions la notion du temps : nous pouvons remarquer la durée d'une pensée qui ne change pas. Il y a en nous quelque chose qui change et quelque chose qui ne change pas, qui constitue l'identité de l'âme; et dont nous apercevons la durée. Si la théorie d'Aris-

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tote était fondée, les idées qui changent dans notre âme nous paraîtraient avoir de la durée et Tâme paraîtrait n'en pas avoir.

Panni les philosophes modernes , Descartes a reproduit à peu près l'opinion de Platon sur la nature du temps. « De ces qualités ou attributs , dit-il , il y en a quelques-uns qui sont dansles choses mêmes et d'autres quine sont qu'en notre pensée : ainsi, par exemple, le temps que nous distinguons de la durée prise en général, et que nous disons èlre la mesure du mouvement, n'est rien qu'une certaine façon dont nous pensons à cette durée, car nous ne concevons point que la durée des choses qui sont mues soit autre que celle des choses qui ne le sont point; comme il est évident de ce que, si deux corps sont mus pendant une heure, l'un vite et l'autre lentement, nous ne comptons pas plus de temps en l'un qu'en l'autre, encore que nous supposions plus de mouvement en l'un de ces deux corps. Mais afin de comprendre la durée de toutes les choses sous une même mesure, nous nous servons ordinairement de la durée de certains mouvements réguliers, qui sont les jours et les années, et la nommons temps, après l'avoir ainsi comparée, bien qu'en effet ce que nous nommons ainsi ne soit rien , hors de la véritable durée des choses, qu'une façon de penser^»

Au premier coup d'œil, l'opinion de Descartes sur la nature du temps paraîtrait se confondre avec celle de Kant , puisque le philosophe français arrive à dire que ce que nous nommons le temps n'est qu'une façon de penser. Cependant ces deux opinions diffèrent par un côté très-important. Kant regarde l'idée du temps comme entièrement produite par Tesprit. En ce sens, nous ne pouvons affirmer que quelque chose ait véritablement de la durée hors de nous , mais uniquement que nous avons l'idée de la durée* ; Descaries, au contraire, pense que les choses ont véritablement de la durée, et que c'est seulement quand nous voulons considérer le temps en dehors des choses qui durentquenous produisons une pure pensée dont l'objet n'a pas

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