Coun d*études, édit. de 1790, t. IV, p
eessaire, pour obtenir la notion du lemps, qu'il y ait un changement de phénomène au dehors ou au dedans de nous, et il est surtout inexact de dire que le changement extérieur ou intérieur soit le temps lui-même.
Cette erreur que le phénomène interne est le temps luimême se trouve poussée si loin chez Condillac, qu'il entreprend de prouver que le changement de notre pensée est nonseulement pour nous le présent et le passé, mais encore l'avenir, la durée indéterminée et Téternité elle-même. Le philosophe suppose que sa statue se rappelle distinctement trois odeurs qu'elle a senties, u Les odeurs de jonquille, de rose et de violette peuvent donc marquer, dit-il, les trois instants qu'elle aperçoit d'une manière distincte. Par la même raison, les odeurs qui ont précédé et celles qui sont dans l'habitude de suivre, marqueront les instants qu'elle aperçoit confusément dans le passé et dans l'avenir. Ainsi , lorsqu'elle sentira une rose, sa mémoire lui rappellera distinctement l'odeur de jonquille et celle de violette , et elle lui représentera une durée indéfinie qui a précédé l'instant où elle sentait la jonquille, et une durée indéfinie qui doit suivre celui où elle sentira la violette. Apercevant cette durée comme indéfinie , elle n'y peut démêler ni commencement ni fin ; elle n'y peut même soupçonner ni l'un ni Fautre. C'est donc à son égard une éternité absolue, et elle se sent comme si elle eût toujours été, et qu'elle ne dût jamais cesser d'être K » Nous laissons de côté cette singulière assertion que la mémoire représente à la statue une durée indéfinie à venir, comme si la mémoire pouvait représenter autre chose que le passé , et nous nous attachons seulement à examiner si la durée indéfinie du passé que la statue retrouve dans sa mémoire peut devenir pour elle l'éternité. La statue se rappelle confusément les odeurs qu'elle a senties avant l'odeur de la jonquille, et leur durée indéterminée. Mais elle se rappelle cependant que ces odeurs ont eu un commencement et une fin, quoiqu'elle ne puisse en assigner l'époque précise ; elle sait très-bien qu'elle n'a pas senti ces