Traité des sensations, éùiU orlg., t* l*"', p
odeurs de tout temps. Or, la notion de Tétemité n'est pas celle d*un temps dont on entrevoit le commencement et la fin, c'est la notion d'un temps dont on affirme que le commencement et la fin n'ont jamais existé et n'existeront jamais. Il ne faut donc pa$ confondre la notion de la durée indéterminée ou indéfinie avec la notion de la durée éternelle ou infinie. Con« diUac a tort de prendre l'une poiu* Fautre , et de croire que l'éternité soit la durée indéterminée des odeurs que la statue a senties. S'il en était ainsi , l'éternité serait contenue dans le passé de la statue, peut-être dans la durée d'un mois ou d'un jour. L'erreur qui consiste à prendre le temps pour Févénement parait plus sensible encore, lorsqu'on veut trouver Téternité dans une succession de quelques odeurs. CondiUac s'est bien aperçu qu'il avait dépassé les bornes de la sensation en donnant à sa statue l'idée de l'éternité et celle de l'immensité, et il dit plus loin : « Cependant la statue n'a dans le vrai ni l'idée de l'éternité, ni celle de l'immensité I Si elle juge le contraire, c'est que son imagination lui fait illusion en lui repré* sentant comme l'éternité et l'inunensité une durée et un espace vagues dont elle ne peut fixer les bornes *. » La statue , en effet , ne peut trouver dans le souvenir confus de ses sensations que l'idée d'une durée et d'un espace vagues, et Condillac a raison cette fois de ne reconnaître en cela ni l'éternité ni l'inunensité. Mais, puisqu'il compare l'illusion de la statue avec la véritable immensité et la véritable éternité , il a donc lui-même l'idée de ces dernières. De deux choses l'une : ou il ne peut découvrir l'erreur de la statue, ou il possède l'idée de l'immensité et de l'éternité. A quelle source l'a-t-il puisée? Ce n'est pas dans la sensation , puisqu'il vient d'accuser Tinsuffisance de cette source. CondiUac prouve donc ainsi que l'idée de l'éternité ne nous vient ni de la sensation ni de la mémoire , et qu'en conséquence le temps pur ou absolu ne peut se confondre avec les objets sentis ou dont la mémoire nous retrace la sensation.
On range ordinairement Leibniz au nombre des philoso^