Essai, liv. Il, chap. xiii
214 inrBC sixiim , siction frimièri.
disons pas, cômnie les anciens, que le temps ait créé Dieu, que Cronos soit père de Zeus du du dieu de la vie. Le temps est pour nous stérile. Mais nous ne pouvons admettre dayan-^ tage que le Dieu vivant et agissant ait créé le temps. Si Dieu a créé le temps, il a donc créé sa propre éternité : car l'éternité c'est Texistence répandue dans tous les temps. Dieil était donc avant d'être éternel. « Mais, dit-on, le temps est quelque chose, et si Dieu ne Ta pas créé, quelque chose échappe à la puissance de Dieu. ^ Nous répondons que ce qui a été fait hier est aussi quelque chose , et que Cependant ce quelque chose échappe aujourd'hui à la puissance de Dieu , en ce sens que Dieu ne peut pas faire que ce qui est fait n'ait pas été fait. Dieu ne peut se créer, ni se détruire lui-même; l'espace et le temps sont les conditions de son immensité et de son éternité ; il ne pourrait créer l'un et l'autre qu'en se créant luihiême. A Mais il y aura donc trois infinis, il y aura donc trois dieux ? »» Il y aura trois infinis et il n'y aura pas trois dieux. Il ne faut pas entendre par infini ce qui éèt tout. Dans ce dernier sens, il ne peut, en effet, y avoir trois infinis, car il ne peut y avoir trois fois le tout. Mais il y a plusieurs genres d'infinité : il y a l'infinité de l'espacé, celle du temps et la triple infinité de la puissance , de la sagesse et de la bonté : cette triple infinité est Dieu; les autres ne sont que le temps et l'espace. Si Ton suppose que tMeù a créé le temps de toute éternité, par une Création qui n'est pas de Tordre du temps, mais de Tordre de la dignité, on se jette dans une théorie qui est à peine intelligible, comme Ta dit saint Augustin ^
Mais on fait une distinction entre le temps et Téteitiité. Le temps, dit-on, comprend tout ce qui change; Tétemité s'entend de ce qui ne change pas. Dieu étant immuable est donc en dehors du temps, il a donc pu créer le temps. Platon a dit : « Quant aux divisions du temps telles que : il était, il sera , toutes ces formes d'un temps qui a pris naissance, nous avons tort de les transporter à l'essence éternelle*, nous
i . Voy. plus haut, p. 189.