‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 132 sur 318 · Traité des sensations, édit. 1754, 1. 1**, p · texte numérisé non relu

Traité des sensations, édit. 1754, 1. 1**, p

sera. Ces moments ne coexistent pas ; Dieu cbange Tun pour l'autre. Il a été plus jeune et il deviendra plus ancien. » C'est ainsi que nous nous plaisons à nous tourmenter nous-mêmes,, essayant de briser nos pensées les unes contre les autres, ou plutôt c'est ainsi que nous nous laissons tromper par les mots. Quand on dit que Dieu est immuable, on veut dire qu'il ne change pas de dessein ; qu'il ne devient ni pire ni meilleur ; qu'étant parfait, il ne peut ni se dégrader ni se perfectionner; mais cela ne devrait pas signifier qu'il ne change pas les moments de son existence les uns pour les autres. Quelle dégradation pouvons-nous trouver dans la continuation de l'existence, et comment continuer d'exister sans voir changer les moments de son existence. Nous attachons à l'idée de la jeunesse celle de l'inexpérience, à l'idée de la vieillesse celle de la maturité ; Dieu ne peut être ni inexpérimenté , ni mûri par Tâge, voilà pourquoi nous répugnons à dire qu'il a été plus jeune et qu'il deviendra plus ancien. Mais cela ne doit pas nous faire rejeter cette vérité que Dieu a été, qu'il est, qu'il sera, c'est-à-dire que son existence continue et ne change que sous ce rapport qu'elle continue. Vous parlez d'une essence éternelle *, mais elle n'est éternelle que parce qu'elle est toujours *. Comment est-elle toujours, si son existence n'a pas plusieurs instants et si, par conséquent, elle ne change pas d'instants? Si vous comprenez, comme le veut Condillac, qu'un instant de la durée d'un être coexiste en effet à plusieurs instants de la durée d'un autre, vous parviendrez à comprendre qu'il y a plusieurs temps , dont les uns sont plus vifs ou plus lents que les autres ; vous parviendrez à comprendre que les quatorze siècles de la monarchie française peuvent concorder pour le commencement et pour la fin avec les huit siècles de la république romaine, et que le globe terrestre peut se renfermer en un grain de mil. Embrasser en un instant toutes les connaissances que les créatures n'obtiennent que dans une suite de siècles, ce n^est pas enfermer en un instant de sa v^e tous les instants que vivent les créatures dans

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