I. 'Atdioc 3. 'AtL
la série des âges. Admettre Tidentilé de la connaissance et de l'existence , c'est supposer que la perception de notre pensée est non-seulement la perception de notre durée , mais notre durée elle-même. Tel homme pourrait apprendre mille vers d*un poète en moins de temps qu'il n'en faudrait à un autre pour les lire : en résulterait-il que le premier eût vécu en une heure plus de temps que le second? Acquérir des (Connaissances, ce n'est pas la même chose que de vivre; à moins que l'on ne se paye de métaphores. Un quart d'heure de la vie de Newton n'est pas plus long qu'un quart d'heure de la vie d'un insecte, et parce que Dieu embrasse en un instant toutes les connaissances que les créatures acquièrent péniblement en accumulant les âges, ce n'est pas une raison pour qu'un instant de l'existence de Dieu coïncide à tous les instants de l'existence des créatures. Supposer celte coïncidence, c'est reproduire cette erreur qu'une noisette en tournant sur elle-même, dans la cent millième partie d'une seconde, donnerait non-seulement autant d'idées, mais autant d'existence à ses habitants que nous en avons pendant vingt-quatre heures. « Il est aussi impossible j a dit Gassendi , qu'un instant coexiste à une succession d'instants, qu'il est impossible qu'un point coïncide avec une ligne... Mettre en avant ces propositions, c'est faire un pur emploi de mots inintelligibles... C'est mettre son esprit à la torture pour lui faire saisir ce qui fuit l'intelligence ^ » L'archevêque Tillotson dit de son côté : u Je n'ai pas dessein de vous parler des notions obscures et peu soUdes des scolastiques qui disent que l'éternité de Dieu est une durée qui est toute à la fois *. J'aimerais autant concevoir l'immensité de Dieu comme un point , que de m'imaginer son éternité comme un instant... Conçoive qui pourra comment un être qui coexiste avec d'autres qui se succèdent peut exister sans succession *. »
En résumé, les parties du temps sont hors les unes des autres comme les parties de l'espace. Nous ne pouvons conce-