Tempus edax rerum
2. Instances sur les Méditations de Descartes, doute ix% instance 2. Voy. les OEuvres philosophiques de Descaries, édil. Ad. G,, t. Il, p. 518.
3. La Logique ou l'Art de petiser, IV" part., chap. i", $• édil., p. 391.
silions qu'on appelle en philosophie Taxiome de la substance et Taxiome de la causalité , et qui s'énoncent ainsi : tout changement suppose une substance ; tout ce qui commence d*exister suppose une cause. Il est facile de ramener ces deux axiomes à celui-ci : ce qui change suppose quelque chose qui ne change pas; en d'autres termes : l'être ne peut commencer, cesser et recommencer par lui-même. Pour montrer qu'indépendamment des accidents perçus par les sens, il y a dans les choses une substance qui reste toujours la même et qui n'est perçue que par l'intuition pure , Descartes propose l'exemple suivant : « Prenons, dit-il , un morceau de cire : il vient tout fraîchement d'être tiré de la ruche ; il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait; il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli; sa couleur, sa figure, sa grandeur sont apparentes; il est dur, il est froid, il est maniable, et si vous frappez dessus , il rendra quelque son ; enfin toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci. Mais voici que, pendant que je parle, on l'approche du feu: ce qui y restait de saveur s'exhale, l'odeur s'évapore , sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide , il s'échauffe, à peine peut-on le manier, et quoique l'on frappe dessus, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeuret-elle encore après ce changement? Il faut avouer qu'elle demeure ; personne n'en doute, personne ne juge autrement. Qu'est-ce donc que l'on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction? Certes, ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remarqué par l'entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, sous l'odorat, sous la vue, sous l'attouchement et sous l'ouïe se trouvent changées, et que cependant la même cire demeure... Or , ce qui est ici grandement à remarquer, c'est que la perception de la substance de la cire n'est point une vision, ni uu attouchement, ni une imagination, et ne l'a jamais été , quoiqu'il le sem* blât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l'esprit , laquelle peut être imparfaite et confuse , comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle
est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée K »
Supposons que nous ne connaissions pas les transformaiioiis possibles de la cire, et qu'après avoir laissé quelque part un corps solide ayant Todeur des fleurs, la figure des alvéoles construites par les abeilles etc., nous trouvions en sa place un liquide sans odeur, n'ayant d'autre forme que celle du vase dans lequel il est contenu : nous penserons qu'on a enlevé le premier corps et qu'on y a substitué le nouveau. Il ne nous viendra pas à Tesprit que le premier ait pris la forme du second, encore moins que le premier ait été anéanti , et que le second ait pris naissance à sa place. Si les transformations de la cire se font sous nos yeux , bien que tous les phénomènes sensibles disparaissent et soient remplacés par d'autres , nous ne pourrons parvenir à croire que toute la réalité de la cire périsse et renaisse à chaque moment sous une autre forme ; ou, si nous le pouvons, ce sera en supposant que Dieu lui-même détruit et crée à chaque instant. Cela revient à dire que nous ne pouvons comprendre que l'être finisse et commence par lui-même. Nous démentons le témoignage de nos yeux : ils nous montrent un solide qui devient liquide, un liquide qui s'évapore, une vapeur qui échappe à notre vue. Mais lorsque les yeux l'ont perdue, notre esprit la suit encore et ne peut admettre qu'elle s'anéantisse , ou il ne l'admet qu'en supposant qu'elle a été (inéantie par le pouvoir d'un être qui luimême ne peut s'anéantir. Ainsi, l'être ne peut périr par lui-onême; un être ne périt que par le pouvoir d'un être impérissable. Telle est la vérité qui se cache sous les expressions métaphoriques : tout mode suppose une substance.
Les explications que nous avons empruntées à Descartes nous feront mieux comprendre les passages suivants de Platon : « Partagerons-nous l'opinion de ceux qui croient que toute chose est soumise à un écoulement perpétuel?... Comment ce qui n'est jamais de la même façon serait-il quelque chose?... Si un objet changeait sans cesse , il ne serait jamais connu ;