De naturd ipsd, etc., édit. Erdmann, p
variable. Quant au rapport du variable avec Tinvariable, il est Tobjet de nos inductions. Il faut nous garder de Topinion grossière qui fait de la qualité ou du mode conune un habit que revêt la substance. L'opinion la plus vraisemblable nous parait, ainsi que nous l'avons déjà dit, celle qui considère les corps comme une collection de forces ou de substances actives, dont le degré d'action forme ce qu'on appelle les qualités.
§ 16. De Toccasion à propos de laquelle nous acquérons la notion de la
substance nécessaire.
Quelques philosophes ont agité la question de savoir si la notion de la substance nécessaire nous arrive à propos de l'exercice de la conscience ou des sens extérieurs, c'est-à-dire à propos des changements internes ou des changements externes.
La question serait résolue si, de ce que nous percevons en nous quelque chose de variable et quelque chose d'invariable, nous induisions qu'il y a dans les corps des éléments qui changent et un élément qui ne change pas. L'idée de la substance des corps ne serait qu'une induction de l'idée de notre substance ; mais les faits ne se passent pas ainsi. La conscience et la mémoire nous font bien connaître que certaine chose en nous n'a pas changé, mais non pas que cette chose soit absolument invariable, et doive persister nécessairement sous tous les changements. Or, la notion complète de la substance contient tous ces développements ; et cette notion peut se former en nous à propos de tout changement, soit intérieur, soit extérieur. 11 n'y a donc pas de raison pour que la notion de la substance universelle, première et dernière, sans commencement ni fin, ou, en un seul mot , nécessaire, nous vienne à propos de l'exercice de la conscience et de la mémoire plutôt qu'à propos de l'action des sens extérieurs. Comme nous sommes frappés des changements externes avant de l'être de nos propres changements , il est plus vraisemblable que la notion de la substance nécessaire nous arrive d'abord à propos
LES PSRCEPTIONS OU LA PUBMIÈRE PARTIE DES œNNAISSANGES, 24 1
de l'exercice des sens. Mais que celte notion se produise en nous à l'occasion des objets extérieurs ou des phénomènes internes « ce que nous devons faire remarquer, c'est que ni la conscience, ni la mémoire, ni les sens ne suffisent pour nous faire connaître que ce qui commence suppose quelque chose qui n'a pas commencé.
Récapitulons les propositions principales que nous venons d'énoncer. Lorsque les sens nous ont montré des étendues tangibles et visibles, et que la conscience et la mémoire nous ont fait connaître notre existence présente et passée, une in*tuition de l'esprit nous apprend que les corps et les âmes sont contenus dans un espace et un temps indépendants des âmes et des corps. Mais Texistence des corps et celle de notre âme ne découlent pas de l'existence de l'espace et du temps. L'existence des corps >et des esprits suppose celle de l'espace et du temps, •mais l'existence de l'espace et du temps ne suppose pas celle des corps et des esprits. Ces derniers ne viennent donc pas de l'espace et du temps, mais d'une cause ou substance active qui est le principe de leur existence , et qui est elle-même sans commencement ni fin. Nous ne pouvons pas admettre que les corps ou les esprits naissent ou périssent d'eux-mêmes. Si un corps se transforme sous nos yeux , si tout ce qu'il y a en lui de perceptible aux sens disparaît, pour faire place à d'autres objets de perception , nous n'admettons pas que les premiers aient péri d'eux-^mêmes, et que les seconds aient d'eux-mêmes pris naissance ; mais nous pensons que quelque chose dans ce corps a persévéré, toujours le même, et a causé ces changements ou les a subis. Cette notion est ce qu'on appelle dans l'école le principe de substance et le principe de causalité. Si nous considérons que ce qui n'a pas varié dans le corps a causé les changements perceptibles» nous appelons l'élément invariable une substance active ou une cause; si nous supposons que l'élément invariable n'a pas causé les changements , mais les a subis, nous l'appelons une substance passive ; et comme aucune chose ne peut commencer d'exister par soi-même, et que, par l'hypothèse, nous ne mettons pas la cause des changements dans le corps, il fiB^t
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que nous la supposions et que nous la cherchions au dehors. Nous trouvons dans notre conscience et notre mémoire la première notion de quelque chose qui ne varie pas, cestà-dire de Tidentité personnelle, et de quelque chose qui agit et produit des changements , c'est-à-dire d'une cause. Une intuition qui dépasse la conscience et la mémoire affirme que pendant le sommeil et révanouissement certaine chose persiste en moi et que mon existence n'a pas été interrompue. L'intuition de Tesprit dépasse encore plus le cercle de la conscience et de la mémoire, lorsqu'elle affirme que je n'ai pu commencer d'exister par moi-même et que je ne puis par moi-même cesser d'exister. Ce qui existe dans le sein de l'espace et du temps n'a pas pu conunencer d'exister par lui-même : les corps et les esprits ont donc toujours été ou tiennent l'existence d'une cause ou substance active qui a toujours été et qui sera toujours. Nous verrons plus loin, comme nous l'avons déjà dit , les raisons qui nous font croire que cette cause est intelligente et parfaite. Nous nous sommes, quant à présent, borné à montrer que recourir à une série de causes à l'infini, c'est multiplier les êtres sans nécessité ; et que regai*der les esprits et les corps comme les modes ou attributs d'une même substance , c'est se mettre en contradiction avec l'expérience qui montre que les corps sont des substances distinctes les unes des autres et distinctes des esprits , et que les esprits sont aussi des substances séparées et réciproquement indépendantes.
$ 17. Du nécessaire et du contingent; du fini, de l'infini et de l'indéfini; du
parfait et de l'imparfait.
L'espace, le temps et la substance active ou la cause sont les trois choses infinies et nécessaires que perçoit l'intuition de l'esprit. Ces trois infinis ne s'excluent pas : ils se pénètrent. L'espace est dans tous les temps, le temps est dans tout l'espace; la cause est dans tous les temps et dans tout l'espace, au moins en tant que puissance. Exister dans tous les temps, c'est ne pas pouvoir ne pas exister, c'est exister nécessfiire-
LBS' PERCEPTIONS OU lA PRENIÈRR PARTIE DES CONNAISSANCES. 243
ment. L'infinité comprend la nécessité et réciproquement» L'espace, le temps et la cause sont nécessaires; les corps et les esprits humains sont contingents, ou , en d'autres termes, ils auraient pu ne pas exister. L'idée de la contingence ne s'entend que par son opposition à l'idée de la nécessité. Les sens nous font connidtre l'étendue comme étendue, mais non comme contingente. La conscience nous fait connaître l'âme comme , âme, mais sans y joindre l'idée que l'âme aurait pu ne pas exister. L'idée de contingence est donc une idée que nous de- Tons à une faculté distincte des sens et de la conscience. Il n'en est pas de même de l'idée de fini. Les sens peuvent nous faire connaître que les corps sont finis relativement les uns aux autres. Par cela seul que la main nous montre la pluralité des corps , leur égalité ou inégalité , elle nous en fait saisir les limites. De même la mémoire nous fait percevoir que nos pensées se succèdent les unes aux autres, et que par conséquent elles sont limitées. Mais lorsque nous sortons de cette notion qu'un corps est plus grand ou plus petit qu'un autre, qu'une pensée se termine à une autre, et que nous comparons les limites des corps et des pensées avec l'espace, le temps et la cause éternelle, nous dépassons le cercle des sens extérieurs et de la mémoire.
L'espace, le temps et la cause nous apparaissent d'abord comme indéfinis, c*est-à-dire que nous comprenons qu'ils ne finissent pas là où finissent les corps et les pensées ; et nous ne songeons pas dès le principe à nous demander si l'espace , le temps et la cause ont véritablement des limites. Lorsque nous nous posons ensuite cette question, nous découvrons que non-seulement ils ne finissent pas là où finissent les autres choses, mais qu'ils ne finissent nulle part , et d'indéfinis qu'ils étaient d'abord pour nous, ils deviennent ce qu'ils sont véritablement , c'est-à-dire infinis .
L'espace, le temps et la cause composent toute l'idée de l'infini. Il n'y a rien d'infini qui ne soit ou l'espace , ou le temps, ou la cause, et encore l'infinité de la cause n'est-elle mesurée que par celle du temps et de l'espace. Une puissance infinie est pour nous celle qui suffirait à remplir de ses effets
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^ LIS n&cirnoiis ou la ramiÈfts partie dcs oohnaissances. 245
^ avec la situation et le mouvement des parties d*uii corps et ' qtf on s'en tient à la vérité de fait , c'est-à-dire à la connaîs- ' «mce de la couleur, en tant que couleur, on trouve l'idée de * k oonleiir aussi claire que l'idée de la figure. Ce n'est donc pas piurce que l'idée de la blancheur est confuse que nous ne concevons pas cette qualité portée à l'infini, c'est parce •que nous ne pouvons en étendre l'intensité sur la mesure du temps et de l'espace. Pour prouver que nous concevons l'in* fensité d'une qualité poussée jusqu'à Tinfinî , Leibniz allègue Fexemple de la vitesse ; mais la vitesse ne peut s'augmenter que par la diminution du temps ou par l'augmentation de Peqmce , et par conséquent l'infini s'applique encore ici à f espace et au temps. Cet exemple porte donc contre la conrïusion de Leibniz. Nous devons, en conséquence, maintenir cette proposition qu'on ne conçoit l'infini que dans le sens du temps et de l'espace, et que toute chose qui est inf capable de s'étendre de l'un ou de l'autre côté est également incapable de nous suggérer l'idée de l'infini. Cette remarque ne doit pas être perdue de vue, si l'on veut maintenir la précision et la justesse des idées.
Aristote blâme Melissus d'avoir dit que l'infini est un tout, parce qu'il pense, comme Parménide, que le tout est limité. Il ajoute que l'infini est le tout en puissance et non en acte *. Il Teut dire sans doute par là que l'infini grandit toujours sans 86 terminer jamais. Si l'on attache au mot de totalité l'idée de quelque chose de fini, il ne faut pas dire en effet que l'infini soit un tout, mais si on laisse à ce terme un sens assez vaste pour exprimer ce qui n'a pas de limites, nous ne voyons pas d'inconvénient à nous servir de ces mots : tout l'espace et tout le temps.
On a prétendu que l'idée de l'infini était négative et qu'elle n'exprimait rien de positif; mais l'idée du fini est également négative ; elle signifie : ee qui ne continue pas. Si l'idée de l'infini nie les limites, l'idée du fini nie la continuation. La vérité
est que chacune <lc ces idées contient quelque chose de néga*