‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 153 sur 318 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES GCmCEPTIONS DE LA MÉMOIRE OU LES RÉMINISCENCES.

S L RATURE DE LA RÉMINISCENCE. — $ 2. LES RÉMINISCENCES CONSIDÉRÉES SELON LEURS OBJETS. RÉMINISCENCE DES OBJETS SENSIBLES. MÉMOIRE DU NOMBRE. — S t. RÉMINISCENCB DES ACTES DE L'AME. MÉMOIRE DE LA DURÉE. — $ 4. LA RÉKHIISCBNGB EST UNE ABSTRACTION. — § 5. LES RÉMINISCENCES CONSIDÉRÉES SUIVANT LEUR MARCHE ET LEUR ENCHAINEMENT. — $ 6. DE L'ENCHAINEMENT DES CONCEPTIONS DANS LES SONGES. — * $ 7. MOYENS DE PERFECTIONNER LA MÉ- HOiRR. — $ 8. RÉSUMÉ SUR LA MÉMOIRE.

S !*'• Nature de la réminiscence.

La perception, avons-nous dit, met l'âme en présence de réalités distinctes de la pensée qui s'y applique; la conception, à proprement parler» n'a pas d'objet distinct d'elle-même. Reid a fait très-bien comprendre la nature de la conception. « De toutes les analogies qui se rencontrent, dit-il , entre les opérations du corps et celles de l'esprit , aucune n'est si frappante et ne se présente si naturellement que celle de la conception avec la peinture... Cependant cette analogie est mensongère.,. Celui qui peint fait quelque chose qui subsiste quand sa main s'est retirée, et qui continue de subsister lors même qu'il n'y songe plus. Chaque coup de son pinceau produit un efiet qui n'est point la même chose que l'action par laquelle il est produit, puisque TefTet demeure après que l'action a cessé. L'action de peindre et le tableau qui en résulte sont deux choses tout à fait différentes : la première est la cause, le second est l'effet. Voyons maintenant ce qui arrive

quand le peintre conçoit simplement son tableau. H faut bien qu'il Tait conçu avant de le produire. Qu'est-ce que cette conception? un simple acte de l'esprit, une pensée. Cette pensée a-t-elle un autre effet qu'elle-même? Le sens commun répond que non. Tout le monde sait que concevoir n*est pas peindre, que projeter n'est pas exécuter, el qu'on peut résoudre toute sa vie ce qu'on ne fera jamais. Concevoir aussi bien que projeter et résoudre sont ce que les scolastiques appellent des actes immanents, qui ne produisent rien qu'eux-mêmes ; au lieu que peindre est un acte transitif, qui produit un effet distinct de l'opération , et cet effet est la peinture. Comprenons donc et n'oublions jamai9 que l'image d'une chose dans l'esprit n'est rien de plus que Faction de l'esprit qui la conçoit^ »

On emploie quelquefois le mot de conception dans le sens de croyance, conune dans ces phrases : Je conçois que la chose se passe ainsi > etc. * Mais le plus souvent ce mot n'exprime qu'une pure représentation mentale, et nous demandons la pennission de le restreindre à cette dernière signification.

Parmi les conceptions qui ne sont pas des croyances , les unes sont les représentations mentales des objets que nous avons précédemment perçus, les autres sont des représentations dont les modèles ne nous ont pas été fournis pai" Texpé- ' rience. La représentation mentale dont l'objet a été précédemment perçu s'appelle la réminiscence ; celle qui n'a point de modèle dans la perception s'àppeUe Vidéal.

La réminiscence peut nous paraître un idéal , ou une idée neuve, s'il ne s'y joint pas la perception par laquelle l'âme saisit son existence passée et s'affirme à elle-même qu'elle a possédé telle ou telle connaissance '. « Il ne suffit pas pour nous ressouvenir de quelque chose, dit Descartes, que cette chose se soit autrefois présentée à notre esprit, qu'elle ait laissé quelques vestiges dans le cerveau , à Toccasion desquels la même chose se représente derechef à notre pensée ; mais de plus il est requis

1. Reid, Œuvres complètes, traduct. franc., t. IV, p. 120->121.

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