I. Essais sur Ventendement humain^ liv. ll^cliap. xiv
us GONCBPnONS 00 LA SECONDE PARTIE DES CONNAISSANCES. 257
nombre des idées qui en remplissent le cours. Outre qu'il faudrait pour cela que toutes nos idées fussent d'égale longueur, il faudrait de plus que nous prissions la peine de les compter. Ce n'est donc pas de cette façon que nous avons reconnu les équinoxes, les solstices et la diverse longueur des jours. Mais de même que Ton ne s'en rapporte pas aux sens et h la mémoire pour mesurer d'une manière exacte la résistance, le poids, la température des corps, et que pour apprécier les forces de la nature nous les mettons aux prises les unes avec les autres, après avoir cherché les moyens d'en faire agir une d'une manière uniforme \ de même nous faisons en sorte que la durée des phénomènes soit mesurée par celle d'un phénomène dont la marche est rendue aussi constante que possible et qui sert de modèle. Les anciens s'étaient arrêtés au choix du sablier et de la clepsydre ; les modernes, plus avancés dans l'art de la mécanique, ont préféré la détente d'un ressort réglée par un pendule. Le nombre des oscillations du pendule et le progrès de l'aiguille déterminé par ces oscillations sont les moyens qui nous servent à comparer la longueur des jours. 11 n'en est pas moins vrai que c'est par la notion de la durée de nos per^Dtions que nous vient la notion de la durée des choses extIHRfres.
Les hommes n'ont pas tous la même aptitude à l'appréciation de la durée; quelques-uns portent le sentiment de la mesure à un degré presque incroyable. « Je suppose, dit M. Royer-Collard, quatre-vingts pulsations du pouls par minute, et la durée de chaque pulsation égale à l'intervalle des pulsations entre elles : chaque intervalle sera d'un cent soixantième de minute. On peut vous dire, après cinq ou six pulsations au plus, si votre pouls bat soixante-quinze ou quatre-vingts fois par minute ; on disceioie donc une différence qui est du seizième d'un cent soixantième de minute; c'est-à-dire d'environ un quarantième de seconde ; on discerne même, avec une exactitude suffisante, une différence une fois plus petite. Une oreille exercée à la musique saisit avec autant de promptitude que de justesse des