Hàbitus
cet emploi dans la langue grecque et dans la langue latine '; mais cette forme y est plus moderne et plus rare que celle qui e^^prime d'un seul mot l'existence et l'attribut! En français, au contraire, la forme indéfinie je suis venu, fai vu, etc. , s'emploie dans un plus grand nombre de cas que la forme définie je vfns, je vis, etc. 11 en e^t de même dans la langue anglaise. De ces considérations et d'autres semblables , Adam Smith a conclu, avec raison , que les mots être et avoir sont relativement modernes; que ces verbes abstraits doivent être un démembrement des verbes concrets, bien loin que les verbes concrets aient été formés des verbes abstraits •.
Les hommes , avons-nous dit , n'ont pas tous la même aptitude pour la réminiscence des mêmes objets : cette différence est une des causes les plus efficaces de la différence des esprits. Elle contribue à distinguer les peuples de siècles et de pays divers, les individus de la même époque et de la même nation, et enfin les âges du même individu. Les réminiscences de Tenfant sont plus concrètes, plus matérielles, pour ainsi dire, que celles de l'homme fait. Le même individu retiendra dans son enfance les étendues, les formes, les couleurs, les noms et les intonations; dans Tâge mûr, il aura plus d'aptitude à se rappeler les actes saisis par la conscience, comme les jugements, les opinions, les sentiments, les résolutions, etc. Dans le premier âge il apprendra complètement le vocabulaire d'une langue, les formes diverses de la déclinaison et de la conjugaison; il ne retiendra point la métaphysique du langage, c'est-à-dire les raisons qui font varier les mots suivant le rôle qu'ils jouent dans la phrase; mais dans la maturité , il retiendra spontanément les règles de la grammaire et non les formes variées des substantifs et des verbes. Un discours et une fable en vers se plaçaient naturellement dans sa mémoire, et, pour ainsi dire,
1. 'ATi(jL^(raç I^Ei, Sophocle; Rempublicam servatam habeo, Gicéron.
3. Par exemple dans la langue grecque le verbe ei(i.l est une décomposi* lion des verbes en {&i, et ceux-ci n'ont pas été composés du premier. Voyex la Dissertation sur les langues^ à la suite de la traduction française de la Théorie des sentiments moraux.
LIS GONdPnONS OU LÀ SECONDS PARTIE DES CONNAISSANCES. 265
dans son oreille quand il était enfant : la mesure, la cadence, la rime enchaînaient pour lui les mots , qu'il répétait la plupart du temps sans les comprendre. Depuis qu'il est homme , ce n'est plus par les sons, mais par les pensées qu'il enchaîne ses réminiscences : un raisonnement, un motif d'action le conduit à un autre. L'enfant saisissait le corps du discours , rhonuooe fait en saisit l'âme.
Nous ayons distingué la réminiscence d'avec la reconnaissance ^ : la première est une conception , la seconde est une perception ; celle-là n'affirme aucune existence , celle-ci saisit et afflrme notre existence passée ; elle nous fait savoir que nous avons accompli tel ou tel acte. La conscience nous montre que nous connaissons; la mémoire nous montre que nous connaissons de nouveau ou que nous reconnaissons. Quoique le fait de la recomiaissance soit très-distinct de celui de la réminiscence , il est soumis en partie aux mêmes conditions. Celui qui a le plus de disposition pour se retracer tel ou tel objet de la perception est aussi le plus disposé à le reconnaître ou à s'apercevoir qu'il l'a déjà connu. On me parle d'une personne, de ce qu'elle m'a dit, de ce que je lui ai répondu; je n'en retrouve aucun souvenir; on me nomme le lieu où je l'ai vue : tout à coup le nuage se dissipe; je reconnais non-seulement le lieu , mais la personne et les discours. Cela vient de ce que j-ai plus de disposition pour la réminiscence et la reconnaissance des objets de la vue : les autres choses ne me sont revenues à la mémoire, que parce qu'elles ont été associées avec l'objet qui me revient naturellement.
$ B. Les réminiscences considérées suivant leur marche el leur
enchaînement.
Nous avons à examiner maintenant ce que nous appelons la marche de la réminiscence , c'est-à-dire la manière dont elle apparaît et dont elle demeure dans l'esprit. Suivant que la réminiscence s'opère après un plus ou moins grand nombre de perceptions, on dit qu'elle est plus ou moins facile. Selon