‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 165 sur 318 · Yoy. plus haut, p. I4j · texte numérisé non relu

Yoy. plus haut, p. I4j

S66 LIYRB SIXIÈlfE , SECTION DEUXIÈME.

qu'elle revient au besoin plus ou moins vite, on dit qu'elle tôt plus ou moins présente, et la présence de mémoire entre pour beaucoup dans ce qu'on appelle la présence d'esprit. En effet, si l'on examine les vives réparties, les prompts expédients , les habiles et soudains stratagèmes , on s'apercevra qu'ils ne contiennent pas d'invention et qu'ils sont dus au secours d'une riche et présente mémoire *. Lorsque la réminiscence revient longtemps après la dernière perception, on dit que la mémoire est fidèle ou tenace.

Une réminiscence qui serait à la fois facile, présente et tenace formerait une mémoire sans défaut ; mais il est rare qu'elle réunisse ces trois qualités ou au moins qu'elle les possède pour tous les objets. Le plus ordinairement, la réminiscence des choses sensibles est facile et présente, mais fugitive; au contraire, celle des choses purement intelligibles est tenace, mais lente à se former et lente à revenir. Ces distinctions jettent un nouveau jour sur la différence des esprits. La mémoire des enfants, s'appliquant surtout aux choses matérielles, est facile , présente , mais passagère : il faut la retremper souvent aux sources de la perception. La mémoire des hommes mûrs s'attachant aux choses métaphysiques, est durable ; mais elle se forme difficilement et elle revient avec lenteur. Un observateur délicat , Sterne , a remarqué qu'en Italie il ne put parvenir à parier la langue du pays, quoiqu'il l'eût étudiée; et que son valet , encore adolescent , l'apprît en fort peu de jours, sans avoir, comme son maître, le secours de l'étude et la connaissance de la langue latine *. Le jeune homme avait appris la langue par le côté matériel, et l'homme mûr avait besoin d'en saisir le côté métaphysique, ce qui ne peut se faire qu'avec du temps. Mais, sortis de l'Italie, le maître conserva toujours le peu qu'il savait et le valet perdit tout son savoir aussi vite qu'il l'avait acquis.

Les mêmes oppositions se représentent entre la mémoire des poètes et des orateurs et celle des penseurs et des savants.

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