‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 169 sur 318 · OEuvret philosophiques, traduct. franc., t. !•% p · texte numérisé non relu

OEuvret philosophiques, traduct. franc., t. !•% p

pourrait prouver qu'il n'est pas tout à fait impossible aux idées de devancer les impressions,

<t Supposons qu'un homme ait perçu toutes les nuances du bleu, excepté une seule. Placez devant lui toutes les nuances excepté celle-là : il est évident que cet homme apercevra une lacune à l'endroit où cette nuance manquera; il sentira que la distance entre les couleurs contiguës est plus grande en cet endroit que partout ailleurs. Or, je crois que son imagination sera capable par elle-même de suppléer à ce défaut, et de lui fournir Tidée de cette nuance dont les sens ne lui ont jamais donné le modèle. Ceci peut servir à prouver que les idées ne dérivent pas toujours d'impressions correspondantes. Cependant ce cas est si particulier, qu'il mérite à peine d'être remarqué, et je ne pense pas que, pour lui seul, il faille réformer notre maxime générale*. »

Le philosophe, en rapportant cet exemple, a donné la preuve de sa bonne foi, puisqu'il renversait par là toute sa théorie. Les lois générales, tant du monde physique que du monde moral, ne peuvent souffrir d'exceptions. Dès qu'elles manquent en un cas, elles ne sont pas universelles, elles ne sont pas des lois. De plus, une exception peut en faire soupçonner d'autres, et en effet, David Hume lui-même en signale deux nouvelles en d'autres parties de ses écrits. « Tous les objets, dit-il, dont la raison humaine se propose la recherche, se divisent en deux classes : la première comprend la relation des idées ; la seconde, les vérités de fait. A la première appartiennent les propositions de géométrie, d'algèbre et d'arithmétique, toutes celles en un mot qui sont intuitivement ou démonstrativement certaines... Les propositions de ce genre se découvrent par de simples operations de la pensée, et ne dépendent en rien des choses qui existent dans l'univers.' N'y eût-il ni cercle, ni triangle dans la nature, les théorèmes démontrés par Euclide n'en conserveraient pas moins leur évidence et leur éternelle vérité *. » Si les idées géométriques ne dépendent en rien des choses qui

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