Ibid., t. !•% p
existent dans Funivers, elles ne sont pas des copies d'impressions ou des réminiscences, et la théorie de David Hume reçoit de l'auteur même un second démenti. Il dit encore ailleurs : « Parmi les facultés de Thomme, il en est une par laquelle il se forme une idée de perfection qui dépasse les données de son expérience. Il n'est pas limité dans sa conception de la sagesse et de la yertu. Il peut aisément concevoir un degré de connaissance auprès duquel les connaissances qu'il possède paraîtront méprisables et à peine au-dessus de l'instinct des animaux ^ » Une perfection qui dépasse les données de Texpérience n'a pas été perçue ; ce n'est donc pas une idée qui soit une copie d'impression ou une réminiscence. C'est une conception idéale , c'est-à-dire une idée dont l'objet n'a pas été perçu, ne le sera peut-être jamais, et n'existe que dans notre esprit.
$ 2. La conception idéale de la couleur.
Revenons à la couleur idéale dont a parlé David Hume. L'exemple qu'il a cité est confirmé chaque jour par Texpérience des ouvriers en mosaïque. Entre deux pierres qui paraissent, aux yeux du vulgaire, présenter les ions les plus voisins, ces ouvriers conçoivent un ton intermédiaire; ils cherchent une pierre qui réalise cette conception, et lorsqu'ils la trouvent, on est obligé de reconnaître que leur conception a devancé l'expérience, comme Ta dit David Hume.
Nous avons vu que Descartes n'admettait pas que les sens extérieurs nous donnassent de véritables perceptions. Il supposait qu'à propos des mouvements excités dans nos organes, l'âme concevait des idées, et entre autres celle de la couleur, n n'était pas éloigné de croire que l'esprit pût concevoir ces idées sans aucune impression extérieure, et que l'aveugle de naissance pût avoir l'idée intérieure de la couleur ', Nous n'i-
1. Essays and (réalises, etc., London, 1772, 1. 1, p. 80, et OEuvres philO' sophiques, traduct. franc., t. Il, p. 192.