Voy. plus haut, même vol., p. 35, au bas
LES CONCEPTIONS OU Li SECONDE PARTIE DES œNNAISSÂNCBS. 295
est une conception : il conçoit donc certains chants avant de les exécuter ; rien ne s'oppose à ce qu'il conçoive d'avance les chimts qu'il exécute de lui-même, et qu'il n'a pas encore entendus. On objecte que le petit du rossignol ne fait que répéter le chant de son père. Mais, premièrement, cette explication recule la question sans la résoudre. Il faut toujours que le premier rossignol ait inventé son chant. Secondement, le rossignol cesse de chanter, quand il s'occupe de l'éducation de ses petits* ; ce n'est donc pas de son père que le jeune rossignol prend des leçons. S'il est élevé par un oiseau qui ne chante pas ou par les soins de l'homme, il fait entendre le chant propre de sa race , lorsque l'heure en est venue. On insiste [et l'on dit que : « si l'on fait couver l'œuf d'un rossignol par un aulre oiseau chanteur, l'adopté imitera le chant du père adoptif. » Dans ce cas , la réminiscence prendra la place de la conception originale; ce n'est pas seulement chez cet oiseau que la réminiscence étouffe l'invention; une conception peut se substituer à une autre. Nous en avons vu plus haut des exemples pour la conception des peintres *. Remarquons de plus que si le chant du musicien ailé était le résultat d'un mouvement purement mécanique , l'audition d'un second chant ne pourrait pas plus empêcher la production du premier , qu'elle ne trouble les autres mouvements mécaniques ou physiologiques de l'oiseau , la croissance de son corps, ou le mouvement de ses ailes. Ni le chant original de Tliomme, ni le chant original de l'oiseau, ne sont donc les simples produits de la faculté motrice ni les résultats de l'imitation : ils sont l'un et l'autre précédés d'une conception idéale.
Comment s'aperçoit-on que parmi les hommes les uns chantent faux et les autres juste ? A quel modèle nous en référonsnous pour apprécier leur chant? Au modèle intérieur de la conception idéale. Celui qui juge qu'une intonation est fausse, ne la juge pas telle en vertu seulement d'un sentiment désagréable
1. Duméril, Éléments d'histoire naturelle, 4* édit. t. H, p. 272.